FRÉDÉRIC HOFFMANN
ila qmdem ut, accedmie ipêa,Jluida vitalia primum ad inieriora, cor et majora vasa ab externe amhitu agantur, et postea, aucta cordu et arteriarum systole, celeriter cwn œstu per sirictiora vasa iiermn extrorsum pellantur, donec spasmo laxato excreùones succédant eifehris desinat.
Voilà une phrase longue, mais équivalant à une profession de foi; c'est tout un système, un Credo. Hoffmann appartient à la catégorie des hommes de foi, qui expliquent tout, se fient à un système mécanique, et dont la confiance en eui-mémes est inébranlable. L'aurore du xviii* siècle était pleine d'espérances, et l'on y escomptait l'avenir. Le présent n'a pas tefau toutes ces promesses : nous sommes à une époque de méfiance. Voilé pourquoi la phrase d'Hoffmann nous parait trop longue et trop prétentieuse; elle ne produisait peut-être pas cet effet aux hommes de son temps. Du reste la théorie qui y est contenue était couramment enseignée dans les écoles et ne rencontrait guère de contradicteurs. On voit que la chaleur occupe dans cette théorie une place tout à fait infime.
Le fond de cette théorie de la fièvre , c'est le spasme {natura calenata)^ le frisson [horror, rigor, frigus)^ le pouls petit et serré, puis la délivrance par la dilatation des vaisseaux et la diffusion à la peau, etc. Le premier mouvement est centripète, le second est centrifuge. Hoffmann en prend occasion de dire que ïineffabilis^ divina providentia merito celebranda, quœ corports nostri machinam animalem tam sapienter potentiis et facultatibus instruxit motricibus, ut ipse morbus, qui, etc., ad expugnandam ipsam suam causam suique curationem sœpissime vergat et vergers possit. Ce qui suit est absolument caractéristique de la doctrine: si la nature est si bienveillante, ne nous mêlons de rien, de peur de la déranger : Atque adeo quum ipsa natura sii optima morborum. etiam ipsius febris, medicatrix, pemiciosum omnino est moUmen fébriles in salutem tendentes motus imprudenUr
' fWlegomiiia , Md i , S 9 , t. IJ , p. lo.
136 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
medicina suspendere, supprimere, aut plane lollere t'tlle, secutidandum potins mUurœ saluhernmum opus, quodper auciiorein progrès sivum humorum motum, ad correctionem et resolutionem materiœ vwrhijlcœ ipsinsgue tandem excretwnem dirigitur. Les moyens conseillés par Hoffmann sont, en consécjuence, les diluants, les humectants, les tempérants, les apéritifs, les fortifiants et les évacuants... C'est une méJecine prudente, et c'est encore celle de la plupart des médecins de notre époque, où le scepticisme est grand.
Hoffmann, à la vérité, reconnaît les vertus de Teau froide en boisson dans les maladies, mais c'est en érudit quH parle j)lus qu'en praticien. Dans son livre De rationalis therapiœ fundamentis, de aqua' frigidœ potu salutari^^ il reconnaît, avec Hippocrate, que, dans les maladies qui naissent d'une qualité intempérée des humeurs, il faut rétablir l'équilibre, et qu'alors parfois il faut traiter par les contraires. Si le sang et les humeurs sont en excès, il faut corriger cet excès par les contraires, la faim, les émissions sanguines et les évacuants. Si les sucs louables font défaut, il faut employer les aliments et les substances qui refont le sang et les humeurs. Une chaleur excessive demande des réfrigérants, et Hoffmann cite Hippocrîlte : calidœ naturœ refrigeratio confort, aquœ pot us et quies; Galien, qui, dans les (ièvros trop chaudes, conseille de donner à satiété de l'eau très-froide; Celse et Primerose (De vulg. error.)\ Alpinus, etc.
Il parle enfin de sa propre expérience, et cite parmi les fièvres dans lesquelles il a éprouvé les effets salutaires des boissons froides, les fièvres ])ilieuses ardentes, la synoque bilieuse, la synoque catarrhale, la tierce continue et doublée, 011 les boissons froides favorisent la réaction sudorale. H admet aussi l'utilité des boissons froides dans certaines fièvres éruptives, dans la dyssentorie (d'après Diemerbroeck), et
SpcI. Il, cap. \i, Dv aquœ fri^rnliP potu gnlutari A. I, p. 'i6().
dans diverses maladies apyrétiques. Hoffmann cite encore le livre de Smith : De virtutibus medictnaUbus aquœ communis (édite en anglais et traduit en français).
En résumé, Timmense encyclopédie médicale, chimique, physique, physiologique, philosophique, d'Hoffmann, ne contient que quelques rares passages relatifs à la chaleur, et, au milieu de tant d'aperçus scientifiques, la place de ce phénomène est à peine indiquée.
Pour étudier cette question , et apprécier l'importance des pesées dans les différents états physiologiques et pathologiques, il faut lire Jean de Gorter.
(Le plus iiluslre membre de la belle école hollandaise, précurseur de Técole de Vienne. — xviii* siècle, 1668-1738.)
Boerhaave a connu l'usage clinique du thermomètre. Un auteur moderne, Wunderlich^, ne lui accorde pourtant qu'une petite place dans l'histoire de la thermoscopie clinique. Nous verrons en effet que c'est surtout dans les mpdifications de la circulation qu'il cherche la connaissance de la fièvre, mais il
' Né près de Leyde en HoUande, eo botanique et de médecine. II eut un
1 668 « mort en 1 738 , était le ûis d'un grand succès et réunit un grand nombre
miniatre protestant; il étudia le grec, d^élèves. Il publia les ituMutûmi et les
le latin, la métaphysique, Thébreu, et aphori9me». En 1718 il devient en plus
était destiné à Télat ecclésiastique, professeur de chimie. (Il anail trois chai-
Également instruit dans les sciences res.) Il fut le plus grand et le plus cul-
malhématiques, il enseigne ces scion- tivé des professeurs de l'Europe. Il re-
res et lei lettres. 11 réfute les erreurs çut les visites d'un grand nombre de
d*Épicure,deHobbes,deSpinoiia,etc.; souverains, il mourut en 1738 laissant
étudie la médecine à sa ans, est reçu un grand nombre d'ouvrages, et surtout
dodeor à a 5 . On Paccusc d'athéisme , il ayant été un m Atra 1 vénéré de ses élèves.
renonce à Tétat ecclésiastique. En 1 701 , * Wunderlich , Hùtairê et bildiogra-
k 33 ans, il est professeur adjoint à phMêde$ob$ervatûmêtherinométriquêêmé'
Leyde; en 1 709 il devient professeur de dieale$.
CIIAPITIU- 1. — LA CUALKUR ET LA FIEVRK.
ajoute dans son 6'ji^ aphorisme^ : Calor febrilts thermoscopin ext^rnns, sensu œgvi , et rubore vrwœ internus cognoscittir,
La définition que Boerhaave donne de la fièvre est excellente (aplîor. 563) : -Dans toute fièvre due à des causes internes, au début, il y a horripilation, pouls rapide et chaleur, à divers moments et à divers degrés.?? Ces trois symptômes forment en effet la triade fébrile (a|)hor. 564): in {jim fehre liœc tria decurruut. etc.
A la vérité Boerliaave se fie plus au pouls qu'à aucun autre signe, et il ne fait en cela que suivre la tradition galénique renouvelée par Harvey, il admet donc la triade, mais le pouls seul lui paraît im guide sûr (570) : quœ quidem in omnifebre adsunt, sed sola velocitas puisus adest ex liis omnijebns tempore, ah initia ad finem, eaque sola medicus prœsentem Jehnm judicat.^ C'était alors l'opinion régnante, elle Test encore aujourd'hui; elle re[)résenle. dans les termes rapportés par Boerhaavc, l'exacte vérité, et dans l'aphorisme suivant (07 1) : Adeoque quidquid de febresic novit medicus, id vero omne velocdate pulsuum sola cognoscitur, (]ela n'empêche pas que Boerhaave insiste sur la chaleur (ôyg): in omni Jebre, lus prai^ressis, oritur calor, major, minar/ brevis, diuturnus, internus, extern us, vel loci, pro varietfUe fehrix.
^ Pour Boerhaave el Van Swieten los indications bihlioijrapliiques renvoient à rédition : Gerardi \un Swieten, Comtneutarn in Hermanm Boerhaavp aplwrisnios, on 5 volumes, Parisiis apiid (juilleluium Cavelier mdcciai.
- I.a trndïlion avait, du reste, conservé pnViiiisement le précepte formiiM par Galienjes médecins tàtaient la peau dos malades et en reconnaissaient la chaleur. Un siècle et demi avant Boerhaave, un médecin polonais, Slruthl'ts { Àr$ iphygmica y livre 11, chap. \, i5/i(»), après avoir énuméré loiilos les qualités classiques i\\\ pouls, ajoutait que le lacl curuhirit plm ad jfcrnpwn-
dam corporis caliditatetn , tangere arUia < œiivoliy dortum, thoracpin, hypochimdria, volax manu» et plantas pedutn.
Et plus[^tard Bordeu, vingt ans après la mort de Boerhaave, dans ses recherches sur le pouls, 1756, D'en sait pas plus que Strulhius, la Iradition s'est affaiblie : rOn découvrira liieD des choses, dit-il, au sujet du rapport de la chaleur ou du' froid de ces extrémités avec les différents états de la maladie: il y a des médecins qui croient, en certain cas,' devoir tàter les pieds de leurs malades; on en a vu qui jugaient les maladies des entants presque par ]t* seul tact lies pieds. '^
il constate que cette chaleur accompagne toute fièvre, mais comme effet, non comme cause ou essence de la fièvre, et, comme tous ses contemporains et devanciers, il voit la curation dans Texcrétion de la matertes mali, par les sueurs^ la diarrhée, les urines, etc.; il tient pour les boisMns cluiudet,
Dans son G'jlV aphorisme, Boerhaave donne le thermomètre et la rougeur des urines comme les moyens de juger de la chaleur fébrile. Il est à remarquer que Boerhaave a précisément dit ce qu'il y avait à dire sur la chaleur fébrile, et cela avec une telle rigueur, qu'aujourd'hui Ton ne dit pas autrement. Le thermomètre est cité d'abord , et il n'est point question du tact, le tact est trompeur, le thermomètre seul dit la vérité; puis la sensation du malade vient après; enfin l'urine, dît-il, fait connaître la chaleur intérieure. En effet, ne mesure-t-on pas les calories émises par les produits de combustion que renferme l'urine? Il est vrai que Boerhaave parle de la chaleur externe et de la chaleur interne comme s'il en existait de deux ordres, et qu'il croit aux chaleurs locales : eemper requirit majorem ignis copiam in iUo loco quem plus calefaeit (67 a). (lette erreur devait plus tard être réfutée [>ar Hunter. Van Swieten développera l'aphorisme 678 et donnera la description des thermoicopia ou thermomètres, en indiquant sa prédilection pour l'instrument de Fahrenheit ^ Ainsi il est démontré que l'usage du thermomètre a été reconnu utile et préconisé dans les leçons publiques au commencement du xvm' siècle, mais on était bien loinde connaître encore toute la valeur et de l'instrument et du phénomène auquel il s'appliquait. Boerhaave ne sait rien des causes de la chaleur, que ce que l'on savait de son temps : le mouvement, les frottements, les résistances, etc. Boerhaave explique la chaleur par le choc et le frottement des parties liquides entre elles et contre
I Falirenheik,néà Danlzig(i685), Ihermomètre centigrade et le a 19* au inventa on thennomètre i.mercure dont 1 00* centigrade : quaUa hodiê yvXehtrle 3a' degré oofreapoiid au xéro da rima, dit Van Swielen.
lâO CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
les parois des vaisseaux; il raiiribue à la résistance de ceux-ci , k la violence des mouvements du cœur, à la densité du liquide sanguin» d'où viennent la dureté du pouls, sa fréquence et son ampleur. Boerhaave professe simplement les idées mécaniques de son temps. Il croit aussi, malgré les travaux de Van Helmont, que Ton peut juger de la densité du sang ipso cm-spectu extrarasati. L*étroile$se (^angustia) des vaisseaux se reconnaît, dit-il, à la vue, au* toucher, quand la chaleur est sèche, et que, la circulation ne paraissant pas très*active , la température est très -accrue (683). Il ne reconnaît pas d'autres causes spécifiques de la chaleur, dont il décrit ainsi les effets (aph. 68g) : Cahr auetus liquidiêsima dissipât ex nostro cruore, ii est aquam spiritus, sales, oUa subtilissima; reliquam massam siccat, densat, cmcrescere cogit immeabikm, irresolubilem materiem; sales oleaque expedit, atténuât, acriora reddit, exhalât, movet; hinc minima vasa atterit, rumpit;Jtbras siccat, rigidas cm-tractasque reddit; hinc suhito multos, xeleres, pericuhsos, kUudes morbos producit, qui a priori facile deduci possunt.
Boerhaave explique le mécanisme intérieur et, pour ainsi dire, moléculaire des échanges intimes, et, s'il est permis de critiquer un aussi grand savant , on peut dire qu'il s'est laissé entraînera un écari d*imagi nation. «lOn peut, dit-il, d'après cela, comprendre combien de remèdes variés doivent être em-ployés pour mitiger la chaleur (690), i> et il les indique dans les aphorismes suivants avec la sûreté de conscience d'un logicien qui croit h la puissance du raisonnement a priori dans les sciences d'observation. Aussi a-t-il facilement réponse à tout : c( Si la vitesse seule fait l'augmentation de la chaleur, il faut employer tout ce qui la ralentit: repos d'esprit et decorps, émission sanguine, légère et courte compression des veines des membres, application modérée des substances froides intuset extra; SX c'est la densité, boire de l'eau, de l'oxymel, ce qui relâche les vaisseaux; si c'est la pléthore, donnez les évacuants, les acides; s'il y a obstruction, etc., etc., les laitatifs. r> Les expli-
JEAN DE GORTER. 14t
cations et les préceptes de Boerhaave sont au-dessous de ses observations; on sent, en le lisant, que la physique n'est pas encore venue au secours de la médecine. L'idée de la chaleur, cause unique, ennemi unique, objectif principal, n'apparatt pas encore.
JEAN DE GORTER\
(Émaie et imitaleur de Sanclorius, xvin* siècle, 1689-1769.)
Jean de Gorter revient, à chaque ligne de ses ouvrages, sur les causes, la nature et les effets de la chaleur^. Dans son chapitre De aucta perspiratione , il reconnaît quatre causes à l'élévation de la chaleur', ut corpus humanum magis incalescat, una nel plurtê liarum requiruntur causœ: i" carporaaetu ealida carpari humano iq^pUcata vel tngesta; â" cakjacientia $ua natura eodem modo aihibitn; 3* ealor naturalis per se, aut actiombus corporis suscitatus; â* quœ refrigerium corpori calescentiadimunt,calorem'~ que semel suscttatum quasi insuofovent sinu.
Le mode par lequel se perd la chaleur le préoccupe plus encore que les moyens par lesquels elle augmente. Pour lui, c'est la perspîration qui règle la chaleur en expulsant la matière morbifique^ : Si déficit natura ad expellendam materiam relentam insensibiliter, adjuvetur calidis extemis applicatis, ut colore oeris, balneorum, finnentorum, stragulorum vestiumve coopertione, lavacris calidis. Quando et quomodo his utendutn, descripsi-
* Nd en 1 689 , eo Hollande, A Enckbu^fien. Élève de runiversité de Hâriem , puis de Boerbmve (I.eyde); se pasnonne pour Borelli et Sanctorius; fait conatraire un fauteuil balance et publie son Trailê de la penpinttton nuensAU:
profeaaenrèHarderwick, pui» à Saint- PéCiwsboui^, médecin de Catherine.
Nombreux ouvrages: analomie, pbyie, botanique, pathologie géné-
rale, et chirurgie, eneyclop^dittê de 1 ao ans postérieur à Sanctorius.
* Johannes de Gorter, De pereptratiene ùueneilnH, avec commentaires sur les aphorismes de Sanctorius. Editio altéra. Liigdnni Batavoram apod JanssoniosVander Aa, 1736.
' De aueia perepiraiùmê, cap. un, S 1 9 , p. 1 69.
^ Gap. zii, S 53, p. lào.
Iâ3 CHAPITRE r. — LA CHALECR ET LA FIÈVRE.
«lis ni taluhri penpiratione. Jean de Gorter termine en décri- Tant Kinflnence de la perspiration sensible et des sueurs.
Cest ta perspiraûon qui rend les chaleurs de Tété tolérâbles ' : Recte perspiraniibmi calar œtiitus nom est mo/etltw. Quand la perspiration est insuffisante, minuia pen/nratio, calor œ$Utms kuic corpori raUe molestus,
Jean de Gorter critique : ommet, jnrœprimis mdoeti perperam ratiodnantur^^ qui pensent que, pendant Véié^ nous nous échauffons par le vêtement en empruntant la chaleur à Tertë* rieur. Le thermomètre démontre pourtant que notre corps est plus chaud que Tair. Si nous brûlons, dit-il, c'est que ces vêtements empêchent la perspiration.
Les applications froides augmentent la chaleur ^ : uUimo amnes ùiducaiim mnt causœ^ quœ insensibilis penpiriÊtiomi impediunt exhalatitmem : ni autummuê, aerjrigidms, lataera firigiJa, aer eroêsm$, kumidus, amosus, translaiio eorporu ex calido wjrigiium.
Plus loin , il explique comment le froid augmente mtÛub eopwm^.
Ces passages suffisent k montrer que Jean de Gorter se faisait des rapports qui relient la chaleur, la perspiration, le poids et les urines, une idée parfaitement exacte. 11 avait d'ailleurs un esprit précis, ses assertions reposent sur des preuves , et c'est à l'aide de la balance et du thermomètre qu'il critique et complète les recherches de Sanctorios.
VAN SWIETE>\
( Eroie de Vienne, TT 111* siècle, 1700-1771.)
Van Swieten fait IVIoge de la chaleur, qui est le moteur
' Cap. u, S ) 8, p. 107. * Cap. iTifS 10, p. 197.
* CMp,xm.De etlort H kmmart tm- ' Né â Lej&B en 1700, inort à
(1^,1 18, p. 71. Vienne en 177a. Cadioliqiie ne en pa|8
' Cap. lif, S ta. IV pomdert etrpo- prolealant; noble, pnovra, panéenlé.
m. p. 16a. Reçut nne éducation pfemière Irèa-ioi-
universel, t. I. p. 791, Y. Cnhre: r La vie parfaite chez rbomme, c'est-è-dire la saatë, est accompagnée de chaleur, €tceUe^e$t égale, répandue dans toutes les parties du corps, jusqu'aux extrémités . . • Or, non-seulement la chaleur est le signe de la vie présente, mais encore la vie latente et assoupie est réveillée par la chaleur et rendue à l'activité. Les grenouilles sont engourdies par le froid de l'hiver, et, plongées dans la glace, y demeurent immobiles; si on les place dans une ëtuve, elles reprennent leur agilité. Le poulet futur, dans l'œuf, demeure latent et ne croît point, tant qu'il n'est point, grâce à la chaleur de l'incubation, amené à la vie en acte, et comme l'ont montré les expériences immortelles de l'ingénieux R^iuifUR, on peut à volonté exciter, déprimer, prolonger, raccourcir la vie des insectes, suivant qu'on les expose à une chaleur haute ou basse. Déjà les anciens semblent avoir connu cette admirable propriété du feu et de la chaleur, par qui tout
gnée, en HuéraUire et en philosophie; trèt-Uboneax,A 16 ans tombe malade probablement par excès de travail, reçoit les conseils de Boerhaave, qui lui ordonne les armes, la rousiqae, et de faire en se coachani quelque lecture plaisante (Théâtre italien de Gherardi).
Reçu docteur en 1796, reste encore onxe ans Pélève de Boerhaave, qui fut pour loi un maître, un dieu; fait des leçons , défendues par la municipalité, parce qiril est catholique. L'impératrice Marie-Tbéràsed* Autriche cherchait i ranimer dans ses États Tétude des sciences et des arts que les guerres et les malheurs publics avaient plongés dans rindolence. Elle le plaça, en 17^5, i Vienne , A la tète de toutes les études des troia royaumes, de la bibliothèque; il devint premier médecin de la cour, baron de Tempire et surtout professeur éoiincnt, fit des leçons auxquelles il at-
tira les étraogera. Il créa une écolo de sagea-femmes 01^ Ton professa en langue vulgaire, fonda une chaire de dinique dé démonstration ou Ut du malade, 11 n*y avait ni arophithéAtre d^anatonie, ni laboratoire de chimie, ni jardin des plantes avec démonstration , ni musée.
11 créa tout cela ( fut ainsi pitts heureux que nous en 187Â), força le préjugé populaire contraire aui dissections, abaissa les droits d'étude. Il 6tun palais de Tuniversité ou \e» professeurs de toute espèce sont logés et bien appointés. 11 fonda une grande bibliothèque commode et hospitalière, ouverte en tout temps. Son exemple montre comment on fonde une grande école. Modeste, il fit un ouvrage énorme, véritable encyclopédie médicale, intitule simplement : Commtntaria m Hermanmi Boerhaave aphorûmoi de cognoecendi* et eurandiê morbie.
làà CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
est animé dans la nature. Plutargue nous apprend que le sage roi Numa voulait qu'on adorât le feu comme le principe de Umte chose. (Plutarque, Camille, t. I, p. 139.) Car, dit cet auteur: mobilissimuê enin in tuUura ignis est. Motus autem est, aut cum motu ejus generatio. Aliœ vero materiœ partes colore iesùMœ, tor^ pidœ jacenles et mortuis similes, desiderant ignis vim, velut anfmam : quœ simulac accessit, conferunt seadagenium aiiquid auJt pet* tiendum» «On voit donc, ajoute Van Swieten, combien on peut attendre de la chaleur extérieure, pour mettre en mouvement les liquides stagnants. 9
Cette citation de l'antiquité, empruntée à Plutarque, fait que l'on pense malgré soi à la théorie mécanique de la chaleur et à la conservation de la force, choses qui nous semblent si absolument modernes.
Causes de la chaleur du corps. — Au t. H, aph. 67 5, p. fà&h et suiv.9 Van Swieten passe en revue les différentes théories anciennes et celles de son temps. Il y a, dit-il, dans les corps pivants quelque chose qui n existe pas dans les inertes et qui en^nâre la chaleur. Il est certain que le mouvement des liquides (circulation) coïncide avec la chaleur, s'accrott comme elle, et disparaît avec elle. Il semble donc que ce mouvement soit la cause de la chaleur^ Van Swieten convient que les anciens ont considéré l'origine de la chaleur comme très-obscure et presque .divine, ainsi Hippocrate dit : Quod calidum vocamus, tdmihiet immortale esse videtur, et cuncta intelhgere et videre et audire, et scire omnia, tum prœsentia, tum futur a^. Galien niait que la chaleur fût produite en nous par le frottement^ : non enim ex attritu arteriarum spiritus cahr in anmantium corporibus gèneratur, sicuti in lapidibus et lignis, sed contra ab innato cakre mo^tt« tjpaorum ^un(. Cependant , ailleurs (Lt6e//. adv. Lycum,
* Nouf nvons aajounl*hoi que c^est ' Ub. de earmbu», cap. i. Charter,
rinrene , et que , dans le corps des ani- T. V, p. dos. maui comme dans la machine à vapeur, * De Hifpocrate et Piakm. pkeiL
c*esl la chaleur qui Tait le mouvement, lib. VIII, cap. tu, iM. p. aàa.
VAN SWIETEN. \àb
cap. Il), il avoue que cette question est controversée parmi les médecins. On peut interpréter le passage suivant de Galien comme favorable à l'hypothèse du frottement: Utrum autem ts (calor) ex cardis et arterianm motu ortum liabeat.
La preuve de la chaleur développée par le frottement des corps solides, dit Van Swieten, est donnée expérimentalement, et il renvoie aux Hénents dechimie de Boerhaave [De igM); mais il n'en est pas de même pour les liquides, où l'on ne voit se développer par ce moyen qu'une bien faible chaleur. Aussi quelques célèbres médecins ont-ils essayé de démontrer que le frottement ne causait pas la chaleur du^sang. Ainsi Schelhammer [De genuina febres curandi meihodo , sect. ii, S 33, p. 91 ) dit que tout, dans la nature, proteste contre cette doctrine. Mouvez, dit-il , et choquez tous les liquides quelconques, soulevez des flots nuit et jour dans un vase, que la mer se soulève en bouillonnant, que les fleuves les plus rapides se ruent pendant des siècles contre les rochers, ils ne s'échauficront pas pour cela. Ne voit-on pas par là qu'il y a autre chose ^ns la chaleur du sang que le mouvement, en admettant même que le mouvement contribue un peu à cette chaleur? Van Swieten répond à cela que les liquides ne s'échauffent pas par le frottement à moins d'être élastiques; et, tirant partie des découvertes de Leeuwenhoeck relatives aux globules du sang qui sont des corps doués d'élasticité, il rappelle aussi, d'après Boerhaave, que les corps conservent d'autant mieux la chaleur qu'ils se rapprochent davantage de la forme sphérique (globules du sang). D'ailleurs, dit-il, quand le sang ê'^qfpauvrit de globukê [chloTOSBy anémie), la chaleur diminue. En somme Van Swieten demeure fidèle à la théorie du frottement et l'applique à la fièvre sans hésitation. Son parti pris de tout expliquer, et d'approuver aveuglément ce qu'a dit Boerhaave, le conduit à paraphraser simplement les versets de son mattre ; on apprécie , dit-il , la puissance du mouvement fébrile du cœur par la densité du liquide et la fréquence du
IA6 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
pouls . . , et là se place cette erreur si tenace et qui régnait encore en maîtresse dans les écoles au début de nos études, à savoir que le caillot, k couenne du sang, signifient densité de ce liquide, inflammation, etc., erreur que Van Helmont avait pourtant réfutée aved tant d*esprit. Il semblait qu'après les travaux chimiques et les démonstrations saisissantes de ce grand homme, il ne dût plus jamais être question de cette grossière aberration. Van Swieten avait lu et étudié les livres de Van Helmont, mais il en redoutait Tesprit caustique, et il semble qu'il n'ait point approuvé les sarcasmes contre les médecins, qui y sont distribués de main de mattre • • . .
Après avoir rapporté les expériences de Réaumur sur la production artificielle du froid , Van Swieten ajoute : « Ces propriétés du froid nous amènent à comprendre mieux ce qui se produit quand le corps humain est exposé è un froid rigoureux. Notre chaleur, à Yitat de santé, mime au fart de Véti le fdus chaud, dépaeee ceUe de l'air ambiant ^ ; on comprend , dès lors , qu'il faut un froid excessif pour que les parties de notre corps soient roidies par le froid. Mais comme, toutes choses égales d'ailleurs, il y a moins de chaleur aux extrémités, parce que la vitesse du mouvement du sang diminue en raison de la distance du cœur, l'effet du froid extérieur se fait sentir surtout aux doigts des pieds et des mains, au bout du nez et aux oreilles. »
Les limites de la chaleur physiologique, — T. I , De cwnhustione^ p. 767 : <^llya, pour le corps humain a l'état sain» un degré de chaleur, mesuré au thermomètre, à partir duquel les liquides et les solides ne reçoivent aucun dommage. Rarement , même chez les hommes les plus vigoureux, cette chaleur excède le ^&' degré du thermomètre Fahrenheit (35%6. C.) Mais, dès que la chaleur, dans les maladies, monte au delà du ioo*de-
' Erreur de Van Swieleii qui croit, le milieu ambiant, t. I, Gangrœna, nvcc les savants de son époque, que p. 785. (Voy. Réaumur, Mém. Ac. des noire corps ttl toujour$ pluM chaud quo 5c., 1 784 , p. 998.)
VAN SWIETEiN. 147
gré (37%8 C.) le sang et son sérum commencent à être disposés à la coagulation ; si la chaleur monte à i âo® F. (Bo"* G.) le sang se coagule. Ainsi la chaleur, arrivée à ce degré, change Tétai de nos liquides. Mais , à la température de l'eau bouil-lante (ai a® F.), liquides et solides sont détruits. . • n
Van Swielen parle ici des applications extérieures de la dialeur. L occasion était favorable pour donner le chiffre de la chaleur physiologique des tissus, et l'extrême limite de la chaleur du corps dans les maladies; mais ces notions paraissent lui avoir fait défaut.
Cependant (t. I, p. 1B9), expliquant l'action de la chaleur fébrile sur le sang, Van Swieten donne une théorie qui se rapproche de celles qui sont aujourd'hui confirmées, telle que la théorie des embolies de Virchow, ou seulement proposées, comme celle de Liebermeister sur l'action de la chaleur fébrile comme destructive des actions vitales . , .
Strvm sanguimê JluiiUsimum ab aqua ebuUiente coagulatur in srinilem masMtn; et in marbis, dum calor insurgit mtdtum tdtra gradum calons hominis sani, siatim incipit disponi sanguis ad con-eredonem ; hinc respiratio tune incipii esse diffidlis et anhelosa, et cerebri aetiones lœduntur, quia per subtilissima Ula vasa, sanguis jamfere conerescens, transire nequit; aceedit simul, quod per calorem auetwn subtUissima difUntur de corpore.
La question de la chaleur fébrile prend, dès ce moment, une importance qu'on ne lui reconnaissait pas jusqu'alors.
«Lorsque la chaleur, dans les maladies aiguës fébriles, accompagne une inflammation locale d'une partie du corps, c'est dans la partie aflectée que l'on trouve la plus grande chaleur, quelle que soit la chaleur du reste du corps: ainsi, dans la vraie phrinitide (frénésie), il y a une douleur et une chaleur très-grande è la tête; dans l'angine inflammatoire, il y a une très-forte chaleur à la gorge, et ainsi de suite pour les autres maladies inflammatoires. C'est ainsi qu'Hippocrate , parlant de la possibilité de découvrir le lieu affecté par le fait même de
sa plus grande chaleur, dit [Coac. pripnot. n*" &3) : Quibus Uuus êublatum m tumorem, ac calidiuê est, et mcUnatis in alterum gra-vitas altqua impendere mdetur, hic pus ex una parte est. Et ailleurs il recommande, pour savoir où il faut inciser ou brûler dans Tempyème, de recouvrir la poitrine du malade, d*un linge enduit d'une terre rouge, bien passée et imbibée d'eau tiède, disant que c'est là où la terre se séchera d'abord , qu'il faut faire l'ouverture.
Ce chapitre renferme des vérités et des erreurs. On sait, en effet, que jamais une partie du corps quelconque, enflammée ou non, suppurante ou saine, en quelque état qu'elle soit, ne possède une température supérieure à la température rectale; rarement elle atteint la température axillaire.
Il n'est pas moins vrai que les parties de la peau enflammées sont plus chaudes que les autres parties des téguments [ruior, calor)^ mais elles ne le sont pas plus que les centres; il n'y a donc pas , à proprement parler, de foyers de chaleur créés localement ^
Quant à la nature de la fièvre, sous le rapport de la chaleur fébrile. Van Swieten dit, avec Boerhaave (S 58o), que la chaleur est effet et non cause, qu'elle n'est donc pas l'essence même de la fièvre, et il rend justice, en ce point, à la théorie que Van Helmont a exprimée en ces termes ifelms non esi nuJa eahris tempestas; sed adest occasianalis tntiata materia, ad cvjm expulsionem Archeus per aecidêns se aeeendit, velut indignalus. (Tract. De Febre, c. iv, n*XX.)
Frisson fébrile {Jrigus fébrile y t. II, p. «59). — «Le frisson n'est qu'une sensation que nous éprouvons par la diminution de chaleur de notre corps. Le frisson ne nous donne point à connaître de quelle quantité notre chaleur est diminuée, mais
^ Voir les expériences de Poarfoar et plus grand afflux du Ii<piide chaud, Dopelit et celles de Claude Bernard sur qui esi le sang; cites sont le point de la chaleur par dilatation des vaisseaux départ des théories maorootrices.
seulement qu'elle l'esté Or les thermomètres nous apprennent que tous les corps ont la chaleur du milieu ambiant, à moins qu'ils ne soient au contact du feu; mais la chaleur de notre corps est supérieure à celle de l'airDÙ nous vivons, et, dès que la cause qui produit en nous de la chaleur vient à cesser ou è baisser, notre chaleur baisse et retourne à celle du milieu atmosphérique. Or c'est la sensation de cet abaissement que nous appelons (nsson (frigus). » Van Swieten explique longuement la cause du frisson fébrile qui serait produit par la constriction des petits vaisseaux et par une moindre action du cœur amenant une diminution des frottements : Omnes humo* res jam sU^fnare incijnuni circa arteriarum extrema, quod cordis cohtraeiio debeat minui, quia reêistentias in arteriiê mperare, adeoque et H intègre evacuare, nequit. • . Ului enimfrigus fit a mitiuio auriiu liquorum in $e mutuo et ad vaea, etc.
Opinion des anciens sur la fièvre, d'après Van Swieten. — Après avoir professé que le pouls était le signe le plus constant de la fièvre , Van Swieten s'exprime ainsi : « Cette simplicité a déplu , et l'on trouvait dur d'en être réduit à la seule accélération du pouls comme signe pathognomonique et toujours fidèle de la fièvre, d'autant plus que le pouls peut être troublé par une infinité de causes passagères.
«Aussi Gelse recommandait-il de prendre de grandes précautions pour s'assurer si le pouls n'était pas influencé par des causes accessoires.
«Or la chaleur n'offre pas plus de garanties, et, bien que les anciens l'aient considérée comme l'essence «même de la fièvre, ils hésitaient à la croire un signe infaillible. Gelse dit : Altéra res cui credimus, cahr, œquefaUax,
« Pour Galien il y a fièvre quand la chaleur est augmentée d'une façon assez immodérée pour mettre l'homme mal à
' Van Swieten contredit Iiii-aiéme pins loin cette erreur.
150 CHAPITRE r. — LA CHALKIJH KT LA FIÈVRE.
Taise et rempécher d'a[;Ir; que si ni l'un ni l'autre n'a lieu, quand même l'homme serait plus chaud qu'avant, il n'y a pas lieu de dire qu'il ait la (ièvrf\ — Et les médecins fjrers et arabes qui ont suivi n'ont pas parle autrem(?nt. Avicenne distingue la chaleur fé!)rile, morbide, de celle qui provient de la colère ou du mouviMuent musculaire.
«Hippocrate, d'a|)rès Galien , tout en parlant du pouls, semble n(^ l'avoir pas beaucoup étudié et en avoir méconnu l'importance et la vraie cause: pourtant Hippocrate décrit souvent des caractères particuliers (lu pouls, v [Coac, prœnot. de letharglcormn puisu , in Zollo, in Polycrate, etc.)
De la chaleur du corps dans les maladies et de la thermométrie. — Au tome II, S 67.3, Van Svvielen développe et complète l'aphorisme suivant de Boerhaave : Calor febrilis thermoscopio exter- 7ms, sensu œijn et ruhore unnœ mternus cognosatur. Nous traduisons presque intégralement ce chapitre important: t? La chaleur est un symptôme si constant dans les fièvres, que Galion et après lui les médecins les plus célèbres ont pensé que la chaleur était la Jiêrre même. Chez Thonmiesain il y a une chaleur d'un degré bien déterminé : la chaleur dite fébrile excède ce degré, qui est celui de la santé, et cest de cet excéd/int morbide qu'il s'agit quand on parle de la chaleur fébrile. Nous traitons, dans ce paragraphe, de la manière de reconnaître la présence de cette chaleur fébrile.
^On reconnaît la chaleur et à la surface du corps, et dans les cavités profondes pendant la vie, comme chacun sait, et, toutes choses égales d'ailleurs, elle est toujours plus élevée à l'intérieur, à cause des pertes que l'air extérieur fait subir à la surface du corps, parce qu'il est plus froid que nos tissus. On peut sans doute reconnaître, par le toucher, la chaleur extérieure chez les fébricitants, mois non en ap[)récier, avec une exactitude suflisanle, l'intensité: attendu (pie le sens du tou-
cher, en ce qui concerne la chaleur [senms calorie)^ peut varier chez nous par des causes nombreuses.
ft Par exemple : quand nos mains sont froides, nous trouverons que la main du malade est chaude, alors qu'elle nous paraîtrait à peine tiède, si nos mains étaient réchauffées par friction ou autrement. Aussi la mesure la plus exacte de la chaleur est-elle donnée par Ui thermomètres, aujourd'hui trèsperfectionnés et portatifs, appelés, du nom de leur premier inventeur, Fahrenheit; les meilleurs sont ceux qui contiennent du mercure, lequel est préférable à tout autre liquide. On commence, avec ce thermomètre, par mesurer la température d'un homme sain, que Ton marque avec un index fixé à l'instrument; puis, le point étant noté, si l'on fait tenir ce ther^ momètre dans la main du malade fiévreux ou qu'on le lui introduise dans la bouche, ou qu'on le lui applique sur la poitrine nue, ou bien dans l'aisselle, pendant une durée de plusieurs minutes, on jugera, parla hauteur variable oik montera le vif-argent, de combien la chaleur fébrile dépasse la chaleur naturelle, c'est-à-dire celle de la santé. Donc on connaît ainsi la chaleur de l'extérieur du corps et celle de la bouche qui a une libre communication avec l'air extérieur; ces températures sont toujours moins élevées que celles des parties intérieures du corps. Il arrive parfois que, dans certaines maladies, les parties extérieures du corps sont peu chaudes, tandis que l'intérieur est brûlant (Hippocrate, fièvre ardente), et alors le pronostic est très-mauvais. Nous avons connaissance de cette chaleur d'après la sensation des malades, qui, dans ces funestes maladies, se plaignent d'habitude d'une ardeur intolérable, surtout dans les viscères vitaux (vtudia viecera ). 7> Suit un chapitre sur les urines chargées chez les fiévreux , chapitre excellent.
On croirait lire un ouvrage contemporain et fin bon ouvrage.
Nous avons donc ici, résumée, toute la pratique thermo-cli-
nique (le Van Swieten. Nous voyons qu'il consultait la température sur la peau du tronc, dans la main, dans l'aisselle et dans la bouche, et qu'il supposait des tenjpératures intérieures dont le degré inconnu lui paraissait ne pouvoir être indi(pu5 exactenjent: il s'en rap|)ortait, sur ce point, aux sensations dos malades. II ne paraît pas que l'on ait, à cette époque, introduit le thermomètre dans l'anus ou dans le vagin, ni qu'on ait su combien la lempéradire de Taissolle s'approchait des températures centrales.
Valeur (liagiwsùqnc du siffue chaleur. Van Swieten (/)(? mnrh. vit, aph. 670). — Le pouls accéléré est le signe le plus constant de la fièvre.
Ici Van Swieten aborde une question qui, depuis, a été fort étudiée, et dont la solution vraie, trouvée par de Haén, a été oubliée, puis retrouvée de nos jours: celle du frisson avec fièvre (du froid avec chaleur).
Il y a, dit-il, de la fièvre au plus fort du frisson de la fièvre quarte, et, quand un faible vieillard, au milieu de l'hiver, est suffoqué par une fièvre quarte avant d'avoir pu se réchauffer, tout le monde n'en dit [)as moins qu'il est mort dans le paroxysme fébrile. Donc il y a de la fièvre, quoique l'on n'observe pas de chaleur. C'est une sorte de paradoxe que de dire (^migari videntur) qu'il y a de la chaleur dans le moment du frisson fébrile, mais elle est latente et on ne peut la percevoir. C'esl-à-dire que la chaleur succède au froid et que l'homme frissonne alors qu'il n'est plus froid.
Ainsi l'accélération du pouls est le [)hénomène que l'on trouve toujours, non-seulement dans toute fièvre, mais à tous les moments de la fièvre.
Pour mieux marquer le défaut du signe tiré de la chaleur. Van Swieten accentue son opinion (son erreur), en disant : ^Certes, h ce moment de la fièvre, où au frisson fébrile succède graduelleuKMit une augmentation de la chaleur qui arrive
VAN SWIKTEN. 153
au degré de la chaleur natureile [teporem)^ il n'y pas d'autre signe de la fièvre que l'accélération du pouls. »
Il reste acquis à l'histoire que cette question de la concomitance du frisson et de la chaleur était débattue dans les écoles au temps où Van Swieten écrivait ce chapitre.
Des rapporté du pouls et de la chaleur [proportion). — « On ne peut pas dire dans quel rapport la vitesse de la circulation et la résistance des vaisseaux sont avec la chaleur fébrile.
«Si la vitesse du sang était doublée, alors que chez un fébricitant les artères battent deux fois plus vite qu'à l'état sain , la chaleur ne serait pas pour cela portée au double; il y a, outre la rapidité du mouvement, d'autres causes qui conspirent à produire la chaleur . . • Cette chaleur, portée au double , serait intolérable pour le corps et produirait bientôt la mort. Si la chaleur normale était doublée 4 portée è 180° F., le sang se coagulerait dans les vaisseaux et tout mouvement cesserait.
c( // semble que le rapport du pouls à la chaleur soit tel que l* excédant de chaleur qui se montre avec un potils doublé de vitesse, soit à f excédant qui se montre avec un pouls triplé de vitesse, dans le rt^pport det à ù.W faut tenir compte du reste, non pas seule* ment de la fréquence, mais de l'amplitude du pouls. . . »
Ce que Van Swieten dit est fort juste en principe. Depuis lai on a mieux étudié les rapports de la fréquence du pouls et de la température.
Si nous appliquons son principe, nous trouvons que la chaleur étant de 87% 5 C. avec un pouls à 60, si le pouls est triplé, soit porté à 1 80, et la chaleur étant alors de A t"* 5, la chaleur sera de 39^5 avec un pouls de lâo. L'expérience nous montre que si , dans les maladies à courbes régulières , la courbe du pouls se modèle sur celle de la chaleur, cependant il n'y a point de rapport entre la fréquence absolue du pouls et la chaleur absolue; celle-ci a un maximum, le pouls n'en a pas; le rapport varie d'un individu à l'autre, d'une maladie è l'autre.
154 CHA.PITKE r. — LA CH VLEUR ET LA FIÈVRE.
Les maladie» fébrile», la JOvre. — S 558 de Boerhaave : Fehri» frequenti»»imu» morbu», injlammaùam individuu» (inséparable) cornes, plurium nwrborum, marti» et »œpe »anatioms apiima causa, nunc explicanda, La fièvre est la plus fréquente des maladies, elle accompagne toujours les maladies inflammatoires, les autres souvent. Aussi l'histoire de la fièvre méritet-elle la première place.
Febris a fervore dicitur Latini», ut voluerunt plurimi, afebruando (purifier), id est luslrando vel purgando deduxerunt alii.
Hippocrate a dit aussi (et il n'était pas le premier sans doute) : «^ Je commencerai par la fièvre, qui est la plus commune des maladies (lib. De Jlatibu»)^ et qui est la compagne de toutes les autres maladies, principalement de l'inflammation. »
La triade fébrile. — Van Swieten dit, après Boerhaave et comme tous ses contemporains : Tria nempe tantum phœno^ mena omnibus febribu» communia ob»ervantur: horripiLuio , jndsus velox, cahr.
Quant à la nature de la fièvre, il faut dire, avec Sydenham : le mode d'action de la nature, en cette matière, échappera toujours à l'esprit des mortels. Dans toute fièvre, dit Van Swieten, l'expérience montre qu'il y a accélération du pouls, et, par conséquent, contractions plus fréquentes du cœur; ce qui prouve que les causes qui font contracter le cœur sont accrues; mais comment agissent ces causes excitantes du cœur, pourquoi, dans la fièvre, sont-elles plus énergiques? nous Tignorons.
Tout ce que nous savons de la nature de la fièvre, nous le connaissons seulement par ses eff^ets et ses attributs inséparables: l'esprit humain semble ne pouvoir aller plus loin, neque hactenus bonœfrugis prottderunt omnes, qui hic plus sapere volue^ runt. Cette phrase est à méditer !
Classification des fèvree d'après la nature de la chaleur fébrile.
— Van Swieten (t. H, p. ^3) commente le 579" aphorisme de Boerhaave ainsi conçu : In omni febre, hia prœgressis, oritur calor, major, minor, brevis, diuiumus, intemus, extemu8, universalis, vel loci, pro varietate febris. Cet aphorisme indique une voe d'ensemble, philosophique, et plutôt une intuition que le résultat direct de Texpërience. Van Swieten tente d'établir une classification des fièvres en partant du principe des modalités variables de la chaleur. «Après, dit-il, que le frisson a cessé et que le sang circule librement et largement par les artères dilatées, les capillaires ayant cessé de résister, la chaleur fébrile se développe et s'accrott. Or, suivant le caraciire (tndole) différent de la fièvre, cette chaleur diffère d'intensité, de durée, de siège [loco) . . .
«Ainsi la fièvre éphémère, la synoque simple, ont une chaleur douce et humide, à pein'e plus élevée que la chaleur naturelle; la synoque putride a une chaleur beaucoup plus in* tense et qui pique, pour ainsi dire, le doigt qui touche; dans la véritable fièvre ardente, la chaleur perçue au toucher est brûlante, et l'air expiré semble en être surchauffé. Dans la peste, l'invasion de la maladie , détonant sur certaines parties , comme un feu vif, les réduit en escarre. Dans la fièvre tierce légitime et parfaite, qui ne dépasse jamais douze heures, la chaleur dure quelques heures seulement; dans les fièvres continues, elle s'étend à plusieurs jours, à des semaines; dans les fièvres hectiques, cette chaleur dessèche et épuise le corps pendant plusieurs mois.
« Le meilleur signe est quand la chaleur est répartie également par tout le corps jusqu'aux extrémités. Dans les fièvres les plus mauvaises et le plus souvent mortelles , il arrive que Ton perçoit une grande chaleur dans les centres vitaux, tandis que les extrémités du corps sont froides, j^
(I semble que, dans cette tentative de classification des fièvres. Van Swieten ait eu une sorte de divination des services que les courbes de température seraient appelées à rendre.
156 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.