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Pour Delaroche, le développement du froid chez les animaux exposés à une forte chaleur est le résultat de Tévaporation, mais il ajoute qu'il ne faut pas comparer d'une manière absolue les corps vivants avec les corps bruts, et que ce phénomène est également le résultat des causes vitales qui règlent faction du .s\stème exhalant.
Depuis ces expériences, que M. Cl. Bernard analyse, et auxquelles il rend une justice très-méritëe, les auteurs qui se sont occupés de la question ont porté leur attention sur trois appareils , et ont cherché à déterminer le mode d'action de la chaleur : i"* sur le système musculaire: ^i"* sur le système nerveux; 3*" sur le sang.
Les premières expériences de M. Cl. Bernard datent de i8Â9, mais elles n'ont été publiées complètement que dans ces derniers mois; nous les placerons è la fin, parce que des recherches récentes complètent et expliquent les premières ^
}" Actimi de la chaleur sur le système musculaire. — En 1 8 Ad , E. Brûcke^ avait cherché à expliquer la rigidité cadavérique. Il avait émis l'idée qu'il se fait dans la fibre musculaire une coagulation analogue à celle qui donne naissance au caillot de la saignée, mais il ne connaissait ni la nature précise de la matière coagulable, ni l'agent de cette coagulation. Dubois-Reymond^ prouva que les muscles sont alcalins tant ({u'ils sont irritables; que, dès qu'ils deviennent acides, ils perdent leur irritabilité. Cette acidité est due à l'acide lactique. W. Kûhne ^ reprit la question alors qu'il était préparateur de M. Cl. Bernard au Collège de France. En broyant des muscles frais^ W. Ruhne obtint un liquide neutre, rougeâtre, amienu des fibres musculaires. Ce liquide se coagule spontanément, mais avec une rapidité qui varie avec la température: à I G degrés la coagulation n'a lieu qu'après plus de six heures;
* NooB empruntons quelques-unes de anaijiesi Texcellent mémoire publié
ptr M. Valiin (Arch. gin. âê médecine^ 6* série, 1871, t. XVIII, p. 799, et 1879, t XIX, p. 75): Du méeanUme êê Im mort pmt la chaleur tsténeure.
* Brocke, Uebêrdiê Unaekê dir To- Jetfterre; in MuUfr'ê Àrck,^ 18/19, p. 178.
'* Dubois-Reymond , Ihfinrm mu$euions nactione , ut çkimicii viaa §êt , acida ; in MoiuUêbêriektê der Berhmr Akadêmie , 1869, p. 998.
* W. Kùbne, Untêrntckungen uber Bewegungeii und Vertmdêrungen der eontraeûlm Subêtanxen , etc. ; ia Àrrkh. wu Reiehert, 1809, p. 7*1 8.
selon l'espèce animale qui a fourni le liquide, à 36, &o uu à 5 degrés , la coagulation est instantanée. Le iiuu nuuculaire intact devient acide et inexcitable quand il est plongé dans un liquide (à réaction neutre : mercure ou huile d'olive neutre) qui, pour les grenouilles, dépasse 3 7 degrés, et, pour les animaux à sang chaud , est de 7 ou 8 degrés plus élevé que la température normale du corps. Pour Kûhne, la rigidité par ia chaleur ne diffère pas de la rigidité cadavérique. L'examen microscopique des muscles de l'hydrophile, soumis à ces deiii influences, donne des résultats identiques.
De plus, il ressort des recherches de Kûhne ce fait capital, que le degré de chaleur auquel est portée la fibre musculaire donne, s'il ne dépasse pas 37 degrés chez la grenouille, une rigidité et une inexcitabilité temporaires; mais que, si le d^é de chaleur est porté à &o degrés, la coagulation est définitive, irrémédiable.
Ce résultat est des plus importants à retenir au point de vue des applications à la pathologie ; il explique les divergences qui régnaient entre les différents observateurs, Pickford, Schiff, Wundt. M. Vallin pense toutefois que les limites assignées par Kûhne sont un peu étroites, lia vu , dans une de ses expériences, que les deux cuisses d'une grenouille vivante étaient insensibles, paralysées, rigides, par une insmersion de trois ou quatre minutes dans de l'eau h ào degrés; le lendemain, les muscles étaient redevenus souples et excitables. Hermann^ a constaté également qu'en plongeant la patte d'un chien*dans de l'eau à 5o degrés, de manière à rendre l'inertie complète , les muscles redevenaient assez promptement souples et excitables.
Ce ((ui est vrai pour les muscles de la grenouille l'est éga-
* Sur la oaUire du processus cbi- cuiier le résumé donné par ce demi«r
oaiquequi caractérise ia rigidité muscu- dans sa Phftiologie,, p. aSo-aoô. Tra-
laire, on lira avec fruit les travaux de duciion française annotée par le docteur
Ranke, Prpyer^ Hermann, et en fiarti- Ontmus.
iement pour ceux des autres espèces animales, mais le degré varie avec la température propre de ces animaux. La température de 38. à &o degrés détruit le muscle de la grenouille; celle de A 5 degrés, celui du lapin, du chat, du chien; celle de &8 à 5o degrés, celui des oiseaux.
Ce fait de la rigidité instantanée et de la mort du muscle par une température bien inférieure à celle qui coagule Talbumine est ahsolu, il ne manque jamais. Il a été constaté par tous les observateurs et particulièrement par M. Cl. Bernard, qui'en décrit toutes les conditions dans ses Lfçans iur les propriétés des tissus vivants^. Il a été vérifié également par M. Vallin ^. Mais ce dernier expérimentateur, au lieu de placer les animaux dans une étuve, les exposait (chiens et lapins) immobiles au soleil, et la mort arrivait dWdinaire au bout d'une heure. L'identité des résultats obtenus par M. CI. Bernard et par M. Vallin est de nature à faire accepter leurs conclusions comme définitives, surtout parce qu'ils ne se sont pas placés dans les mêmes conditions.
Voici le résumé des expériences publiées par M. Cl. Bernard ' :
Dans une série d'expériences qui datent de 18&9, M. Ci. Bernard avait obtenu des résultats tout è fait comparables â ceux de Delaroche. Il a repris ces études à l'aide d'un appareil plus perfectionné^. Un oiseau, plongé dans une étuve sèche à une température moyenne de 65 degrés, est mort en moins de quatre minutes, et un lapin de taille moyenne, placé dans les mêmes conditions, est mort en vingt minutes. Les animaux ont eu d'abord une accélération de la respiration et de la cir-
* Ltfimi «HT kê propriàtéê dêi tistu» th^quêê ( Bévue de$ court êcient^qttêê , vivûmtM, 1866, p. aSo et aSi. 1B67, p. 997 et Sâg). — In/luenee de
* Vallin y Recherchée êxpérimentakê la chakur sur iet aninuiux (Revw de» tmr VinêcIMim et lee accidenta produits eoun 9eietUifique$ , 1 87 1 , p. 1 33 et 1 8s). par la chakur (Arch. gén, de méd,, fé- — (Valeur animale, p. 3â6.
nier 1870). * Cl. Bernard, La chaleur animale,
* Cl. Beraard, Leeane mmt In ânes- p. 363.
culatioD , puis ils sont morts rapidement avec de l'agîlation ou dans les convulsions; k lautopsie, les phénomènes ont présenté le même aspect : augmentation de la température dans le rectum de 5 à 6 degrés au-dessus de la température normale, puis arrêt du cœur, rigidité cadavérique très-rapide et sang noir dans le^ artères comme dans les veines.
M. CI. Bernard analyse ensuite Tinfluence dp la chaleur sur les divers systèmes et éléments organiques, muscles, sang, système nerveux, etc.
Pour le s^êlime mu^ulaire de la vie organique, la chaleur est un excitant. LorsqueMa température d'un animal s'abaisse, les battements du cœur diminuent d'énergie et de nombre. (Exemple : les animaux hibernants, la grenouille engourdie par Je froid.) Chez les mammifères soumis à Tinfluence delà chaleur, à mesure que la température s'élève, le cœur bal plus vite, et la circulation s'accélère jusqu'au moment où elle cesse brusquement et où les animaux meunsnt dans les convulsions. Les fibres musculaires de l'intestin, de l'estomac, des cornes de l'utérus, des uretères, réagissent de même.
La chaleur agit donc comme un excitant sur les fibres musculaires de la vie oiiganique; de plus cette action est directe, elle ne s'exerce pas par l'intermédiaire du système nerveux, elle peut se produire immédiatement par le sang. En réchauffant la patte d'une grenouille refroidie dont les nerfs sont coupés, les battements du cœur reprennent de la fréquence. La chaleur est donc un excitant direct du système musculaire de la vie organique. Il n'en est pas de même pour le système musculaire de la vie animale, celui-ci n'est pas excité par la chaleur.
Cette action excitante a une limite, et, portée trop haut, elle fait cesser brusquement les battements du cœur. Quelle est la cause de ce phénomène? MM. Kûhne et Ranvier, préparateurs de M. (]1. Bernard, ont constaté que la myéline était coagulée.
La mort a donc lieu par Tarrét brusque du cœur. JM. Vallin ajoute que, dans plus de la moitié de ses expériences, il y avait inertie . du diaphragme en même temps qu'inertie du cœur. Cette inexcitabilité du diaphragme est confirmée par les recherches d'Obernier' (animaux sacrifiés dans Tétuve) et par celles de Walther de Kiew^ (animaux exposés au grand soleil).
Les observations médicales concordent avec ces expériences. Bien qu*en général elles soient très-incomplètes sous le rapport thermométrique, dans toutes on signale qu'au moment de la mort par coup de soleil l'homme présente de hautes t^'mpératures. Le docteur Roch observa, è bord du Golden Fleeee, dans la baie d'Annesley, en mai 1 868 , un grand nombre de cas d'insolation, dans la même journée; chez un homme qui venait de- tomber foudroyé et quon lui apporta immédiatement, la température axillaire marquait àb"* G. ^; le docteur Bennett Dowbs ^, à la Nouvelle-Orléans , trouva dans cinq cas A3\9, 49%8, 37%a, 4o",5 et 4i%9. Le docteur Wood donne les chiffres suivants :
* Obernier, Dm* Hitzêcklag (Intoh- En i867,Ot>ernier à Bonn, PasMuer Clou , an^ de chaleur, etc. ) ; Bonn ,1867, à Vienne , MichaôKs , avaient rapporté io-S*; Vni, tsi ". . des CBS de naort par asphyxie dans les
* A . Walther de Kiew , Ueber tôdtUchê années en marche. En France , Moutard- If amMprWticCion m thieriêchen Kâr- Mèrïin {Gaz. dêi hâp., i5, 1868); en
p€m {BuU. de VÂead, de Samt-Péten- Angleterre et en Amérique, Jones (Laii-
hêiurg, Xî, 17-19). Analyse tn Med, c^t, 4 juillet 1868), W.Madean(t6iW.,
CtmtrmlbUu, 1867, p. 391. — Vonder b août), Johnson (Brit. med, Jomn,,
ITtrihiii^ strMender Wànm au/ den i" août 1868), Baûmler {Med. Timêi,
thiêriêchen Orgamemui ( Vorlàufige Mit- 1 " août 1 8 68 ) , Bennet ( ibid, , 1 5 août ),
timhiug m Mêdkmi»^» CmiriMaU, James J.Lewick(/VfiMyfr. Ho$p, Bep.,
1867, p. 770-771). 1868, I, p. 369), Bullar (Brit.
Docteur Roch, On keat apaplexy. Joum,, 99 août), W. Strange (ihid., ( Mêd. Timu mdGaz,,q joiiiet 1 868. ) 99 août) , Lolliot ( Gaz. de» A^#. , 1 5 fé-
* In Mémire êur VmaoMon, par vrier 1868), ont fourni de nombreuses Heimner àe hfi^n^ (Schwndft Jtdtrb,, observations de ce genre. Le docteur
1 869 , 1 ** partie , p. 89 et suiv. ). Helbig a (enté ( Mémoire de Meiêener) de
Consultes également les auteurs sui- donner la théorie de cette affection dès vants : i858.
Après la oiorl.
1 " oliserTation ... 9 heures . Température dans le thorax . . . h^*,^ C. 9* observation ... 1 heure. . Température dans Tabdomen . . âa ,9 3' observation ... 9 heures . Idem &3 .6
Le coup de chaleur agit comme le coup de soleil; le docteur Casey ' vit un ouvrier fondeur en cuivre qui était dans le coma depuis quelque temps à la suite d'un coup de chaleur dont il mourut. Il trouva dans Taisselle &3 degrés. Chez un raflineur frappé brusquement et immédiatement éloigné de Tétuve, le docteur Baùmler^ fit, deux heures après Faccident, les observations suivantes :
Aiiwil*. RrHoni.
A6^t5- fi9%6 »
A 6^ 95- àù.t 49\3
A 6^ 3o" fta ,0 •
Il est probable qu observé plus t6t, le malade aurait offert une température beaucoup plus élevée.
Meissner, dans son mémoire, cherche & expliquer le processus de la mort, et il fait remarquer les phénomènes suivants : 1* Taccélération et l'affaiblissement des battements du cœur, d'où résulte une circulation imparfaite à la périphérie et une accumulation du sang dans les organes profonds; 9" Taccélération et TinsuBisance de la respiration. Le mot de Wood. '^ fièvre de chaleur, r> n*est pas sans valeur.
Lewick ' a cherché , en comparant les symptômes et les lésions anatomiques du typhus et de Tinsolation, à établir que celle-ci était bien réellement une maladie fébrile. Il remarque
» Docteur Casey, Cote 0/ k9atfner, XXX VIÏ* vol., p. 4o, 1859. Les jour-
{Med. Timm and Gai,, 1866, p. s6.) naax] américains renfemient an gnod
' D' Baûmler, On a eoiê of këat $trok$ nombre d*ob6ervatioii8 d^inaoiation. Mai-
(Mm/. Tim»9and Gaz. 18 68, p. 118). heureasement la tempémture n'a éié
' Lewick, Remarkë on tunêtroke, in recherchée que dans un' petit nombre
TV ammican Journal 0/ médical iciencet , de cas.
dans les deux maladies des symptômes communs : le pouls faible , la peau 'chaude, le visage et les conjonctives rouges, ia lividité, les soubresauts des tendons, et, à l'autopsie, ia putréfaction rapide, les pétéchies et les larges ecchymoses, le sang fluide dans les veines, la congestion veineuse du cerveau, des épanchements dans Içs ventricules et sous l'arachnoïde; la substance du cerveau saine ou un peu moins transparente qu'à l'état normal, les poumons présentant une infiltration h)|)08talique dans leurs parties postérieures et inférieures, le cœur rempli de sang liquide, etc.
Dans cinq cas, Lewick a observé &3", &!i°,8, &t%t, &o%8, /i5%5 après la mort.
Cette élévation de la température après la mort a été signalée aussi par Walther. Il aurait trouvé sur un lapin &6 degrés (rectum) au moment de la mort, et So"" C. une demi-heure après. Walther cherche à expliquer cette élévation de température par la transformation du mouvement en chaleur, par suite de la rigidité due k la coagulation musculaire. M. Vallin n'a pas observé cette élévation posî mortetn.
Il semble que la rigidité du cœur ait été constatée par les expérimentateurs et par les observateurs, notamment par Wood^; en6n quelques médecins, Meissner entre autres, ont noté la faiblesse extrême des bruits du cœur. Si Ton se rappelle la théorie de Kûhne, on voit également que le retour de la vie après un arrêt d'une durée notable répond à cette contracture passagère qui survient dans le muscle soumis h une température relativement peu élevée.
Quelque séduisante que soit cette théorie, est-elle constamment justifiée? M. Marey^, dans ses recherches sur la contractilité musculaire, a figuré la courbe plate et unie que trace le myographe, qui inscrit la contraction d'un muscle
* H. C. Wood, On «tmflroA» (The * Mërej, Du mmnementémn» le» fonetmenetmJammmlofmed.§eieneeê,iB6Sj H'om de la vie; Plris, 1868, p. 3Â&p. 377). 358.
r« CHAPITRE IL — LA CHALtUR ET LA FIEVRE.
'ioumisà une chaleur trop élevée. EckharcP, Schelske^. E. Cyon* ont examiné (lirectenient le cœur, plongé dans un liquide élevé à (les tempérai ures variées, mais préalablement ils Tavaienl déta(h<'' du corps de Tanimal. Le résultat, fait remarquer M. Vallin, esl plus complexe (pi*il ne parai! au premier abord . et il est (hlficile de faire la part de l'action de la chaleur sui les éléments nerveux cardiaques et sur la fibre musculain*. Toutefois ils ont trouvé que, chez la grenouille, la chaleui portée jusqu*a 'lo degrés accélère les battements du cœur: à ce degré le cœur reste inmiobile: Teffet utile correspond a une température de i 8 à '^6 degrés. De plus , le cœur, devenu immobile à /io degrés, recommence à battre au bout de trèspeu de temps par le refroidissement.
îi Action (le la chaleur sur le système neiveuœ. — Depuis longtemps les médecins ont invoqué l'action de la chaleur sur le système nerveux, et ils ont vaguement parlé de sidération des forces, etc., mais les premières expériences dignes d'être rappelées sont récentes. Afanasieff^ a montré que la chaleui augmente l'irritabilité des nerfs moteurs, mais Tépuise rapidement. Ainsi un nerf scialique échauffé progressivement à lio degrés provoque, par l'excitation électri(|ue, des contractions beaucoup plus fortes, mais de plus courte durée, que le nerf chauffé à !io degrés. Il faut attendre, pour obtenir une nouvelle secousse, un temps d'autant plus long que la température avait été plus élevée; c'est ce que l'auteur appelle la mort apparente du nerf. A partir de 5o'(]., l'excitabilité diminue, elle esl tomplétement anéantie a 65° (1. L'élévation
' Eckhard, Ehifum dpi' Tempérât nr- ' E. Cyon, Vebei' den Einfim», etc.,
Erhohuug auf die Herzbewe^ng , iii in 5c^mfV/(*» 7oAr6. 1867 , B** C\\\ M,
Srhundl's Jahrh. i H6(), B** CXXX Vf, p. 7. p. 5.
' Schelske, Die Wirhung der Wàrnie * .KhuBfneïï , Unteriuchunge» ùher (hn
uufda^ Herz , in Srhmidt's Jnhrh. \ H 6(1 , Einfiuss der Warme, etc. , in Arch. rm
B' (Ail, p. iCki. Hnchinl . iS().'>, p. 691-70^.