GG CHAPITRE
vient pas une chaleur acre de la profondeur. Themison ensei- . gnait que ce signe suffisait pour affirmer qu'un homme a la fièvre, même quand la chaleur était lente à se manifester à la main, v
On sait que Galien se fiait davantage au pouls, dont il avait fait une étude spéciale: «Si l'artère se dilate dans ses deux dimensions, longueur et largeur, et que le pouls soit à la fois vite et fréquent, il y a fièvre.» La fièvre n'en persistait pas moins à être appelée zfvpe-rSs, de -crî/p {feu); attendu, dit Galien que la fièvre par nature n'est autre chose qu'une chaleur ignée. — Galien croyait que le foyer primitif^ s'allumait dans une partie malade et de là communiquait sa flamme à tout le reste de l'organisme ; alors tout le corps était échauffé. Or les Grecs (livre Du traitement par la saignée), dit-il, appellent cette affection isvpsTÔv, et les Latins febrem. Ailleurs Galien expose deux opinions contradictoires : " Les anciens regardaient la fièvre comme étant une maladie par elle-même. Erasistrate et un grand nombre de modernes n'y voient qu'un symptôme.» «La fièvre^ est la conversion de la chaleur native en une chaleur plus ardente, provenant de ce que la chaleur retenue à l'intérieur est empêchée de perspirer [guod intro aversus perspirare prolnheatur). » Ce passage mérite d'être noté, parce que la théorie de la rétention s'y trouve nettement exprimée-, or nous verrons cette même théorie exposée comme une nouveauté à l'époque où nous vivons.
Dans ÏHistoire (le la philosophie'', Galien nous fait connnîire les opinions anciennes sur la lièvre : Erasistrate définit la fièvre un mouvement (rafflux non spontané du sang dans les
' Hippocratis de fmctun.i liber et Go- ilicux , ca^. Dr humorihna , fnciiUnkni in eum commenlarius UI,cap.\ui, Uhus , mnvhis eoniin differmliis , caiiais I. XVIII, sec. pars, p. 568. ac curaliunibus , t. XIV, p. 729.
- Galeiu De hintoria philosupliica li- " Gcdeiit De liistoria pliilosupliicn liber
her xpurius , cap. \\\ix: De febre, t. \n , xpuriv.i, rap. vxxix; De febre , t. XIX,
p. .'Î'i9. p. -ViS.
' Galeno nsrripln intrndiirtw sen ms-
GALIEN
vaisseaux de la respiration, et il compare ce mouvement à l'agitation de la mer : quand aucun vent ne l'agite elle demeure calme, si le vent souffle avec force les vagues se forment; ainsi dans le corps, quand le sang est agité il tombe dans les vaisseaux du souffle, et, cjuand il est échauffé, tout le corps s'échauffe.
^Dioclès pense que la fièvre est une affection secondaire, car elle succède aux blessures et aux tumeurs des glandes. Hérodote affirme que quelquefois la fièvre survient sans cause prochaine, v Et ailleurs ' : « La fièvre est la chaleur naturelle amenée à un état anomal outré avec un pouls fort et fréquent. Ou bien : la fièvre est une chaleur outre-nature du cœur et des artères, qui lèse la force vitale, avec certains troubles du pouls. D'autres la définissent ainsi : la fièvre est l'exagération d'une chaleur morbide qui monte de la profondeur, avec modification du pouls, qui devient plus fréquent et plus fort. D'autres disent : la fièvre est le spiritus naturel dégénéré en un état plus chaud et plus sec. »
On voit, d'après ces citations de divers auteurs anciens, que, dans toutes les définitions, apparaît comme signe principal de la fièvre : F accroissement de la chaleur. Dix-sept cents ans après Galien, un auteur classique n'en savait pas plus sur la fièvre considérée en elle-même. Quelques auteurs même évitaient de consacrer un chapitre ou une simple définition à la fièvre (voyez Chomel). En somme, on peut résumer les opinions grecques sur la fièvre dans cette courte phrase de Galien : AXX' ri fxèv xa,6' oXov to Çwot» 'ssXsove^la. irjs S-epixacrtas zrvpsTÔs èaliv.
Le mot de rétention {^stipatio^ se rencontre souvent dans Galien pour exprimer l'état de rétention des humeurs qui entretient la fièvre. Cette théorie du retentum n'est pas abandonnée même aujourd'hui par les humoristes, et elle s'est
' Galeiii Definitiones meâiccp , caput clxxxv, t. XIX, p. 898.
transformée pour s'accommoder aux récentes découvertes sur la régulation de la chaleur. Dans ses Commentaires sur le livre des humeurs, d'Hippocrate, Galien appelle les fièvres des maladies du genre veineux 11 semble qu'on puisse rapprocher cette expression de colle d'hémite ou fièvre inflammatoire, dénomination toute moderne et promptement abandonnée. Dans les Commenlaires sur le livre des Epidémies, d'Hippocrate, Galien différencie très-nettement les symptômes objectifs des subjectifs. Hippocrate, dit-il, ne s'en rapportait pas, pour les différences des lièvres, aux sensations des malades, mais seulement aux signes visibles et tangibles. Or la chaleur doit être mise ici en première ligne; car la fréquence du pouls n'indique pas l'essence même de la fièvre (sur ce point, Erasistrate et Chrysippe se sont trompés). Donc la chaleur fébrile, pour ceux qui touchent le corps, a le caractère acre ou mordant, ou légèrement désagréable; mais jamais elle n'offre cette sensation douce et familière qui est propre à la chaleur naturelle. — Galien insiste beaucoup sur la nécessité de laisser longtemps la main appliquée sur le corps ^ pour attendre la sensation définitive, et il s'efforce d'expliquer, à sa façon, un ])assage où Hippocrate dit que la sensation varie suivant l'observateur, et que les fièvres paraissent mordantes à la main de celui-ci, douces à la main de celui-là.
Quant à l'observation des différents temps de la fièvre, elle est irréprochable, et nous l'avons gardée telle que les anciens nous l'ont donnée, wli y a quatre temps: l'invasion, l'augment, la période de vigueur et la déclinaison^; ces temps correspondent: le premier, à la crudité des humeurs; le deuxième, à la coction, qui s'achève par le troisième, et après vient la
' Hippocratis De humoribm liber, et in illum commentarius I, caput xxix ,
Galeni in eum commeutnyii Ires, H, I. XVII, prima pars, p. 872. cap. VII , t. XVI, p. 287. ^ Galeni Defmitiones meJicw, ca-
- Hippocratis Epidem. I/, H Galeni prit cxxvvi, I. XIX, p. 388.
GALIEN
déclinaison ^ n II arrive sans doute à Galien de faire des distinctions malheureuses; il explique tout, en quoi il est inférieur à Hippocrate. Ainsi il s'efforce de distinguer les différentes qualités de la fièvre par la sensation sèche ou humide de la chaleur, et il dit : «La chaleur qui est humide et non désagréable vient du sang; celle qui est désagréable, érodante et mordante, vient de la bile^. »
Les anciens savaient très-bien que la sueur faisait tomber la fièvre, mais ils ne savaient point par quel mécanisme. L'idée de la crise humorale les dominait entièrement. Ils provoquaient les sueurs fréquemment (c'est encore aujourd'hui la médecine du peuple). Us savaient (|ue les sueurs sont moins faciles par un temps sec que par un temps pluvieux, phénomène dont la science moderne a donné l'explication.
Le frisson est expliqué par Galien d'une façon insuffisante, la faiblesse. . ., tandis que Praxagoras , qu'il met en cause et qu'il combat, expliquait le frisson par un certain état des artères , . .
Ce phénomène, avec toutes ses van'etés, était, du reste, parfaitement connu des praticiens grecs. Tout ce qui est d'observation est exquis chez eux; la théorie est quelquefois en défaut, et il n'en pouvait être autrement à cette époque.
Traitement. — Galien distingue fort bien les fièvres simples des compliquées, et nMgnore pas qu'elles sont souvent symptôme et non essence. II y a, dit-il, un simple trouble fonctionnel ou rétention des excréta, ou lésion matérielle du corps; et de là des indications thérapeutiques variées. ( Thérap. liv.XII. ) Au chap. VIII du même livre nous trouvons l'exposé de la doctrine de Galien :k La première indication est^, si la maladie le permet, d'enlever toute la fièvre; la seconde, si la maladie ne le permet pas entièrement, d'en enlever ce que l'on peut. Or,
' Hippocratis De humoribus liher, et ^ i)e/eè.(?j^. 1. II ,c. xi, t. Vn,p. 877. Galeni in eum cummentarii 1res, I, ca- Galeni Methodi medendi lib. Vlll,
put III, t. XVI, p. 71. cap. 1, t. X , p. 533 el sq.
comme les fébricitants sont malades par excès de chaleur, il faut, pour les guérir, chasser cette intempérance. Tout excès est guéri par l'excès contraire, comme on sait. Dans l'intempérance du fiévreux, il y a excès dans l'abondance de la chaleur ^.
« Donc il faut chercher le remède à cette intempérie dans les choses qui refroidissent. Par conséquent, si la fièvre existe déjà et que la cause qui l'a produite ait cessé , le seul but à atteindre pour la guérison est la réfrigération'^.
Il nous faut donc trouver la matière de cette réfrigération. Si la cause subsiste encore , il faut l'attaquer et ensuite éteindre la fièvre qu'elle a allumée. Or nous avons dit que la fièvre amenait la constipation des méats chez ceux dont la transpiration cesse d'être halitueuse, pour devenir acre et fuligineuse. Pour ces corps-là, il est très-utile de faire des lavages avec l'eau douce à une température modérée , et une friction, et de leur donner des aliments qui rendent les humeurs plus douces, et leur faire prendre un léger exercice. 11 ne vaut rien de les laisser secs, ni de les laver avec de l'eau froide, ni de les soumettre à un exercice violent, v
Galien rapporte ensuite un cas où il lui a bien réussi de laver le malade à l'eau tiède puis de le mettre au bain , et de le laver selon l'habitude avec de l'eau froide au sortir du bain, et de le couvrir d'un drap, ensuite de recommencer les frictions onctueuses et de le remettre dans un bain chaud, de l'en retirer pour le plonger dans l'eau froide, de l'en asperger, puis de le faire boire et manger. Cette pratique fut renouvelée plusieurs fois par jour et pendant plusieurs jours. Le malade suait ensuite abondamment. Il faut ajouter que Galien n'était
' Le thermomètre a introduit l'idée temps que l'on s'occupe des calories ou
abstraite de l'élévation sur l'échelle quantités de chaleur. Les anciens ne
thermomélrique et fait oubher l'idée de connaissaient que l'idée de quantité,
la chaleur concrète ou de la masse de ' Remarquez la réserve:«si la cause
chaleur. Ce n'est que depuis quelque a cessé."
GALIËN.
pas, sur ce point, d'accord avec ies médecins de Rome, qu'il appelle ignorants et bourreaux. Plus loin, Galien recommande de ramener la transpiration : «il faut, dès le début, mener les malades au bain, les frictionner et les laver, les refroidir. On rendra l'eau des lotions froide en suspendant le vase qui les contient dans un puits au contact de l'eau; on peut même l'entourer de neige. On fera couler cette eau en pluie sur la nuque du malade , puis on le mettra au bain. Il faut réchauffer ceux qui ont ie frisson et refroidir ceux qui sont brûlants. En général, dans la fièvre, laver les malades, mais en choisissant de préférence le moment de rémission de l'accès. »
Dans le livre I de la Tliérapeutique on trouve encore le passage suivant: «Parmi les éléments des maladies fébriles, il y en a un qui consiste dans l'intempérie par excès de chaleur, et quand il est répandu par tout le corps on dit qu'il y a fièvre, donc les remèdes de la fièvre sont l'humectation et la réfrigération. Et, si la fièvre est seule et non compliquée, il ne faut songer qu'à la guérir, c'est-à-dire à humecter et à refroidir le malade.
«Il faudra voir si le milieu ambiant est favorable ou défavorable. S'il est favorable, on l'acceptera comme auxiliaire, sinon, on le combattra par les contraires, c'est-à-dire qu'on rendra les appartements plus humides et plus froids; si, au contraire , la maladie était humide et froide , il faudrait chauffer l'appartement; on peut, d'ailleurs, choisir les lieux propres à ce que l'on désire, par exemple, en été, un appartement souterrain et regardant le nord, dont on arrosera le pavage, où l'on maintiendra la ventilation; on y répandra des fleurs et des herbes qui entretiendront la fraîcheur et l'humidité; en hiver on fera tout le contraire, si la maladie l'exige.» Galien ne nous dit pas si tel n'était pas l'usage établi, de temps immémorial chez les peuples de la Grèce, du sud de l'Italie, de la Syrie et de l'Egypte. Lorsqu'on recherche les usages et les mœurs des anciens dans les historiens grecs, on voit en effet quel usage
fréquent ils faisaient des bains et combien de moyens ingénieux ils mettaient en œuvre pour se préserver de la cbaleur.
Dans un autre livre (Z)e la meilleure secte), Galien passe en revue les diverses opinions^ sur le régime dans la fièvre: «Les médecins ne s'accordent pas entre eux ; les uns mettent les fébricitants à la diète (abstinence) et ne leur donnent même pas de l'eau à boire ; les autres donnent, au début, de la tisane. Il y en a qui ne souffrent pas que le malade prenne de l'eau d'orge. Pétronas, au contraire, donne de la viande de porc grillée et du vin rouge, ordonne des vomitifs, et laisse boire au malade de l'eau froide à discrétion. Apollonius et Dexippe, disciples d'Hippocrate, ne donnaient pas de vin, ni même d'eau. Ils préparaient 12 cyathes (un setier) d'une liqueur miellée, et en donnaient deux ou trois fois par jour aux malades. Que penser de ces diversités d'opinion? Il faut recourir à l'expérience, car l'histoire est d'un faible secours, et nous trompe plus souvent qu'elle ne nous instruit^, w
' Gakni De opthna secta ad Thrasybulum liber, cap. xiv, t. I, p. iMi.
^ Le mot échauffant joue un rôle considérable dans la médecine des anciens; il y a des médicaments échauffants, des aliments échauffants, des boissons échauffantes. Cette expression, d'une définition vague et souvent contradictoire, est demeurée populaire encore de nos jours. Il est assez difficile de suivre Galien dans son exposé de la théorie des échauffants. Il cherche pourtant à introduire de l'ordre dans la pharmacopée compliquée de son temps', «il ne suffit pas, pour lui , de dire que tel médicament est réchauffant ou rafraîchissant, mais il faut préciser jusqu'à quel
point il est échauffant ou rafraîchissant. En effet toutes les résines sont échauffantes, c'est une de leurs propriétés, mais à des degrés différents. Aussi j'ai établi quatre ordres d'échauffants , les modérés, les positifs, les forts, les excessifs. V Galien nous apprend , du reste , au livre III De temperamentis^, ce qu'il entend par chaud, froid, sec, humide.
Il y a le chaud en acte et le chaud en puissance. On doit trouver tout naturel que nous disions que le castoreum, l'euphorbe, le pyrèthre, le nitre, sont chauds, et que la laitue, la ciguë, la mandragore, la salamandre ou le pavot sont froids. Le bitume, la résine, i'huile et la poix ont une puissance chaude, car
■ Galeni De compositione medicamentorum per gênera iiber I, cap. u, t. XIII, p. 867 et 368.
' Galeni De temperamentis liber 111, cap. iv, t. I, p. 672.
GALIEN
Dans son commentaire A Sur le régime des maladies aiguës, d'Hippocrate, Galien examine la question des boissons froides. Hippocrate conseillait pour boisson l'oxyrael, chaud en hiver, froid en été. «Or, dit Galien \ Hippocrate ne nous parie pas des boissons glacées , qui cependant étaient dans la logique de sa doctrine. En effet quelle idée se faisait-il de l'utilité des boissons froides? Cela ressort facilement de son raisonnement. Il est clair qu'il donnait non-seulement de l'oxymel froid, mais encore de l'eau froide. Car cela est d'accord avec ses dogmes, puisqu'il pensait que la fièvre était l'incandescence de la chaleur native, et qu'il faut traiter par les contraires. Or, comme le feu est chaud et sec, et que telle est la raison de la fièvre, l'eau est ce qu'il y a de plus dissemblable de la fièvre, puisqu'elle refroidit et humecte le corps. Et en effet l'eau donnée
ils s'échauffent et s'enflamment très-facilement, et, si nous les introduisons dans notre corps, ils l'écbauffeut manifestement, et la moutarde, le nilre, le pyrèthre, etc., sont aptes à nous échauffer plus ou moins, et pourtant ils ne sont pas susceplibles de s'enflammer facilement. Ici Galien répond à une objection: comment, dira-t-on, pouvez-vous appeler chaudes ces substances, alors qu'en les touchant nous ne les sentons pas chaudes? Elles sont chaudes en puissance. Est-ce que la flamme se montre avant que le feu ait été au contact du bois? de même la chaleur des animaux ne s'accroît que lorsque le médicament s'est modifié au contact des lissus, il leur faut du temps pour cela. Il n'est pas extraordinaire que la chaleur qui existe dans les animaux se serve de ces aliments comme d'une matière, tout comme le feu se sert du bois pour s'en- I retenir et s'accroître. Il suffit d'une étincelle pour ranimer un foyer, ainsi des médicaments qui raniment par tout le corps la chaleur naturelle.
Galien a de telles ressources de dialectique, qu'il n'est jamais embarra.ssé par une difficulté ; il les résout toutes, et l'on comprend quel prestige il dut avoir aux yeux de tous les dialecticiens et métaphysiciens de son temps et des siècles qui ont précédé notre époque. Son livre a répondu à tout par raison démonstrative. Celte assurance ne laisse pas de décourager un lecteur éclairé et qui n'est point dominé par une foi aveugle.
Ailleurs, Galien définit (De teniper.
lib. III) encore ce qui est chaud par soi et par accident. Cette distinction est d'Aristote. L'eau peut être échauffée accidentellement, mais elle perd vite cette chaleur et reprend sa froidure naturelle. Or, comme l'eau même chauffée éteint la flamme, ainsi le suc de pavot, qui a la propriété froide, aura beau être pris après avoirété chauffé, il refroidira la chaleur animale et amènera le danger de mort.
' In Hippocratis librum de acutorum viclu commentarius , lib. I, cap. xliii, t. XV, p. 699.
à propos paraît éteindre aussitôt les fièvres. Donc, s'il y a fièvre et persistance des forces, non-seulement vous ne nuirez pas en donnant de l'eau froide, mais, au contraire, vous ferez le plus grand bien, et donnez-en au malade tant qu'il en pourra absorber; si donc vous voulez éteindre la fièvre, donnez de l'eau froide à satiété, w Ici la théorie est pure et nette.
Erasistrate\ dans un chapitre ajouté par lui aux œuvres hippocratiques, recommandait, dans le causus (fièvre ardente), de donner à boire au malade des boissons émulsives à satiété. Mais il n'est pas là question de l'action de l'eau froide.
Dans le commentaire A Sur le livre des humeurs, d'Hippocrate, Galien dit'^: «Si quelqu'un vous demande pourquoi vous donnez à un homme fébricitant de l'eau froide à boire, vous pourrez lui faire deux réponses: la première qui lui apprenne la nature de la fièvre et celle de l'eau froide, et lui montrer que l'eau froide est bien le remède qui convient, et ensuite invoquer l'expérience, qui vous a montré, dans des cas sen5blables, le bon effet de l'eau froide. . . »
Sans doute nous sommes loin d'avoir épuisé toute la série des documents que contiennent les ouvrages de Galien, relativement à l'idée de la chaleur fébrile et à celle du traitement logique de cette chaleur par la réfrigération. Cependant il nous semble que les citations que nous en avons faites suffisent à montrer que les idées de Galien sur ce point étaient précisément celles qui tendent à prévaloir à notre époque.
Les contemporains et les successeurs de Galien ne méritent pas d'être analysés longuement. Il y eut une réaction gréco-romaine contre les doctrines de Galien", mais les discussions qui s'élevèrent alors ne fournissent aucun document nouveau sur la question de la chaleur.
' Hippocratis de aculnrum morbnriim Htppocratis de humoribus libei' el
victu liber et Galeni commeutarhts III, Galeni in eumcommenlarii très ,1 ,l']b. ] , cap. V, t. XV, p. 768-74/1. cap. vu, t. XVI , p. 81.
LES AKABKS.
La partie thérapeutique seule provoqua quelques remarques encore intéressantes aujourd'hui.
Les méthodistes d'Alexandrie, au temps de Gléopâtre, traitaient les fièvres par le froid, les boissons et les bains. Plus tard Alexandre de Tralles, au vf siècle, blâme Galien d'avoir conseillé les boissons échauffantes dans la fièvre, et préconise les réfrigérants :
Itaque fundamento hoc in tradenda curatione febrmm innitilur, ut omnia fiant per quœ Immiditas augeatur; ommsqite ejus medicina per acutos hos ajfectus in refrigerantibus ac diluentibus potissimum consistit, qualia sunt ptisana, hydromel, etc. (Freind, Histoire de la médecine.)