OBSERVATION III
Pleurésie gauche a frigore. Thoracentèse à l’aide du siphon.
R..., âgé de 30 ans, garçon de magasin, entre le 8 juillet 1892 à l'hôpital Lariboisière, salle Grisolle, n° 3, service de M.Duguet, pour une pleurésie gauche.
Né en Suisse, dans le canton de Fribourg, R... n'offre rien d’important à signaler dans ses antécédents.
Il y a 6 semaines environ, dans le cours de son travail, il fut pris d’un frisson violent et d’un point de côté à gauche derrière le mamelon. De ce point de côté résulla une dyspnée qui n'empêcha pas absolument le malade de travailler. Mais, il y a huit jours, il fut pris d’une oppression plus vive avec impossibilité absolue de se coucher sur le côté droit. Survinrent des quintes de toux qui le fatiguèrent jour et nuit sans expectoration.
A son entrée, on constate une légère voussure thoracique du côté gauche; les vibrations ont disparu dans les 3/4 inférieurs et postérieurs ainsi que la sonorité thoracique.
Il en est de même en avant, sauf immédiatement sous la clavi-
ss
cule dans l'étendue de deux travers de doigt et au niveau de l’espace semi-lunaire qui a diminué de moitié. Souffle amphorique et bronchophonie dans toute la zône mate. Le cœur est dévié, 1l
bat sous le sternum et sa pointe au creux épigastrique.
Le 10 juillet. — L’épanchement ayant sensiblement augmenté, M. Duguet pratique la thoracentèse à l’aide du trocart n° 3 de l'appareil Potain enfoncé dans le sixième espace intercostal à l’intersection de la ligne horizontale mamelonnaire avec la verticale médio-axillaire,
À la canule du trocart est adapté le siphon en caoutchouc amorcé préalablement avec de l’eau bouillie, et, les deux clefs de
“la canule et du siphon étant ouvertes, on voit s’écouler lentement et régulièrement un liquide séreux, citrin, transparent. À deux ou trois reprises différentes, des fausses membranes étant venues on supprime l'écoulement, elles ont été refoulées à l’aide du
débouchoir.
Au bout de 13 minutes, le malade, horizontalement couché, comme toujours, calme et respirant tranquillement par les narines, la bouche fermée, manifesla une envie impérieuse de tousser et sollicita la cessation de l'opération. La canule fut alors retirée, M. Duguet jugeant cette indication suffisante pour terminer la
thoracentèse. On avait obtenu ainsi 2375 grammes de liquide.
Le lendemain 11 juillet. — On constate que tout s’est passé admirablement à la suite de la ponction. Ni toux, ni expectoration. Sommeil parfait, appétit satisfaisant, point de fièvre comme Ja veille. |
Le cœur est revenu à sa place, la région thoracique antérieure gauche et la région latérale sont redevenues normales ; il ne reste
qu’en bas et en arrière dans la moilié inférieure environ une
AA légère nappe de liquide avec perte de vibrations et de sonorite, souffle doux et bronchophonie.
Il n'existe aucun signe de tuberculose, l'état général est excellent. Il est à présumer que cette pleurésie sera vite terminée et de
la façon la plus favorable.
Il s’agit ici d'une pleurésie simple dans laquelle le siphon a parfaitement fonctionné dans l’opération de la
thoracentèse.