‹ De la température du corps humainChapitre 62 sur 150 · CULLEN · texte numérisé non relu

CULLEN

sation de froid, qui commence communément dans le dos, et bientôt se communique à tout le corps ; alors la peau paraît chaude au toucher. » Ainsi Culien sait que le frisson s'accompagne de chaleur.

Il pense qu'il y a deux manières d'utiliser le froid dans les fièvres, savoir : en introduisant des substances froides dans l'estomac, ou en les appliquant sur la surface du corps. Les boissons froides peuvent être un tonique utile dans les fièvres. La seconde méthode d'employer le froid comme tonique consiste à l'appliquer à la surface du corps. Cullen admet en général que, quand la faculté de produire de la chaleur est augmentée, comme dans les fièvres, il est nécessaire non-seulement d'éviter tous les moyens capables de la porter à un plus haut degré, mais il convient même d'exposer le corps à une atmosphère d'une température plus froide, ou au moins de le faire plus hbrement et plus fréquemment que dans l'état de santé. Et il ajoute^: Quelques-unes des dernières expériences faites dans la petite vérole et dans les fièvres continues prouvent que la libre admission de l'air froid sur le corps est un puissant moyen de modérer la violence de la réaction. Mais quelle est la manière d'agir? Dans quelles circonstances de la fièvre convient-il particulièrement? ou quelles sont les limites qu'il exige ? C'est ce que je ne tenterai pas de déterminer, jusqu'à ce qu'une plus longue expérience m'ait mieux instruit.

A la vérité, James Currie et d'autres médecins de Liverpool avaient déjà fait paraître des mémoires sur futilité du froid dans les fièvres, mais Cullen avait le droit de ne point se déclarer encore pour cette méthode nouvelle. Cependant Cullen sait que les alîusions froides sont quelquefois utiles, et à l'article 209 il s'exprime ainsi^: Non -seulement l'air froid peut

' Chap. VI : De la méthode de guérir les fièvres, section première : De la cure des fièvres continues, t. I, p. 126. — ^ T. I, p. i56.

être appliqué sur la surface du corps comme rafraîchissant, et peut-être comme tonique, mais on peut aussi faire usage de Veau froide. Les anciens l'appliquaient fréquemment avec avantage sur certaines parties comme tonique; mais c'est une découverte des modernes de laver tout le corps avec de l'eau froide dans les cas de fièvres putrides accompagnées de beaucoup de faiblesse. Cette pratique fut tentée, pour la première fois, à Breslau, en Silésie, comme il paraît dans la dissertation qui porte le titre : De Ejndemia verna quœ Wratislaviam anno ij3y afflixit, et qui se trouve dans l'appendice joint aux Acta mit. cùrios., vol. X. D'autres auteurs nous apprennent que cette pratique a été adoptée dans quelques contrées voisines. Néanmoins je ne sache pas qu'on en ait jusqu'ici fait l'essai en Ecosse. »

Le traducteur français de Cullen (1786) ajoute en note quelques renseignements sur le même sujet : «Galien, dit-il, cite des cas oti il pense que l'on doit faire usage du bain froid. Floyer rapporte que des malades échappés pendant le délire ont été guéris en se jetant dans les mares, ou en restant sur le pavé. Circelli, dans ses notes sur EtmuUer, recommande d'appliquer sur le creùx de l'estomac un drap trempé dans l'eau' froide, lorsque le malade se plaint de ressentir des anxiétés vers les prœcordia. HouUier a introduit cette pratique en France; il conseille de baigner les extrémités dans l'eau froide et le vinaigre. Ce fut Godefroi Haën qui introduisit à Breslau, pendant une épidémie de fièvre putride, la pratique des ablutions froides. Son frère, Haën de Schwedits, a écrit sur l'usage du bain froid. Sthriber, de Pétersbourg, a remarqué aussi que le bain froid était excellent dans les fièvres. 11 convient particulièrement dans les fièvres lentes, nerveuses et putrides, v C'est un tableau de la médecine en Europe à la fin du siècle dernier. Cosquillon ne fait donc pas non plus mention des travaux encore récents de J. Currie.

Dans les chapitres concernant certaines maladies en parti-

GULLEN.

culier, Cullen parle souvent de l'application du froid avec éloge, par exemple dans l'article concernant ï inoculation delà variole, où il pense qu'il y a un art de modérer l'état inflammatoire de la peau. ^^En conséquence, dit-il \ il y a lieu de croire que les mesures que l'on prend pour modérer la fièvre éruptive et l'état inflammatoire de la peau sont un des plus grands avantages que l'on retire de la pratique de l'inoculation .... On a renoncé à la saignée et trouvé un moyen plus puissant et plus efficace dans l'application de l'air froid, et dans l'usage des boissons froides. , . . On ne peut, ajoute Cullen, douter que ce remède ne soit sans danger et efficace, d'après la pratique usitée depuis longtemps dans l'indostan et adoptée récemment dans notre pays. »

Cullen, toutefois, fait quelques réserves quant à l'application de cette méthode au traitement de la variole spontanée, et son traducteur français se montre encore plus réservé sur ce point. Néanmoins Cullen dit formellement ceci ^ : «Si, pendant une épidémie de variole, il survient de la fièvre et qu'on ne puisse guère douter que ce ne soit une attaque de variole, il faut, à tous égards, traiter le malade comme s'il avait été inoculé, l'exposer librement à l'air frais, le purger et lui donner abondamment des acides rafraîchissants, v

A l'article concernant la rougeole (n° 65o), Cullen discute l'utilité du froid ^ : «D'après l'expérience que nous avons depuis peu , sur les avantages de l'air froid dans la fièvre éruptive de la petite vérole, quelques médecins ont pensé que cette pratique pourrait s'appliquer à la rougeole; mais nous n'avons pas encore d'expériences suffisantes, v

Pour la scarlatine, Cullen ne parle pas du tout du froid. Dans la fièvre miliaire il conseille formellement d'exposer le malade à l'air froid comme sans danger et utile.

La théorie des réfrigérants n'était encore qu'à son aurore.

1 T. I, p. 385.-2 j I, p. 388. — T. I, p. Iu,5.

Le livre de Currie n'était pas connu. . . . En France, les grands cliniciens commencent à peine à parler de cet important sujet en i8jâ !

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