‹ De la température du corps humainChapitre 65 sur 150 · MARTEAUX · texte numérisé non relu

MARTEAUX

( Ecole française, xviii' siècle.)

Dans un paragraphe intitulé : La chaleur et la froidure de l'eau : Marteau s'exprime ainsi : «Nous sommes de véritables thermomètres. Le froid et le chaud font sur nos solides et

I Marteau, docteur de Reims et de forme de lettre Sur la chaleur, in-8°, Caen, inspecteur des eaux minérales 17/18 ; d'une Relation d'une épidémie (Forges), exerçait à Amiens. d'angine, et d'un livre Sur les bains et

II est l'auteur d'un mémoire sous ladonche.

sur nos fluides le même effet que sur la machine ingénieuse par laquelle on mesure les différents degrés des températures. 7)

Ses expériences sur l'action des bains froids sont intéressantes; on y peut voir un essai de calorimétrte.

«Un homme de trente-cinq ans, attaqué de la phthisie dorsale, prenait le bain domestique froid; il m'assura qu'il réchauffait l'eau de son bain par la chaleur de son corps. Je voulus m'en assurer. L'eau était à i/t" (sans doute R., soit i7°,5 C); la baignoire en pouvait contenir trois quarts de muid, c'est-à-dire de quatre cent cinquante à cinq cents livres, et le malade pesait cent dix-neuf livres. Ainsi le rapport de sa masse était à celle de l'eau comme i est à /t. Il fit effectivement remonter le thermomètre à i 5° dans l'espace de huit à dix minutes. Donc le corps se dépouille effectivement de sa chaleur par son séjour dans l'eau tiède ou froide, (sSo calories. )

«J'avais observé son pouls avant l'immersion. En quatre minutes, il me donnait trois cent dix-sept pulsations, c'est-àdire environ soixante-dix-neuf par minute. Je trouvai d'abord le pouls petit et précipité. . , . Quand la chaleur du corps eut échauffé le bain à i5", l'artère, en deux minutes, me donna cent vingt-neuf pulsations faibles. La différence de l'état naturel était à peu près de quinze pulsations par minute, etc. 55

L'auteur montre que le pouls se ralentit dans l'eau froide.

LAVOISIER

Expériences sur la respiration des animaux et sur les changements qui arrivent à l'air en passant par leur poumon. (Mémoire lu à l'Académie des sciences, le 3 mai 1777 ^)

' Œuvres de Lavoisier, publiées par de l'instruction publique; Imprimerie les soins de Son Excellence le Ministre nationale, 1862, t. II, p. 17-'!.

LAVOISIER

Le mémoire commence par relater les expériences de Haies et Cigna et celles de Priestley, publiées l'année précédente à Londres (1776) «dans un écrit, dit Lavoisier, où il a reculé plus loin les bornes de nos connaissances et cherché à prouver, par des expériences très-ingénieuses, très-délicates et d'un genre très-neuf, que la respiration des animaux avait la propriété de phlogistiquer l'air, comme la calcination des métaux et plusieurs autres procédés chimiques, et qu'il ne cessait d'être respirable qu'au moment où il était surchargé, et en quelque façon saturé de phlogistique. w

Lavoisier déclare être arrivé, par la suite de ses expériences, à des conséquences tout opposées à celles de Priestley, et il relate ses observations sur la calcination des métaux, d'où il conclut que : 1° les cinq sixièmes de l'air que nous respirons sont, ainsi qu'il l'a annoncé déjà dans un précédent mémoire, dans l'état de mofette, c'est-à-dire incapables d'entretenir la respiration des animaux, l'inflammation et la combustion des corps; 2° que le surplus, c'est-à-dire un cinquième seulement du volume de l'air de l'atmosphère, est respirable; 3° que, dans la calcination du mercure, cette substance métallique absorbe la partie salubre de l'air, pour ne laisser que la mofette; If qu'en rapprochant ces deux parties de l'air ainsi séparées , la partie respirable et la partie méphitique, on refait de l'air semblable à celui de l'atmosphère. ftCes vérités préliminaires

Dales des principaux travaux de Lavoisier sur les sources de la chaleur animale :

1 " mémoire : Sur la nature du principe qui se combine avec les métaux pendant la calcination et qui en augmentent le poids. Mém. de l'Acad. des sciences,

2° mémoire : Expériences sur la respiration des animaux. Mém. de l'Acad.

des sciences, 1777, p. i83.

3" mémoire : Sur la combustion en

général. Mém. de l'Acad. des sciences,

h' mémoire : Sur la chaleur. Mém.

de l'Acad. des se. 1780, p. 355.

5° mémoire : Sur les altérations qui arrivent à l'air dans plusieurs circonstances où, se trouvent les hommes réunis en société. Histoire de la société royale de médecine, 1 782 , p. 569.

6° mémoire : Sur la respiration des animaux. Mém. de l'Acad. des sciences, 1789, p. 566.

206 CHAPITRE l". — LA CHALEUR ET LA FIEVRE.

sur la calcinatioii des métaux, ajoute Lavoisier, nous conduisent à des conséquences simples sur la respiration des animaux, et, comme l'air qui a servi quelque temps à l'entretien de cette fonction vitale a beaucoup de rapport avec celui dans lequel les métaux ont été calcinés, les connaissances relatives à l'un vont naturellement s'appliquer à l'autre. »

Suit le récit de l'expérience du moineau sous la cloche, mourant au bout de 55 minutes, L'air ainsi respiré par l'animal était devenu fort différent de l'air de l'atmospbère ; il précipitait l'eau de chaux, éteignait les lumières ; un nouvel oiseau n'y vécut que quelques instants .... Cet air différait en deux points de celui qui avait servi à la calcination du mercure : i° la diminution de volume avait été beaucoup moindre dans la dernière expérience que dans la première: 2° l'air de la respiration précipitait l'eau de chaux. "

Pour éclaircir ce résultat, Lavoisier fît pénétrer sous une cloche remplie de mercure 1 2 pouces d'air vicié par la respiration, et y introduisit une petite couche d'alcali fixe caustique. Cet air subit alors une diminution de volume de près d'un sixième; en même temps l'alcali perdit en partie sa causticité, il acquit la propriété de faire effervescence avec les acides, et se cristallisa sous la forme de rhomboïdes, wpropriétés que l'on sait ne pouvoir lui être communiquées qu'autant qu'on le combine avec l'espèce d'air ou de gaz connue sous le nom d'air fixe, et que je nommerai dorénavant acide crayeux aériforme. 5?

L'air ainsi traité était irrespirable aux animaux. «Ainsi, dit Lavoisier, l'air qui a ser-vi à la respiration, lorsqu'il a été dépouillé de la portion d'acide crayeux aériforme qu'il contient, n'est également qu'un résidu d'air commun privé de sa partie respirable. »

Suit la théorie de la respiration, telle que nous la connaissons, à peu de changements près: «La respiration n'a d'action que sur la portion d'air pur, d'air éminemment respirable

LAVOISIER

contenue dans l'air de l'atmosphère ; le surplus est purement passif, il entre dans le poumon et en sort sans changement. "

Lavoisier, adoptant et complétant les idées de Priestley, admet que l'air éminemment respirable a la propriété de se combiner avec le sang, et que c'est cette combinaison qui constitue sa couleur rouge. On sait que Priestley avait improprement appelé la partie respirable de l'air : air déphlogistiqué.

Viennent ensuite : le mémoire Sur la combustion des chandelles (1777); le mémoire Sur la combinaison de la matière du feu avec les Jluides évaporables, et sur la formation des fluides élastiques aériformes (1 777), où il est dit : «L'intensité de la chaleur se mesure par la quantité de fluide igné libre et non combiné contenue dans les corps ; la quantité de matière du feu se mesure par la dilatation des corps ... L'impression que le fluide igné fait sur nos organes n'est autre chose que refl"et de la tendance du fluide igné à la combinaison, w

Le mémoire Sur la combustion en général (1777) contient cette proposition : « Que , dans toute combustion , il y a destruction ou décomposition de l'air pur dans lequel se fait la combustion, et que le corps brûlé augmente de poids exactement dans la proportion de la quantité d'air détruit ou décomposé. » C'est dans ce mémoire qu'apparaît pour la première fois la théorie de la chaleur par la respiration. « L'air pur, en passant par le poumon, éprouve une décomposition analogue à celle qui a lieu dans la combustion du charbon; or, dans la combustion du charbon, il y a dégagement de matière du feu; donc il doit y avoir également dégagement de matière du feu dans le poumon, dans l'intervalle de l'inspiration à l'expiration, et c'est cette matière du feu, sans doute, qui, se distribuant avec le sang dans toute l'économie animale, y entretient une chaleur constante de 82° R. [ko" C, évaluation exagérée.) Cette idée paraîtra peut-être hasardée

au premier coup d'œil, mais, avant de la rejeter ou de la condamner, je prie de considérer qu'elle est appuyée sur deux faits constants et incontestables, savoir : sur la décomposition de l'air dans le poumon et sur le dégagement de matière du feu qui accompagne toute décomposition d'air pur, c'est-à-dire tout passage de l'air pur à l'état d'air fixe. Mais ce qui confirme encore que la chaleur des animaux tient à la décomposition de l'air dans le poumon, c'est qu'il n'y a d'animaux chauds dans la nature que ceux qui respirent habituellement, et que cette chaleur est d'autant plus grande que la respiration est plus fréquente, c'est-à-dire qu'il y a une relation constante entre la chaleur de l'animal et la quantité d'air entrée ou au moins convertie en air fixe dans ses poumons.

et Au reste, je le répète, en attaquant ici la doctrine de Stahl, je n'ai pas pour objet d'y substituer une théorie rigoureusement démontrée, mais seulement une hypothèse qui me semble plus probable, plus conforme aux lois de la nature, qui me paraît renfermer des explications moins forcées et moins de contradictions. 55

Dans le mémoire de Lavoisier et La Place (1780) Sur la c/ta- /e«/?' (chaleur spécifique), est examinée (art. iv : De la combustion et de la respiration^ la question de la chaleur qui se dégage dans la combustion et dans la respiration. Tandis que l'air était considéré jusque-là comme n'ayant d'autre usage que de rafraîchir le sang quand il traverse les poumons, et de retenir par sa pression la matière du feu à la surface des corps combustibles, les travaux des physiciens du xvuf siècle avaient établi qu'une seule espèce d'air, l'air déphlogistiqué , l'air pur ou air vital, est propre à la respiration et à la combustion. Lavoisier avait montré que l'air n'agit point, dans ses opérations, comme une simple cause mécanique, mais comme principe de nouvelles combinaisons. M. Crawford, reprenant, en 1779, les idées exprimées par Lavoisier en 1777, s'y était rallié.

LAVOISIER

Les auteurs du mémoire que nous analysons recherchèrent le genre d'altération que la respiration des animaux faisait subir à l'air pur, la quantité d'air fixe (acide carbonique) dégagée par divers animaux mis en expérience. Déjà Priestley et Scheele, et d'autres avant eux, Robert Boyle, avaient institué de semblables expériences. Priestley avait calculé la quantité d'air vicié ou phlogistiqué que produit la respiration , mais ses chiffres étaient inférieurs à ceux que ti^ouvèrent Lavoisier et Laplace. Ils montrèrent que l'on ne peut évaluer la chaleur spécifique des animaux, parce que leurs fonctions vitales leur restituent sans cesse la chaleur qu'ils communiquent à tout ce qui les entoure. «On peut, disent-ils, regarder la chaleur qui se dégage, dans le changement de l'air pur en air fixe par la respiration, comme la cause principale de la conservation de la chaleur animale; et, si d'autres causes concourent à l'entretenir, leur effet est peu considérable. La respiration est donc une combustion, à la vérité fort lente; elle se fait dans l'intérieur des poumons, sans dégager de lumière sensible, parce que la matière du feu, devenue libre, est aussitôt absorbée par l'humidité de ces organes; la chaleur développée dans cette combustion se communique au sang qui traverse les poumons, et de là se répand dans tout le système animal. Ainsi l'air que nous respirons sert à deux objets également nécessaires à notre conservation ; il enlève au sang la hase de l'air jixe dont la surabondance serait très-nuisible , et la chaleur que cette combinaison dépose dans les poumons répare la perte continuelle de chaleur que nous éprouvons de la part de l'atmosphère et des corps environnants.

w La chaleur animale est à peu près la même dans les différentes parties du corps; cet effet paraît dépendre des trois causes suivantes : la première est la rapidité de la circulation du sang, qui transmet promptement jusqu'aux extrémités du corps la chaleur qu'il reçoit dans les poumons ; la seconde cause est l'évaporation que la chaleur produit dans ces or-

ganes, et qui diminue le degré de leur température; enfin la troisième tient à l'augmentation observée dans la chaleur spécifique du sang, lorsque, par le contact de l'air pur, il se dépouille de la base de l'air fixe qu'il renferme ; une partie de la chaleur spécifique développée dans la formation de l'air fixe est ainsi absorbée par le sang, sa température restant toujours la même; mais lorsque, dans la circulation, le sang vient à reprendre la hase de l'air fixe, sa chaleur spécifique diminue, et il développe de la chaleur; et, comme cette combinaison se fait dans toutes les parties du corps, la chaleur qu'elle produit contribue à entretenir la température des parties éloignées des poumons, à peu près au même degré que celle de ces organes. Au reste, quelle que soit la manière dont la chaleur animale se répare, celle que dégage la formation de l'air fixe en est la cause première ; ainsi nous pouvons établir la proposition suivante : Lorsquun animal est dans un état permanent et tranquille, lorsqu'il peut vivre pendant un temps considérable , sans souffrir, dans le milieu qui l'environne; en général, lorsque les circonstances dans lesquelles il se trouve n'altèrent point sensiblement son sang et ses humeurs, de sorte quaprès plusieurs heures le système animal n'éprouve pas de variation sensible. In conservation de la chaleur animale est due, au moins en grande partie, à la chaleur que produit la combinaison de l'air pur respiré par les animaux avec la base de l'air fixe que le sang lui

fournit

«Pour compléter cette théorie de la chaleur animale, il resterait à expliquer pourquoi les animaux, quoique placés dans des milieux de température et de densités très- différentes, conservent toujours à peu près la même chaleur, sans cependant convertir en air fixe des quantités d'air pur proportionnelles à ces différences; mais l'explication de ces phénomènes tient à l'évaporation plus ou moins grande des humeurs, à leur altération et aux lois suivant lesquelles la chaleur se communique des poumons aux extrémités du corps. Ainsi nous

LAVOISIER

attendrons, pour nous occuper de cet objet, que l'analyse, éclairée par un grand nombre d'expériences, nous ait fait connaître les lois du mouvement de la chaleur dans les corps homogènes, et dans ses passages d'un corps à un autre d'une nature différente, v

Lavoisier ne tarda pas à débarrasser la question de la combustion de ses obscurités. «J'ai, dit-il, déduit toutes les explications d'un principe simple, c'est que l'air pur, l'air vital, est composé d'un principe particulier qui lui est propre, qui en forme la base, et que j'ai nommé principe oxygène, combiné avec la matière du feu et de la chaleur." Il ajoutait : «Mais, si tout s'explique en chimie, d'une manière satisfaisante, sans le secours du phlogistique , il est, par cela seul, infiniment probable que ce principe n'existe pas, que c'est tm être hypothétique, une supposition gratuite; et, en effet, il est dans les principes d'une bonne logique de ne point multiplier les êtres sans nécessité." (^Réflexions sur le phlogistique, 1788.)

Application à l'hygiène^. — «Les hommes, les femmes, les enfants, s'étiolent jusqu'à un certain point dans les travaux sédentaires des manufactures, dans les logements resserrés, dans les rues étroites des villes. Ils se développent, au contraire, ils acquièrent plus de force et plus de vie dans la plupart des occupations champêtres et dans les travaux qui se font en plein air.

«L'organisation, le sentiment, le mouvement spontané, la vie, n'existent qu'à la surface de la terre et dans les lieux exposés à la lumière. On dirait que la fable du flambeau de Prométhée était l'expression d'une vérité philosophique qui n'avait point échappé aux anciens. Sans la lumière, la nature était sans vie, elle était morte et inanimée; un Dieu bienfaisant, en apportant la lumière, a répandu sur la surface de la

' Lavoisier, Traité élémentaire de chimie , 1789-1793, t. I, p. aoi.

terre l'organisation, le sentiment et la pensée. Mais ce n'est point ici le lieu d'entrer dans aucun détail sur les corps organisés; c'est à dessein que j'ai évité de m'en occuper dans cet ouvrage, et c'est ce qui m'a empêché de parler des phénomènes de la respiration, de la sanguilication et de la chaleur animale. Je reviendrai un jour sur cet objet. 5)

L'édition dans laquelle nous lisons cet admirable passage porte la date de 1798; ce rapprochement est douloureux et fait honte à l'espèce humaine.

Presque en même temps que Lavoisier, Grawfort ^ en Angleterre, avait cherché les sources de la chaleur animale dans les actes chimiques de la respiration ; û supposa qu'il se dégage du calorique parce que la chaleur spécifique de l'air est plus grande que celle de l'acide carbonique. Il étudia ensuite quelques écarts pathologiques de la chaleur propre, en particulier la température des parties enflammées, et chercha à interpréter ses expériences en faveur de sa théorie.

Les admirateurs de Crawfort et les adversaires de Lavoisier ont eu tort de vouloir faire de l'auteur anglais le précurseur de Lavoisier, et de chercher à attribuer à Grawfort l'idée première qui guida le créateur de la chimie moderne. Il suffit de comparer les deux mémoires pour reconnaître que, quel que soit le mérite de Grawfort, et il est grand, il n'enlève rien à la spontanéité, à la personnalité des travaux de notre grand chimiste.

Parmi les adversaires de Lavoisier, nous citerons : Vacca Berlinghieri ^, Buntzen, Coleman ^, Saissy*, mais sans nous arrêter à leurs objections, qui ont perdu toute importance. Il

' Grawfort , Z)e c«?o?'e a)(tw)a/ï, 1 77g. ^ Coleman, Diss. on suspensed rexpi-

— Experiments and observations on ani- ration , 1791.

malheat, 1786. * Saissy, Recherches sur la phys. des

^ Vacca Berlinghieri, Esame délia animaux hibernants, 1808. teoria di Crawfort.

LAVOISIER

n'en est pas de même de Brodie ', dont les arguments reposaient du moins sur un fait exact.

Brodie avait constaté que , chez les animaux décapités après la ligature préalable des vaisseaux du cou, quand on entrelient artificiellement la respiration et la circulation pendant plusieurs heures, la température, malgré la transformation incessante du sang veineux en sang artériel, s'abaisse plus vite que chez les animaux auxquels la respiration artificielle n'a pas été faite après leur décollation. 11 conclut dé là que la transformation du sang veineux en sang artériel dans l'acte respiratoire ne produit pas de chaleur, et il cherche la source thermique dans le système nerveux.

Cette conclusion provoqua les recherches de Dalton et surtout de John Davy ^, qui combattirent avec ardeur la théorie de B. Brodie, ainsi que Hale^ et Legallois *.

Le traducteur allemand de l'ouvrage de Brodie, Nasse, se rangea résolument du côté de ce dernier ^. Earle crut pouvoir appuyer l'opinion de Brodie par des observations pathologiques ^.

Nous reviendrons sur ces observations, qui sont justes mais mal interprétées, quand nous parlerons de l'influence du système nerveux sur la régulation de la chaleur.

, ' Sir B. Brodie, Some philosophical - Philosoph. transact. i8i/i, p. 5go.

researches ,respecting the influence of the ^ Archives de Meckel , t. III, p. li-ig.

brain on the action of the heat and on ge- '' Ihid. t. III, p. i36.

nei-alion of animal heat. [Philosophical ^ Archives de Reil et d'Aitlenrieth ,

transactions, p. 36, i8io.) — Further- i8i5, vol. XII, p. hok-hk&.

experiments and observations on the in- ° Medico-chirurg. transact. tom. VH,

Jluence bf the brain in the génération of p. fjS. animal heat, 1812, p. 878.

JOHN HUNTER'

( École anglaise, 1728- 1793.) "

En 1775, J. Hunter communiqua à la Société royale de Londres, à la suite d'une lecture de Blagden et Fordyce Sur

' Hunter naquit à Glascow, le 1 3 ou 1 /i février 1728. Il était le dernier et le dixième enfant de sa famille. Il avait parmi ses aînés un frère, William Hunier, qui fut un célèbre anatomiste et l'aida dans ses débuts. Il commença son éducation à dix-sept ans; jusque-là il avait été élevé à la campagne en liberté. A Londres, il se livra pendant dix ans à l'étude de l'anatomie avec son frère William, fit plusieurs découvertes sur les lymphatiques et le placenta. En 1761, chirurgien militaire, il est au siège de Belle -Isle (guerre de Sept ans) ; en 1 762 , il fait la guerre d'Espagne. Pendant ce temps, il se livre à la chirurgie active et étudie les plaies par armes à feu.

Il n'avait aucun talent comme orateur ou professeur; ses commencements furent rendus encore plus difficiles par son caractère entier, indéjjendant.

Il faisait des cours particufiers dans lesquels il ne réunissait pas plus de vingt élèves. Mais c'était avec peme qu'il s'arrachait à ses travaux et à ses dissections. « Il faut bien que j'aille gagner cette damned gubiea,n disait-il, et il serait à désirer que les chirurgiens retinssent cette parole du grand J. Hunter, à aquelle je ne change rien : « Ma clientèle est un damné moyen de nourrir ma ménagerie et mon musée.» Il cultiva toute sa vie l'anatomie comparée; il faisait marché avec le gardien des animaux de lu l<iin' de Luudres et ceux

des ménageries particulières. Il se monta ainsi une collection importante. 11 professait qu'on ne pouvait faire de bonne chirurgie que si l'on savait bien l'anatomie et la physiologie comparées. Il acheta aux environs de Londres , à Bromplon , un terrain sur lequel il bâtit une petite maison , et y travailla une partie de sa vie sur des animaux de toute sorte, même les plus féroces. En 1768, à quarante ans, il fut nommé chirurgien d'hôpital ; il eut alors des élèves nombreux et sut se faire de son enseignement un revenu sérieux. Parmi ses élèves , nous trouvons : Astley Cooper, Abernethji, Everard Home , Jenrw.

Connu comme naturaliste, il reçut des dons de tous pays et augmenta son musée.

Ses travaux sont innombrables : Eludes sm- la rupture du tendon d'Achille (il se l'élait rompu lui-même). — Des perforations de l'estomac , après In mort , par le suc gastriqiie. — Les organes électriques de la torpille. — Sur les cavités aériennes des oiseaux. — Mémoires : 5mj' les dents. — Sur la grossesse extrautérine. — Sur l'organe de l'ouïe chez les poissons. — Son traité : Sur les Maladies vénériennes , 1786.

Sa puissance de travail était extrême.

11 était dès six heures du matin à l'amphithéâtre d'anatomie, à neuf heures il donnait ses consultations, à midi voyait ses malades en ville, dinait à quatre lipuros. Le soir, dans son cabinet de tra-

JOHN HUNTER

la fixité de lu température animale, un mémoire Sur la chaleur des animaux et des végétaux^. Dans ce mémoire il soutenait l'opinion que les corps vivants possèdent la faculté de maintenir leur température contre l'influence du froid extérieur, et cela d'autant mieux qu'ils occupent un échelon plus élevé dans la série animale.

En 1777, J. Hunter écrivait à Jenner-, qui habitait la campagne, une lettre ainsi conçue : «J'ai reçu les hérissons. Si vous avez le temps, voyez leur retraite d'hiver, et, par un temps très-froid, placez le thermomètre dans l'anus de l'un d'eux, et notez la température. Ensuite faites une petite ouverture à l'abdomen, introduisez le thermomètre dans le bassin, et notez la température; puis vers le foie ou le diaphragme, et notez encore la température. Il faut que toute l'expérience soit faite en un petit nombre de minutes. Observez le degré de fluidité du sang, en comparant avec un autre hérisson,qui aura été réchauffé pendant quelques jours.. . . »

En 1779, cette correspondance durait encore, et les expériences de toute nature se multiphaient.

Le chapitre vin du grand ouvrage de Hunter ^ est consacré à la chaleur des animaux. Il examine d'abord la nature de

vail, ii écrivait ou dictait jusqu'à une heure ou deux du matin.

La question de la chaleur animale était une de celles qui le passionnaient le plus. En 1770, il fit avec Blagden et Fordyce des expériences sur la constance de la chaleur chez les animaux, quelle que soit la température extérieure. En 1776, il publia des Leçons sur le mouvement musculaire. Dans la correspondance très -active échangée entre Jenner et son maître, l'étude. de la température du corps revient constamment. L'ardeur de Hunter pour se procurer des pièces curieuses était extrêmement vive; le géant O'Brien prit

peur et demanda que l'on veillât sur son corps. J. Hunter séduisit les ensevelisseurs, qui vendirent le corps du malheureux géant i2,5oo 5£, et Hunter l'emporta lui-même dans sa voiture.

Aujourd'hui le squelette du géant est au musée de Londres.

Ses oeuvres complètes ont été éditées par le D' Palmer. M. Richelot en a donné une traduction française en 1 8'i3.

' Édition de Richelot, i8i3, t. 1, p. 75, U.

^ T. I, p. 822. Leçons sur les principes de la chirurgie; ch. viii : De la clialeur des unimaux.

la chaleur en elle-même : est-ce une matière? est-ce une propriété de la matière ? et il dit fort justement : k L'idée de chaleur comporte trois choses : la matière, l'action, et le corps qui met cette matière en action. 53 II distingue la chaleur sensible de la chaleur absolue d'un corps, et de la sensation de chaleur perçue par le malade. Tous les animaux produisent de la chaleur plus ou moins.

Hunter explique fort clairement les théories qui existaient alors sur les causes de la chaleur animale. ^On a supposé, dit-il S que le frottement en était la cause principale, et que le mouvement qui s'exécute dans le corps, et qui appartient principalement au sang, suffisait pour servir de base à cette théorie. On a calculé l'étendue des surfaces internes des artères, étendue qui va toujours en augmentant à mesure que ces vaisseaux se divisent; on a calculé le volume et le nombre des globules rouges. Ces évaluations ont donné une surface de frottement d'une étendue surprenante. Cherchant alors à apprécier la vitesse du sang qui se meut sur cette vaste surface, en même temps que la rapidité des globules qui se meuvent les uns sur les autres, on a cru voir dans ces faits une cause suffisante pour la production de la chaleur du corps; ce qui semblait confirmer cette opinion, c'est que, dans les cas où le mouvement en question est augmenté, comme dans les fièvres, la chaleur du corps paraît plus considérable. Mais les auteurs de cette théorie n'avaient pu entrevoir les nombreuses objections qu'on peut lui opposer, v

Hunter cite l'opinion du D' Stevenson, d'Edinburgh, pour qui la fermentation était une cause de la chaleur, et il la combat, sans paraître tenir compte des travaux nombreux des chimistes qui l'ont précédé, et sans paraître les connaître.

Il repousse la théorie du frottement comme insuffisante, et celle de la fermentation comme nulle ; il cite des cas où la

JOHN HUNTER

chaleur était grande sur le corps et le pouls lent, ainsi que la respiration.

Remarquant que le froid supprime la digestion et les échanges, que certains animaux sont comme morts en hiver et ressuscitent au printemps, J. Hunter raconte lui-même plaisamment qu'il avait eu l'idée de faire geler des hommes qu'on aurait dégelés quelques centaines d'années plus tard.

Après avoir rapporté un très-grand nombre d'expériences faites sur la chaleur aux différents points du corps chez les animaux , Hunter relate celles qu'il a faites sur l'homme. kPIus les organes, dit-il, sont éloignés de la masse centrale, comme les doigts, plus ils sont soumis à l'influence directe du froid, n

Hunter a fait sur l'homme les observations suivantes : sous la langue, le thermomètre marquait 36",! i C; si l'on faisait fondre de la glace dans la bouche, il baissait à 26° G., puis remontait graduellement à son niveau primitif. Il s'introduisit aussi un thermomètre dans Vurètre \ et vit que la chaleur y était d'autant plus élevée qu'on enfonçait plus profondément. «La température normale, dit-il, est de 87°, 9 a C. : cette température est assez uniforme, et est nécessaire à l'entretien des fonctions; elle présente des différences suivant qu'on l'explore auprès du centre , dans la bouche , dans le bassin ou le rectum. Il y a une augmentation de chaleur intérieure produite par l'action du froid sur la peau. 55

John Hunter voulut savoir comment les animaux maintiennent leur température à un degré constant, malgré le froid ou la chaleur extérieurs. «On ne peut, dit-il, élever artificiellement leur température de plus de 1 à 2 degrés audessus de "leur température naturelle Or, ajoute-t-il,

la nature a placé dans la production même de la chaleur la cause de sa propre destr-uction, de même que dans le stimulus

(lu froid elle a placé une cause d'augmentation de la chaleur. «

Ce passage est remarquable. Nous voici en pleine physiologie moderne, au chapitre De la régulation. Or Hunter parlait d'après des expériences positives. «Deux causes, dit Hunter, détruisent cette chaleur en excès : l'évaporation, et tine certaine faculté qu'ont les animaux de détruire la chaleur, d Les expériences de Fordyce concluaient dans le même sens, et avant celles de Hunter. «Il est probable, ajoute notre auteur \ que , dans la juste équilibration de la température animale, les forces vitales exercent de plus grands efïorts quand l'évaporation devient moins active, et diminuent leur 'action quand l'évaporation augmente. Dans les cas pressants, l'évaporation est insuffisante; quand une production de froid plus intense qu'à l'ordinaire est requise, les forces vitales sont mises en jeu. Les animaux ne pouvant neutraliser qu'une certaine quantité de chaleur dans un temps donné, il en résulte que le temps pendant lequel ils peuvent exercer pleinement cette fonction doit être limité également. Mais il est probable (|ue ce pouvoir de neutralisation, ainsi que le temps pendant lequel il peut être exercé, pourraient être accrus par un exercice fréquent. Il paraît, ajoute Hunter, que les animaux engendrent la chaleur plus facilement qu'ils ne la détruisent, car ils vivent beaucoup plus à l'aise dans une atmosphère beaucoup plus basse que leur température normale, que dans une autre, même à leur degré de température. On peut admettre peut-être que la température moyenne entre le degré de chaleur le plus élevé dont les animaux soient susceptibles ; et qui est de 3 6", 6, et le degré le plus bas auquel ils descendent, est celle qui est la plus saine et la mieux appropriée à la vie; cette température moyenne est d'environ 17", 2 2 C. »

L'idée exprimée par Hunter dans la dernière ligne du pré-

JOHN HUNTER

cèdent paragraphe, mérite d'être méditée. Elle fournirait la matière de nouveaux travaux.

Dans son traité De l'inflammation Hunter se demande si les animaux ont le pouvoir de produire de la chaleur également dans toutes les parties de leur corps, ou si la chaleur est puisée à une source conimune et transportée par le sang. Cette dernière hypothèse lui paraît plus probable. H avance même que ce centre pourrait bien être l'estomac.

Quant aux températures locales, Hunter formule une loi qui doit porter son nom, car il en est l'inventeur : «De toutes les observations, dit-il, que j'ai faites, il résulte qu'une inflammation locale ne peut pas élever la chaleur de la partie au-dessus de la température naturelle de l'animal, et que, lorsqu'elle a son siège dans des parties dont la température naturelle est inférieure à celle qui existe à la source de la circulation, elle ne l'élève pas même jusqu'à cette dernière."

Suit une longue série d'expériences sur les animaux.

Hunter traite ensuite du refroidissement dans les maladies, qu'il attribue à la faiblesse, à la défaillance : ainsi le frisson des fièvres, l'action de l'émétique. . . .

Hunter, dans sa Thérapeutique chirurgicale, redoute l'action prolongée du froid, il paraît n'emprunter au froid que l'action réactionnelle. «Le froid, dit-il, produit dans les vaisseaux la contraction, qui est une action de débilité. (C'est le contraire qui est vrai.) Un certain degré de froid subitement appliqué, qui ne produit guère plus que la sensation de froid, excite l'action après que l'effet immédiat a cessé, et cette action, qui est celle de dilatation, est le résultat du bain froid quand il agit favorablement; et, comme le froid produit la faiblesse, il ne faut pas que son action soit portée trop loin,

Il conseille de traiter les inflammations locales par la chaleur réunie à l'humide (fomentations).

' De l'inflammation en général, ch. xii : Tempà-ature de lu partie enjlammée , 1. 1, p. 437.

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