‹ De la température du corps humainChapitre 25 sur 150 · LES ARABES · texte numérisé non relu

LES ARABES

Les Arabes méritent d'avoir une place dans l'histoire de la médecine, mais ils ne nous arrêteront pas longtemps. Ils furent des conservateurs et non des novateurs. Ils ont relié la chaîne des temps anciens à l'époque moderne, mais ils n'ont guère ajouté à l'histoire qu'ils se sont chargés de nous transmettre.

Au début, l'essor fut arrêté par la doctrine elle-même. Mahomet avait décrété la peine de mort contre quiconque cultiverait les arts libéraux. Aussi la médecine tomba entre les mains des juifs et des étrangers; elle vécut sur la tradition, mais ne put se développer. Sous les Abbassides cette rigueur s'amollit : Abou Giaffar Almanzor attacha à sa personne deux astrologues et un médecin chrétiens; Aroun-al-Raschid encouragea les arts et les sciences.

Pendant le règne du calife Al-Mamoun, des querelles religieuses chassèrent de Constantinople des Grecs, juifs et chrétiens. Al-Mamoun les appela à Bagdad, où ils arrivèrent avec leurs livres. Comme après la révocation de l'édit de Nantes, ils firent la fortune du pays où ils furent rejetés, et de cette époque date la période la plus florissante de la Syrie, de l'Arabie, de

76 CHAPITRE l". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

la Perse et de l'Egypte. C'est ainsi que se forma ce foyer de lumière qui brilla tout à coup. Mais de toutes cps écoles celle qui jeta le plus vif éclat fut celle de Cordoue. Fondée par Alkaken elle fut, pendant plusieurs siècles, l'université la plus célèbre en Europe, les chrétiens y affluaient de partout. La bibliothèque comptait plus de 23/1,000 volumes. A côté d'elle citons les écoles de Séville, Tolède, Murcie, etc. C'est dans ces diverses provinces que les Sarrasins nous révélèrent l'antiquité. Nous ne citerons que les noms de leurs médecins les plus célèbres : Aaron, Ali-Abbas, Avicenne, Rhazès, Avenzohar, Averrhoés, Albucasis.

Les opinions des Arabes sur la chaleur ne s'écartent pas de celles des auteurs qu'ils commentent: ainsi Rhazès (an 629, Alexandrie, trad. de Leclerc et Lenoir, J. B. Baillière, p. i3, 1866) rappelle que «la chaleur des enfants est plus intense que celle des adultes. . . Quant au sang des vieillards, on peut le comparer au vin qui a perdu sa force, qui est près de se refroidir et de tourner au vinaigre. »

ils ne sont originaux que dans leurs opinions sur la variole et la rougeole. Ces maladies, ignorées des médecins grecs, leur laissent toute leur spontanéité, et Rhazès conseille le froid, les bains, les boissons froides, pour se préserver et pour guérir la variole.

11 dit (page aB) : «Un des moyens les plus efficaces pour éteindre l'éruption de la variole, est de faire boire aux malades de l'eau refroidie autant que possible avec de la neige, de la lui faire boire coup sur coup dans un bref délai , de façon à ce qu'il en soit saisi et que sa fraîcheur pénètre ses entrailles. Si la fièvre récidive et que la chaleur revienne, on lui en donnera une seconde fois deux à trois livres et plus, et cela dans l'espace d'une demi-heure. Si la chaleur apparaît encore et que l'estomac soit rempli d'eau, on lui administrera un vomitif et on lui donnera derechef à boire. Quand l'eau aura été absorbée et que les sueurs ou les urines auront reparu,

Page 1