ROBERT DOUGLAS
proposition 5 est ainsi conçue : « La chaleur extérieure relâche les vaisseaux des animaux; le froid extérieur, au contraire, les resserre. » En voici le corollaire : « Le froissement des globules cesse dans les extrémités capillaires lorsque la chaleur de l'animal coïncide avec celle de son milieu. 5j
L'auteur émet ensuite une proposition qui suppose de nombreuses expériences et, pour ainsi dire, une science faite, mais il ne cite point ses sources: «^H y a un certain degré de chaleur extérieure dans l'étendue duquel la chaleur innée d'un animal, quoique vivant et en bonne santé, s'éteint insensiblement. Ce degré, dans les animaux d'un tempérament chaud, coïncide avec la température naturelle de leur sang. De cette limite, si l'on suppose qu'un animal chaud parcourt une suite indéfinie de degrés de froid, toujours en augmentant, l'augmentation de sa chaleur innée se fera en même raison que celle du froid, jusqu'à une certaine étendue; elle se fera ensuite, en raison de plus en plus faible, jusqu'à ce que la chaleur innée de l'animal soit dans son plus grand degré de vigueur, et, depuis cette période, elle diminuera par degrés, à mesure que le froid augmentera, jusqu'à ce que l'animal meure, et qu'enfin sa chaleur s'éteigne tout à fait, v
Le livre que nous analysons contient des idées qui n'étaient pas toutes personnelles à l'auteur; on y ti"ouve exprimés des aphorismes classiques en ce temps; on y voit quel usage on faisait alors du thermomètre et du microscope, combien le public médical se conipl^sait dans la physiologie expérimentale, et quel milieu scientifique éclairé présentait alors l'Angleterre.
Robert Douglas soutient la proposition que la chaleur animale est engendrée par le froissement des globules de notre sang contre les parois des extrémités capillaires^, et Naturellement la chaleur innée d'un animal et la friction des globules dans ses extrémités capillaires (qui, toutes choses égales d'ailleurs, est
' Théorème, p. 5i .
proportionnelle à la vitesse du mouvement de ces globules) ont r)on-seulement des périodes similaires et relatives les unes aux autres, depuis celle de froid extérieur dans laquelle elles cessent toutes deux, jusqu'à cette autre dans laquelle leur trop grande constriction produit le même effet , mais encore ces périodes sont, de part et d'autre, réglées et déterminées par une seule et même cause, la vitesse du mouvement du sang, n
On ne peut s'empêcher d'admirer la logique de ces raisonnements et d'estimer une époque où l'étude des sciences physiques appliquées à la médecine avait le pas sur l'empirisme brutal et mercantile des médecins praticiens purs de toute préoccupation scientifique.
Appliquant à faux un principe vrai, Douglas dit donc que la dilatation et la contraction des extrémités capillaires d'un animal influent sur la génération de la chaleur, mais il se trompe en n'y voyant que la question du frottement. On ne peut, dit-il, expliquer nos sensations de chaud et de froid que par les différents degrés de constriction ou de relâchement des extrémités capillaires.
Dans la partie où l'auteur développe ses idées sur la génération de la chaleur relativement à la grandeur différente des animaux, il rappelle (voyez plus haut) ce principe de Newton, que, comme les surfaces des corps ne décroissent pas si vite que leur volume (qui décroît en raison triple, au lieu que les surfaces décroissent en raison double de leur diamètre respectif) , c'est pour cette raison que les temps du refroidissement des corps sont, cœteris paribus , comme leurs diamètres respectifs. Les grands animaux doivent donc perdre beaucoup moins de leur chaleur que les petits de la même température; et cette perte se doit faire en raison juste de leurs diamètres.
C'est là un grand fait de physiologie. C'est une très-belle application de la géométrie à la physiologie et à la médecine des petits enfants. Les modernes l'ont acceptée sans en citer ou sans en connaître la source.
L'auteur rappelle que, d'après Leuwenhoeck , les globules du sang et les vaisseaux capillaires ont le même diamètre dans les petits animaux que dans les grands.
Se fondant sur les calculs de Haies, à savoir que la surface respirante des poumons est vingt fois aussi grande que celle de tout le corps; mais considérant que l'air qui y pénètre est déjà échauffé dans son passage à travers les voies nasales et se dilate, il admet que nous perdons au moins la moitié de notre chaleur par les poumons dans l'acte de la respiration.
L'auteur est amené nécessairement à régler sa thérapeutique sur la contraction des capillaires : « Donc, dit-il, d'après ce que nous avons dit sur la chaleur contre nature des animaux, on comprend pourquoi les astringents, dont l'effet tend à diminuer le diamètre des extrémités capillaires, raniment et fortifient notre chaleur innée, et pourquoi, d'un autre côté, tout ce qui peut relâcher produit un effet contraire. V
(Ecole française, xviif siècle.)
«La fièvre, dit Fizes^, tend directement à la destruction du principe vital et fait périr la plupart des hommes, qu'elle soit essentielle ou symptomatique. Son nom lui vient peut-être de l'ancien mot latin (sabin) februo, qui signifie purifier. Les Grecs l'appelaient j;t«reYoS;, ôe pur, feu, à cause que la chaleur accompagne ordinairement la fièvre. 5) Fizes constate que les médecins diffèrent d'avis sur l'essence de la fièvre : il se range
' Né à Montpellier en 1690, mort en 1765. Homme très-célèbre dans la pratique, médecin du roi, fils d'un professeur de mathématiques. Professeur de chimie à l'université de Montpellier, a publié de nombreux ouvrages d'anatomie, de physiologie, un Traité
(les fièvres, etc. Fouquet, au dire de Desgenettes, se vantait d'avoir acheté nombre d'exemplaires du Traité des fièvres pour les anéantir comme pernicieux.
^ Traité des fièvres , traduit du latin de M. Fizes, mdcolix, p. 1.
à l'opinion des modernes qui combattent Fernel et tous les anciens, en ce sens que la chaleur se trouve souvent sans la fièvre, et que la fièvre n'est pas toujours accompagnée de chaleur; et il cite comme exemple le début des accès fébriles et certaines fièvres malignes qu'on appelle froides. «On peut ajouter encore, dit Fizes, que, clans les fièvres malignes, la chaleur n'excède pas de beaucoup celle que nous avons naturellement; souvent même on n'y remarque aucune différence.» Voilà où est l'erreur de Fizes, et tout naturellement il devait chercher ailleurs que dans la chaleur la mesure de la fièvre; il devait abandonner Hippocrate et faire prédominer le ppuls. Voici sa DÉCLARATION ' : « 11 s'agit de chercher un signe pathognomonique de ]a fièvre, sur lequel il ne puisse plus y avoir de contestation. Or c'est une chose reconnue de tous les praticiens, qu'il y a fièvre toutes les fois qu'on trouve le pouls accéléré et les fonctions lésées considérablement. On peut donc définir la fièvre relativement à la pratique: ime accélération surnaturelle du pouls, ou, ce qui revient au même, la fréquence du pouls jointe avec une lésion de fonctions constante et notable. ■>■) Fizes ne manque pas de faire remarquer que, suivant cette définition, la fièvre pourra aussi bien exister avec le froid qu'avec le chaud , quoiqu'elle soit plus ordinairement accompagnée du chaud. Il indique comme cause prochaine de la fièvre une augmentation dans la vitesse des contractions du cœur, jointe avec le ralentissement du sang dans les vaisseaux capillaires, et encore faut-il que ces deux causes soient réunies. Fizes admet, du reste, une matière fébrile qui épaissit le sang, ou le raréfie {Tj.
Au chapitre des fièvres putrides , Fizes décrit le froid fébrile qui, dit-il, ne se montre pas seulement au début des fièvres putrides, mais encore dans celui des autres fièvres; il distingue quatre degrés^ dans le froid fébrile : i° refrigeratio (frisson); Q° horripilatio ou horror ; 3° rigor; h° algor. Et il signale avec
' Page 3. — ^ Page 60.