CHAPITRE V
cation faite de mon vivant en une publication posthume, je ne fus amené à donner prématurément la publicité à ces recherches, quelque imparfaites qu'elles fussent, que par suite d'une circonstance que je vais relater.
«Des nouvelles reçues au commencement de la présente année annonçaient que la fièvre des Indes occidentales semblait devoir continuer ses désolants progrès et dévaster l'Amérique. Il me semblait que la science n'avait trouvé jusqu'ici aucun remède efficace contre cette maladie pestilentielle, et que notre devoir était de tenter quelque traitement plus efficace à l'aide de nouvelles méthodes. Au même moment, vous aviez donné communication au public des succès obtenus grâce à l'acide nitrique, dans la vérole et l'hépatite, par la méthode de votre correspondant, M. Scott, du Bengale. A la vérité, sa nouvelle théorie, fondée sur la chimie nouvelle, ne paraissait pas irréprochable , mais il n'était ni sage ni généreux de rejeter d'emblée cette théorie. Les premiers essais que je fis de cette pratique me persuadèrent que, bien que les succès du traitement par l'acide nitrique eussent été exagérés par suite de la chaleur d'imagination d'un esprit généreux, il y avait lieu d'espérer que la médecine venait de s'enrichir d'un remède puissant et inoffensif. J'en écrivis à votre correspondant, en l'engageant à expérimenter ce remède dans la fièvre pestilentielle ....
«Cependant je m'avisai de songer à combattre le fléau par un autre moyen. Les ablutions d'eau froide dans la jièvre ont été depuis si longtemps employées dans l'hôpital de cette ville et dans la pratique privée, par mes amis et collègues les D" Brandreth et Gérard, non moins que par moi-même, qu'elles étaient devenues de pratique usuelle non-seulement à Liverpool, mais encore dans le comté de Lancaster. Déjà , en 1791. le D' Duncan avait publié, dans les Commentaires médicaux annuels, une note sur les avantages de ce traitement, tel qu'il était employé par le D' Brandreth. 11 avait été fait mention
JAMES CURRIE
également de ma pratique dans les Philosophical transactions de 1-792. J'ai souvent recommandé cette méthode à des chirurgiens de navires allant à la côte d'Afrique, et chargés de missions sanitaires par la législature. En différentes occasions même, je donnai non pas seulement des conseils, mais des leçons de pratique (eau froide) à des médecins se rendant au loin.
Cependant une méthode de traitement si hardie et si contraire aux préjugés vulgaires fit, à ses débuts, peu de progrès. On comprenait mal le mode d'opération de notre remède; on ne s'entendait pas bien sur le moment exact où il, en fallait faire usage ; de là des discussions vives. Réfléchissant à ces circonstances, et exposé par situation à entendre constamment l'écho des épidémies du monde de l'ouest, ma décision fut prise. Je résolus de ne plus différer à faire connaître notre traitement de la fièvre, et à le défendre contre les préjugés; c'est ainsi qu'est né le livre que j'ai l'honneur de vous présenter aujourd'hui.
«En traitant mon sujet, j'ai cherché avant tout à être clair plutôt que méthodique ; les points les plus importants sont répétés à satiété, de peur d'erreur. Mes observations thermométriques m'ont permis de parvenir à une précision dans la direction à imprimer à l'usage des afl'usions d'eau froide, qu'aucun autre moyen ne m'aurait donnée, et, si je ne me flatte point, ont fourni à mes raisonnements une base que les spéculations sur la fièvre ont rarement possédée.
«Je me suis gardé d'user sans nécessité d'expressions techniques ou vagues. Il vaudrait peut-être mieux que la médecine, comme les antres branches des sciences naturelles, sortit du mystère, et se montrât avec la sm,phcité d'une science et la. clarté de la vérité. Si j'avais eu le choix, je n'aurais pas adopté le langage delà théorie, comme Boerhaave ou Sydenham; mais j'aurais produit un ouvrage médical écrit du style dont se serait servi Bacon, s'il eût vécu de nos jours. Malheureusement, dans l'état
présent des connaissances médicales, il est tout à fait impossible de bannir entièrement le langage de la théorie.
«Les erreurs des fausses doctrines doivent rester plus ou moins dans notre phraséologie, après que les doctrines ellesmêmes ont été abandonnées, puisque la coutume a fini par rendre intelligibles les expressions qui les désignent, et que la sagacité humaine n'a pas encore découvert ces principes premiers du mouvement vital, par lesquels les doctrines et le langage de la physiologie doivent être à tout jamais réformés. Ainsi le terme de ré-action est appliqué à certains mouvements de la vie, en un sens très-différent de celui dont on use dans la science du mouvement delà matière inanimée, à laquelle il a été emprunté; d'autres mots, tels que le ton, se rencontreront encore dans les pages suivantes, bien que la théorie qui les a introduits dans la médecine soit universellement abandonnée. L'usage de semblables expressions est un mal que peut seul excuser la nécessité, et je l'ai évité autant que j'ai pu.
« Il est possible que cette introduction me procure quelques lecteurs parmi les hommes de science en général, et je confesse ici que tel a été mon objectif quand je vous ai dédié cet ouvrage. Il est naturel qu'un auteur désire voir son livre lu par ceux qui le peuvent apprécier et que leur situation rend aptes à mettre les préceptes en pratique. A un double point de vue, je fais appel à vous, à votre esprit scientifique et à votre cœur généreux. L'ouvrage que je vous adresse est en grande partie pratique. Un homme de génie, à la tête d'une tlotte ou d'une armée, éprouverait probablement peu de difficultés à le comprendre; et peut-être, s'il l'avait compris, trouverait-il quelques occasions d'en appliquer les préceptes au bien de l'humanité et au 'patriotisme. Quelle que soit sa destinée par rapport aux hommes appartenant à la profession militaire, j'espère qu'il ne demeurera pas ignoré des médecins praticiens de notre flotte et de nos armées, une des classes les plus méritantes de notre profession, une de celles auxquelles la méde-
JAMES CURRIE
cine pratique a du, dans les temps modernes, les progrès les plus importants.
«J'ai cru devoir joindre, dans ce volume, à l'histoire des affusions froides dans la fièvre, différentes vues sur le même remède et sur les autres moyens de traiter la fièvre, et j'ai abordé ces points divers sans trop me préoccuper d'être méthodique; j'ai été amené ainsi, et insensiblement, à parler de quelques-unes des modifications de la température du corps en santé, sujet C[ue je réserve cependant.
«Tel qu'il est, ce volume pourra rester comme le premier d'une série sur des sujets semblables, si tant est que j'en doive écrire d'autres; et il peut servir seul, si je n'en écris pas davantage.
K Excusez-moi d'avoir développé ce plan dans une dédicace et croyez-moi, etc.
«James Cdrrie. »
Telle était la première inspiration de cet homme ardent et possédé de l'amour de l'humanité, généreuse manie des hommes qui vivaient à la fin du xviii" siècle, et dont notre pays n'était pas pourvu à l'exclusion des autres nations de l'Europe.
Plus tard ont paru une deuxième puis une troisième édition de cet ouvrage, qui s'était étendu et comprenait deux volumes. Ces nouvelles éditions étaient dédiées au duc d'York, commandant en chef des armées de la Grande-Bretagne. L'auteur recommandait la méthode des affusions froides, déjà employée dans l'armée, au prince qui commandait toutes les troupes du royaume. 11 cherchait des protecteurs puissants, non pour lui mais pour sa méthode.
Voici cette courte dédicace :
«La permission que vous m'avez donnée, de dédier cette édition nouvelle et agrandie de mon ouvrage à Votre Altesse
Royale, me commande avec une sincère gratitude, un profond respect. Cet ouvrage contient les détcàils d'une méthode pour traiter les maladies fébriles, en grande partie nouvelle, et qui, en raison de ce qu'elle s'applique particulièrement à la pratique médicale de nos armées, a eu l'honneur de fixer l'attention de Votre Altesse Royale. Sous la protection de votre nom et de votre autorité, cette publication ne peut manquer d'être remarquée de nos praticiens militaires, et les préceptes qu'elle contient seront ainsi appliqués sur une large échelle.
«A une époque où la profession des armes prend une importance sans exemple, peut-être, dans les annales de l'humanité, tout ce qui peut contribuer à la vie et à la santé des défenseurs de ce pays acquiert d'autant plus d'importance. A ce point de vue, les volumes que je vous présente ne sont pas, je l'espère, tout à fait indignes du patronage du premier homme de guerre et du protecteur de l'arraée d'Angleterre.
et J'ai l'honneur, etc.
ç«James Ccrrie.
«Bath, y juillet i8o5.»
Ainsi l'ardeur du prosélytisme de Currie n'avait pas été stérile. Sa méthode était enfin entrée dans la pratique de la médecine militaire anglaise, qui s'exerçait sur d'immenses contrées.
L'ouvrage de Currie débute ex abrupto par une observation de malade. C'est là la méthode anglaise ^ Ainsi procèdent les observateurs sagaces et sincères de ce pays; Sydenham, Graves, ont dans leurs narrations une sincérité, une vérité de description, qui est fort supérieure aux grandes prétentions dogmatiques de quelques-uns de nos auteurs contemporains. On comprend toujours les Anglais, on ne comprend pas toujours les Allemands.
' Currie dit, au cliapilre viii, qu'il consulte surtout le livre de la nature.
JAMES GURRIE.
Donc, au iieu d'une exposition de principes, J. Currie débute simplement par l'observation du D'' Wright. Ce médecin rapporte son cas j c'était lui qui était le malade, et il s'est soigné lui-même. Embarqué à la Jamaïque, le i" août 1777, pour retourner en Angleterre, il soigne sur le navire un matelot malade d'une fièvre. Le matelot meurt et le médecin prend la même maladie par contagion. Le 5 septembre, la maladie débute par de petits frissons espacés, une forte chaleur à la peau, des douleurs aux avant-bras, le pouls petit et fréquent, de l'inappétence, les nuits sans sommeil. Mêmes symptômes les jours suivants : fièvre, lassitude, courbature, céphalalgie. Un vomitif, une prise de poudre de quinquina n'améliorent pas la situation. Cependant le médecin malade monte sur le pont, cherche l'air frais et s'en trouve bien.
ç^Alors, dit-il, éclairé par cette circonstance, je résolus d'employer une méthode que j'avais souvent désiré expérimenter sur les autres, dans les fièvres semblables à celle dont j'étais atteint. 55 S'étant rendu sur le pont tout nu et seulement enveloppé d'une couveiiurc, le D'' Wright se fait jeter sur le corps trois seaux d'eau de mer. Le saisissement est grand, mais suivi d'un rapide bien-être, la chaleur de la peau devient douce et il survient de la sueur. Le soir, retour de la fièvre et nouvelle ablution suivie d'un bon sommeil pendant la nuit. Le lendemain, deux séances d'ablution; le surlendemain, même traitement. Les symptômes disparaissent le douzième jour.
Un jeune passager, M. Thomas Kirk, prend la fièvre et se soumet au même traitement, qui réussit parfaitement.
Quelle était cette fièvre? Il est permis de penser qu'il s'agit d'une fièvre intermittente ou rémittente des pays chauds. Le typhus ne guérit pas si vite. Les travaux modernes ont d'ailleurs montré l'efficacité de l'hydrothérapie dans le traitement de certaines fièvres intermittentes. Le D"' Wright rapporte dans son mémoire i^Mem, of the London médical Society, vol. III,
p. 1/17) l'opinion des médecins anciens favorables à ce genre de traitement.
Ayant lu cette observation en 1786, au moment où elle parut, J. Currie essaya aussitôt le moyen indiqué, et apprit, du reste, que son collègue le D' Brandreth en avait usé avec succès depuis peu de temps dans des cas de fièvre.
Voilà le début simple et saisissant de cet important ouvrage.
Le chapitre 11 nous montre l'auteur aux prises avec une épidémie de fièvre contagieuse (le typhus, sans doute) dans un hôpital de femmes à Liverpool, en 1787. Seize malades, deux décès; huit de ces malades étaient traitées par J. Currie. Sur sept d'entre elles, il applique bravement le traitement par les affusions froides; il hésite pour la huitième, parce qu'elle est atteinte de la vérole avec ptyalisme mercuriel, et elle meurt. Il se reproche cette hésitation, la mort étant survenue au seizième jour de la maladie.
Depuis cette époque, Currie est à la recherche des cas de fièvre grave contagieuse [the low contagions fevery, il arrive à recueillir cent cinquante-trois observations dans lesquelles la guérison lui parait devoir être attribuée à l'action de l'eau froide. (1797-)
Suit, au chapitre m, la description d'une épidémie de typhus ou fièvre des prisons, observée dans le Se" régiment d'infanterie à Liverpool, en 1792. Les observations thermométriques y sont relatées; ainsi l'on voit que la température des malades était de loT à io3° F. (38°,/i à 39°,5 C). Currie y signale le mauvais effet des émissions sanguines. Deux sortes de malades n'étaient pas soumis aux affusions froides : ceux que l'on jugeait trop débilités et ceux dont la chaleur s'éloignait feu du degré normal. Chez la plupart des malades ainsi traités, la durée de la maladie sembla raccourcie. La température de l'eau employée était d'environ i5° C.
Le chapitre iv est intitulé : Comment doivent se faire les affusions d'eau froide dans la fièvre. L'auteur prévient le lecteur que par fièvre, sans autre désignation, il entend la fièvre conta-
JAMES CURRIE
gieiise grave, ou typhus du D' CuUen, ou fièvre contagieuse du D"' Lind, ou fièvre inirritative du D' Darwin, maladie appelée dans le langage populaire : fièvre nerveuse ou fièvre putride.
Cette fièvre est ainsi décrite par Cullen : Morbus contagiosus; calor parim auctus; pulsus parvus, dehilis, plerumque frequens; urina parum mutata; sensorii Junctiones plurmum turhatœ; vires multum imminutœ. Cullen admettait que cette maladie avait, tous les jours, deux paroxysmes, Currie y reconnaît, en vingtquatre heures, une exacerbation et une rémmton bien nettes; l'exacerbation ayant lieu dans l'après-midi ou la soirée, et la rémission le matin. Cette exacerbation est de o°,6 à i°,2 dans les parties centrales (!) du corps. Le moment le plus favorable pour les ablutions froides est celui où la température atteint son apogée, ou bien quand elle commence à décliner', c'est-àdire entre six heures et neuf heures du soir. Cependant on peut l'employer à toute heure , pourvu qu'il n'y ait pas la sensation de frisson ni de sueur profuse, et que la peau soit constamment chaude.
Si l'on fait Yaffusion pendant le frisson, on amène une fréquence extrême avec petitesse du pouls, un état de malaise presque syncopal; cela est dangereux, et il y faut renoncer quand bien même la chaleur du tronc pendant le frisson serait plus élevée qu'à l'état normal. On ne doit pas non plus baigner ni asperger les malades quand ils sont en sueur depuis quelque temps; cela aurait moins d'inconvénient au début de la sueur.
Le chapitre v contient des observations particulières de malades.
Le chapitre vi est consacré à des considérations générales ; l'auteur émet des propositions que nous analysons ici :
1° Les malades répugnent d'abord à l'emploi des affusions froides; mais, quand ils en ont éprouvé le bienfait, ils s'y prêtent volontiers.
' Ce précepte est donné comme nouveau et revendiqué par plusieurs autours contemporains.
2° Currie commençait par les effusions froides, puis lavait le malade avec de l'eau vinaigrée et ensuite avec de l'eau de mer. Il préférait en général, pour les affusions, l'eau de mer. à l'eau de rivière , parce que la présence du sel rend la première plus stimulante et donne lieu à une réaction plus franche. Il préfère aussi la saumure au vinaigre, en lotions, parce qu'on se la procure plus facilement.
3° Pour reconnaître la chaleur de la peau, Currie se servait habituellement d'un petit thermomètre à mercure d'une grande sensibilité, à échelle mobile, d'un modèle imaginé par Hunter, et dont celui-ci faisait usage pour ses expériences sur la chaleur animale. Currie introduisait ce thermomètre sous la langue en faisant fermer les lèvres, ou bien sous l'aisselle, indifféremment. Il se servait volontiers d'un thermomètre coudé plus commode , et qui n'exposait pas l'observateur à respirer l'air expiré par les malades ; et il usait aussi d'un thermomètre à index maximum (l'index était en fer).
Le chapitre vu contient des observations particulières montrant le bon effet des affusions froides dans certaines fièvres, notamment dans les mtennittentes tierces.
L'auteur ajoute qu'il est mauvais de faire ces affusions à la période algide et de les continuer quand la convalescence est survenue. Currie reconnaît que la seule exposition du malade à l'air froid suffit à abaisser beaucoup sa température. Il recommande aussi de se contenter, dans certains cas avancés, d'affusions tièdes, de lavages à l'éponge avec du vinaigre tiède, après le neuvième ou dixième jour.
Chapitre viii : Remarques générales sur la fièvre. — Cette fièvre , c'est le typhus vrai, et non le synochus de CuUen. Currie employa les affusions froides chez un malade, alors que le thermomètre marquait, sous la langue, 107° F. (^i%6 C), mais sans succès, le pouls ne fut ni relevé ni ralenti, et la température ne fut point abaissée, ou du moins ne le demeura pas, et il n'y eut ni réaction sudorale ni sommeil.
JAMES CURRIE
Chapitre ix : De l'usage des ajfusions froides et tièdes dans la petite vérole, avec des observations particulières. — Encouragé par le succès de cette méthode dans le traitement du typhus, Currie n'hésita pas à l'employer dans diverses sortes de fièvre, et notamment dans les cas de variole. L'avantage de l'air frais, dans cette maladie (Sydenham, école anglaise du xvif et duxviii'^ siècle), semhlait inviter à essayer les affusions froides, qui sont d'une action plus puissante. L'auteur choisit les cas les plus graves de variole, et l'événement répondit à son attente ; il rapporte une observation de ce genre. Un jeune Américain de vingt-quatre ans fut inoculé par lui, en 179^; le septième jour, la fièvre parut; la température monta, en quelques heures, à 107" F. (/i i°,6 C). Currie fit boire au malade beaucoup d'eau et de limonade froides, et le fit asperger de trois gallons de saumure froide, ce qui le rafraîchit beaucoup. Le pouls se ralentit, la chaleur baissa, le sommeil fut tranquille. En vingt-quatre heures on recommença trois fois les ablutions, et le malade les demandait lui-même quand il sentait revenir la chaleur. L'éruption fut franche, la guérison rapide.
11 ne faut pas compter sur des effets certains, quand la méthode est employée dans des cas de variole conlluente déjà avancée. C'est au début de l'éruption qu'il faut agir surtout. L'auteur nous renvoie au traité publié, en 1761, par sir William Watson sous ce titre : Account of experiments on the most successful methods of inoculating the small-pox, où sont relatés des cas de guérison de variole après immersion dans l'eau froide, et oii se trouve indiquée'la pratique des indigènes au Bengale, et Dans certaines provinces de ce pays, dit M. Ives, les indigènes se soumettent à l'inoculation. Après l'opération, on ordonne au sujet de se baigner dans l'eau froide deux fois par jour, et de se tenir le plus frais possible. Quand la fièvre vient, on ne se baigne pas, mais on reprend les bains au deuxième jour de l'éruption, et on les continue pendant trois
jours. » (^Ives's voyage to îndia, in the years ij 55-56-5j , ch. iv, p. 54.)
Le D'' Gérard, à Liverpool, pratiquait les affusions d'eau froide dans la scarlatine , et Gurrie suivit cet exemple. A la fin de décembre 1796, cinq enfants d'une même famille furent successivement atteints de la fièvre scarlatine, quatre légèrement, le cinquième fortement; le père de famille lui-même prit la maladie. Les symptômes étaient graves; le D' Gérard, appelé, ordonna sans succès un éméto-cathartique, puis se décida, vingt-huit heures après le début, à employer les affusions d'eau froide. L'expérience eut un succès inespéré; la fièvre tomba aussitôt, il y eut sueur et sommeil. Le lendemain, on répéta le remède. La maladie ne reparut fins. Même chose eut lieu pour une servante de cette famille. Gurrie se demande si l'on peut vraiment faire évanouir ainsi la Jièvre et empêcher l'éruption.
Ici se place une discussion théorique si importante, si opportune encore de nos jours, que nous traduisons littéralement notre auteur. « Que la maladie puisse s'éteindre sans que l'efllorescence spécifique de la peau et l'angine se montrent, c'est là un fait singulièrement curieux. Il semblerait montrer que cette matière efflorescente est le produit de la jièvre éruptive, et que la Jièvre elle-même étant détruite tout d'abord, la matière effiorescente ne se produit pas. Ainsi nous n'avons plus à nous préoccuper des appréhensions qu'une fausse théorie pourrait nous suggérer, relativement au danger qu'il y aurait à arrêter un processus par lequel la nature chercherait à se débarrasser d'une humeur dont l'économie serait imbibée. Nous pouvons donc soutenir cette proposition, à savoir : Que la fièvre éruptive de la petite vérole est la cause et non,, comme on le supposait, la conséquence du progrès de ï assimilation, et que la diminution de cette fièvre par l'air frais, et encore mieux par les affusions d'eau froide, diminue aussitôt la
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quantité de matière assimilée, et peut, dans certains cas, empêcher complètement l'assimdalion ^ »
J. Currie se préoccupe aussi de savoir si l'éruption varioiique, avortée par suite du traitement, préserve le patient d'une récidive. Question non résolue. Il raconte avoir souvent traité la scarlatine, après l'éruption parue, par l'immersion dans des bains tièdes (de 92° à 96° F., soit de 26" à 28° C), et cela avec un succès constant. L'expérience , dit-il, montrera plus tard si les affusions d'eau froide conviennent aux autres exanthèmes. »
La température de l'eau froide, telle qu'elle était employée par Currie pour ses affusions, était, en général, de 5° à 1 0° C, quelquefois (en été) de 1 8° à 20° C. , et les effets étaient les mêmes : La résolution de la fièvre dépend surtout de l'impression soudaine, généralisée et puissante, et, que l'eau ait à" ou i5° C, elle n'est pas si différente qu'on pourrait se l'imaginer de prime abord. Dans ces limites, l'ejficacité du remède et son innocuité dépendent surtout de la soudaineté et de la brièveté de son application.
Après ces citations textuelles et exemptes de tout commentaire, il convient de nous arrêter un instant et de nous demander quelle en est la valeur. Deux points principaux attirent d'abord notre attention :
1° Currie se débarrasse hardiment de tout scrupule] quant au respect dû à la maladie, au processus humoral , à l'effort instinctif de la nature, à la natura medicatrix. Il prend pour objectif la fièvre et dit : «Tu es cause et non effet, c'est toi que j'attaquerai : sublata causa tolhtur ejfectus. v C'est ainsi que , pour l'école allemande de nos jours (Liebermeister) , la fièvre, c'est
' Le Cullen a avancé qu'à tous les degrés de la variole la quantité de matière assimilée est proportionnelle à la masse du corps, et que les différonres dans la nature et la quantité de i'éruplion dépendent entièrement de la per-
méabilité de la peau. Cette doctrine, que, dans ses leçons, il étend à tous les autres exanthèmes, est, suivant moi, l'une des parties les plus faibles de son œuvre si remarquable.
le mal. C'est le renversement de toute la doctrine traditionnelle de l'hippocratisme, c'est l'esprit de révolte audacieux et paradoxal, c'est la science expérimentale substituée au doctrinarisme, au méthodisme. Notre époque se flatte de grandes audaces, elle se flatte à tort d'en avoir eu l'initiative.
9° Currie est moins préoccupé du phénomène chaleur, moins soucieux d'abaisser directement la température que d'amener la réaciion; ce n'est pas un frigidiste, c'est un hydrothérapeute, un Priessnitz. Aujourd'hui on ne cherche pas la réaction , mais la soustraction pure et simple de calories.
Chapitre x : Des ajfusions d'eau tiède à la surface dit corps dans les clésordi^es fébriles , et de l'épongement du corps avec l'eau ou le vinaigre. L'ajfusion d'eau tiède pratiquée par les anciens. — Currie appelle eau tiède celle qui va de 87° à cjy ' F. (soit de 3o" à 36° C), et il croit pouvoir affirmer que les aflusions tièdes amènent quelquefois tout autant d'abaissement de la température du corps que les alTusions froides. Voici l'explication qu'il donne à cet égard : ccL'évaporation à la surface du corps est plus copieuse dans l'affusion tiède, d'où dépend beaucoup le rafraîchissement du corps. En outre, raff"Lision tiède est peu stimulante et n'amène point, comme raff"usion froide, ces évolutions de la peau qui permettent de résister aux effets du froid extérieur. Si l'on se propose de diminuer la chaleur, on y parviendra avec certitude par l'usage répété des afl'usions tièdes, en ayant soin, dans les intervalles, d'exposer la surface du corps à l'air extérieur; alors, si le soleil est caché et qu'il y ait un courant d'air, s'il y a du vent, on peut abaisser la tempéi^ature du corps, là même où l'on ne peut se procurer de l'eau froide, comme par exemple clans les régions les plus chaudes du monde, les plaines du Bengale ou les sables de l'Arabie ^ »
Currie déclare avoir fait usage des aflusions tièdes surtout
' Syslèmc des akarazas. Voyez les travaux frEJwards.
JAMES CURRIE
dans les affections fébriles, où la maladie consistait plutôt dans le stimulus d'une chaleur exagérée que dans la contagion, les miasmes ou les inflammations locales, et surtout chez les enfants. «Ces affusions, dit-il, produisent généralement une diminution considérable de la chaleur et de la fréquence du pouls et do la respiration; elles amènent le repos et 1© sommeil. Il les faut employer préférablement aux affusions froides quand les malades sont oppressés et respirent mal et chez les malades très-affaiblis. Pourtant leur action n'est pas aussi permanente que celle de l'afîusion froide; elle n'est pas suivie d'une cessation totale de la fièvre, comme cela a lieu souvent à la suite des affusions froides. On peut aussi, dans la fièvre hectique, faire des affusions tièdes partielles, sur la paume des mains et la plante des pieds, v
Cette question du froid n'était pas interprétée de la même façon par tous les médecins anglais de cette époque. Brown, j)réoccupé de ses théories, en révolte contre l'observation, affirmait que, dans la zone torride, le froid ne pouvait jamais être appliqué utilement au traitement des fièvres parce qu'elles y étaient a-sthéniques (?) , et qu'au contraire le froid était le grand remède dans les maladies stbéniques, qu'il agissait de même dans la rougeole, le catarrhe et les autres maladies inflammatoires, que dans la variole, et qu'il suffisait pour les guérir; mais l'expérience manquait. Darwin (^Zoonomm) ne se préoccupait pas de l'action du froid sur la sensation tactile , en quoi Currie le trouvait répréhensible; et il considérait fapplicalion du froid comme abolissant tout stimulus à la peau.
En tout cas, la question était agitée partout, et l'on était en pleine voie de physiologie pathologique. (Voyez les travaux de J. Hunter. )
Currie était d'avis de régler les affusions sur la température du malade et de les faire tièdes, si cette température était peu élevée. 11 comptait beaucoup sur l'action stimulante à la
peau. Par le mot frais, il entendait une température de l'eau de 87° à 75° F. (de 3r à 25° C.)
Historique ancien, d'après Currie. — La pratique des boissons froides (eau) dans les fièvres, était fort usitée chez les anciens; ils employaient aussi quelquefois l'immersion dans l'eau froide, mais ils semblent avoir ignoré complètement les atïusions froides sur le corps. (Currie se trompe : voy. les Arabes, voy. Alpinus, etc.)
Les ablutions à la surface du corps dans les maladies fébriles, ont été notées sous diverses formes parmi les pratiques des nations barbares de l'Asie et de l'Afrique par des voyageurs modernes, notamment par sir John Chardin et par M. Bruce; mais elles furent introduites pour la première fois en Europe pendant une fièvre épidémique qui sévit à Breslau, en Silésie, dans l'année 1787, ainsi qu'on le voit dans la dissertation de J. G. de Hahn, dont le titre est : Epidemia verna quœ Wratislnviam anno l'/Sy ajlixit. (Voy. l'appendice des Acta Gennanica, vol. X.)
Cet auteur rapporte que l'épidémie de typhus ayant résisté à tous les moyens connus, il eut recours aux ablutions froides avec l'éponge et au drap mouillé. Sauvages donne un extrait de cette dissertation (^Nosol. metiml.y Currie cite ensuite un passage de Celse : Quidam ex antiquioribtis medicis Cleophantus m hoc génère morhorum (fièvre tierce) multo ante accessionem caput œgri multa cahda aqua perfundebat , deinde vinum dahat. Les Grecs et les Romains usaient, dans leur régime habituel, de bains et d'affusions tièdes.
Chapitre xi : De l'usage interne de l'eau froide dans la fièvre. — Les anciens faisaient usage de boissons froides dans les fièvres (Hippocrate, Galien, Celse, etc.). Parmi les modernes, Cardanus a écrit sur ce sujet une dissertation apologétique. Hoffmann les recommande aussi (vol. I, p. ■^79). Dans noire
JAMES CURRIE
pays, cette pratique a été recommandée par Smish comme une panacée, et Hamock a écrit sur ce sujet un traité intitulé : Febrifugum magnum. En Espagne et en Italie, l'usage de l'eau froide a eu une plus grande vogue au commencement du xvni^ siècle qu'en aucun autre pays d'Europe et paraît s'y être conservé. (Voy. le mémoire intitulé : Z)(cpto«^tjec(, parleD'Grillus de Naples, dans le XXXVP volume des Pliilosophical transactions.^ Cet auteur mentionne aussi l'application de glace filée et de neige sur le corps des malades. Boërhaave a disserté longuement sur les boissons froides, qu'il ne recommande pas plus que ne le font Van Swieten et Cullen. Du reste, l'opinion, à toutes les époques, a été contraire à cette pratique. -
Currie a étudié attentivement, et le thermomètre en main, les effets des boissons froides. Voici ses conclusions :
1° Il ne faut pas boire froid, pas plus que faire des ablutions froides dans le stade de frisson.
2° On peut boire froid en toute sûreté dans la période de clialeur confirmée; alors on voit la température décroître de plusieurs degrés à la surface du corps et le pouls se ralentir, la sueur et le sommeil s'ensuivent. C'est la même action, quoique rrioins marquée, que celle des affusions froides à la peau. Currie avoue n'avoir pas employé habituellement cette méthode.
3° Après la transpiration, il ne faut pas boire froid, sous peine d'une grande oppression et d'un abaissement trop grand et trop rapide de la température à la surface du corps. (Hoffmann attribue à cette imprudence plusieurs cas de mort subite.) Il ne faut pas troubler, par un refroidissement brusque, ce mouvement gradué de refroidissement qu'amène la transpiration.
Le chapitre xii, qui est un des plus longs, est consacré aux maladies qui proviennent de l'usage des boissons froides ou des bains froids après un violent exercice. — Ce fait est bien connu. La mort subite de gens qui, dans la grande chaleur, après une