STAHL
de la chaleur n'y occupe qu'une place étroite, voici cette définition (t. IV, p. h h a): ^La fièvre consiste dans une altération remarquable et assez uniforme du mouvenienl du sang, constamment accompagnée de sensations alternatives de chaleur, de Jroid, et d'atonie ou impuissance d'exécuter librement les mouvements volontaires. A ces signes patliognomoniques viennent se joindre ordinairement des perturbations sensibles et manifestes dans l'appétit, la coction et la digestion paisible des aliments, dans l'excrétion des matières inutiles, dans la rétention des substances utiles au corps et leur assimilation enfin, c'est-à-dire dans le phénomène général de la nutrition. Ajoutez à cela de notables dérangements aussi manifestes que sensibles dans les excrétions de la seconde comme de la troisième digestion, c'est-à-dire dans la transpiration et l'éjection de l'urine. En même temps il existe une véritable torpeur dans les fonctions animales, tandis que la sensibilité universelle a acquis plus d'activité, et même une intensité insolite, tant au point de vue général des sensations ordinaires , qu'au point de vue spécial d'un sommeil paisible. »
La théorie de l'utilité de la fièvre est exposée très-correctement par Stahl en ces termes (t. IV, p. 45 i ) : r'Il faut sérieusement examiner quels sont les symptômes inutiles, fâcheux et passifs qui dépendent de la funeste efficacité de la maladie, et quels sont ceux qui, bien qu'inévitablement importuns, accompagnent d'une manière inséparable et nécessaire certaines actions vitales, utiles, indispensables, qui se traduisent avec plus d'intensité par des excrétions et des sécrétions. . . De cette importante considération ressortira enfin la méthode même que le médecin doit suivre dans le traitement des fièvres. Il verra combien il serait désavantageux de combattre par des tentatives téméraires les salutaires efforts et les mouvements généreux de la nature, de les affaiblir par des moyens inopportuns, ou même de les négliger sous un prétexte quelconque; il comprendra combien il est utile, au contraire, et à
tous égards, de suivre sans réserve, à l'exclusion des autres modes de traitement, la méthode naturelle qui lui est indiquée par cette observation souverainement importante, et qu'on ne devrait jamais oublier, savoir : que cest précisément à l'aide des assauts Jéhrdes, ainsi que des effets légitimes et proportionnés de V attaque, que les hommes sont intégralement délivrés des fièvres, par la puissance spontanée de la nature, en dehors de tout concours de la médecine et sans l'intervention d'aucun moyen artificiel. V
Et cela ne suffit pas à Stahl, il revient souvent sur le même sujet et termine ce chapitre ainsi : «Sans doute c'est bien parler que dire que, pour chasser et expulser au dehors les matières fébriles, leurs effets et leurs funestes propriétés, le meilleur et l'unique moyen consiste dans une habile provocation, dans une administration régulière des sécrétions et excrétions naturelles. Mais (t. IV, p. /i68) qui pourra obtenir une exécution normale et légitime de ces fonctions vitales? Les fièvres elles-mêmes , seules; les fièvres toujours constantes avec elles-mêmes, à condition que des causes accidentelles ne viendront pas pervertir, troubler et arrêter leur cours régulier. ■>■> Nous recommandons ce dernier point à l'appréciation de ceux qui sont à même de le comprendre.
Ceux-là seront toujours rares en tout temps, ce seront les stoïques, les gens de sang-froid dont le scepticisme repose sur des bases scientifiques. La tourbe médicale se ruera toujours vers les remèdes. L'auteur du traité satirique de l'expectatioji ne sera compris que du petit nombre, et sera plus loué pour ses défauts, pour ses écarts d'imagination, pour son animisme, que pour les arrêts sévères et peu consolants que lui a dictés la froide raison.
FRÉDÉRIC HOFFMANN
FREDERIC HOFFMANN
(École allemande, fin du xvii" siècle , 1660-1742.)
Dans sa philosophie du corps humain vivant et sain, sorte d'exposé physiologique qui sert d'introduction aux ouvrages médicaux, Hoffmann, très-conipiet sur tous les points, ne consacre pas de chapitre au calorique. Cependant, à l'article De sanguinis circulo per pulmones et respirationis usu ^ , se trouve ce court paragraphe suivi de son commentaire : « La chaleur du corps provient de celle du sang, et celle-ci résulte d'une agitation violente des parties intérieures, surtout des sulfureuses, par quoi l'on connaît que la respiration et le mouvement du sang dans les poumons ne refroidissent pas le sang, mais plutôt accroissent sa chaleur. Nous voyons que les animaux les plus chauds et qui ont beaucoup de sang chaud dans les veines sont pourvus de poumons; les plus froids, au contraire, comme les poissons, en sont dépourvus. . . d'ailleurs, plus la respiration est accélérée, comme quand on élève la voix et qu'on parle longtemps, plus le corps s'échauffe. . . v
Au chapitre de la nature du sang^, Hoffmann dit que «la chaleur n'est autre chose que le mouvement des parties sulfureuses du sang, d'où vient que, si le sang circule avec plus de
' Né en 1660 à Halle, mort en 1762. Appartenait à une famille de médecins célèbres et riches. Etudie à léna, à Erfurth, mais principalement la chimie. Le roi de Prusse lui fait fonder VUniveisité de Halle, où Hoffmann appelle Stahl. Comte du palais, conseiller aulique, premier médecin du roi, a professé pendant 5a ans toute la médecine, la chimie , la physiologie , la philosophie, la thérapeutique. Encyclopédiste comme Galien, Hoffmann, le grand homme du Brandebourg, fut chimiste, physicien.
botaniste; ses ouvrages forment toute une bibliothèque (grande édition in-4° en 6 vol. et 3 vol. de supplément. Genève, 1761). Comme tous les grands médecins de ce temps, il fut très-versé dans les sciences naturelles. C'est un homme d'une érudition colossale, mais il n'est pas original.
^ Friderici Hoffmanni Opéra omnia, Genève , mdcclxi , lib. I , sect. i , cap. vu , S 23, 1. 1, p. 46.
^ De sanguine humano ejusque nalura, lib. I, sect. 1, cap. v, S i3, 1. 1, p. 38.
rapidité, comme dans la fièvre, ou après un violent exercice, ou après qu'on a absorbé des spiritueux, la chaleur alors devient plus grande. ■>?
L'effet est ici pris pour la cause; du moins nous enseignons que la circulation est fonction de la température. Hoffmann ne s'élève pas au-dessus du mécanicisme de son époque. 11 ajoute : Omnia quœ circuhim sanguinis patenter augeni , ea quoque calorem intemhmt : et quœcunque ejus motum retardant, lUum minuunt^. — Calor temperatus ad vitamac sanitatem tuendamvnlde est necessarms - .
Il faut convenir que, si Hoffmann n'a point connu la valeur de la ihermométrie (il est venu trop tôt), il a du moins enseigné combien la classification du pouls en tant d'espèces différentes était chose ridicule et contraire aux principes de la mécanique. Ses critiques s'adressent à Galien et à ses imitateurs^.
Il va sans dire que, dans ses principes de thérapeutique , Hoffmann conseille la saignée dans les maladies aiguës et dans les fièvres éruptives.
La sage, concise et excellente définition de la fièvre telle que les anciens la transmettaient aux générations nouvelles, à savoir que la fièvre est un malaise avec faiblesse, augmentation de la chaleur et accélération du pouls, ne suffit pas à l'esprit mécanicien d'Hoffmann; il déclare que de toutes les définitions pas une ne l'a satisfait, et il en donne une de sa façon, en ces termes : Spastnodica umversi systematis nervosi et vasculosi ajj'ectio , juncta cum omnium tn corpore functionum lœsione, ortn a causa nervosas partes ad intensiorem contractionem irritante,
' Liber I,sect. i, cap. i\, 5 li. De ^ De rationalipulsuum explication/' d
circuli sanguinis ad conservationem cor- judicio in morbis recte ex iisdem fov-
poris usu, t. I, p. 5i. mando, sect. i, cap. xii, t. I, p. 36/i,
'- Liber l,secl. i, cap. i\, § i6. De '' Defebriumnatura in genere,ca\>. i,
circuli nmguinis ad cnnservulionem cor- S 3, t. fl, p. ç). jm-is usu, t. [, p. 5i .
FRÉDÉRIC HOFFMANN
tta quidem ut accedente ipsa, jluida vitalîa primum ad interiom, cor et majora vasa ab externo amintu agantiir, et postea, aucta cordis et arteriarum systole, celenter cum œstu per strictiora vasa iterum extrorsum pellantur, donec spasme laxato excretiones succédant et febris desinat.
Voilà une phrase longue, mais équivalant à une profession de foi; c'est tout un système, un Credo. Hoffmann appartient à la catégorie des hommes de foi, qui expliquent tout, se fient à un système mécanique, et- dont la confiance en eux-mêmes est inébranlable. L'aurore du xvnf siècle était pleine d'espérances, et l'on y escomptait l'avenir. Le présent n'a pas tenu toutes ces promesses : nous sommes à une époque de méfiance. Voilà pourquoi la phrase d'Hoffmann nous paraît trop longue et trop prétentieuse; elle ne produisait peut-être pas cet effet aux hommes de son temps. Du reste la théorie qui y est contenue était couramment enseignée dans les écoles et ne rencontrait guère de contradicteurs. On voit que la chaleur occupe dans cette théorie une place tout à fait infime.
Le fond de cette théorie de la fièvre, c'est le spasme [natura catenata), le frisson [horror, rigor, frigus^ , le pouls petit et serré, puis la délivrance par la dilatation des vaisseaux et la diffusion à la peau, etc. Le premier mouvement est centripète, le second est centrifuge. Hoffmann en prend occasion de dire que Vinejfahdis ^ divina providentia merito celebranda, quœ corporis nostri machinam animalem tain sapienter potentiis et facultntibus instruxit motricibus, ut ipse morbus, qui, etc. . ., adexpugnandam ipsam suam causam suique curationem sœpissime vergat et vergere possit. Ce qui suit est absolument caractéristique de la doctrine : si la nature est si bienveillante, ne nous mêlons de rien, de peur de la déranger : Atque adeo quum ipsa natura sit optima mnrborum. ettam ipsius febris, medicalrix , perniciosum omnino est molimen fébriles m salutem tendentes motus tmprudenter
' Prolegomena, secl. i, S 9, t. 1) , p. 10.
136 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
medicim suspendere, supprimere, aut plane lollere velle, secundandum pot 'ius naturœ saluberrimum opus, quodper auctiorem progrèssivum humorum motum, ad correctionem et resolutionem materiœ morhificœ ipsiusque tandem excretionem dirigitur. Les moyens conseillés par Hoffmann sont, en conséquence, les diluants, les humectants, les tempérants, les apéritifs, les fortifiants et les évacuants... C'est une médecine prudente, et c'est encore celle de la plupart des médecins de notre époque, où le scepticisme est grand.
Hoffmann, à la vérité, reconnaît les vertus de l'eau froide en boisson dans les maladies, mais c'est en érudit qu'il parle plus qu'en praticien. Dans son livre De rationalis therapiœ fundamentis, de aquœ frigidœ potu saliitari^, il reconnaît, avec Hippocrate, que, dans les maladies qui naissent d'une qualité intempérée des humeurs, il faut rétablir l'équilibre, et qu'alors parfois il faut traiter par les contraires. Si le sang et les humeurs sont en excès, il faut corriger cet excès par les contraires, la faim, les émissions sanguines et les évacuants. Si les sucs louables font défaut, il faut employer les aliments et les substances qui refont le sang et les humeurs. Une chaleur excessive demande des réfrigérants, et Hoffmann cite Hippocrate : calidœ naturœ refrigeratio confort, aquœ potus et quies; Galien, qui, dans les fièvres trop chaudes, conseille de donner à satiété de l'eau très-froide; Celse et Primerose (De vulg. errer.); Alpinus, etc.
Il parle enfin de sa propre expérience, et cite parmi les fièvres dans lesquelles il a éprouvé les effets salutaires des boissons froides , les fièvres bilieuses ardentes , la synoque bilieuse, la synoque catarrhale, la tierce continue et doublée, où les boissons froides favorisent la réaction sudorale. Il admet aussi l'utilité des boissons froides dans certaines fièvres éruptives, dans la dyssenterie (d'après Diemerbroeck), et
' Sect. II, cap. XI, De aquœ frigidw potu salutari, t. I, p. /169.
BOERHAAVE
dans diverses maladies apyrétiques. Hoffmann cite encore le livre de Smith : De virtutibus medicimltbus aquœ communis (édité en anglais et traduit en français).
En résumé, l'immense encyclopédie médicale, chimique, physique, physiologique, philosophique, d'Hoffmann, ne contient que quelques rares passages relatifs à la chaleur, et, au milieu de tant d'aperçus scientifiques , la place de ce phénomène est à peine indiquée.
Pour étudier cette question, et apprécier l'importance des pesées dans les différents états physiologiques et pathologiques, il faut lire Jean de Gorter.
BOERHAAVE'
(Le plus illustre membre de la belle école hollandaise, précurseur de l'école de Vienne. — xviii" siècle, i(368-i738.)
Boerhaave a connu l'usage clinique du thermomètre. Un auteur moderne, Wunderlich^, ne lui accorde pourtant qu'une petite place dans l'histoire de la thermoscopie clinique. Nous verrons en effet que c'est surtout dans les modifications de la circulation qu'il cherche la connaissance de la fièvre, mais il
' Né près de Leyde en Hollande, en 1668, mort en 1788, était le fils d'un ministre protestant; il étudia le grec, ie latin, la métaphysique, l'hébreu, et était destiné à l'état ecclésiastique.
Egalement instruit dans les sciences mathématiques, il enseigne ces sciences et les lettres. Il réfute les erreurs d'Epicure , de Hobbes , de Spinosa , etc.; étudie la médecine à 22 ans, est reçu docteur à 2 5. On l'accuse d'athéisme, il renonce à l'état ecclésiastique. En 1701, à 33 ans, il est professeur adjoint à Leyde; en 1 709 il devient professeur de
botanique et de médecine. Il eut un grand succès et réunit un grand nombre d'élèves. Il publia les institutions et les aphorismes. En 1718 il devient en plus professeur de chimie. (Il avait trois chaires.) 11 fut le plus grand et le plus cultivé des professeurs de l'Europe. Il reçut les visites d'un grand nombre de souverains. Il mourut en 1788 laissant un grand nombre d'ouvrages , et surtout ayant été un maître vénéré de ses élèves.
- Wunderlich , Histoire et bibliographie des observations thermométriques médicales.
ajoute dans son 6 '7 3" aphorisme^ : Calor febrilis thermoscopio externus, sensu œgri, et rubore urinœ internus cognoscitur.
La définition que Boerhaave donne de la fièvre est excellente (aphor. 563) : "<Dans toute fièvre due à des causes Internes, au début, il y a horripilation, pouls rapide et chaleur, à divers moments et à divers degrés. 55 Ces trois symptômes forment en effet la triade fébrile (aphor. 56/i): in qiia fehre hœc tria decurrunt, etc.
A la vérité Boerhaave se fie plus au pouls qu'à aucun autre signe, et il ne fait en cela que suivre la tradition galénique renouvelée par Harvey , il admet donc la triade, mais le pouls seul lui paraît un guide sûr (5 70) : quœ quidem in omnifebre adsunt, sed sola velocitas pulsus adest ex lus omnifebris tempore, ab initio ad Jînem, eaque sola mcdicus prœsentem febrim judicat.'^ C'était alors l'opinion régnante, elle l'est encore aujourd'hui; elle représente, dans les termes rapportés par Boerhaave, l'exacte vérité, et dans l'aphorisme suivant (071) : Adeoque quidquid de febresic novit medicus, id vero omne velocitaie pulsuum sola cognoscitur. Cela n'empêche pas que Boerhaave insiste sur la chaleur (07^): m oinni Jebre, lus prœgressis, oritur calor, major, minor, brevis, diuturnus, internus, externus, vel loci, pro varietate febris.
' Pour Roerliaave et Van Swieten les indications bibliographiques renvoient à l'édition : Gerardi Van Swieten, Commentarii in Herinanni Boerhaave aphorismos , en 5 volumes, Parisiis apud Guiilelmum Cavelier mdcclxi.
^ La tradition avait, du reste, conservé précieusement le précepte formulé par Galien , les médecins tàtaient la peau des malades et en reconnaissaient la chaleur. Un siècle et demi avant Boerhaave, un médecin polonais, Slruthiua [Ars sphygmica, livre H, chap. \, i5io), après avoir énuméré tontes les qualités classiques du pouls, ajoutait que le tact condurll plus ad pcrcipien-
dam corporis caliditatem , tangere axilluH œgroti, dorsum, thoracem, hypochnndi'ia, volas maniis et plantas pedum.
Et plus iardjBordeu , vingt ans après la mort de Boerhaave , dans ses recherches sur le pouls, 1766, n'en sait pas plus que Struthius, la tradition s'est afifaiblie : v On découvrira bien des choses, dit-il, au sujet du rapport de la chaleur ou du^ froid de ces extrémités avec les différents états de la maladie; il y a des médecins qui croient, en certain cas, 'devoir tâter les pieds de leurs malades; on en a vu qui jugaient les maladies des enfants presque par le seul tact des pieds."
BOERHAAVE
Il constate que cette chaleur accompagne toute fièvre, niais comme effet, non comme cause ou essence de la fièvre, et, comme tous ses contemporains et devanciers, il voit la curation dans l'excrétion de la materies mali, par les sueurs, la diarrhée, les urines, etc.; il tient pour les boissons chaudes.
Dans son 6 7 3'' aphorisme, Boerhaave donne le thermomètre et la rougeur des urines comme les moyens de juger de la chaleur fébrile. Il est à remarquer que Boerhaave a précisément dit ce qu'il y avait à dire sur la chaleur fébrile, et cela avec une telle rigueur, qu'aujourd'hui l'on ne dit pas autrement. Le thermomètre est cité d'abord , et il n'est point question du tact, le tact est trompeur, le thermomètre seul dit la vérité; puis la sensation du malade vient après; enfin l'urine, dit-il, fait connaître la chaleur intérieure. En effet, ne mesure-t-on pas les calories émises par les produits de combustion que renferme l'urine? Il est vrai que Boerhaave parle de la chaleur externe et de la chaleur interne comme s'il en existait de deux ordres , et qu'il croit aux chaleurs locales : semper requirit majorem ignis copiam in illo loco quem plus calefacit hy Cette erreur devait plus tard être réfutée par Hunter. Van Sw^ieten développera l'aphorisme 678 et donnera la description des thermoscopia ou thermomètres, en indiquant sa prédilection pour l'instrument de Fahrenheit'. Ainsi il est démontré que l'usage du thermomètre a été reconnu utile et préconisé dans les leçons publiques au commencement du xviii" siècle, mais on était bien loin de connaître encore toute la valeur et de l'instrument et du phénomène auquel il s'appliquait. Boerhaave ne sait rien des causes de la chaleur, que ce que l'on savait de son temps : le mouvement, les frottements, les résistances, etc. Boerhaave explique la chaleur par le choc et le frottement des parties liquides entre elles et contre
' Fahrenheit, né à Danizig ( i685 ) , thermomètre centigrade et le 912° an inventa un thermomètre à mercure dont 100° centigrade : qiialia hodie pulchei^le 82" degré corresponfl au zéro du rima, dit Van Swieteii.
UO CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
les parois des vaisseaux; il l'attribue à la résistance de ceux-ci, à la violence des mouvements du cœur, à la densité du liquide sanguin, d'où viennent la dureté du pouls, sa fréquence et son ampleur. Boerhaave professe simplement les idées mécaniques de son temps. Il croit aussi, malgré les travaux de Van Helmont, que l'on peut juger de la densité du sang ipso conspectu extramsati. L'étroitesse (^angustia) des vaisseaux se reconnaît, dit-il, à la vue, au toucher, quand la chaleur est sèche, et que, la circulation ne paraissant pas très-active , la température est très -accrue (683). Il ne reconnaît pas d'autres causes spécifiques de la chaleur, dont il décrit ainsi les effets (aph. 68q) : Calor auctus liquidissima dissipât ex nostro cruore , ul est aquam spintus, sales, olea subtihssima ; reliquam massam siccat, densat, concrescere cogit immeahilem, irresoluhilem materiem; sales oleaque expedit, atténuât, acriora reddit, exhalât, movet; hinc minima vasa atterit, rumpit ; Jibms siccat, rigidas contmctasque reddit; hinc subito multos, celeres, fenculosos, lethales morbos producit , qui a priori facile deduci possunt,
Boerhaave explique le mécanisme intérieur et, pour ainsi dire, moléculaire des échanges intimes, et, s'il est permis de critiquer un aussi grand savant, on peut dire qu'il s'est laissé entraînera un écart d'imagination. «.On peut, dit-il, d'après cela, comprendre combien de remèdes variés doivent être employés pour mitiger la chaleur (690), » et il les indique dans les aphorismes suivants avec la sûreté de conscience d'un logicien qui croit à la puissance du raisonnement a priori dans les sciences d'observation. Aussi a-t-il facilement réponse à tout: wSi la vitesse seule fait l'augmentation de la chaleur, il faut employer tout ce qui la ralentit: repos d'esprit et de corps, émission sanguine , légère et courte compression des veines des membres, application modérée des substances froides intuset extra; si c'est la densité, boire de l'eau, de l'oxymel, ce qui relâche les vaisseaux; si c'est la pléthore, donnez les évacuants, les acides; s'il y a obstruction, etc., etc., les laxatifs. » Les expli-
JEAN DE GORTER.
Ul
calions et les préceptes de Boerhaave sont au-dessous de ses observations; on sent, en le lisant, que la physique n'est pas encore venue au secours de la médecine. L'idée de la chaleur, cause unique, ennemi unique, objectif principal, n'apparaît pas encore.
JEAN DE GORTER'.
(Emule et imitateur de Sanctorius, xviii" siècle, 1689-1763.)
Jean de Gorter revient, à chaque ligne de ses ouvrages, sur les cai]ses, la nature et les effets de la chaleur^. Dans son chapitre De aucta perspiratione , il reconnaît quatre causes à l'élévation de la chaleur^, ut corpus Immanum mngis incalescat, una vel plures liarum retjmrunlur causœ : 1° corpora actu colida corpori liumnno npphcata vel ingestn ; 2° calefacientia sua natura eodem modo adlnbitn; 3° calor naturalis per se, aut adiombus corporis suscitatus; â° quœ refrigerium corpori calescenti adimunt, caloremque semel suscita tim quasi insuo fovent sinu.
Le mode par lequel se perd la chaleur le préoccupe plus encore que les moyens par lesquels elle augmente. Pour lui, c'est la perspiration qui règle la chaleur en expulsant la matière morbififjue^ : Si déficit natura ad expeUendam materiam retentam msensibiliter, adjuvetur cahdis exterms apphcatis, ut calore aeris, balneorum, fomentorum, stragulorum vestiumve coopertione, lavacris calidis. Quando et qiiomodo lus utendum , descripsi-
' Né en 1 689 , en Hollande , à Enckhuysen. Elève de l'université de Harlem , puis de Roerliaave (l.eyde); se passionne pour Borelii et Sanctorius; fait construire un fauteuil balance et publie son Traité de la perspiration insensible; professeur à Harderwick, puis à Saint- Pétersbourg, médecin de Catherine.
Nombreux ouvrages : anatomie, physiologie, botanique, patliologie géné-
rale, et chirurgie, encyclopédiste de 1 20 ans postérieur à Sanctorius.
^ Johannes de Gorter, De perspiratione insensibili, avec commentaires sur les aphorismes de Sanctorius. Editio altéra. Liigduni Batavorum apud Janssonios Vander Aa, 1786.
' De aucta perspiratione , cap. xiii, S 1 2 , p. i ig.
* Cap. XII, § 53, p. lie.
CHAiMTRK r. —
mus in salubri perspiratione. Jean de Gorter termine en décrivant l'influence de la perspiration sensible et des sueurs.
C'est la perspiration qui rend les chaleurs de l'été tolérables' : Recie perspiranùbus calor œstivus non est moleslus. Quand la perspiration est insuffisante, minuta perspiralio , calor œstivus hmc corpori valde molestus.
Jean de Gorter critiqué : omnes, prœprinns indocti perpemm ratiocinantiir'^, qui pensent que, pendant l'été, nous nous échauffons par le vêtement en empruntant la chaleur à l'extérieur. Le thermomètre démontre pourtant que notre corps est plus chaud que l'air. Si nous brûlons, dit-il, c'est que ces vêtements empêchent la perspiration.
Les applications froides augmentent la chaleur : ultime omnes adducendœ sunt causœ, quœ insensihilis perspirationis impediunt exhalationem : ut autumnus, aer frigidus, lavacra frigida, aer crassus, humidus, cœnosus, translalio corpons ex calido in frigidum.
Plus loin , il explique comment le froid augmente urinœ copiam^.
Ces passages suffisent à montrer que Jean de Gorter se faisait des rapports qui relient la chaleur, la perspiration, le poids et les urines, une idée parfaitement exacte. Il avait d'ailleurs un esprit précis, ses assertions reposent sur des preuves , et c'est à l'aide de la balance et du thermomètre qu'il critique et complète les recherches de Sanctorius.
VAN SWIETEN
( Ecole de Viennt', xviii" siècle, 1700-177-3.)
Van Swieten fait l'éloge de la chaleur, qui est le moteur
' Cap. XI, S i8, p. 107.
- Cap. VIII, De colore et humore calido, S 18, p. 71.
' Cap. \iv, § 12 , De pondère corporis , p. 16 a.
' Cap. XVI, § 10, p. 197.
•' Né à Leyde en 1700, mort à Vienne en 177a. Catholique ne en pays proteslant; noble, pauvre, persécuté.
Reçut une éducation première Irès-soi-
VAN SWIETEN
universel, t. I- p. 791. Y. Cnhre: «La vie parfaite chez l'homme, c'est-à-dire la santé, est accompagnée de chaleur, et celle-ci est égale, répandue dans toutes les parties du corps, jusqu'aux extrémités. . . Or, non-seulement la chaleur est le signe de la vie présente, mais encore la vie latente et assoupie est réveillée par la chaleur et rendue à l'activité. Les grenouilles sont engourdies par le froid de l'hiver, et, plongées dans la glace, y demeurent immobiles; si on les place dans une étuve, elles reprennent leur agilité. Le poulet futur, dans l'œuf, demeure latent et ne croît point, tant qu'il n'est point, grâce à la chaleur de l'incubation, amené à la vie en acte, et comme l'ont montré les expériences immortelles de l'ingénieux Reaumur, on peut à volonté exciter, déprimer, prolonger, raccourcir la vie des insectes , suivant qu'on les expose à une chaleur haute ou basse. Déjà les anciens semblent avoir connu cette admirable propriété du feu et de la chaleur, par qui tout
gnée , en littérature et en philosophie ; très-laborieux, à 16 ans tombe malade probablement par excès de travail, reçoit les conseils de Boerhaave, qui lui ordonne les armes, la musique, et de faire en se couchant quelque lecture plaisante (Théâtre italien de Gherardi).
Reçu docteur en 1725, reste encore onze ans l'élève de Boerhaave, qui fut pour lui un maître, un dieu; fait des leçons, défendues par la municipalité, parce qu'il est catholique. L'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche cherchait à ranimer dans ses Etats l'étude des sciences et des arts que les guerres et les maliieurs publics avaient plongés dans l'indolence. Elle le plaça, en 17^5, à Vienne , à la tête de toutes les études des trois royaumes, de la bibliothèque; il devint premier médecin de la cour, baron de l'empire et surtout professeur éminonl, fit des leçons auxquelles il at-
tira les étrangers. Il créa une école de sages-femmes où l'on professa en langue vulgaire, fonda une chaire de clinique de démonstration au lit du malade. 11 n'y avait ni amphithéâtre d'anatomie, ni laboratoire de chimie, ni jardin des plantes avec démonstration, ni musée.
Il créa tout cela (fut ainsi plus heureux que nous en 187^1), força le préjugé populaire contraire aux dissections, abaissa les droits d'étude. 11 fit un palais de l'université où les professeurs de toute espèce sont logés et bien appointés. Il fonda une grande bibliothèque commode et hospitalière, ouverte eu tout temps. Son exemple montre comment on fonde une grande école. Modeste, il fit un ouvrage énorme, véritable encyclopédie médicale, intitulé simplement : Commentaria in Hermanni Bopvliaave apliorisiiios de cogitoscendis et curaiidis tnorùis.
est animé dans la nature. Plutarque nous apprend que le sage roi Nunia voulait qu'on adorât le feu comme le principe de toute chose. (Plutarque, Camille, t. 1, p. iSg.) Car, dit cet auteur: mohilissimus enim in natura igms est. Motus auiem est, aut cum motuejus generatio. Ahœ vero niateriœ partes calore destitutœ, torpidœ jacentes et mortuis similes, desiderant ignis vint, veJut animam : quœ simulac accessit, conferunt se adagenduni ahquid aut patiendum. «On voit donc, ajoute Van Swieten, combien on peut attendre de la chaleur extérieure, pour mettre en mouvement les liquides stagnants,
Cette citation de l'antiquité, empruntée à Plutarque, fait que l'on pense malgré soi a la théorie mécanique de la chaleur et à la conservation de la force, choses qui nous semblent si absolument modernes.
Causes de la chaleur du corps. — Au t. Il, aph. 676, p. 266 et suiv., Van Swieten passe en revue les différentes théories anciennes et celles de son temps. U y a, dit-il, dans les corps vivants quelque chose qui n'existe pas dans les inertes et qui engendre la chaleur. Il est certain que le mouvement des liquides (circulation) coïncide avec la chaleur, s'accroît comme elle, et disparaît avec elle. Il semble donc que ce mouvement soit la cause de la chaleur^ Van Swieten convient que les anciens ont considéré l'origine de la chaleur comme très-obscure et presque divine, ainsi Hippocrate dit : Qiiod cahdum vocamus, id mihi et xmmortale esse videtur, et cuncta intelligere et viclere et audire, et scire omnia, tum prœsentia, tum futura'^. Galien niait que la chaleur fût produite en nous par le frottement^ : non enim ex attritu arteriarum spiritus calor in animantium corporihus generatur, sicuti in lapidihus et lignis, sed contra ah innato calore motus ipsorum fiunt. Cependant, ailleurs (L«7>e//. adv. Lycum,
' Nous savons aujourd'hui que c'est ^ Lib. de carnibtis, cap. i. Cliarler.
i'inverse, et que, dans le corps des ani- T. V, p. 3o2.
maux comme dans la machine à vapeur, ^ De Hippocrate et Platon, placit.
c'est la chaleur qui fait le mouvement, lib. VHI, cap. vu, ibid. p. ai2. ■
VAN swii:ten.
cap. Il), il avoue (jue cette question est controversée parmi les médecins. On peut interpréter le passage suivant de Galien comme favorable à riiy|)othèse du frottement: Utrum riutem is (calor) ex corclis et artennrum motu ortuin liaheat.
La preuve de la chaleur développée par le frottement des corps solides, dit Van Swieten, est donnée expérimentalement, et il renvoie aux éléments de chimie de Boerhaave (De igné); mais il n'en est pas de même pour les li(|uides, où l'on ne voit se développer par ce moyen qu'une bien faible chaleur. Aussi quelques célèbres médecins ont-ils essayé de démontrer que le frottement ne causait pas la chaleur du sang. Ainsi Schelhammer {^De genuincf febres curandi melhodo , sect. n, S 33, p. "9 1 ) dit que tout, dans la nature, proteste contre cette doctrine. Mouvez, dit-il, et chotjuez tous les liquides quelconques, soulevez des flots nuit et jour dans un vase, que la mer se soulève en bouillonnant, que les fleuves les plus rapides se ruent pendant des siècles contre les rochers, ils ne s'échaufferont pas pour cela. Ne voit-on pas par là qu'il y a autre chose dans la chaleur du sang que le mouvement, en admettant même que le mouvement contribue un peu à cette chaleur? Van S^'ieten répond à cela que les liquides ne s'échauffent pas par le frottement à moins d'être élastiques; et, tirant partie des découvertes de Leeuwenhoeck relatives aux globules du sang qui sont des corps doués d'élasticité, il rappelle aussi, d'après Boerhaave, que les corps conservent d'autant mieux la chaleur qu'ils se rapprochent davantage de la forme sphérique (globules du sang). D'ailleurs, dit- il, quand le sang s'appauvrit de globules (chlorose, anémie), la chaleur diminue. En somme Van Swieten demeure fidèle à la théorie du frottement et l'applique à la fièvre sans hésitation. Son parti pris de tout expliquer, et d'approuver aveuglément ce qu'a dit Boerhaave, le conduit à paraphraser simplement les versets de son maître; on apprécie, dit-il, la puissance du mouvement fébrile du cœur par la densité du liquide et la fréquence du
l/i6 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
pouls . . , et là se place cette erreur si tenace et qui régnait encore en maîtresse clans les écoles au début de nos études, à savoir que le caillot, la couenne du sang, signifient densité de ce liquide, inflammation, etc., erreur que Van Helmont avait pourtant réfutée avec tant d'esprit. Il semblait qu'après les travaux cbiraiquesetles démonstrations saisissantes de ce grand homme, il ne dût plus jamais être question de cette grossière aberration. Van Swieten avait lu et étudié les livres de Van Helmont, mais il en redoutait l'esprit caustique, et il semble qu'il n'ait point approuvé les sarcasmes contre les médecins , qui y sont distribués de main de maître ....
Après avoir rapporté les expériences de Réaumur sur la production artificielle du froid , Van Swieten ajoute : « Ces propriétés du froid nous amènent à comprendre mieux ce qui se produit quand le corps humain est exposé à un froid rigoureux. Notre chaleur, à l'état de santé, même au fort de l'été le •plus chaud, dé-passe celle de l'air ambiant^ ; on comprend, dès lors, qu'il faut un froid excessif pour que les parties de notre corps soient roidies par le froid. Mais comme, toutes choses égales d'ailleurs, il y a moins de chaleur aux extrémités, parce que la vitesse du mouvement du sang diminue en raison de la distance du cœur, Teffet du froid extérieur se fait sentir surtout aux doigts des pieds et des mains, au bout du nez et aux oreilles, w
Les limites de la chaleur physiologique. — T. I, De comhustione, p. 767 : t<:llya, pour le corps humain à l'état sain, un degré de chaleur, mesuré au thermomètre, à partir duquel les liquides et les solides ne reçoivent aucun dommage. Rarement, même chez les hommes les plus vigoureux, cette chaleur excède le 96' degré du thermomètre Fahrenheit (3 5°, 6. C.) Mais, dès que la chaleur, dans les maladies, monte au delà du loo^de-
' Erreur de Van Swieten qui croit, avec les savants de son époque, que notre corps est toujours plus chaud que
le milieu ambiant, t. I, Gangrœna, p. 735. (Voy. Réaumur, Mém. Ac. des Se, 1 73/1 , p. 328.)
VAN SWIETEJN.
gré (37'',8 C.) le sang et son sérum commencent à être disposés à la coagulation ; si la chaleur monte a i 20° F. (5o° C.) le sang se coagule. Ainsi la chaleur, arrivée à ce degré, change l'état de nos liquides. Mais, à la température de l'eau bouillante (212° F.), liquides et solides sont détruits. . . »
Van Swieten parle ici des applications extérieures de la chaleur. L'occasion était favorable pour donner le chiffre de la chaleur physiologique des tissus, et l'extrême limite de la chaleur du corps dans les maladies; mais ces notions paraissent lui avoir fait défaut.
Cependant (t. I, p. 109), expliquant l'action de la chaleur fébrile sur le sang, Van Swieten donne une théorie qui se rapproche de celles qui sont aujourd'hui confirmées, telle que la théorie des embolies de Virchow, ou seulement proposées, comme celle de Lieberraeister sur l'action de la chaleur fébrile comme destructive des actions vitales . , .
Sérum sanguims JJuidissimum ah aqua ebuUtente coagulatur in scissilem massam; et in morhis, dum calor insurgit mulluni ultra gradum caloris honiims sani, statm incipit disponi sanguis ad concretionem ; hiiic respiratio tune tncipit esse dijjicdis et anhelosn, et cerebri actiones lœduntur, quia per suhlilissima lUa vasa, sanguis jam fere concrescens , transtre ncquit; accedit simul, quod per calorem auctum suhtihssima dijflentur de corpore.
La question de la chaleur fébrile prend, dès ce moment, une importance qu'on ne lui reconnaissait pas jusqu'alors.
Lorsque la chaleur, dans les maladies aiguës fébriles, accompagne une inflanjraation locale d'une partie du corps, c'est dans la partie affectée que l'on trouve la plus grande chaleur, quelle que soit la chaleur du reste du corps: ainsi, dans la vraie phrémtide (frénésie), il y a une douleur et une chaleur très-grande à la tête; dans l'angine inflammatoire, il y a une très-forte chaleur à la gorge, et ainsi de suite pour les autres maladies inflammatoires. C'est ainsi qu'Hippocrate, parlant de la possibilité de découvrir le lieu afl'octé par le fait même de
I'i8 CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA FIEVRE.
sa plus grande chaleur, dit {Coac. pra'not. n° A 3) : (Juibus hilus sublatum in tumorem, ne calidius est, et inchmtis m nlterum gr/ivitas aliqun impendere vidctur, hic fus ex win parle est. Et ailleurs il recommande, pour savoir où il faut inciser ou brûler dans l'empyème, de recouvrir la poitrine du malade, d'un linge enduit d'une terre rouge, bien passée et imbibée d'eau tiède, disant que c'est là où la terre se séchera d'abord, qu'il faut faire l'ouverture.
Ce chapitre renferme des vérités et des erreurs. On sait, en effet, que jamais une partie du corps quelconque, enflammée ou non, suppurante ou saine, en quelque état qu'elle soit, ne possède une température supérieure à la température rectale; rarement elle atteint la température axillaire.
Il n'est pas moins vrai que les parties de la peau enflammées sont plus chaudes que lés autres parties des téguments [riihor, calor^, mais elles ne le sont pas plus que les centres; il n'y a donc pas, à proprement parler, de foyers de chaleur créés localement ^.
Quant à la nature de la fièvre, so«s le rapport de la chaleur fébrile, Van Swieten dit, avec Boerhaave (§ 5 80), que la chaleur est effet et non cause, qu'elle n'est donc pas l'essence même de la fièvre, et il rend justice, en ce point, à la théorie que Van Helmont a exprimée en ces termes : febris non est nuda calons tempeslas; sed adest occasionahs vitiata mnteria . ad cujus expidsionem Arrheus per accidens se accendil, vehit indiipmtus. (Tract. De Febre, c. iv, n" XX.)
Frisson fébrile [Jrigus fébrile, t. II, p. 1 69). — «Le frisson n'est qu'une sensation que nous éprouvons par la diminution de chaleur de notre corps. Le frisson ne nous donne point à connaître de quelle quantité notre chaleur est diminuée, mais
' Voir tes expériences de Pourtour Dupolit et celles de Claude Bernard sur la chaleur par dilatation des vaisseaux
et plus grand afll'ix du liquide cbaud, qui est le sang; elles sont le point de départ des théories vasomotrices.
VAN SWIETEN. U9
seulement qu'elle l'esté Or Irs thermomètres nous apprennent que tous les corps ont la chaleur du milieu ambiant, à moins qu'ils ne soient au contact du feu; mais la chaleur de notre corps est supérieure à celle de l'air où nous vivons, et, dès que la cause qui produit en nous de la chaleur vient à cesser ou à baisser, notre chaleur baisse et retourne à celle du milieu atmosphérique. Or c'est la sensation de cet abaissement que nous appelons frisson ( frigus). » Van Swieten explique longuement la cause du frisson fébrile qui serait produit par la constriction des petits vaisseaux et par une moindre action du cœur amenant une diminution des froUements: Omnes Immores jiim stognare incipiuiit circa urteriarum cxtrema, quod cordis coi.lracUo debcat minrn, quia resislentias in artmis supemre, adeoque et se intègre evacuare, nequit. . . tllud ennn frigus fit a, miinilo altrttu liquorum in se muluo et ad vasa, etc.
Opinion des anciens sur la Jièvre, d'après Van Swieten. — Après avoir professé que le j)ouls était le signe le plus constant de la fièvre. Van Swieten s'exprime ainsi : «Cette shuplicité a déplu, et l'on trouvait dur d'en être réduit à la seule accélération du pouls comme signe pathognonionique et toujours fidèle de la fièvre, d'autant plus que le pouls peut être troublé par une infinité de causes passagères.
«Aussi Celse recommandait-il de prendre de grandes précautions pour s'assurer si le pouls n'était pas influencé par des causes accessoires.
«Or la chaleur n'offre pas plus de garanties, et, bien que les anciens l'aient considérée comme l'essence même de la fièvi-e, ils hésitaient à la croire un signe infaillible. Celse dit: Altéra res cm credimus, calor, œcjue fallax.
«Pour Galien il y a fièvre quand la chaleur est augmentée d'une façon assez immodérée pour mettre l'homme mal à
' Van Swieten contredit lui-même plus loin cette erreur.
l'aise et l'empêcher d'agir; que si ni l'un ni l'autre n'a lieu, quand même l'homme serait plus chaud qu'avant, il n'y a pas lieu de dire qu'il ait la fièvre. — Et les médecins grecs et arabes qui ont suivi n'ont pas parié autrement. Avicenne distingue la chaleur fébrile, morbide, de celle f[ui provient de la colère ou du mouvement musculaire.
«Hippocrate, d'après Galien, tout en parlant du pouls, semble ne l'avoir pas beaucoup étudié et en avoir méconnu l'importance et la vraie cause; pourtant Hippocrate décrit souvent des caractères particuliers du pouls. " [Coac. prœnot. de lethargicorum pulsu , ni Zoilo, m PoJycrate, etc.)
De la chaleur du corps dans les maladies et de la thermométrie. — Au tome II, § 678, Van Swieten développe et complète l'aphorisme suivant de Boerhaave : Calor febrilis ihermoscopio externus, sensu œgri et ruhore urinœ mternus cognoscitiir. Nous traduisons presque intégralement ce chapitre important : k La chaleur est un symptôme si constant dans les fièvres, que Galien et après lui les médecins les plus célèbres ont pensé que la chaleur était la fièvre même. Chez l'homme sain il y a une chaleur d'un degré bien déterminé : la chaleur dite fébrile excède ce degré , qui est celui de la santé , et c'est de cet excédant morbide qu'il' s'agit quand on parle de la chaleur fébrile. Nous traitons, dans ce paragraphe, de la manière de reconnaître la présence de cette chaleur fébrile.
" On reconnaît la chaleur et à la surface du corps, et dans les cavités profondes pendant la vie, comme chacun sait, et, toutes choses égales d'ailleurs, elle est toujours plus élevée à l'intérieur, à cause des pertes que l'air extérieur fait subir à la surface du corps, parce qu'il est plus froid que nos tissus. On peut sans doute reconnaître , par le toucher, la chaleur extérieure chez les fébricitants , mais non en apprécier, avec une exactitude suffisante, l'intensité; attendu que le sens du tou-
VAN SWIETEN. 151
chei", en ce qui concerne la chaleur (^sensus coloris^, peut varier chez nous par des causes nombreuses.
ççPar exemple : quand nos mains sont froides, nous trouverons que la main du malade est chaude, ^lors qu'elle nous paraîtrait à peine tiède, si nos mains étaient réchauffées par friction ou autrement. Aussi la mesure la plus exacte de la chaleur est-elle donnée par les thermomètres, aujourd'hui trèsperfectionnés et portatifs, appelés, du nom de leur premier inventeur, Fahrenheit; les meilleurs sont ceux qui contiennent du mercure, lequel est préférable à tout autre liquide. On commence, avec ce thermomètre, par mesurer la température d'un homme sain, que l'on marque avec un index fixé à l'instrument; puis, le point étant noté, si l'on fait tenir ce thermomètre dans la main du malade fiévreux ou qu'on le lui introduise dans la bouche, ou qu'on le lui applique sur la poitrine nue, ou bien dans l'aisselle, pendant une durée de plusieurs minutes, on jugera, parla hauteur variable où montera ie vif-argent, de combien la chaleur fébrile dépasse la chaleur naturelle, c'est-à-dire celle de la santé. Donc on connaît ainsi la chaleur de l'extérieur du corps et celle de la bouche qui a une libre communication avec l'air extérieur; ces températures sont toujours moins élevées que celles des parties intérieures du corps. Il arrive parfois que, dans certaines maladies, les parties extérieures du corps sont peu chaudes, tandis que l'intérieur est brûlant (Hippocrate, fièvre ardente), et alors le pronostic est très-mauvais. Nous avons connaissance de cette chaleur d'après la sensation des malades, qui, dans ces funestes maladies, se plaignent d'habitude d'une ardeur intolérable, surtout dans les viscères vitaux [vitalia visceray^i Suit un chapitre sur les urines chargées chez les fiévreux, chapitre excellent.
On croirait lire un ouvrage contemporain et un bon ouvrage.
Nous avons donc ici, résumée, toute la pratique thermo-cli-
152 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA 1 lÈVRE.
nique de Van Swielon. Nous voyons qu'il consultait la tciiipérature sur la peau du tronc, dans la main, dans l'aisselle et dans la bouche, et qu'il supposait des températures intérieures dont le degré inconnu lui paraissait ne pouvoir être indiqué exactement; il s'en rapportait, sur ce point, aux sensations des malades. [1 ne parait pas que l'on ait, à cette époque, introduit le thermomètre dans l'anus ou dans le vayin, ni qu'on ait su combien la tempéralure de l'aisselle s'approchait des températures centrales.
Valeur difignostique du signe chaleur. Van Swieten ( De morh. lut. aph. 570). — Le pouls accéléré est le signe le plus constant de la fièvre.
Ici VanSwieten aborde une question qui, depuis, a été fort étudiée, et dont la solution vraie, trouvée par de Haèn, a été oubliée, puis retrouvée de nos jours : celle du frisson avec lièvre (du froid avec chaleur).
11 y a, dit-il, de la fièvre au plus fort du frisson de la fièvre quarte, et, quand un faible vieillard, au milieu de l'hiver, est suffoqué par une fièvre quarte avant d'avoir pu se réchauffer, tout le monde n'en dit pas moins qu'il est mort dans le paroxysme fébrile. Donc il y a de la fièvre, quoique l'on n'observe pas de chaleur. C'est une sorte de paradoxe que de dire (^nvgari videtUur) qu'il y a de la chaleur dans le moment du frisson fébrile, mais elle est latente et on ne peut la percevoir. C'est-à-dire que la chaleur succède au froid et que l'homme frissonne alors qu'il n'est plus froid.
Ainsi l'accélération du pouls est le phénomène (|ue l'on trouve toujours, non-seulement dans toute fièvre, mais à tous les moments de la fièvre.
Pour mieux marquer le défaut du signe tiré de la chaleur, Van Swieten accentue son opinion (son erreur), en disant : «Certes, à ce moaienL de la fièvre, où au frisson féhrde succède graduellement une augmentation de la chaleur (pii arrive
VAN SWIKTEN.
au degié de la chaleur naturelle i^teporcin) , il n'y pas d'autre signe de la fièvre que l'accélération du pouls. 55
Il reste acquis à l'histoire que cette question de la concomitance du frisson et de la chaleur était débattue dans les écoles au temps où Van S\A icten écrivait ce chapitre.
Des rapports du pouls et de la cliuhur {^proportions — « On ne peut pas dire dans quel rapport la vitesse de la circulation et la résistance des vaisseaux sont avec la chaleur fébrile.
"Si la vitesse du sang était doublée, alors cpe chez un féhricitant les artères battent deux fois plus vite qu'à l'état sain, la chaleur ne serait pas pour cela portée au double; il y a, outre la rapidité du mouvement, d'autres causes qui conspirent à produire la chaleur. . . Cette chaleur, portée au double, serait intolérable pour le corps et produirait bientôt la mort. Si la chaleur normale était doublée, portée à 180" F., le sang se coagulerait dans les vaisseaux et tout mouvement cesserait.
t // semble que le rapport du pouls à la chaleur soit tel que l'excédant de chaleur qui se montre avec un pouls doublé de vitesse, soU à l'excédant qui se montre avec un pouls triplé de vitesse, dans Je rapport de 1 à a. l\ faut tenir compte du reste, non pas seulement de la fréquence, mnis de l'amplitude du pouls. . . "
Ce que Van Swielen dit est fort juste en principe. Depuis lui on a mieux étudié les rapports de la fréquence du pouls et de la tem[)érature.
Si nous appliquons son principe, nous trouvons que la chaleur étant de 3 7°, 5 C. avec un pouls à 60, si le pouls est triplé, soit porté à 180, et la chaleur étant alors de ^i°5, la chaleur sera de 39"5 avec un pouls de 120. L'expérience nous montre que si, dans les maladies à courbes régulières, la courbe du pouls se modèle sur celle de la chaleur, cependant il n'y a point de rapport entre la fréquence absolue du pouls et la chaleur absolue; celle-ci a un maximum, le pouls n'en a pas; le rapport varie d'un indivi.lu à l'autre, d'une maladie à l'autre.
lâlt CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
Les maladies fébriles, la fièvre. — § 558 de Boerhaave : Febris frequentissimus morbus, vijlammationi individuus (inséparable) cornes, 'plurium morborum, mortis et sœpe sanatioms optima causa, nunc explicanda. La fièvre est la plus fréquente des maladies, elle accompagne toujours les maladies inflammatoires, les autres souvent. Aussi l'histoire de la fièvre méritet-elle la première place.
Fehris a fervore dicitur Latinis, ut voluerunt plurimi, a februando (purifier), id est luslrando vel purgando deduxerunt alii.
Hippocrate a dit aussi (et il n'était pas le premier sans doute) : f« Je commencerai par la fièvre, qui est la plus commune des maladies (lib. De Jlatibus), et qui est la compagne de toutes les autres maladies, principalement de l'inflammation.»
La triade fébrile. — Van Swieten dit, après Boerhaave et comme tous ses contemporains : Tria nenipe tanlum phœnomena omnibus febribiis communia observantur : horripilatio, pulsus velox, calor.
Quant à la nature de la fièvre, il faut dire, avec Sydenham : le mode d'action de la nature, en cette matière, échappera toujours à l'esprit des mortels. Dans toute fièvre, dit Van Swieten, l'expérience montre qu'il y a accélération du pouls, et, par conséquent, contractions plus fréquentes du cœur; ce qui prouve que les causes qui font contracter le cœur sont accrues; mais comment agissent ces causes excitantes du cœur, pour- (|uoi, dans la fièvre, sont-elles plus énergiques? nous l'ignorons.
Tout ce que nous savons de la nature de la fièvre, nous le connaissons seulement par ses effets et ses attributs inséparables: l'esprit humain semble ne pouvoir aller plus loin, ne(jue hactenus bonœ frugis protulerunt omnes, qui hic plus sapere voluerunt. Cette phrase est à méditer !
Classification des fièvres d'après la nature de la chaleur fébrile.
VAN SWIETEN
— Van Swieten (t. 11, p. 28) commente le 5 y 9° aphorisme de Boerhaave ainsi conçu : l?i omni fehre, his prœgressis, oritur calor, major, minor, hrevis, diuturnus, intermts , externus, universalîs, vel loci, pro varietate febris. Cet aphorisme indique une vue d'ensemble, philosophique, et plutôt une intuition que le résultat direct de l'expérience. Van Swieten tente d'établir une classification des fièvres en partant du principe des modalités variables de la chaleur. «Après, dit-il, que le frisson a cessé et que le sang circule librement et largement par les artères dilatées, les capillaires ayant cessé de résister, la chaleur fébrile se développe et s'accroît. Or, suivant le caractère {indolc^ différent de la fièvre, cette chaleur diffère d'intensité, de durée, de siège (/oco) . . .
«Ainsi la fièvre éphémère, la synoque simple, ont une chaleur douce et humide, à peine plus élevée que la chaleur naturelle; la synoque putride a une chaleur beaucoup plus intense et qui pique, pour ainsi dire, le doigt qui touche; dans la véritable fièvre ardente , la chaleur perçue au toucher est brûlante, et l'air expiré semble en être surchauff'é. Dans la peste, l'invasion de la maladie, détonant sur certaines parties, comme un feu vif, les réduit en escarre. Dans la fièvre tierce légitime et parfaite , qui ne dépasse jamais douze heures , la chaleur dure quelques heures seulement; dans les fièvres continues, elle s'étend à plusieurs jours, à des semaines; dans les fièvres hectiques, cette chaleur dessèche et épuise le corps pendant plusieurs mois.
«Le meilleur signe est quand la chaleur est répartie également par tout le corps jusqu'aux extrémités. Dans les fièvres les plus mauvaises et le plus souvent mortelles, il arrive que l'on perçoit une grande chaleur dans les centres vitaux, tandis que les extrémités du corps sont froides.;;
Il semble que, dans cette tentative de classification des fièvres. Van Swieten ait eu une sorte de divination des services que les courbes de température seraient appelées à rendre.
156 CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA FlÈVi.E.
HALLEK'.
Haller range la chaleur parmi ](S eJcmenta mnguinis. Il admet que le sang est plus chaud que le milieu amhiant habituel, même chez les animaux à sang froid, à plus forte raison chez l'homme^. Cependant, passant en revue tous les climats, il reconnaît que certains ont une chaleur supérieure à celle du sang de l'homme; celui-ci peut vivre dans une chaleur extérieure de 5o à 60 degrés centigrades. La tempéra-
' On l'nppelle «le plus grand pliysio- IngisLe des temps modernes, îi né à Berne en 1708, morl en 1777. D'abord littérateuret poète. Élève à Tnbingen de Diivernois, analomiste, va à Leyde, éUidie sous Aibiniis, Boerhaave, 1720, Ruy.sch, apprend les malhénialiqups avec Bernouilli à Borne. Va en Angleterre, voit Hans Sloane, Douglas, Clieselden ; en France; Geoffroy, les Jussieii, Le Dran, chirurgien, cl VVinslow qu'il aima surlout. Haller quitte Paris parce que, disséquant avec un prosecteiir nommé Lagarde, il fut dénoncé par i;n voi.'-in indiscr et; qui avait fait un trou nu mur: hanc disceïuH Ojiportunitaleni irialigiia ciiriosilas (ipcrarti turhavit, qui e/J'osso paiiele qiiid agen ni speculaliis, meum iioiiien ad vtros p.Micœ scciintati pi cpj'octos detulit ; ut graves pœ- 11ns , forte trirèmes cffugcrem , lalendum iiiihi fuit, et deserenda vadavcra. [Bibl. anal. t. II, p. 1 96.) En 1729 (21 ans) il exerce la médecine. Médecin d'iïôpital en ly'iG. L'État de Brrne avait fait construire pour lui un amphithéâtre d'analomieen 178^ et il en est professeur (-.'.ô ans!), publie un r cueil d'odes et d'i'[ itres en allemand, est chef de la
bibliothèque; en 178(5 professeur en Hanovre à Goltingue. Anatomie , hotaniqne , chirurgie. Gomma nte Boerhaavé en 6 volumes, 1 789. En 1 7^12, 2 vol. de botanique. Atlas d'anatomie , de 17^8 à 1753. Livre sur les monstres, 17Z15.
Eléments de phijsiologie , 17^7. Grande phiisiolo.ite , !']■)']■ On fait pour lui à Gottingue un jardin botanique. Publie tous les classiques anciens et modernes. Haller a trop écrit pour avoir beaucoup inventé. Les inventeurs écrivent peu et pensent beaucoup. Les encyclopédistes font plus d'ouvrages et moins de trouvailles. On a plutôt fait un livre qu'une expérience.
Haller est un encyclopédiste et un érudit, un de ces hommes qui représentent la science classique île toute une époque. Il donne une science de seconde main, il l'emprunte à Boerhaavé, Van iL wieten, de Haen; bien qu'il n'ait pas émis d'idées originales sur la chaleur, il nous donne l'état des connaissances à son époque.
Haller, Lien, cnis de physiologie , traduits de latin par Tarin, Paris, >;dcci,ii, chapitre x : De la }-oxpirulnm , ccniii, p. 66.