GUILLAUME RONDELET
modernes sur le rôle malsain de la chaleur. Rondelet s'exprime ainsi ^: Calor enim ille major factus, corrumpit alios Immores , et putrefacit aliquam partem sanguinis, et sic non putris mutatur in putrem nisi diligentia medici prohibeatur. On peut rapprocher ce passage des travaux de l'école allemande de nos jours.
De même Rondelet^ explique bien la persistance delà fièvre par l'obstacle apporté à la ventilation du corps, par la rétention des fumées chaudes. . . Ces fumées sont retenues , le sang n'est pas ventilé à cause de la constipation de la peau. (C'est la théorie de la rétention de la chaleur de Sénator.) En pareil cas il faut ouvrir la veine.
Gaiien reconnaît deux remèdes à la fièvre putride: la saignée et les boissons froides; et il poussait la saignée même jusqu'à la syncope. Rondelet loue ce moyen : c'est, dit-il, un fait d'expérience incontestable c^aune saignée copieuse rafraîchit le corps, car enfin le sang est le réservoir de la chaleur^. Rondelet conseille non une soudaine évacuation d'une grande masse de sang, mais des émissions successives et répétées d'heure en heure. Il accepte ainsi une formule qui se rapproche de celle des saignées coup sur coup de M. Rouillaud et du système allemand des bains froids répétés.
Pour Rondelet les deux grands moyens de traiter les fièvres continentes sont : les émissions sanguines et les boissons froides {^aquœ frigidœ patio"). Ces boissons froides et même glacées peuvent être données en abondance aux malades chez lesquels il y a des signes non équivoques d'une fièvre par obstruction de la peau et état putride du sang(?). Tel n'était pas l'avis de tous les médecins de cette époque, car Rondelet signale en ces termes les adversaires de cette méthode : sunt enim, nostro tempore, medici quidam ^f/uj^poÇôêo*, id est frigidœ aquœ exhibendœ formidantes, quodputent omnes aqua frigida lœdi. Cependant il ne faut pas, dit-il, donner des boissons froides à ceux qui
' In eodem libre, p. 701. ^ Dp ciirandis febribus. DeSynochn,
^ Ibid. y. 756. p. 763-768.
sont affaiblis et dépourvus de sang. C'est le principe galénique de donner de l'eau froide hardiment à ceux qui offrent des signes de coction, parce que cette eau sert à entraîner les matériaux inutiles. Nous voyons, dit Rondelet, après que le malade a bu à longs traits l'eau froide, la sueur couler abondamment par tout le corps, et la fièvre s'éteindre. La soif s'apaise, dit-il encore, par les boissons et par Vinsfiration d'un air froid. Ce passage n'est point développé, mais on en peut induire que l'auteur approuvait la pratique d'ouvrir les fenêtres et de ventiler les malades. On ne trouve point dans ses ouvrages, au chapitre des bains, autre chose que le précepte de donner des bains tièdes et émolhents dans ce qu'il nomme les fièvres hectiques. Il n'y est point fait mention des bains froids ni des lotions froides, conseillés par les Arabes.
(i. BATLLOU (BALLONITJS).
(xvi°siècln, 1 538 -1616'.)
Baillou tire presque toutes ses notions sur la chaleur des aphorismes galéniques. Il admet volontiers une matière pituiteuse froide, cause de la fièvre, et que ni la chaleur native ni celle de la fièvre ne peuvent échauffer^; cmn ita sit materia
' L'un des médecins, dit un de ses biographes, qui contribua le plus à secouer le joug des Arabes, né à Paris en i538, fils de géomètre-architecte. Etudie le grec, le latin, la philologie; professeur de belles-lettres au collège de Monfaigu : Leçons sur Aristote. Docleur-méd. en i568 (3o ans), enseigne la médecine pendant quarante-six ans. . . For t en dispute, surnommé le Jléau des bacheliers, mort en 1616 (78 ans). Bon ohservuleur de la nature, et indépendant.
^ Chaleur dv eorps : Vt?i\\\m . Epidé-
mies et éphémérides , trad. de Prosper Yvaren, p. 23(), annotation N : «C'est une chose surprenante et digne d'examen que de savoir pourquoi les femmes pâles et cacochymes (dont la veine fournit cependant un sang de bonne qualité) se trouvent si mal de la saignée, comme je l'observai chez du Bez.
La raison en est que les veines capillaires sont remplies d'un sang vicié et séreux. La maladie existe dans l'habitude du corps, de la même manière que s'y produit l'éléphantiasis. C'est donc sur l'habitude du corps qu'il faut diriger toute