‹ De la ThoracentèseChapitre 9 sur 29 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Pleurésie séreuse a frigore ayant nécessité trois thoracentèses successives : la première faite avec l'aspirateur, les deux autres avec l’aide du siphon. Guérison.

Ver..., âgé de 51 ans, infirmier à Lariboisière, salle Grisolle, service de M. Duguet, est placé comme malade le 14 mars 1892, au lit n. 5.

. Ver, né à Moulins, n'offre aucun antécédent héréditaire particulier. Sa mère est morte à l’âge de 50 ans et son père à l’âge de .77 ans, tous deux d’une atlaque d’apoplexie. Il a un frère et deux sœurs qui se portent bien : lui-même d’une bonne santé habituelle est arrivé à Paris en 1888. Depuis cette époque il a été atteint de sept à huit bronchites très tenaces.

Sa maladie a débuté versle 1°’ mars, encore par une bronchite avec laquelle il a continué à travailler.

Le 8 mars. — Vers le soir, il fut pris d’un frisson violent qui dura une demi-heure.

Malgré une douleur assez intense du côté gauche, il continua encore son service pendant quelques jours.

Le 12, — Nouveau frisson, unique et violent ; la toux devient plus quinteuse et pénible, mais sans expectoration. L’oppression commence, l’appétit disparaît, et le malade est obligé de se coucher.

I s’alite le 14 ; on constate alors tous les signes d’un épanchement thoracique à gauche qu’on peut évaluer à un litre.

En effet, la voussure du côlé gauche est à peine marquée,

roue

l’espace semi-lunaire est conservé, le cœur n’est pas sensiblement déplacé. Dans la moitié inférieure et postérieure du côté gauche, perte des vibrations thoraciques, matité absolue, expiration soufflante et broncho-égophonie légère.

Sous la clavicule, retentissement skodique à la percussion. L'expectoration est spumeuse, aérée, blanchâtre, peu abondante. Le pounon droit est sain, avec une respiration légèrement pué-

rile. Température : 37°,4 le matin, 38°,2 le soir.

Cet état reste à peu près stationnaire jusqu’au commencement du mois d'avril. À ce moment, l’épanchement augmente assez rapidement en quelques jours, et envahit bientôt la totalité du côté gauche : en avant et en haut, jusqu’à deux travers de doigt au-dessous de la clavicule, et en avant et en bas jusqu’à moitié de l’espace semi-lunaire, avec déplacement du cœur qui bat sous le sternum.

En arrière, il remonte jusqu'à l’épine de l’omoplate ; la matité est absolue partout sauf aux limites que nous venons d'indiquer, les vibrations nulles et la respiration remplacée par un soufle amphorique intense avec bronchophonie. Peu à peu l’état général s’altère, le malade ne dort plus bien, il a des quintes de toux fréquentes, il ne peut se coucher du côté droit. L’oppression, l'insomnie et le déplacement du cœur commandent la thoracenthèse.

Le poumon droit est sain ; rien dans les urines.

Le 9 avril. — Lathoracentèse devenue urgente est pratiquée par M. Duguet à l’aide de l'aspirateur Potain. Le malade étant couché sur le dos, la ponction est faite avec le trocart n° 3 dans le cinquième espace, comme dans l’observation précédente, et

donne issue à 2300 grammes d’un liquide citrin, translucide qui,

MN) se

le lendemain, s’était, pour ainsi dire, pris en gelée dans le vase qui le contenait. |

L'opération a duré dix minutes, mais a dû être arrêtée, le ma- lade éprouvant un grand besoin de tousser et une sensation d’écrasement thoracique. L’aspiration, ainsi que l’a fait remarquer M. Duguet, a été faite par moments, trop rapidement ; en effet, peu d’instants après, le malade fut pris d’anxiété avec toux incessante, et cette toux s’accompagna d’une expectoration séreuse et spumeuse, abondante, qui dura toute la nuit et jusqu’au lendemain, de façon à donner plus d’un litre d’expectoration albumineuse.

Au bout de 24 heures, la toux et l’expecloration diminuent, et la respiration devient facile.

L'état général se maintient assez bon, la température oscille du matin au soir entre 37° et 38°.

Dès le 17 avril, on constate que malgré un assez bon état général du malade dont la fièvre est presque nulle, le liquide se reproduit dans la plèvre gauche. |

Le 9 mai. — Tous les signes qui ont conduit M. Duguet à faire une première thoracentèse l’amènent à en faire une seconde.

Cette fois, la thoracentèse est pratiquée avec le même trocart, n° 3, à la canule duquel on adapte un tube en caoutchouc formant siphon. On retire ainsi en 18 minutes 2200 grammes d’un liquide exactement semblable à celui de la première ponction.

Le malade, couché sur le dos, et respirant’ tranquillement par les narines, la bouche fermée, supporte l'écoulement à merveille. Cependant, il éprouve, comme dans la thoracentèse précédente, une certaine auxiélé respiratoire avec une sensation de compression thoracique qui font arrêter l'opération.

Les suites de cette thoracentèse sont des plus simples : une

fois le premier mouvement d’anxiété passé, le malade se trouve soulagé, respire facilement, et n'offre ni toux ni expectoration albumineuse.

Le lendemain, le malade a bien dormi, pouvant se coucher sur l’un ou l’autre côté. Il existe sous la clavicule gauche, un certain nombre de bulles sous-crépitantes superficielles qui disparaissent je lendemain.

Cette amélioration ne dure pas : à la fin du mois de mai, le liquide a reparu comme précédemment, bien que l’état général se soit maintenu avec un appétit modéré et une fièvre à peu près nulle.

Le 2 juin. — Une troisième thoracentèse est devenue nécessaire. Elle est pratiquée, comme la précédente, avec l’aide du tube en caoutchouc formant siphon. En 12 minutes il est retiré 1900 grammes d’un liquide un peu plus foncé que les précédents. L’écoulement s’est fait d’une façon continue et régulière sans inconvénients d'aucune sorte pour le malade, sans expectoration albumineuse consécutive.

A partir de ce moment, l'amélioration est devenue, en tous points, rapide et définitive ; le sommeil bon, l'appétit meilleur ; le cæur revenu à sa place, la respiration presque normale du côté gauche avec disparition complète des râles sous-claviculaires.

Cet état satisfaisant n’a fait que s'accroître jusqu’au 21 juin,

époque où le malade est parti guéri à Vincennes.

Cette observation est intéressante à plusieurs points de vue. Elle démontre qu’une thoracentèse faite un peu trop rapidement peut être suivie d’expectoration albumineuse (Première Lhoracentèse avec laspirateur), tandis que, chez le même sujet, la thoracentèse, faite lentement,

ne

régulièrement, comme elle l’a élé chez ce malade deux

fois successivement à l'aide du siphon, n’a pas élé suivie d’expectoration albumineuse.

Elle montre encore que la thoracentèse répétée plu-

sieurs fois chez le même sujet avec des appareils d’une

propreté parfaite ne conduit pas à la suppuration de la

plèvre.

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