CELSE
(Siècle d*Attgu8te.)
Nous avons réuni tout ce qui est ëpars à travers le livre de Celse (De medicina Ubri octo) concernant la chaleur du corps humain. Il résulte de cette recherche que la médecine, au temps de Celse, méconnaissait les sources et la répartition de la chaleur ainsi que ses modifications essentielles dans les maladies, et que la thérapeutique ne tendait pas à modifier ce phénomène. Les mots échauffant, réfrigérant, appliqués aux remèdes ou aux aliments, ne se rapportent qu*à la sensation guslative et non à l'idée de température prise abstractivement.
L'action nuisible de la chaleur ou du froid extérieur est souvent invoquée : évidentes vero eas caïuas appellnnt, in quibus quœrwU, initium morbi calor attulerit an fi^igus. (Liv. I, p. 5.) Les mots refroidissement et réchauffement ne se prennent que dans le sens restreint de chaleur ressentie par le malade ou de diffusion cutanée de la chaleur, et il n'en pouvait guère être autrement avant que l'on connût le thermomètre : calefaàt autem unctio, aqua saisa magisque si calida est; réfrigérât in jejuno et baineum et samnus, (Liv. I, p. 29.) Les propriétés du
> Gdse (Aarelius Cornélius Gelsus), rHippocnte latin, est, après le vieillard de Ces, raateur le plas ancien dont les écrits soient parvenus jusqu^à 00ns. Le nom , Tâge , la patrie et la profieanoo de Gelse ont été des sujets dHneertitiide et de contestalion. Voy. Deaeimeris {Diet hist. de la médecine). 11 ▼îvait, croit-on {Leclere, Schuke, Morgttgm)y au siècle d^Auguste. On ne sait mèiDe pas 8*il était médecin.
De re mêdiea libri octo. Ouvrage didactique, résumé succinct de toute la médecine. Gelse die soixante et doute
auteurs médicaux , perdus pour nous , et seid survivant, il nous fait connaître la suite de la médecine depuis Hippocrate.
Ce livre eut, surtout au xt' siècle, un immense succès. Il a eu un grand nombre d^éditions.
Nous renvoyons, pour les indications bibliographiques, à l'édition de Tairas : A. Corn. Celsi De medicina libri oclo, ex reeentione et cum notie Leonardi Targm. Ârgeatorati , ex typographia societatis Bipontinse ciancccvi, a vol.
in-8'.
froid et du chaud sont appréciées, par Celse comme par toos les anciens auteurs qui l'ont précédé , k un point de vue où il y a sans doute du bon sens , mais peu de science : ealor adjuxtU omnia quœ frigus infestât; minime vero aut frigus aut calor tuta iunt ubi iubita insuetis sunt, (T. I, liv. I, p. 3 7.) L'influence des saisons est indiquée, mais sans une grande précision (liv. 11). Ceisc signale la sueur froide comme étant d'un fâcheux pronostic : Sudor quoque frigidus in acuta febre pestiferuê e$t (t. I, liv. II, p. 53); il reconnaît la coexistence de la chaleur et du frisson : cui calor et tremor est (t. I, p. 66): Tutilité de la fièvre dans quelques cas : denique ipsa febris , quod mnxime mirum videri poiest, sœpe prœsidio est. (T. I, liv. Il, p. 66.) C'est un éloge de la fièvre; déjà l'école hippocratique obéissait à la même idée et redoutait (^ une mauvaise coction. v Plus tard, et encore aujourd'hui, les médecins considèrent comme d'un fâcheux augure trune maladie qui sort mal.)>
Les précautions que l'on doit prendre pour administrer les bains, pour provoquer la sueur, sont bien décrites dans Celse, mais ce sont des préceptes vulgaires et usuels qu'ont connus les baigneurs de tous les temps (frictions, enveloppement dans des linges secs, liv. 11). L'usage des cataplasmes chauds parait avoir été fort répandu à cette époque : cakfacit vero ex quaHbet farina cataplasma, sive ex tritici, sive liordei. . . vel Uni, ubi ea deferbuit calidaque imposita est, (T. I, liv. II , S 33 , p. 1 o 1 .) Le cataplasme est resté un remède cher aux races latines.
Au livre troisième du 1. 1, S 3, p. 107, le début des fièvres "par la chaleur et le frisson est bien observé, et décrit ainsi: Aliœ enim a caloire incipiunt, aUœ a frigore, aUœ ab harrore. Celse donne même la définition' des mois frigus et horror: frigus voco, ubi extremœ partes membrorum inalgescunt: liomyreni, ubi totum corpus intremit.
Le chapitre le plus remarquable est celui (liv*. III, S 6) où sont discutés les signes de la fièvre; comment la reconnaître avec certitude? Celse trouve qu'on accorde trop de
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créance au pouls soumis à tant de causes pertubatrices indépendantes de la maladie; il signale ce et pouls du médecin,» c'est-à-dire accéléré par Témotion que cause au malade la vue du médecin; il fait une critique juste de la valeur que Ton accorde au pouls comme signe des maladies fébriles (Galien et plus tard Bordeu ne devaient pas être si sages); puis, continuant sa profession de foi, on pourrait presque dire son acte de foi , il dit : altéra res eut ,credimus, calor, œque fallax, ( T. I , p. 1 9 o. ) Ainsi la chaleur elle aussi est trompeuse , et Gelse Taccuse de varier par Tétat de l'atmosphère, le travail, l'émotion, le sommeil, en quoi il méconnaît absolument la loi de la constance de la température animale. Aussi conseille-t-il de ne se point fier à un signe unique pour reconnaître la fièvre ^ et le conseil est bon.
Cependant il est intéressant de remarquer qu'alors comme depuis, comme aujourd'hui, le médecin af deux moyens, deux procédés pour reconnaître la fièvre : i^ le pouls : vents enim maxime eredimuê (t. I, p. 119); a"^ la chaleur du corps : altéra res est cm credimus, calor. Il est évident que telle était la pratique usuelle. Gelse ne parle pas autrement que ne font encore en ce moment la plupart des médecins qui n'admettent pas la précision dans le diagnostic, et c'est le plus grand nombre; il indique ^i quels signes on reconnaît la fièvre, et les groupe tous dans le tableau suivant: on doit savoir, dit-il, que celui-là n'a point la fièvre dont le. pouls bat comme d'habitude et dont le corps est tiède comme il doit l'être à l'état sain (tepor)y et il ne suffit pas, pour affirmer là fièvre, qu'on trouve que le malade a une chaleur trop grande (t. I, p. 1 a o): non protinus sub calore fnotuque febrem esse conctpere; sed ita, M summa quoque arida incequaliter cutis est (peau sèche par places), «t calor et in fironte est et ex imis frœeordiis oritur; si spiritus ex naribtu cum fervore prorumpit; si calor aut rubore aut pallore novo mutatus est, etc. Le tableau , comme on le voit, est assez complet: chaleur de la peau, sèche, mal dis-
tribu(^*e, air chaud sortant des narines; mais n'est-ce pas la science primitive élémentaire que toutes les mères ont possédée dès les premiers âges de l'humanité, la notion populaire de la maladie? et est-il bien nécessaire d'être médecin pour savoir ces choses de la vie usuelle?
A cette époque, et déjà depuis longtemps, on enseignait dans les écoles les quatre signes de Tinflammation, et Gelse ne manque pas de les rapporter (t. 1, liv. III, p. 1219, S lo): nota vero injlammaùoniê êtaU quatuor, rubor et tumor, cum ca^ lare et dolore.
En général (]else recommande les boissons chaudes et les bains chauds, les onctions, les cataplasmes tièdes. Pourtant il indique les ablutions froides dans certaines céphalalgies causées par la chaleur : cansiderandum est qum causa dolorem excitant : si calor, aqua Jrigida multa perjundere caput expedit, epon-giam eoneavam imponere, sulnnde in aqua Jrigida expreaam. (T. 1 , liv. IV, p. 173.) Voilà la compresse froide permanente telle qu'on l'applique aujourd'hui. Celse parle encore de r^rigerentiQ eataplaêtnata , mais il y a lieu de croire que le mot réfrigérant est pris dans un sens qui n est pas l'analogue de « froid, » car il est question, dans le même paragraphe, d'onctions avec l'on* guent rosat et le vinaigre, et d'application de laine grasse imprégnée de ces substances.
Au livre IV, S 3, à propos du tétanos, Gelse fait une déclaration de principe qui nous permet de connaître son opinion sur le rôle du sang par rapport à la chaleur du corps. Asdépiade a recommandé surtout la saignée, d'autres, au contraire, ont dit qu'il ne fallait pas saigner, parce que le corps avait, dans ce cas, besoin de chaleur, était pauvre en chaleur, et que précisément c'est dans le sang qu'est la chaleur eo quod maxime tum corpus calare egeret isque esset m sanguine. (T. 1, p. 179.) Il y avait donc des médecins qui enseignaient alors que la chaleur résidait dans le sang; c'était une opinion qui avait cours. Malheureusement Celse la combat sans am-
biguîté : verum hoc quidem falêum est Neque enim natura sanguinis est, ut uùque caleat, sed ex m quœ in homine suni hie eelem'me vel calefadt vel reJrtgeAcit. (T. I, p. 179.) Ainsi Gelse professe que la chaleur ne réside pas particulièrement dans le sang, mais que le sang est un des éléments de Torganisme qui s'échauffent ou se refroidissent le plus rapidement (?). Il est donc bien certain que Celse na connu ni les sources ni le siige principal de la chaleur du corps.
Dans la partie qui traite des plaies, on trouve le précepte d'appliquer des éponges imbibées d'eau froide et entretenues À l'état d'humidité. (Liv. V, S aa.)
La théorie de la chaleur retenue, d'origine hippocra tique, se rencontre nécessairement dans Gelse : eux, fehre œque non quiescenle, exterior parsfriget, interior sic calet ut etiam sitimfaciat, létale. Ainsi la chaleur est retenue au dedans; on a soif, on a l'extérieur du corps froid, etc. Voilà une théorie bien nette.
Tous les médecins du xvr siècle ont accepté cette doctrine, nous verrons plus tard qu'elle reprend faveur aujourd'hui; elle se retrouve en effet dans les arguments par lesquels Senaior a combattu les opinions de Liebermeister.
Qu'est-ce que la chaleur? Galien , citant Hippocrate et Platon
* Glaiidias Galenus, n^ gous Tempereor Adrien, Fan it8, à Pergaine (Aâe Mineure), où ëtait nn célèbre leiD|de d^Bscdape. Son père était Nioon , aéoatear de Pergame, homme riche et édairé, qui le 6t instruire dan$ la diaieetiquê, philoaophie des stoïciens (Zenon), de Platon, d'Anstote, d^Épicure.
A 1 7 ans, il étudie la médecine, suit les cours d*anatomie de Quintus, de Satfnis, de Pdops à Smymê, de Nmnesiann» a Carinihê (secte dogmatique). Iab
éludiants étaient nranUt ainsi au moyen Age, et aujourd'hui en Allemagne. Puis il va à Alexandrie étudier sons Lucius, voyage, visite TËurope et TAsie, les lies de Chypre, Crète, Lemnos et TEgypte.
A 98 ans, il obtient du pontife de Pergame la place de médecin deê gladiateure (soigner ces artistes n*était pas une sinécure).
A 33 ans, une émeute le finit fuir; il vient à Rome, où eeuU leê Grèce exer^ çttient la médeeme (Graeculi, rfaéteon.
(Des dogmes (THippocrate et de Platon^) : (cHippocrate dit toujours que la chaleur est la cause principale des œuvres de la nature; Platon emploie non le mot chaleur, mais le mot feu! Or comment comprend-il que cette chaleur ou ce feu gouverne les corps animés? Tout animal a sa clmleur dans um tang et $e$ veine», il a donc en lui un foyer. En effet ce n'est pas par Vattrition des artères que la chaleur s'engendre dans les corps des animaux^, comme cela se voit pour les pierres ou le bois, mais, bien au contraire, c'est par une clutleur innée que leurs mouvements ont lieu. Que leur corps cesse d'être chaud par la gelée, un médicament, ou autre cause, leurs
mëdeciiu, comédiens, chanteors, danieurt, — article d'importation; U$ halûmi, m France, jouèrent le même rAle 0otu le règne des Valois).
Après cinq ans de pratique distinguée dans Taristocratie, la pe$te vient, et il ê'm rttouTM i Pergame. Il est rappelé par Marc -Antoine Antonin et ÏAtciut Vtruê, qui mourut de la peste.
Il fut le médedn des empereurs Marc - Au rèle , Commode , Pertinax , Septime-Sévère.
II mourut à 70 ans.
n écrivit plus de cinq centi mémoire$ sur la philosophie, la dialectique, la géométrie, la grammaire.
Ses ouvrages médicaux forment une bibliothèque : « iU régnirmt despotiquement sur le monde pendant treiie sièdes.» Les Arabes enseignaient, commentaient Galien. lia ne fondèrent que des écoles gaténiques {dogme, éeoU dogmatique, mwpiriêm», méthodUme! Virba tt vocêê!).
Galien explique tout. Il étudie la physiologie et Tanatomie sur les animaux (probablement sur les singes exclusivement). Il est médecin et chirurgien.
Dans aes livres, les questions sont
rées, condensées. On a besoin de toute son attention pour le suivre; on croit souvent lire un auteur moderne.
La question de la chaleur du corps occupe une large place, et sa solution y est réellement entrevue. Sa doctrine est restée maltresse jusqu'à Lavoisicr (1775). Bien qn^on ne doive pas attribuer à Galien seul les immenses progrès accomplis pendant l^ cinq siècles qui le séparent d'Hippocrate, nous trouverons la preuve que sa part personnelle est très-grande , et qn*ii a concouru au progréa par ses remarques et par ses expériences.
Les indications bibliographiques se rapportent à la belle édition publiée par GaroluB Gottlob Kûhn : Modieerum grweomm opéra qum oxêlanl. CioMiH Galem tapera omnia, 90 volumes in-8% Lipsiae, 1891-1833. Texte grec et traduction latine.
^ GaUni De Hippocratie et PhUonù plaeitiê liber VIII, cap. vu, t. V, p. 709.
* Nous verrons les efforts faits par les mécaniciens des siècles derniers pour ressusciter cette théorie de la chaleur animale par le frottement
artères cessent de battre et leurs muscles de se mouvoir. Ce n'est donc pas une fontaine de feu, mais plutôt de chaleur incluse, qui est en nous, comme le dit Hippocrate. "
Dans le livre Du tremblement, des falpitaiions, des convulsions^^ Galien revient à cette définition : «ne croyons pas, dit il, que la chaleur résulte de la collision de nos particules, d^unc collision ni d'un autre mouvement, mais bien que notre chaleur n'est point acquise ni postérieure à la génération de l'animal , et qu'elle est primitive et innée. y> Au livre Des dogmes d'Hippocrate et de Platon ^, Galien dit : ce mais la chaleur innée est tempérée, c'est une substante consistant surtout dans le sang et la pituite, et formée d'un mélange de froid et ^e chaud. 7»
9 Le siège de la chaleur est dans le sang' (livre Des humeurs). Il faut savoir user de la saignée, car non-seulement le sang est le réservoir où puisent tous les tissus, mais le sang est aussi le siège même de la chaleur, et diminuer la quantité du sang c'est diminuer la chaleur. 7>
Le cœur est le centre de la vie et de la chaleur: («c'est dans le cœur qu'est le principe de la vie, c'est en lui qu'est l'origine et la source de la chaleur innée , sans laquelle nul animal ne peut vivre; donc le cœur tient un rôle important^; grâce à lui, la chaleur native est répartie dans toutes les parties .du corps proches ou lointaines, et revient à son centre, sorte de va-et-
* Galeni De tremore, palpitaUone , commUtûmê et rigore iiber; t. Vil, cap. Ti, p. 6t6, et t. V, p. 70a. Ga- Keo ajoute expressément: «ionati calor» cauaa oon est spiritas tunids arleriamm attritus.'» •
* GaUm De Hippocratis et Platoni»
ptadtU liber VlU, cap. tu, t. V, p. 703.
' « Natiiniis enim calor in sanguine et ia iisquA et hoc nutriuntur nsaxima
ei parte consistit.') HippocratU Epidem. VI, et Galêni m illum commentarita F, sectio ▼, cap. «x, t. XVIl, secunda pars, p. agg.
* Gakni m Hippoeratiê librum de aUmento emnmentarnu Ul, cap. xxt, t. XV, p. 36i et 36a : r Ac fortasse boc unam naturam Duncupal , ut qonm hic calor adsit, honio ait, quum ille absit, homoes^e desinat.»