OBSERVATION XII
Pyopneumothorax gauche. Six thoracentèses dont quatre ont été pratiquées avec l'aspirateur et deux avec le siphon. Les trois dernières ont été suivies d'injections iodées intrapleurales, l’une avec la pompe foulante, les deux autres avec le siphon renversé.
Pal...., âgé de 45 ans, journalier, entre le 27 mai 1892, salle Grisolle, n. 8, service de M. Duguet, pour un pyopneumothorax du côté gauche.
Il est né à Buzano (ltalie), il ne fournit aucun renseignement important sur ses antécédents.
Le début de sa maladie remontlerait à 5 mois environ : il est entré alors à Lariboisière dans le service de M. Gougenheim où il fut soigné pour une pleurésie purulente.
Il y a trois mois, il aurait été pris brusquement, dans une
quinte de toux, d’une violente douleur angoissante siégeant en
bee
arrière du mamelon du côté gauche. En même temps se serail déclarée une dyspnée intense contraignant le malade à se tenir constamment couché sur le côté gauche.
Le 1% avril, il est fait une première ponction avec l'appareil Potain : on donne issue à deux litres et demi d’un liquide séropurulent. Mais l'amélioration qui s’en est suivie n’est pas de longue durée, et le liquide s'étant reproduit rapidement, il est fait le 23 avril une deugième ponction qui donne issue à deux litres d’un liquide verdâtre franchement purulent. Amélioration légère et encore peu durable.
À la date du 25 mai, l'épanchement étant redevenu très abondant et la dyspnée intense, troisième ponction par laquelle on retire deux litres de pus.
- Après ces trois ponctions successives et infructueuses, le ma-
lade est confié à M. Duguet pour être soumis à un traitement complémentaire par les injections intra-pleurales de teinture d'iode iodurée.
A son entrée, le 27 mai, salle Grisolle, M. Duguet constate : une voussure très marquée du côté gauche avec effacement des espaces intercostaux; immobilité de tout le côté pendant la respiration. Point de vibrations thoraciques ni en avant ni en arrière.
En avant, sonorité tympanique principalement sous la clavicule ; en arrière, matité absolue dans les 2/3 inférieurs et sonorité ty mpanique au-dessus. Souffle amphorique avec teintement métallique à l'angle de l’omoplate. L'oreille appliquée sur le côté gauche, pendant que le malade est secoué latéralement, perçoit avec facilité le bruit de succession. Conséquemment le diagnostic de pyopneumothorax s'impose, avec une quantité abondante de liquide.
Le 29 mai, M. Duguet, le malade étant dans le décubitus dor-
ro sal, enfonce le trocart de l'appareil Potain dans le sixième espace intercostal gauche, à l'intersection de la ligne horizontale mamelonnaire avec la ligne verticale médio-axillaire.
Deux litres de pus sont retirés avec l'aspirateur; et séance tenante, avec la pompe foulante, il est injecté dans la plèvre 500 grammes d’eau bouillie tiède, addilionnée de 50 grammes de teinture d'iode et 5 grammes d’iodure de potassium. L'opération totale a duré une demi-heure.
Le lendemain matin, le malade, se trouve mieux; à peine a-til présenté un peu de larmoiement, de coryza et de sécheresse buccale dues à l'absorption de l'iode.
Le 7 juin. — L'état général étant d’aïleurs excellent, et le poumon droit en bon état, le liquide s’est reproduit en assez grande quantité pour qu’une nouvelle ponclion soit devenue nécessaires
Elle est faite, cetle fois, avec le même trocart auquel M. Duguet adapte un tube en caoutchouc de un mètre de long, amorcé préalablement avec de l’eau bouillie. L’écoulement se fait alors régulièrement pendant quelques minutes, puis se trouve arrêté par des fausses membranes qui coiffent la canule. On les écarte à l’aide d’un mandrin introduit dans la canule ; l’écoulement recommence aussitôt. Au bout d’un quart d'heure on a retiré 800 grammes de liquide purulent. L'écoulement du liquide s'arrête encore; le mandrin ne suffisant plus à écarter les fausses membranes qui oblitèrent la canule et arrête l'écoulement. M. Duguet adapte alors la canule à l'aspirateur Potain, mais sans plus de succès, même après l'introduction d'un mandrin dans la canule. L’aspiration, puissamment faite, ne donne pas plus d'écoulement que le tube formant siphon. M. Duguel n’insiste pas davantage, et, reprenant le tube qui lui a servi tout à l’heure, il l'amorce
Etre
avec ja solution iodée indiquée plus haut, et il introduit dans la cavité pleurale gauche par ce tube, muni d’un entonnoir en verre et relevé presque verticalement, 500 grammes d’eau bouillie additionnée de 30 grammes de teinture d’iode et 5 grammes d’iodure de potassium. L'opération toute entière a duré 15 minutes dont une environ pour l'injection iodée.
Le lendemain, le malade a parfaitement dormi ; il se sent soulagé ; à peine a-t-il présenté un peu d’iodisme comme la fois précédente.
Le 5 juillet. — L'état général s’est encore amélioré, mais tous les signes du pyopneumothorax persistent avec l’épanchement
liquide redevenu abondant.
M. Duguet pratique alors une nouvelle thoracentèse avec la canule n. 3 de l'appareil Potain à laquelle il adapte son tube formant siphon. .
Il s'écoule un liquide purulent, verdâtre, épais; à plusieurs reprises la canule s’engorge par l'introduction de fausses membranes qui sont chaque fois repoussées avec le mandrin. On retire ainsi 1300 grammes de liquide purulent. M. Duguet jugeant cette quantité insuffisante et l’oblitération de la canule trop fréquente, adapte alors à la canule l’aspiraleur Potain, et il obtient encore 500 grammes de pus, mais avec une aspiration pénible qui force à plusieurs reprises les fausses membranes à sortir par la canule
avec le pus.
Le malade se plaint alors d’une forte sensation d’écrasement thoracique.
Au total, on a enlevé 1800 grammes de pus. Séance tenante, à l’aide du tube amorcé avec la solution iodée, il est introduit de
nouveau dans la cavité pleurale, comme précédemment et de la
LEA RpReRs) même façon, la solution iodée dont la formule est indiquée plus haut.
Au fur età mesure que la solution pénètre dans la poitrine la sensation d’écrasement thoracique dont se plaignait le malade s’affaiblit rapidement pour disparaître complètement quand l'in- Jection est terminée.
L'opération a duré, en tout, environ une demi-heure dont deux minutes pour l'introduction de la solution iodée.
Le lendemain, le malade se sent très soulagé.
Cette observation de pyopneumothorax, restée forcément incomplète, nous montre que, dans un cas, nous avons dû cesser l'opération parce que des fausses membranes oblitérant la canule ont résisté aussi bien à l’aspiateur qu’à l’action moins intense du tube formant siphon, tandis que dans l’autre, alors que l'écoulement était arrêté par les fausses membranes pendant qu’on se servait du siphon, il a encore été possible d'obtenir un écoulement liquide, péniblement il est vrai, avec l'aspirateur Potain, fait qui n’a pas lieu de nous surprendre, la force d’aspiration du tube élant limitée, celle de l'aspirateur ayant des limites beaucoup plus étendues.
Notons néanmoins que l'introduction dela solution iodée modificatrice dans la plèvre a été des plus faciles à l’aide du simple tube disposé en sens inverse, sans qu'il ait fallu se servir de pompe foulante.
— Vè.—