OBSERVATION I
Pleurésie aiguë à frigore du côté gauche. Thoracentèse par le siphon. — Guérison rapide.
R... Louis, âgé de 14 ans, né à Aubervilliers, entre le 2 juin 1392 à l'hôpital Lariboisière, salle Rabelais, service de M. Gérin- Roze pour une pleurésie gauche. Par suite de la réfection de la salle Rabelais, M. Gérin-Roze envoie à la date du 10 juin, le jeune malade à M. Duguet qui le place salle Grisolle, n. 25.
Le jeune R... raconte que sa maladie remonte au 27 mai 1899, jour où, à la suite d’un coup de pied qu’il reçut dans la région fessière, il alla se coucher sur l’herbe où il resta pendant 6 heures. En se relevant, il fut pris d’un malaise général ; il se mit à tousser sans cracher. Cet état de malaise dura jusqu’au 2 juin, jour de son entrée à l'hôpital.
Son père et sa mère sont bien portants; il a un frère et deux sœurs bien portants également; lui-même n’a jamais été malade.
A son entrée, on constate une légère voussure du côté gauche avec matité complète et perte des vibrations thoraciques, sauf dans une petite zône de la région sous-claviculaire. Souffle amphorique et bronchophonie. L’oppression est légère ; d’ailleurs le cœur n’est pas dévié ; l'espace semi-lunaire est conservé. Le ma-
lade se couche indifféremment à droite ou à gauche. L'urine est
normale : la fièvre modérée : 38° le matin, 39°le soir. Aspect général bon.
Cet état persiste jusqu’au 13 juin et la température descend un peu chaque jour. Mais l'épanchement augmente ; la respiration du côté droit devient puérile.
Lamatité gagne sous la clavicule, où l’on perçoit quelques bulles sous-crépitantes, et vers l’espace semi-lunaire ; le souffle amphorique s'entend dans tout le côté gauche. Le cœur commence à se dévier à droite et la pointe à battre au creux épigastrique. Oppression très modérée ; bon sommeil dans le décubitus droit ou gauche indifféremment. L’épanchement est évalué à un litre environ.
En raison de son étendue et surtout de la déviation du cœur la thoracentèse est décidée.
M. Duguet la pratique le 43 juin ; le malade étant couché à plat sur le dos; le trocart n. 2 de l’appareil Potain est enfoncé obliquement de dehors en dedans, d'avant en arrière et un peu de bas en haut dans le cinquième espace intercostal gauche à l’intersection des deux lignes suivantes: l’une horizontale partant du mamelon vers l’aisselle, l’autre verticale partant du bord antérieur du creux axillaire. La lame du trocart étant retirée et la clef de la canule tournée, on adapte à cette canule le robinet muni d’un tube de caoutchouc de un mètre de long environ et amorcé au préalablé avec de l’eaubouillie.
Les deux clefs étant ouvertes le liquide s’écoule par le tube assez rapidement.
Au bout de 5 minutes, le malade étant pris d’une envie impérieuse de tousser, on ferme les clefs pendant une minute et l’écoulement cesse, le tube d'écoulement restant amorcé.
Les clefs étant de nouveau ouvertes, au bout de deux minutes
1/2 l'envie de tousser reparaît; le malade s’agite. M. Duguet juge l'écoulement suffisant, et le trocart est retiré.
On a extrait ainsi, en 7 minutes 1/2, 750 grammes d’un liquide séreux, citrin, transparent:
. Le lendemain 14, le malade est gai et aussi bien que possible ; il a mangé et dormi; n’a ni toussé ni craché. La température, montée le soir de l'opération à 37°,6, est tombée à 360,8 : il demande à se lever. ;
Le cœur est revenu à sa place, la voussure thoracique a disparu ; les vibrations existent dans tout le côté gauche, sauf tout à fait en bas et en arrière dans un espace restreint ; la respiration est rude avec persistance de quelques bulles sous-crépitantes sous la clavicule, et un peu de souffle en bas et en arrière.
L'amélioration s’accentue chaque jour. Le 17, à peine existet-il en bas et en arrière, des vestiges de l’épanchement. La fièvre est tombée complètement,
Le 21. — Le côté gauche de la poitrine ne présente plus aucun signe de pleurésie, sauf un peu de submatité en bas et en arrière : les râles sous-crépitants sous-claviculaires ont totalement disparu, et la respiration est devenue normale de haut en bas dans le poumon gauche.
Le jeune R...…. part pour Vincennes complètement guéri.
On voit que, dans cette observation, lorsqu'on est arrivé à avoir évacué facilement les 3/k environ du liquide contenu dans la plèvre, le malade a été pris d’une impérieuse envie de tousser qui, comme dans les ponctions
avec aspiralion, a fait cesser la thoracentèse.
Decourt 4