‹ De la température du corps humainChapitre 29 sur 150 · G. BAILLOU · texte numérisé non relu

G. BAILLOU

JEAN SCHENCK.

frigida, ut neuter calor et nativus et febnhs calefacere quent^. Il pense, d'après Gaiien, qu'il faut se garder d'abaisser la chaleur fébrile , febrilis calor non est exstinguendus ^. Cette chaleur est salutaire, car, comme le dit Gaiien : calor febrilis mitigat, tem- 'perat , frigiditatem tollit, imo et coquit. Baillou renchérit encore sur Gaiien, il l'augmente, et, par la logique, arrive à trouver que la fièvre est bonne et qu'il la faudrait accroître, si l'on pouvait : Quod SI verum est, non est febri ipsi stiidendum sed soli materiei; nno adaugere febrem juvabit. Du reste Gaiien n'a-t-il pas dit que le Hls de Nuraenius mourut parce que la fièvre, chez lui, fut molle ( ÀeAuf/eros ) , médiocre (^jxérptos).

SCHENCK (JEAN).

(xvi' siècle, lôSo-iSgS.)

Schenck (Jean)^, dans le livre VII Observationum medicarum, résume ainsi son opinion; «La fièvre est la constipation de la peau;?; il considère l'excès de la chaleur comme la conséquence de sa non-déperdition. Il recommande les lotions tièdes et non froides. Il rapporte l'exemple de quelques malades qui se sont guéris d'une fièvre en buvant de l'eau froide en grande quantité.

notre attention. Car, alors que la malignité du mal se porte à l'extérieur, soustraire du sang aux grands vaisseaux, c'est diminuer d'autant la chaleur innée. C'est un point à soigneusement considérer, si l'on ne veut commettre une faute grave."

* Livre V, De febribus , §21, in Pharos , de Théopli. Bonnet , Paris , in- 1 2 ,

- Livre V, S 67.

^ J. Schenck dit de Grafenbcrg, né à

Fribourg en 1 53o , réunit dans un ouvrage en sept parties, publiées de 1 586 à 1697, ensemble de laits énorme sous le nom à.'' Observationum medicarum., rariorum, novarum, etc. 11 avait étudié la médecine à Fribourg, où il professa; mort en iSgS. Edition;./oa)inis Schenckii de Graffenherg observationum medicarum rariorum libri VII, opus, etc. Lugduni, sumptibus Joannis Antonii Huguetan, m.dcxi.iii. Liber VL De febribus, p. 70^1-735.

88 CHAPITRE I". — l;A CHALEUR ET LA FIÈVRE.

ALPINUS OD ALPINO (PROSPER).

(Un des plus célèbres Hippocratistes du \vi" siècle, i558-i0i6'.)

Son livre De prœsagienda vita fut publié d'abord en 1601. C'est une œuvre purement dérivée des Grecs, c'est-à-dire extraite d'Hippocrate et de Galien. On y trouve cités quantité de passages et d'aphorismes qu'Alpinus a retrouvés à travers les ouvrages de ces deux grands médecins, et qu'il a condensés de façon à nous épargner la peine de les rechercher nous-mêmes. La chaleur et le froid, comme signes de vie ou de mort, y occupent une place considérable, et par là on peut voir que ces notions étaient usuelles dans l'antiquité. Au chapitre : Deprœdictîone ex corporis caliditate^^^ nous trouvons de nombreuses citations comme celles-ci: wla chaleur peut être douce et tiède, forte et aiguë, répandue partout le corps ou localisée. Douce et tranquille, elle est toujours bonne, surtout si elle est ainsi par tout le corps {^Pronostic. Sg, Hipp.). Une chaleur égale à celle de l'état de santé est chose bonne {honim).v

Alpinus développe ce thème en disant que ce qui se rapproche de l'état de santé est toujours bon, et il prend l'exemple des urines et des fèces. Il est donc bon que les malades aient la chaleur physiologique (i^e/ jt^ar «m «/teraia^ aut mutatn corpora , quod ad calorem spectat). De même il est bon que la chaleur soit douce et humide, ce qui est l'état naturel (Galien, de nat. hum.y Mais il y a des maladies malignes 011 la chaleur extérieure est douce et trompeuse et l'intérieure forte, aussi faut-

' Né à Marostica (Vénétie) en i553, mort en 1616. Était fils de médecin et reçut une bonne éducation. Docteur en 1578 à 25 ans; connaissait la botanique, fut directeur du jardin botanique et professeur à Padoue, voyagea, fut médecin du consul en Egypte, médecin du prince André Doria. De prœsugiendn

vita et morte œgrotantium, \emse 1 60 1 . De medicina /Ejryptiorum , Venise i i .

De medicina metlwdica, 1611. Deplantis œgyptiis , i633.

- Prosperi Alpini, De prœsagienda vita et morte œgrotantium. Édition de Gàubius, Venetiis, mdccli. Liber II , cap. xiii , p. 67.

ALPINUS.

il que cette chaleur soit partout douce et molle. (Hipp.) Alors on peut affirmer qu'il n'y a ni phlegmons viscéraux, ni obstructions, ni putridité. La fièvre hectique n'a point une chaleur humide, mais une chaleur sèche. (Le thermomètre n'a point résolu ce problème que pose le toucher.) D'ailleurs la chaleur est sujette à des variations dans les fièvres hectiques, elle monte après les repas. (Galien, 'î Prog.) 11 est bon, du reste, que la chaleur soit forte dans les fièvres dont la nature est telle. (Galien.) 11 n'est pas mauvais que les extrémités soient chaudes, au contraire, le froid des extrémités est mauvais dans les maladies aiguës. La chaleur des extrémités a aussi été louée par Hippocrate (Z)e rat. vict. p. i 86) : m declinationefebris, calore ai pedes descendente, œgrotis cibum est offerendum. Ailleurs {Progn. 3) Hippocrate dit encore : securissimum vero est, si rubor quam maxime foras vertatur, et dans le IV* liv. , aphor. n" US : in febribus non intermittentibus , si partes exteriores frigidœ, interiores urantur, et sitim habeant, létale. Les alternatives de chaud et de froid sont un mauvais signe d'après l'école hippocratique.

Pronostic tiré du froid^. — La fraîcheur du corps, qui n'est, dit Alpine , qu'une chaleur modérée, est bonne quand elle survient après une évacuation , c'est la fin de la fièvre , surtout si les urines sont chargées, si le pouls est plus lent, etc. Mais le froid du corps, dans les maladies, est, du reste, rarement bon. Les hydropiques ont le corps froid (ce fait est vrai et peut s'expliquer par l'inertie du liquide épanché et qui absorbe de la chaleur sans en produire), dit Alpino, et aussi les suppurants et les moribonds (Galien). 11 n'est pas mauvais, dit Galien, que certaines extrémités demeurent froides, telles que le nez, les oreilles, les pieds, les mains. Nous voyous apparaître ici la théorie dite moderne de la riétention de la chaleur. Hippocrate {Prog. 3) et Galien (^Aph.']) ont étudié la nature

' Eodem loco, cap. xiv : Ex frigiditate covporum (juid prœsagiendutu , p. G9,

du refroidissement des extrémités. Galien admet que Ja chaleur se concentre au dedans et y attire le sang, comme une ventouse, vers la partie affectée (^per modumcucurbitulœ). La chaleur naturelle est alors opprimée et étouffée dans les viscères, et les évacuations salutaires n'ont pas lieu ; Hippocrate disait que le refroidissement des extrémités était mauvais avec de grandes douleurs de ventre, avec la syncope, après des évacuations excessives, et qu'après l'ouverture des artères il était mortel.

Alpinus (1610), dans son livre De medicina methodica, cherche à comprendre pourquoi les méthodistes (Themison, école d'Alexandrie du temps de Cléopâtre), et tous ceux qui depuis ont suivi leurs préceptes, accommodent la doctrine du strictum et du laxum avec leur traitement des fièvres. Les fièvres, dit-il \ sont des maladies serrées (^adstricti morbi) , elles exigent des boissons tièdes et relâchantes; or les méthodistes les traitent par le froid, du moins les synoques et les fièvres putrides. Ils donnent, dit-il, aux malades des boissons glacées et des bains froids, et s'en applaudissent. Alpinus explique cette méthode en disant que cette réfrigération redonne du ton aux vaisseaux, qu'elle provoque des sueurs profuses, une réaction, de la diarrhée, un plus grand flux d'urine, concentre au dedans la chaleur dispersée et lui donne une plus grande force de travail, une plus grande action évacuatrice. (Cette thèse se rapproche de celle de l'école actuelle sur l'émission des calories et la dénutrition, augmentées par l'application extérieure du froid.)

Cette antithèse du strictum et du laxum est éternelle. On dirait que l'on ne peut s'en passer. Brown disait sthénie et asthénie, et divisait toutes les maladies d'après ces deux principes. Aujourd'hui nous cherchons l'explication dans les vasomoteurs, ceux-ci font tous les frais des théories médicales

' Prosperi Alpini De medicina methodica libri tredecim.Editio secuncIa,Lugdiini Bntavorum, ex oflicina Boutes-

teiniana, 1719. Liber II, cap. xi, ttDe morbis adstrictis, atque an orunes adslricti morbi sirit,)) p. 126.

ALPINUS.

(fièvres, inflammations, médicaments qui augmentent la pression ou qui la diminuent: digitale, quinine, bromure de potassium).

Plus loin, Alpinus cherche à expliquer les rapports du frisson et de la chaleur. Enfin, dit-il, il y a des fièvres froides, du moins appelées telles, non pas qu'en réalité il y ait une fièvre froide, mais parce que les malades, bien que brûlants à l'intérieur, ne présentent que feu de chaleur à l'extérieur, ou même ont les extrémités froides ' . On dit que la fièvre est chaude ou ardente quand le corps est très-chaud partout, dedans et dehors.

Au chapitre Du traitement, Alpinus, qui est un homme sage et modéré, ne peut admettre cette méthode réfrigérante pour les fièvres continues, et il nous apprend quelle était la pratique singulière de son temps. On ne doit pas, dit-il (comme font tant de gens"^ , faire de continuelles aspersions d'eau froide dans la chambre du malade, ni répandre à terre des vrilles de vigne, ou des feuilles de framboisier, ou des rameaux de lentisque, ou d'autres herbes vertes, il ne faut même pas se servir de l'éventail.

, Dans son voyage en Egypte, Alpinus retrouve un écho de la médecine arahe. alors fort déchue; il explique, ainsi que son interlocuteur Guilandinus, pourquoi les Egyptiens aiment la médication réfrigérante^: c'est, dit-il, parce que la chaleur est l'ennemi contre lequel leur climat les force à lutter sans cesse. Inversement les peuples du nord de l'Europe cherchent la chaleur et les substances excitantes.

De même pour la nourriture, Alpinus^, rappelant que les aliments augmentent la chaleur du corps, carnium optimarum usum augere calorem naturalem, trouve dans cette propriété de la chair des animaux l'explication du contraste qui existe entre l'alimentation des peuples du Nord, et de ceux du Midi.

' De nifdicina methodira, liber V, Redelictivyscn, mdcxlv. Liber I,cap. m :

cap. i,p. 256. "Quamobrem lioc tempore ^Egyptii ar-

^ P. Alpini medicina /ligyptorum , tem medicam habeant vitiosam,n p. 4.

libri quatuor. Parisiis, apud Nicolaum Ihid. liber I, caput x, p. i5 verso.

Il s'appuie, en outre, sur l'opinion de Gaiien, pour qui le vin refroidit quand on en prend trop.

La richesse des bains et leurs modes variés chez les Egyptiens du xvi° siècle étonnent Alpinus ^ : w//s usent de bains tièdes, surtout pour se rafraîchir. Ils se font frotter et masser, envelopper de couvertures après avoir bu de l'eau ou des tisanes froides en abondance, et tâchent de suer. Ils se plongent souvent, au sortir du bain chaud , dans l'eau froide. Les riches qui ont des bains dans leur maison se baignent dans le lait de chamelle ou d'ânesse, ou de chèvre. Cette pratique ne concerne pas seulement les gens en bonne santé, mais encore les fébricitants. »

Alpinus reproche aux Egyptiens d'être méthodistes et non naturalistes, et d'appliquer sans critique le contraria conlrariis.

Ainsi, au Caire, non-seulement les médecins, mais les femmes mêmes, disent que la fièvre tierce, par exemple, étant un excès de chaleur, doit être traitée par les seuls remèdes réfrigérants. . . Alpinus blâme ce qu'il appelle leur erreur. Les médecins, dit-il, sans s'inquiéter des causes de la maladie, ont pour usage, dans presque toutes les fièvres indistinctement, de donner des médicaments réfrigérants.

Il s'en rapporte encore à Gaiien pour trouver la règle de l'emploi des bains et ajoute^ : «ex quibus dignoscitur illorum balneorum usum febribus atque inflammationibus etiam esse utilissimum. Siquidem omnes febres in hoc conveniunt quod in calore et siccitate consistunt, sive ipsarum essentia ignea existit quam corrigere et delere possunt tepida dulcia balnea quippe quae réfrigérant atque humectant. »

' De nsu dulcium apud /Egyptios ^ De balneorum apud /Egyptios usu . balneorum, liber HI, cap. xvi, p. 106 ad varias morbos persanandos , iib. HI, et sq. cap. xix, p. 116.

Page 1