‹ De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladiesChapitre 104 sur 122 · PARTIES EXPLORÉES · texte numérisé non relu

PARTIES EXPLORÉES

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Ces différents tableaux prouvent une seule chose, c'est que la répartition de la chaleur à la peau présente de grandes différences suivant les régions et le moment de l'exploration; quen somme la température que Ton y perçoit est infidèle, car on ne peut, pour chaque notation, faire l'analyse des erreurs qui ont pu l'influencer. On ne saurait même dire, non pas seulement de quelle quantité, mais dans quel sens ces influences * ont pu prédominer.

C/ioûr du lieu où l'on explore la température. — Il est nécessaire de rechercher la température en différents points du corps. La plupart des expérimentateurs ont exploré l'aisselle seule. Aujourd'hui, par une sorte de conveiltion, on s'est accordé â

recueillir la température dans cette unique région : h peine la nomme-t-on, tant il est usuel de ne faire les observations thermoniétriques qu'en un ^ul point. En sorte que les médecins qui écrivent «la température était de 3 9 degrés,» par eiemple, sous-entendent qu'il s'agit de l'aisselle. Il fallait, en effet, choisir une région et s'y tenir, pour que les observations fussent uniformes, dès l'instant qu'on cherchait non pas les variations de la température aux différentes parties du corps, ni sa répartition, ni les compensations, mais, pour ainsi dire, la chaleur du corps localisée en un point. Cette erreur grave enlève à la plupart des travaux contemporains une partie de leur valeur. Tel observateur, qui a fait école par la persistance de ses recherches thermométriques poursuivies pendant dix ans sur toutes les maladies prises au hasard, se prévaudra de ses cent mille observations. Mais il ne nous a donné que la température de l'aisselle, rarement il a exploré la bouche ou la main; jamais il n'a comparé la chaleur aux différents points du corps. Or cette répartition de la chaleur, ces variations, cet antagonisme, ce r6le de régulateur joué par certaines parties de l'organisme, lui ont échappé. Il fallait voir l'ensemble de cette fonction de chaleur et sea rapports avec les autres foutions du corps, aux différentes périodes et pendant tout le cours d'une maladie. C'est le, croyons-nous, la seule méthode féconde.

Uais9eUe. — Dans ses recherches sur la température du corps humain dans les fièvres intermittentes ^ M. Gavarret dit: « Pour ma part , c'est toujours è l'aisselle que j'ai eu recours quand j'ai voulu constater la température générale d'un malade; c'est l'aisselle qui m'a toujours présenté la réalisation la plus complète de toutes les conditions exigibles d'exactitude dans les résultats et de facilité dans l'observation. y>

* Gavarret, L'txpénmc$, 1839.

L'aisselie est un lieu bien choisi pour l'exploration . en ce sens que la boule du ihermomèlre y est cachée, entourée, pressée légèrement et partout au contact des tissus. On n'obtient pas, en ce point, la température centrale, comme l'ont dit à tort quelques expérimentateurs; en effet, la température y est toujours inférieure à celles du rectum et du vagin; mais on y a une température qui suit à peu près les variations de la température rectale et qui n'est point sujette à de grandes et subites oscillations. Cette température se tient toujours à un niveau élevé, et, si l'on n'y a pas les minima, on est bien près d'y observer les maxinia de la chaleur du corps ; voilà en quoi l'aisselle est un lieu bien choisi pour les observations thermométriques.

Les difficultés pratiques ici sont cependant nombreuses. Il faut avoir soin de laisser le thermomètre en place pendant un temps suffisant. Quelques observateurs ont prétendu que la durée de l'observation devait être d'environ un quart d'heure, de vingt minutes même, et ont cru ainsi, à tort, se mettre à l'abri de l'erreur. D'autres ont donné le chiffre de sept minutes. Ce sont là des limites arbitraires, qui n'ont rien de scientifique, et qui n'ont pas de raison d'être. Le modus facietidi est tout. On ne doit jamais laisser l'instrument en place, ni se fier à la patience du sujet en expérience. Il faut se mettre dans les conditions suivantes :

A. Ap|)liquer l'instrument au fond de l'aisselle essuyée préalablement, et faire attention que les linges ne viennent pas au contact de la boule du thermomètre;

B. Appliquer le bras du sujet sur la poitrine en le portant en avant;

C. Tenir l'instrument sur la partie supérieure et l'appuyer assez pour que la boule soit bien au contact des tissus;

D. Certaines dispositions des organes rendent cette exploration difficile; il peut se faire que la maigreur du sujet soit

telle, que son aisselle > creuse , ne permette pas le contact complet de l'instrument;

E. Il faut que l'observateur regarde attentivement Topëration, et sache saisir sur place les indications; il faut qu'il note la posture qui donne les résultats les plus sûrs» qu'il sache si la colonne mercurielle monte ou descend, suivant telle ou telle disposition donnée à l'intrument, etc.

11 est quelquefois nécessaire d'opérer rapidement , lorsqu'on est en présence d'un sujet atteint d'une maladie grave » convulaive, avec délire» soubresauts. Les malades qui s'agitent, les cholériques par exemple , ceux qui vomissent , qui changent de posture, qui ont des douleurs vives, supportent impatiemment de semblables observations.

Bouche. — La bouche donne des indications utiles, mais surtout au point de vue des grandes oscillations compepsatrices. Nos tracés montrent à quel point peut parvenir ce phénomène. L'exploration de cette région ne pourrait donc convenir À ceux qui recherchent seulement l'élévation de la température et son chiffre moyen.

11 est utile que le thermomètre soit placé sous la langue et coiffé par celle-ci , que la bouche soit close , et que le malade n'inspire et n'expire que par le nez. Telles sont les conditions idéales prescrites par les auteurs les plus autorisés. En temp ordinaire, c'est-à-dire pour l'expérimentation physiologique, ces conditions peuvent être atteintes assez facilement; elles sont possibles aussi quand il s'agit d'une maladie qui n'est pas eonvulsive, qui ne donne pas de délire, qui n'altère pas les conditions normales de la langue. Mais en présence de quelles difficultés ne se trouve pas le médecin qui observe un cholérique, un éclamptique, un tétanique, un malade atteint de fièvre typhoïde ataxique avec sécheresse de la langue ; même difficulté chez les malades atteints de pneumonie grave, et dont la langue est parcheminée et ne peut se mouvoir.

Donc il existe là des difficultés d'exécution dont il fautteoir compte. Une extrême patience, un tour de main heureux, que donne seule Texpérience clinique , en viennent quelquefois à bout. En tout cas, les physiciens et les physiologistes pars doivent être pleins d'indulgence pour le médecin qui s*est trouvé aux prises avec de pareilles difficultés pratiques et qui n'est arrivé qu'à des résultats approximatifs.

Quelquefois j'ai observé que l'impossibilité où était le malade de clore la bouche, de respirer par le nez, de mouvoir la langue, était un obstacle insurmontable. En pareil cas, j'ai eu recours à un autre procédé, qui consiste à enfoncer le thermomètre entre la joue et l'arcade dentaire, profondément. La température recueillie en ce point ne diffère pas considérablement de celle que fournit le plancher de la bouche.

Main. — .La main présente des oscillations de température excessives. En quelques minutes la température y peut varier de plusieurs degrés centigrades. Il n'en est pas ainsi dans toutes les maladies. Dans les pyrexies etphlegmasies,onpeut se servir delà main pour détermiper la température moyenne: mais c'est une région trompeuse dans la plupart des cas. L'amplitude extraordinaire des oscillations de la température de la main peut être utilisée pour des recherches spéciales, ainsi que j'espère le démontrer.

Les difficultés de l'opération sont très-grandes , souvent insurmontables, quand on veut appliquer exactement le thermomètre dans le creux de la main. Chez les femmas, chez les vieilles femmes oisives surtout, cette application peut se faire sans trop de difficulté, mais il faut y renoncer chez les terrassiers et autres ouvriers aux mains calleuses et incapables de se fermer. Il y a donc des cas très-nombreux où il est impossible d'explorer la main d'un malade avec le thermomètre.

Rectum et vagin. — L'exploration de l'aisselle, de la bouche.

de la main ou du jarret, ne donne qu*une idëe imparfaite de la chaleur humaine. Il faut explorer le rectum ou le vagin: li seulement on obtient une température qui représente à peu près exactement celle des parties profondes. Toujours et sans exception, le thermomètre marque, dans ces organes, une élévation notable par rapport aux autres régions. En outre, la température y est à peu près constante , et n'y est point sujette i de grands et rapides écarts. Quelquefois la température varie partout, tandis qu'elle est constante, à un dixième de degré près, pendant plusieurs jours, dans le rectum. Cette tendance de la température centrale à être constante est précisément expliquée par la variation des autres parties, qui jouent par rapport à elle le rôle de régulateur. C'est là un fait important , dont j'ai poursuivi l'étude dans un certain nombre d'états morbidas. Il y a des cas oiî la température, dans le rectum, monte alors que partout ailleurs elle baisse, et à cause de cela même.

Les raisons de convenance, ou de facilité plus ou moins grande d'exploration, ne doivent pas être prises en considération quand il s'agit d'études aussi utiles et aussi instructives. Nul doute que l'exploration du rectum ne devienne usuelle, au moins dans certaines conditions, s'il est évident, comme je le pense, que les températures comparées donnent des résultats importants. Quant è la difficulté provenant des scrupules des malades , c'est un fait niable. Ayant répété ces expériences plusieurs centaines de fois sur les cholériques pendant la période la plus répugnante de leur maladie, je me permets de dire que la seule difficulté est dans l'observateur et non dans le malade; or il est des répugnances qu'un homme de science doit surmonter dans l'intérêt du but louable qu'il poursuit.

Mon collègue, M. Charcot^ apprécie de même l'importance des explorations thermométriques rectales. Dans ses recher-

* Chareot, MaUdie» d» vieillardê, 9' édition, 187&, p. a53.

hZh CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

cbes faites à la Salp<^trière, il a souvent eu l'occasion de codstater que la température de l'aisselle et celle du rectum étaient en discordance, et il pense que c'est la comparaison de ces deux indications qui peut seule permettre de donner aui phénomènes de coUapsus, à l'algidité périphérique ou centrale, leur véritable signification pronostique.

De nos nombreuses observations nous concluons que la température rectale , chez l'adulte sain , est de Sy^'yS G. ; que la température de l'aisselle est, en général; de quelques dixièmes (6 à 8) inférieure à celle du rectum; que^ dans le cours de la journée, la température s'abaisse le matin et s'élève le soir de 3 a â dixièmes au-dessous ou au-dessus de ce chiffre moyeo.

CALORIIIBTRIE.

Une mensuration exacte de la quantité de chaleur produite et dépensée par un homme sain, en un temps donné, serait pour nous d'une importance capitale. Avant de déterminer les conditions de la fièvre et les moyens d'en modérer les effets, on conçoit facilement que nous recherchions non plus queb sont les actes qui produisent ou qui consomment de la chaleur, mais quelle est la quantité de calorique produite ou consommée.

De nombreuses tentatives ont été faites pour déterminer la quantité de chaleur produite. D'un côté on a mesuré la quantité de chaleur perdue par un animal en un temps donné; d'un autre côté , on a apprécié la chaleur produite en déduisant, de la quantité d'oxygène absorbé et de l'analyse des gaz expirés, la proportion de carbone et d'hydrogène transformés en acide carbonique et en eau, puis en multipliant le poids de chacun de ces deux corps brûlés par sa chaleur de combustion. Cette méthode nous a valu les belles expériences de Lavoisier,de Du-

CALORUIKTIUE. 435

loog\ de DespreU^, de Regnauli et Reisei^; M. Gavarret la désigne sous le nom de méthode directe.

Suivant une seconde méthode, indirecte, employée par MM. fiçussingault ^, Liebig et Barrai ^ on tient compte de tout ce que Tanimal introduit sous forme solide et liquida dans le tube digestif, de tout ce qu'il expulse au dehors en excréments solides et liquides, on retranche la seconde quantité de la première, et le reste, la différence, représente nécessairement en nature et en poids ce que Tanimal a perdu par les organes respiratoires et par l'exhalation cutanée^.

Nous ne nous occuperons pas de discuter la valeur relative de ces deux méthodes, qui expérimentalement sont vérifica* trices Tune de l'autre. Nous dirons seulement que la seconde est inapplicable à l'homme malade. Quelques auteurs ont voulu se servir de la première pour l'homme sain et malade. Ils ont voulu déterminer la quantité de chaleur produite et perdue en, un temps donné dans ces deux conditions différentes.

Mais , avant de présenter l'analyse de ces divers travaux, dont quelques-uns ont été faits avec un soin et une précision indiscutables, nous dirons d'une façon générale que l'application, sur la surface cutanée , d'un liquide à une température quelconque, a une influence sur les quantités de chaleur produite et perdue, que l'application du froid sous une forme quelconque a une influence plus ou moins analogue. Il y a donc une réunion de facteurs agissant en des sens parfois différents, et dont il nous est impossible de préciser l'importance : nous

* Ooloog, Ann, d$ ehimitH de phy- />4ys/f««, 9* série, I. LXXI, p. iâ3, et 9iqmê, 3* série, t 1, p. 6^o, i8&3. 3* série, t. XI, p. à33-

' Desprets . AnH,de chimie etdephy- * Barrai, Ann, de chimie et de phy^

MfMtf, û* série, t. XXVI, p. 337, 1896. tique, 3* série, t. XXV, p. i!i9;el5<a-

H^pauU et Reiset , i^Mii. lip cAimie ti^ue chimique det animaux, Paris,

et de phtftique , 3* série, I. XXVi, p. i85o.

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