M DE LA TH0RÂCEHTÈ8B
plus lard, afin de laisser aux globules le temps de se
placer.
Ces observations, souvent reprises, me permettent de croire que tout épanchement aigu qui ne contient que 500 à 2000 globules rouges par millimètre cube est une pleurésie simple qui n'a aucune tendance à la suppuration, tandis que les chiffres élevés de 4000 et 5000 globules rouges par millimètre cube indiquent presque toujours la future purulence du liquide pleural. En d'autres termes, je crois que la pleurésie purulente commence par être d'abord une pleurésie hntologiquemeni hémorrhagique, et la plèvre suit en cela la loi générale qui régit les phlegmasies franches des organes et des tissus; ici comme ailleurs, la phlegmasie s'arrête tantôt à la période d'hyperémie et d'engouement, et tantôt aboutit à la période de purulence. Ainsi, dans la pneumonie, l'hépatisation grise est toujours précédée d'hépalisation rouge et d'engouement; le panaris et le phlegmon n'aboutissent à la suppuration qu'après une période congestive; il en est de même pour la pleurésie : elle a, elle aussi, comme la pneumonie, sa période d'engouement qu'elle ne dépasse pas en général, auquel cas le liquide ne contient qu'un petit nombre de globules rouges; mais si celte période doit être suivie de suppuration, la violence ou la nature de l'hyperémie se traduisent par le chiffre élevé des globules rouges qui tombent dans le liquide.
Quelle est la durée de cette période initiale et à quel moment commence la purulence ? Je ne saurais le dire, mes observations à ce sujet n'étant pas assez nombreuses.
Je pense donc que dès son début une pleurésie aiguë est destinée à être ou à n'être pas purulente ; si on la ponctionne à la première phase de son évolution, et si l'on se contente d'un examen superficiel du liquide, on croit avoir affaire à un épanchement de bonne nature qui paraît transparent et citrin, tandis qu'il est déjà histologiquement hémorrhagique et qu'il sera purulent plus tard; et alors, si l'on ponctionne de nouveau à une époque plus éloignée, on accuse à tort la thoracentèse d'avoir transformé en pus un liquide séreux sans voir qu'on a tout simplement ponctionné la pleurésie aux deux phases de son évolution, la thoracentèse n'ayant rien de commun avec cette transformation.
Je ne crois donc pas à la transformation purulente d'un liquide sous l'influence d'une ponction aspiratrice. Je ne parle pas des cas, et il en existe, où la ponction a été faite avec des aiguilles sales, mal nettoyées, et ayant servi à vider peu de temps avant quelque collection purulente; mais je parle de la thoracentèse pratiquée clans de bonnes conditions, et celle-là, je le crois, est absolument innocenLe de la transformation purulente des liquides pleuraux.
ir, DE LA THOMCENTÈSE-
Dans un travail qu'il va communiquer à l'Académie de médecine, mon cher maîlre, M. le professeur Peter donne le résultai de ses intéressantes observations sur la thermomélrie comparée du côté sain et du côté malade dans la pleurésie, pendant la période de l'épanchement, et après la thoracenlèse. M. Peler a vu que la température du côté malade s'élève de quelques dixièmes de degré, à un degré, après l'opération de la Ihoracenlèse, et celle élévation de température est expliquée par la suractivité de la circulation dans les parties où l'apport du sang était nul ou incomplet avant l'extraction du liquide. M. Peter s'est alors demandé, si celle reprise de la circulation viscérale et pariétale ne pourrait pas être accompagnée du passage de globules du sang dans la cavité pleurale, et s'il n'y aurait pas là comme un acheminement vers un liquide purulent.
Je ne le crois pas -/en effet, quand il m'arrive de vider une pleurésie simple en deux ou trois séances, le liquide pleurai examiné après la deuxième et après la troisième ponction ne contient ni plus de globules ni plus de fibrine qu'il n'en contenait après la première : preuve nouvelle que la distance est grande entre les hyperémies et les phlegmasies. La thoracenlèse, en permettant le retour du sang et la brusque reprise de la fonction, crée une hyperémie passagère qui se traduit par une élévation de température, élévation d'autant plus accusée que le liquide retiré en
uni1 fois a été plus considérable; mais celte hyperémie reste à l'état d'hyperémie et ne se transforme pas en phlegmasie. Du reste, d'une façon générale, l'inflammation n'est pas seulement une congestion exagérée, elle est autre chose; c'est moins une question de quantité, qu'une affaire de qualité; et bon nombre de congestions pulmonaires n'aboutissent jamais à la pneumonie (fièvre pneumonique), bien que la pneumonie soit elle-même, au début, une congestion, mais une congestion spéciale, je n'ose pas dire spécifique! — Ces données me paraissent applicables à la pleurésie.
En décrivant l'évolution de la pleurésie purulente et ses deux phases, je n'ai pas eu l'intention d'exclure les cas où la pleurésie serait purulente d'emblée; mais cette dernière forme encore peu étudiée, ne doitelle pas être placée dans les pleurésies secondaires ?
Quant au liquide plus ou moins hématique qui caractérise la première période de la pleurésie purulente, on a vu que je l'ai dénommé histologiquement hémorrhagique , pour le distinguer des pleurésies franchement hèmorrhagiques (plaies, cancer, hématome de la plèvre), qui, elles, peuvent persister à l'état hémorrhagique et guérir parfois, après une ou plusieurs ponctions, sans tourner à la purulence. Néanmoins il est des pleurésies purulentes légitimes qui commencent par être, non pas histologiquement, mais franchement hèmorrhagiques, et j'en pourrais
48 DE LA. THORACENÏÈSE.
citer trois observations toutes récentes : l'une chez un malade auprès duquel j'ai été appelé par M. le docteur Baret; une autre chez un malade du service de M. le docteur d'IIeilly, et une troisième chez un malade de M. le docteur Slraus.
Ce qui signifie, en somme, que l'histoire de la pleurésie hémorrhagique est encore peu avancée'.
» Moutard-Martin. De la pleurésic-hémorrhagie. Thèse de Doctorat. Paris, 1878.