‹ De la température du corps humainChapitre 55 sur 150 · FRANÇOIS DE SAUVAGES · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SAUVAGES

tité et l'agitation trop forte des particules ignées, laquelle est proportionnelle à la vivacité de la faculté sensitive, et qui, de la part du corps, est comme le produit de la quantité des particules ignées, dans un espace donné, par leur vitesse doublée. Cette définition prétentieuse, et qui affecte un faux air de calcul mathématique, marcpie bien l'esprit de l'auteur et de ses contemporains (encyclopédie). Plus loin, Sauvages dit que la chaleur est produite par le frottement. (Traducteur de Haies.)

Voici maintenant quels sont, d'après Sauvages, les principes de la chaleur (t. Il, p. 38 i ) : «Les aliments, les boissons ou les choses comestibles qui contiennent quantité de particules ignées, alcalines, volatiles, aromatiques, spiritueuses, telles que les viandes salées, poivrées, les esprits fermentés, les substances chaudes; comme aussi les choses externes chaudes, comme l'air d'été, l'insolation, les étuves, les bains chauds, etc., à quoi l'on peut ajouter celles qui augmentent le frottement des solides et des fluides, telles que l'augmentation de la force du cœur, du mouvement musculaire par la course, la vocifération, la colère, etc., lors surtout que le corps est dense et pléthorique. »

Sauvages parle doctement de tout et écrit sans hésitation (t. Il, p. 382) que: k 1° le cerveau, le cervelet et la moelle, étant moins denses que les autres viscères, doivent moins s'échauffer; les reins sont très-denses, et de là vient qu'ils s'échauffent beaucoup; et encore, qu'une chaleur fébrile de 33" R. (/ii°C.) doit dissoudre le sang, qui se coagulerait à une plus haute température, et qu'alors les matières tenaces et visqueuses qui obstruaient les vaisseaux recouvrent la fluidité, etc. »

Ailleurs Sauvages dit que la sueur emporte les humeurs salsugineuses , car la sueur est l'humeur lixivielle du sang. (T. II, p. 386.)

A côté de cette science dangereuse d'un demi-savant saturé

de théories et prodigue d'explications, Sauvages possède une expérience pratique fort raisonnable.

(T. II, p. 383.) Quand la chaleur fébrile est trop forte, la nature, dit-il, nous indique les moyens qu'il faut employer, savoir : la saignée, la ventilation et les boissons froides. Mais rien n'indique que telle fût la pratique habituelle de l'auteur.

Sauvages parle aussi de la matière phlogistique engagée dans les vaisseaux, et il consacre un chapitre à des expériences de chimie héraatologique. Ailleurs, au chapitre intitulé Théorie des plilegmasies , Sauvages rapporte des observations thermométriques faites sur lui-même (t. lil ,p. 77) : J'ai remarqué, le 20 août 17^0, que la chaleur de mon urine, de ma bouche, de mes aisselles, etc., était de 28° R. (35° C); je me portais bien alors. Ayant eu la fièvre depuis, dans le temps même que je sentais une chaleur brûlante dans la plante des pieds, la chaleur n'a pas passé 3i° R. (3 8°, 7 C). v On voit par là combien la science pratique de la thermométrie était chose encore peu connue à cette époque (en France).

A l'article Frisson, dans le chapitre Des spasmes cloniques universels (t. IV, p. 71), Sauvages s'exprime ainsi; «Le frisson est de deux espèces, ou avec froid, ou sans froid. . . Quelquefois il ne se fait sentir qu'au malade, et la chaleur naturelle subsiste clans la partie que le médecin touche, w

Le frisson avait été fort étudié dans ses diverses formes et manifestations dans les accès de fièvres intermittentes. (Torti, De febribus.^ Cependant ces notions empiriques n'éveillaient que médiocrement f attention des observateurs.

Ailleurs, au chapitre Des douleurs vagues avec chaleur excessive (t. VI, p. i/i/i). Sauvages, en un court paragraphe et qui marque de sa part peu d'intérêt, nous donne un résumé de sa science thermométrique, il s'exprime ainsi : «La chaleur d'un homme sain, en hiver, est de 27° R,; en été, de 3o (de 33°,7 à 37",5 C); elle est d'autant plus grande qu'elle monte plus haut comme à 35°, à 38°. Lorsqu'elle va au

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delà, les parties se brûlent, les organes se détruisent; il se forme ou une escarre ou un sphacèle sec, les fluides se dessèchent, les fibres se rident, la partie reste privée de sentiment et de mouvement. Une chaleur au-dessous de 35° raréfie les fluides environ d'une 200'' partie de leur volume, les vaisseaux se dilatent à proportion, la partie devient rouge, douloureuse, etc. 55

Si l'on relève les erreurs de fait contenues dans ce paragraphe, on trouve d'abord que l'auteur suppose la chaleur du corps beaucoup plus élevée en été qu'en hiver; ainsi il donne le chiffre 97° R., soit SS",^ C. pour l'hiver, ce qui est trop bas; et 3o° R., soit 3 7°, 5 C. en été, chiffre normal en tout temps, quoique un peu trop élevé.

Plus loin. Sauvages, exprimant une opinion qu'il ne dit point avoir vérifiée sur lui-même, ajoute : cdl paraît, par le thermomètre, que la chaleur du corps humain pendant la fièvre, qui est le temps où elle est la plus forte, n'est que de 3/1° R. (/j2°,5 C.).)) C'est là une vérité qui n'a point été contredite par les expériences ultérieures.

Sauvages n'a donc point ignoré l'usage du thermomètre appliqué à déterminer l'existence de la fièvre, sinon à en graduer l'intensité, mais il ne peut être compté parmi les auteurs qui ont fait progresser la médecine dans cette direction. A peine connaissait-il ce qui, en d'autres pays, était professé sur cette partie si importante de la pathologie générale.

SÉNAC

(École française, xviii'' siècle.)

Parlant du, cœur, Sénac doit parler de la chaleur distribué par la circulation.

' Grand médecin français 'que l'on cogne , à Lombez , 1698; mort en 1770. peut comparer à Do Haën. Né en Gas- D'abord protestant, élevé pour être mi-

llà CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

Chap. IX ' : ce La chaleur est produite par l'action des causes de la circulation et par Faction du sang. 55

Sénac cherche le foyer de la chaleur.

Ce n'est pas la fermentation, c'est le frottement qui entretient la chaleur. L'eau, dit-on, ne s'échauffe pas par le hattage, mais c'est une erreur, elle s'échauffe un peu comme on le voit au thermoscope, et le lait battu s'échauffe.

Sénac n'adopte pas toutes les idées de Martine. C'est dans les vaisseaux capillaires que se fait surtout la chaleur. . . Ce qui prouve que c'est dans ces vaisseaux que sont les principales causes de la chaleur, c'est que Faction des nerfs produit quelquefois du froid en certaines parties; la surface du corps se refroidit en diverses maladies, tandis que les viscères sont brûlants; le nez, le visage, une main, un pied se refroidissent subitement, tandis que le reste du corps conserve une chaleur égale : or les nerfs ne peuvent que boucher les vaisseaux capillaires par leur contraction; c'est donc l'action de ces vaisseaux qui est la principale cause de la chaleur, v

Ce n'est pas la cause de la chaleur du sang, c'est son mode de répartition, de régulation. Sénac l'exphque parfaitement et nous ne dirions pas mieux aujourd'hui.

«C'est encore dans la nature du sang qu'il faut chercher les causes de la chaleur; sa pesanteur, sa masse, ses parties huileuses, sont des agents sans lesquels les artères n'exciteraient pas autant de chaleur , . .

Il y a aussi les molécules rouges du sang. . . les saignées doivent

uistre, succède en 1 762 à Chicoyneau , premier médecin du roi.

Ou\'ra^^e&: Nouveau cnurs de rinmip,

VAnatomiede Heister,a\ec des Essais de physique.

Sur l'usage des parties du corps humain, ^']i2h , 1 735.

Sur la taille.

Sur le choix des saignées.

Sur la peste , 17/1/1.

De la structure du cœur, de son action et de ses maladies. Traité, 17/19.

De la fièvre intermittente.

Jlembre de l'Académie des sciences.

^ Traité de la structure du cœur, de son action et de ses maladies, par M.

Sénac; Paris, mdccxlix, t. II, p. 2/10.

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nécessairement diminuer la chaleur, puisqu elles ajf 'aihlisseni la cause mouvante. . .

«La diète doit produire le même effet; un jeune homme, selon le témoignage de Martine, perdit, dans deux jours de jeûne, plus de quatre degrés de chaleur ^

R Le sang s'échauffera davantage chez ceux qui ne boivent pas, qui useront d'aliments huileux, aromatiques, c'est ce qu'a remarqué M. Hoffmann. Les matières animales seront aussi une source de chaleur.

«Chez les malades, qu'il y ait une irritation qui aiguillonne les nerfs et les vaisseaux, ces impressions porteront la chaleur à un grand excès.

«Les degrés de chaleur sont les mêmes dans toutes les parties des corps animés . . .

«Les sens avaient conduit plusieurs médecins à cette égalité. Selon Bacchius, Thomas Cornélius, Wepfer, la chaleur n'est pas plus vive dans une partie que dans une autre. Mais les sensations sont des marrjues infidèles de la chaleur; les impressions que les corps étrangers font sur la peau dépendent de la disposition différente et des nerfs; quand même les dispositions ne nous tromperaient pas, nous ne pourrions pas apercevoir les différents degrés de chaleur, nous ne pourrions distinguer que les grandes variétés.

« Borelli a cherché, dans le thermomètre, une mesure moins équivoque de la chaleur; il n'a pas trouvé plus de chaleur dans le cœur que dans les autres viscères. Malpighi, par de semblables expériences, a démontré la même égalité. De même Amontons , Martine.

Sénac reconnaît que, si les parties profondes sont plus chaudes, c'est qu'elles ont plus de sang et sont mieux protégées contre le froid extérieur. ,

Schwenke a affirmé que le sang tiré des veines est moins

' Voir Ghossat, Les peuples gloutons du Nord.

chaud que celui tiré des artères, mais ses expériences ne sont pas irréprochables.

Chap. IV : wS'ii y a un degré fixe de chaleur dans le corps humain, ce degré est toujours renfermé entre 90 et 100° F. (32,4°, et 37,8° C), degré rare. Les corps des animaux sont plus chauds que le corps humain. . . Chez les moutons, bœufs, cochons, la chaleur est à 100, 101, 102, 10 3° F. et plus haut chez les oiseaux, v

Sénac rapporte les observations de Cokburn et Derham sur la diminution de la température avec des pulsations lentes.

A cette époque on admettait encore que la chaleur du corps humain dépassait toujours celle de l'air. Singuhère erreur, qui, outre les anciens, avait pour parrains des hommes comme Boerhaave, Cokburn, Amontons, Polenus, ces deux derniers, à la vérité, ayant haussé le degré de la chaleur connue de l'air.

Sénac ajoute : «Sous la ligne équinoxiale même, l'air est moins chaud que nos corps. 5?

K Pourtant la variété des températures selon les climats, dit Sénac, ne fait pas varier celle de notre corps." (C'est un progrès.)

« La chaleur, dit-il, ne s'accumule pas. . . il en est des chairs comme d'autres matières ; qu'il y ait un vase plein d'eau auprès d'un feu d'un certain degré , quoique à chaque instant il parte de ce foyer une cause de chaleur, cette cause n'échaufïe pas davantage les molécules de l'eau

K La chaleur est le principe de la vie chez les hommes et les animaux , elle peut aussi devenir l'instrument de leur perte; il fallait donc la mesurer, fixer le degré qui est nécessaire à la vie, et celui qui détruit les corps.

«'Quelques degrés de chaleur ajoutés à la chaleur ordinaire se font sentir vivement : on éprouve une ardeur brûlante;

' Il ignore la pression atmosphéiique et l'évaporation, cause de régulation.

SÉNAC

cependant ils n'élèvent que très -peu la liqueur du thermomètre.

trDans la fièvre tierce ou la quarte, les corj)S paraissent brûlants, cependant elles n'ajoutent pas à la chaleur naturelle plus de 6 ou 7 degrés F. de chaleur.

wDans le commencement de ces fièvres, la chaleur est, selon Schivenke, de 87 ou 90 degrés F. )32° 5 C); dans la violence de l'accès, elle monte à 10 4" F. (/to° C.)

«Selon le même auteur, une pleurésie et une fièvre produites par la goutte avaient élevé la liqueur du thermomètre jusqu'au 108° degré (^2°, 2 C.)^.

kII est difficile de mesurer la chaleur des malades, ils n'appliquent pas bien, ni assez longtemps le thermomètre, ils laissent entrer l'air dans le lit . . ,

sUn excès de chaleur, quoique petit en apparence, bouleverse toute la machine animale, multiplie la force du cœur, hâte le cours du sang, agite toutes les parties; c'est un aiguillon appliqué a tout le tissu du corps.;;

Applications à la médecine. — Chap. v. « Ce n'est pas par le sentiment qu'on peut apprécier la chaleur. On sent beaucoup d'ardeur dans des parties qui ne sont pas plus échaulfées que dans leur état naturel; les nerfs portent quelquefois, dans un membre, un sentiment d'ardeur démenti i^ar le thermomètre.

« La force du pouls est aussi, en divers cas , tinc mesure équivoque de la chaleur.

Quelquefois les parties externes sont peu échauffées ou froides; cependant le pouls est tendu, vif, fréquent; il est vrai qu'alors la chaleur peut être violente dans les entrailles, parce que le sang s'y ramasse; c'est ce qui arrive, par exemple, dans le froid qui précède la fièvre.

Si de telles observations nous montrent les degrés de cha-

' Voir Schwenke. Né à Utrecht, lôgi ; étudie à Lcyde, exerce à la Haye, professeur d'obstétrique, mort en 1768.

leur et l'état des parties du corps, elles nous montrent, en même temps , les secours ; i'air ne doit donc pas être trop chaud, puisque, en conservant la chaleur des corps, il les échauffe. Les lits échauffés, les couvertures trop pesantes, des habits trop serrés, sont des sources d'une nouvelle ardeur; il faut donc tempérer l'air cjue les malades respirent, et ne les couvrir que suivant la nécessité. »

A ce propos, nous dit Sénac, il faut lire les expériences de Boerhaavc sur les animaux mourant dans une atmosphère à iZi6° F.

Au chapitre vi, Des causes du froid : «La chaleur des corps animés sexhaJe, pour ainsi dire, continuellement; eUe se portage à Fair qui environne ces corps; or cette communication ou cette perte continuelle produit la température qui est nécessaire à la santé, température qui serait sujette à de moindres changements, si le même air était toujours appliqué à la peau; mais l'atmosphère qui nous environne change continuellement; elle se renouvelle plus souvent quand le vent soujjle; celles qui succèdent dérobent chacune au corps un nouveau degré de chaleur; on peut donc sentir un plus grand froid, quoique l'air ne soit pas moins chaud. »

Dans quelques-unes de ses parties et dans cette dernière plus spécialement, l'œuvre de Sénac est absolument dans le courant des idées actuelles, c'est un excellent chapitre de physiologie et nous sommes heureux de le lire dans un auteur français.

DE HAËIN'.

( Ecole flamanJe en Autriche, xviii" siècle.)

1j historique de la chaleur, d'après de Haën. — De Haën {Ratio

' Antoine de Haën, né en 170/1 à ten l'appela à Vienne en lyDi.Hypro-

la Haye, mort en 1 776. Elève de Boer- fessa la clinique et fit partie de cette

liaave, exerça vingt ans à la Haye, sans pléiade de cliniciens célèbres, Van Swie-

aucune fonction enseignante. Van Swie- ten, StoU, Frank.

DE HAËN.

medendi), au chapitre intitulé : De sanguine humano ejusque calore \ fait un rapide historique des opinions émises par les anciens sur la chaleur animale. Ce court passage mérite d'être lu , et nous en donnons la traduction ici : t« Quel est celui d'entre nous qui entreprendrait de donner l'explication de ces phénomènes, à l'aide des principes connus de la physique ou de la physiologie'^? On rencontre là, en face de soi, des difficultés insurmontables. Avant que l'on connût la circulation de Hnrvey, l'école médicale enseignait la chaleur innée, d'après la doctrine du grand Hippocrate (aph. i, i/i, i5). Hippocrate paraît n'avoir pas voulu, en parlant de tw sixÇivtoj ^ép^iw, dire autre chose, sinon que la chaleur, dans le corps humain, commençait avec la vie, variait dans les maladies du plus au moins, et disparaissait avec la mort. Jusque-là il agissait en vrai et sage philosophe, constatant et expliquant! simplement les effets d'une chose dont il ignorait la nature. Pourquoi n'at-il pas toujours gardé cette réserve philosophique?

«Qu'on voie aux livres De carnibus et de rnorbo sacro entre autres! 11 avait reconnu que le sang qui sort d'une blessure est chaud, et que, lorsqu'un homme perd en une grande quantité, il a froid et pâlit. Il conclut de là que la chaleur naît du sang, et que les parties sont d'autant plus chaudes qu'elles ont plus de vaisseaux rouges, qu'elles sont d'autant plus froides qu'elles en ont moins; et, par suite, il admet que le cerveau est la partie du corps la plus froide. Il ne s'arrête pas là; c'est pourquoi, dit-il, la pituite s'y accumule, et elle est éliminée parles narines; et, lorsqu'elle s'y amasse en trop

Son ouvrage le plus célèbre est intitulé : Ratio medendi in nosocomio practico qmd in gratiam medicinœ studiosorim condidit Maria-Theresia. Vienne, 1 768. Il publia, en outre, de nombreux mémoires originaux , pratiques.

' Anlonii de Ilaën. Ratio medendi in nosocomio pratico vindobonensi , 5 vol.,

Neapoli, typis Donati Campi, mdcclxvi, t. I , cap. XXV, p. 269.

"- De Haën est un médecin modeste, qui a conscience des difficultés. Il est assez savant pour ne pas oser de ces explications chimiques avec lesquelles jonglent les médecins hardis, mais peu scrupuleux.

grande abondance, elle est envoyée par le cerveau aux poumons, et, étant froide, elle refroidit le sang contenu dans le poumon et le coagule; elle est, en outre, envoyée dans d'autres ^Darties du corps et y produit diverses maladies : apoplexie, épilepsie, asthme, et une foule d'autres maladies pituiteuses.

K C'est ainsi que se trompent les plus grands génies, lorsqu'ils franchissent inconsidérément les limites qu'ils s'étaient d'abord fixées prudemment à eux-mêmes.

« Si nous consultons Aristote dans les livres De la génération. De la respiration, et au quatrième cbapitre de la Météorologie , nous voyons cet esprit si subtil s'ingénier à nous démontrer que quandoquidem quatuor démentis, aere, aqua, igne, terra, niliil non conslet, id cahdius esse, quod m hac commistione ignem haberet reliqua principia superantem. Il n'y a point de lumière dans ces ténèbres.

«En lisant Aristote et Galien, on est stupéfait des étonnantes idées des anciens philosophes sur la chaleur du corps bumain, et nous ne trouvons rien qui nous éclaire.

^kxx temps de Galien, les médecins, les philosophes oscillaient entre ces deux hypothèses :

kSÏ la chaleur a pour origine le mouvement du cœur et des artères, ou si, comme le mouvement même du cœur qui est inné, la chaleur était de même innée. {^Galen. advers. Lycum, cap. II et in commentariis.^ Galien répond à cette question, comme Aristote, à la façon des péripatéticiens.

c^Aux dogmes des péripatéticiens ont succédé les dogmes cartésien et newtonien.

«Mais leurs explications sont insuffisantes, hérissées de difficultés et de desiderata. ■>■>

Chalenr des corps vivants. — De Haën (1766), dans le chapitre De sanguine Immano ejusque calore, expose les contradictions qui existent entre les faits et les théories; il oppose, avec confiance, l'observation clinique aux doctrines et à l'autorité de

DE HAËiN.

l'enseignement magistral, il fait part de tous ses scrupules, et sait s'abstenir des explications inutiles.

Il s'exprime ainsi : «Nous avons observé plusieurs fois, chez des malades traités de la façon ordinaire ou par l'écorce du Pérou (quinquina), que souvent il ne restait nul indice de fièvre, ni dans le pouls, ni dans la respiration, ni dans l'urine, ni dans les sensations du malade, et que, pourtant, le thermomètre accusait chez eux, 3, h et jusqu'à 6 degrés de chaleur de plus qu'à l'état normal." (De Haén employait le thermomètre de Fahrenheit , dont les degrés sont plus rapprochés que ceux du Celsius.)

De Haén continue ainsi : «Il y a lieu de s'étonner de ce fait, d'autant plus qu'il y a des fièvres aiguës dans lesquelles le même thermomètre, appliqué au même endroit du corps, avec le même soin, et pendant le même temps, ne donne pas un degré de chaleur plus élevé, alors que les malades accusent une sensation de chaleur incommode et que nous-mêmes, par le tact, nous sentons cette augmentation de chaleur, n

Le fait-principe énoncé ici par de Haën est de la plus , grande importance pratique, il va tout droit à montrer que les sensations sont trompeuses, que le pouls et la respiration peuvent aussi nous induire en erreur, et que le thermomètre seul a raison; leWe est aussi la doctrine moderne.

De Haén ajoute : ^Que dire du fait suivant? dans une fièvre suraiguë, vraiment ardente, où l'on avait tiré au malade cinq livres de sang très-couenneux l^summe coriacei sangmms^ , o\\ il se plaignait lui-même d'une chaleur insupportable, et remerciait Dieu du bien-être que lui procuraient ses servants en lui promenant sur le visage des éponges imbibées d'eau fraîche; comment se fait-il que , dans ce cas , le malade n'avait que i o o degrés F. (soit 37°,8 C), 98 et 99 degrés F. (36°,7-37",2 C.)? Ce degré est inférieur à ceux que le thermomètre donne chez les malades qui sont presque guéris de la fièvre, et qui ne

se sentent pas , et ne nous paraissent pas , à la main, plus chauds qu'à l'élat normal. Dans les maladies malignes, la chaleur n'excède pas de plus de 3 à ù degrés la chaleur normale, v De Haén cite encore l'exemple d'un jeune garçon de i3 ans, pâle, exsangue, au pouls petit, cachectique, scrofuleux (il paraît s'agir d'une péritonite tuberculeuse), qui, pendant six mois, ne cessa d'avoir environ loo'F. de chaleur (87", 8 C). k Comment cette fièvre, avec cette pâleur et cette cachexie? C'est un problème qui étonne et est sans solution, v Suit un autre exemple : il s'agit d'une femme qui, en 1755, devint hémiplégique au quatrième jour après l'accouchement. Son bras paralysé était froid et ne pouvait être réchauffé, et pourtant les artères y battaient fortement, tant la radiale que les interosseuses. D'où vient ce froid avec l'intégrité des artères oii coule le sang, source de la chaleur ? — De Haén a tenu cette femme en observation pendant longtemps, la paralysie s'est accentuée, il y a eu rétraction et atrophie du membre; la main marquait 70 et l'aisselle 96, soit une différence de 28°, et cependant, les artères battaient dans la main. • — Comment, dit-il, peuton expliquer ce fait ^ ?

Il faut avouer que l'objection de de Haén persiste en partie, et que, même de nos jours, tous les problèmes relatifs à la chaleur animale ne sont pas résolus. Seuls, les ignorants ont réponse li tout.

De Haën expose la contre-partie de ce qui précède: c'est l'observation d'un homme qui n'avait pas de battements artériels dans un bras et pourtant y montrait la température normale. (C'était dans l'aisselle que le thermomètre était habituellement appliqué par de Haën.) Un fait très-considérable, ou du moins très-remarqué parmi ceux que de Haén a fait con-

' En effet, la force, In fréquence du pouls, ne prouvent rion pour la chaleur, c'pst une question de capillaires et de nerfs vasomoteurs. — La cause de

la différence de chaleur dans les membres paralysés, n'a été trouvée que de nos jours. Voyez dans le chapitre II : Ré

l>iil(iliuii de la rlialeiw.

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