CHAPITRE III
LA THORACENTÈSE PEUT-ELLE TRANSFORMER UNE PLEURÉSIE SIMPLE EN PLEURÉSIE PURULENTE?
La transformation d'un liquide séreux en liquide purulent est certainement une des plus graves accusations qui aient été portées contre la thoracentèse ; pourquoi, dit-on, exposer aux mauvaises chances de la suppuration un malade chez lequel la pleurésie se serait sans doute spontanément résorbée, et pourquoi encourir une telle responsabilité? Cette opinion, soutenue avec talent et conviction (Chauffard), est basée sur des faits qui ne sont pas assez rares pour que chacun de nous n'en ait observé; un malade se présente avec un fort épanchement, on fait la ponction, et on retire 1200 ou 1500 grammes d'un liquide citrin, qui n'est ni louche ni suspect, et qui paraît à première vue du meilleur aloi ; quinze jours, trois semaines se passent, le liquide se reproduit ; on pratique une nouvelle ponction, mais cette fois on trouve un liquide purulent ou en voie de purulence,
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et on accuse la thoracentèse de ce méfait. Trousseau1 s'était élevé bien fort contre celte accusation renouvelée de Slokes et de Watson; MM. Potain, Moulard-Marlin2 cl d'autres maîtres dont l'opinion est du plus grand poids partagent les convictions de Trousseau; M. Vergely3, dans le cours d'une discussion soulevée à la Sociélé médico-chirurgicale de Bordeaux, a supérieurement défendu les mêmes idées; mais l'accusation portée contre la thoracentèse n'en persiste pas moins, et les preuves accumulées pour sa défense n'ont pas toujours paru suffisantes.
En fait, les conditions éliologiques de la pleurésie purulente sont inconnues ; nous savons bien que certains états pathologiques, la rougeole, la scarlatine, l'étal puerpéral, prédisposent à la purulence des séreuses4; nous savons également que la tuberculose pleuro-pulmonaire est accompagnée, plus rarement toutefois qu'on ne l'avait supposé, d'épanchement purulent ; mais quand il s'agit de pénétrer dans le processus intime de la purulence, nos connaissances sont fort limitées ; et en dehors de toutes nos prévisions, ne voyons-nous pas des gens robustes et sains prendre une pleurésie purulente, comme d'autres prennent une pleurésie simple?
1 Clinique médicale de VHdtel-Dieu, t. I, p. 728.
2 Moutard-Martin. De la pleurésie purulente. Paris, 1872.
s Vergely. Mémoires et Bulletins de la Société méduo-clururgwale
de Bordeaux, 1862, p. 4M. „ . • D ■ «crû
* Damaschino. Pleurésie purulente. Thèse d agrégation. Pans, 1MJ9.
Je m'étais demandé si, en étudiant hislologiquement les liquides de la plèvre aux différentes périodes de leur évolution, on n'arriverait pas à surprendre leur formation ou leur transformation , et voici ce qu'un examen bien souvent répété m'a démontré.
Le liquide de la pleurésie aiguë, même la plus, simple et la plus franche, contient au minimum de 500 à 600 globules rouges par millimètre cube, tandis que les globules blancs sont quinze ou vingt fois moins nombreux. On peut compter 1500, 2000, 5000 globules rouges par millimètre cube sans que la coloration du liquide soit sensiblement modifiée, de sorte qu'un liquide de la plèvre ne prend une coloration rosée et n'attire vraiment l'attention que lorsqu'il contient de 5 à 6000 globules rouges par millimètre cube.
Cette accumulation de globules rouges dans le liquide pleural n'est pas causée par le traumatisme opératoire; car voici comment j'ai toujours procédé : l'aiguille aspiratrice n° 2 étant introduite dans l'espace intercostal désigné, je commence par aspirer 200 ou 500 grammes de liquide, aOn de balayer les globules qui auraient pu s'accumuler dans l'aiguille pendant son passage à travers les tissus ; et c'est alors qu'une goutte du liquide pleural aussitôt placée sous le microscope est soumise à l'examen, la numération des globules n'étant faite que deux ou trois minutes