‹ De la ThoracentèseChapitre 28 sur 29 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

Récidive de pyopneumothorax droit. Deux thoracentèses suivies d'injection iodées intrapleurales à l’aide du siphon.

V..: Jean-Baptiste, âgé de 27 ans, lailleur sur cristaux,entre le 10 juin 1892, à l'hôpital Lariboisière, salle Grisolle, n°16, service de M. Duguet, pour un pyopneumothorax droit, tuberculeux.

Ce malade a été soigné déjà par M. Duguet de novembre 1890

à juin 1891 pour un pyopneuñmothorax droit. Les phénomènes bacilaires du côté gauche étant fort peu accusés. Pendant ce premier séjour, il avait subi 7 thoracentèses dont les 6 dernières avaient été suivies d’injections iodées intra-pleurales, et il était Sorti complètement guéri de son pyopneumothorax avec fermeture de la fistule pleurale et, tout le faisant supposer, avec une symphyse pleurale ; l’état général était excellent. Get état local et général s'était maintenu jusqu’au mois de mai dernier. Le malade paraissait relativement guéri ; mais, à cette époque il fut pris d’une bronchite nouvelle avec diminution de l'appétit et amaigrissement ; survint de l’expectoration muco-purulente.

Le 7 juin dernier, V... remarqua que, en se secouant, il retrouvait le bruit de clapotement d'autrefois, sans avoir passé par la douleur subite et l'oppression concomitante de la perforation pulmonaire.

Le malade ne s’élait pas trompé : à son entrée, on constate une voussure notable du côté droit, une abolition totale des

vibrations thoraciques, sauf en un point restreint sous la clavi-

cule et dans la fosse sus-épineuse. La matité est absolue sauf dans la moilé supérieure, en avant et en arrière, où la sonorité est au contraire tympanique. Le murmure vésiculaire a disparu, si ce n'est tout à fait au sommet où il est mélangé de quelques bulles sus-crépitantes. En revanche, souffle amphoro-métallique ; en secouant le malade, clapotement des plus nets ; le bruit d’airain est facile à percevoir à la région moyenne du plan postérieur. Le liquide affleure au niveau du mamelon, le malade étant assis.

À gauche et au sommet, inspiration humée, expiration prolongée, râles sous-crépitants disséminés,

La toux est fréquente, l’expectoration muco purulente abondante, Décubitus latéral droit; dyspnée modérée.

La température oscille autour de 380.

Le 21 juin. — Le niveau du liquide s’est accru, M. Duguet pratique alors la thoracentèse avec le trocart n°3 de l'appareil Potain enfoncé dans le sixième espace intercostal droit à l'intersection de la ligne horizontale mamelonnaire et de la ligne verticale médio-axillaire, le malade étant comme toujours, couché sur le dos, le bras légèrement écarté. À la canule est adapté le tube formant siphon. Les deux clefs dela canule et du siphon étant tournées etle siphon préalablement amorcé avec de l’eau bouillie, Pécoulement marche régulièrement pendant neuf minutes ; le malade commençant alors à tousser et accusant une sensation d’écrasement thoracique, l'évacuation est arrêtée. Ona ainsi retiré 1350 grammes de pus épais qui le lendemain matin ne donne à s1surface qu'une très mince couche de liquide séreux.

Séance tenante, et en une minute et demie, on introduit, dans la plèvre, à l’aide du siphon, manœuvré en sens inverse, 600

Decourt 10

are

grammes d'eau bouillie additionnée de 50 grammes de teinture d'iode et $ grammes d’iodure de potassium.

Chose intéressante à noter, au fur et à mesure que le liquide modificateur pénètre dans la plèvre, l'envie impérieuse de tousser et la sensation d'écrasement thoracique qu'éprouvait le malade s’apaisent et disparaissent.

Les urines, recueillies une heure après, contiennent déjà de l'iode.

Le 22. — Le malade qui se sent bien, a peu dormi, en raison d’une légère intoxication iodique caractérisée par du coryza avec éternuement, du picotement dans les yeux, un peu de douleur à la gorge et à la tête.

Le 23, tout indice d'iodisme a disparu ; bon sommeil, diminution de la toux et de l’expectoration ; l'appétit se relève et l’état général s'améliore.

Le 2 juillet. — Le malade tousse et crache à peine, il respire librement, il a gagné en poids 500 grammes depuis la dernière ponction, La température se rapproche de 87.

A la date du 7 juillet, il reste encore dans la plèvre une certaine quantité de liquide avec persistance de tous les signes de pyopneumothorax. Le malade est impatient d'en finir pour arriver à la guérison que nous avons obtenue déjà il y a un an à l’aide du même procédé.

Il sollicite une nouvelle intervention ; M. Duguet pratique alors une seconde thoracentèse dans les mêmes conditions que la précédente à l'aide du même lube siphon ; il enlève ainsi 1400 grammes d'un pus verdâtre, épais el homogène en 7 minutes, et, il injecte ensuite en moins de 2 minutes la même quantité de solution iodée que la précédente et au même titre.

Le lendemain 8. — Le malade est tellement bien qu’il demande

nc ace à sortir pour aller passer quelque temps à la campagne dans sa

famille, sauf à revenir plus tard retrouver M. Duguet qui consent

à son départ.

Ce fait est remarquable par la reproduction à bas bruit d’un pyopneumothorax dans le côté même qui en avait déjà été atteint plus d’une année auparavant. Evidemment, labsence de douleurs ct de dyspnée, au moment où s'est faite la nouvelle perforation, tient à ce que cette perforation s’est effectuée dans une plèvre oblitérée dont les feuillets ne se sont décollés que peu à peu pendant les quintes de loux provoquées chez le malade par sa nouvelle bronchile ; et la reprod ction du pyopneumothorax n’est devenue évidente que quand, du liquide s'étant produit dans celte cavité nouvelie, le clapotement a été par h1sard perçu par le malade.

Les deux thoracentèses suivies de deux injections iodées qui ont été pratiquées par M. Duguet, avec le tube de caoutchouc, ont marché avec une simplicité

extraordinaire.

Il est à présumer que l'on obtiendra dans la suite chez

ce malade, dont l’état général est bon et les poumons peu altérés, une guérison complète par oblitéra:ion pleurale,

comme la première fois.

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