‹ De la thrombose et de l'embolie cérébralesChapitre 15 sur 27 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Thrombose et embolie mélanémiqizes.

Un fait bien connu aujourd’hui , c’est l’obstruction des capillaires du cerveau par des corpuscules de pigment. Ces petits corps se développent-ils primitivement dans les vaisseaux cérébraux, ou bien, comme le prétendent la plupart des auteurs, prennent-ils uniquement leur origine dans la rate, et de là, emportés par le courant sanguin , sont-ils ensuite retenus par les petits vaisseaux des autres organes, et plus particulièrement du cerveau et des reins, en raison des conditions anatomiques toutes spéciales que présente dans ces organes le système capillaire? C’est là une question que nous n’essayerons pas de résoudre, n’ayant pu l’étudier d’une façon particulière et n’ayant aucun fait à donner à l’appui de l’une ou de l’autre opinion. Ainsi que nous l’avons fait dans le cours de ce travail, nous nous préoccuperons surtout des effets produits sur l’encéphale par l’obstruction mélanémique et des phénomènes à l’aide desquels

on peut arriver à les reconnaître. Nous renvoyons, pour de plus longs détails historiques et pour une connaissance plus approfondie du sujet, à la critique rigoureuse qu’en a faite M. le Dl 2 3 4 5 6 Charcot (1) dans la Gazette hebdomadaire de 1857, travail intéressant auquel nous ferons de larges emprunts.

Bailly (2) et Maillot (3) avaient souvent remarqué une teinte ardoisée toute particulière chez les individus qui ont succombé à la suite de fièvres intermittentes malignes, mais ils n’en connaissaient pas la signification ; c’est à Meckel (4) et à Planer (5) qu’on doit d’avoir démontré que celte coloration dépend de l’accumulation dans les plus petits vaisseaux du cerveau d’une quantité plus ou moins considérable de granules et de corpuscules de pigment qui produisent des taches, des marbrures, ou bien encore un pointillé très-fin et très-serré; la substance grise est leur siège habituel, et plus particulièrement la substance grise des circonvolutions cérébrales; Sa substance blanche , à part les cas d’une intensité exceptionnelle, est généralement respectée; la lumière des vaisseaux est parfois oblitérée , et leurs parois sont manifestement distendues; de nombreux foyers d’apoplexie capillaire, des ramollissements de la substance cérébrale, quelquefois des hémorrhagies, et parfois encore, suivant Frerichs (6), l’atrophie des circonvolutions, telles sont les altérations encéphaliques consécutives à l’oblitération mélanémique des vaisseaux capillaires du cerveau.

( I ) De la Mélanémie , altération (lu sang par des granules et des corpuscules de pigment [Gazette hehdom. de méd. et de chirurg., 1857, |). 659).

(2) Traité des fièvres intermittentes ; Paris, 1825.

(3) Traité des fièvres ou irritations spinales intermittentes ; Paris, 1836.

(4) Zestschristfilr Psychiatrie Fan Damcrow, 1847, utid Deutsche Klinik, 1850.

(5) Zeitschrift der Gesellschaft der Aerzte zu ffien., 10 jahr, 1 Bd, 1854, p. 127.

(6) Zeitschrift für klinische Medeiin, vou Gunsburg, 1855-56, p. 321, et Trait pratique des maladies du foie; Paris, !861.

Les (roubles fonctionnels qu’on s’est efforcé de rattacher aux vices anatomiques de l’encéphale propres aux mélanémiques, dit M. Charcot, se présentent sous des formes assez variées: ce sont, dans les cas légers, de la céphalalgie, des vertiges, et, dans les cas graves, du délire, du coma, quelquefois même, bien qu’assez rarement, des convulsions ou des paralysies; tantôt les accidents éclatent à l’improviste, sans prodromes, tantôt ils sont précédés de symptômes qui permettent jusqu’à un certain point d’en prédire l’apparition. Le plus souvent peut-être, ils s’accroissent progressivement, d’une manière presque continue, jusqu’à la terminaison fatale: mais quelquefois aussi on les voit revêtir le type intermittent, quotidien ou tierce; ils peuvent enfin, et c’est là un point qu’il est important de faire ressortir, se manifester aux époques les plus diverses de la maladie primitive, à laquelle ils se surajoutent ; tantôt, en effet, c’est pendant les premières phases de l’intoxication palustre qu’ils éclatent, et ils se mêlent alors, en les modifiant plus ou moins, aux symptômes accoutumés de la fièvre intermittente simple ou maligne; d’autres fois au contraire les accès fébriles ont cessé depuis un temps plus ou moins long, et l’intoxication ne se révèle plus guère que par un degré plus ou moins prononcé et quelquefois même à peine saisissable, de la cachexie qui lui est particulière. La terminaison est ordinairement fatale.

Diagnostic. — Le diagnostic de ces altérations se fonde sur la coïncidence des symptômes précédents; la tuméfaction de la rate, la présence, dans le cas où les reins sont pigmentisés, de l’albumine dans les urines, et de cylindres fibrineux contenant dans leur épaisseur des granulations et des corpuscules pigmentaires, puis enfin et tout particulièrement sur l’existence de la matière pigmentaire dans le sang.

La fièvre intermittente est considérée comme la principale cause de ces lésions ; mais il n’est pas bien certain qu’elles ne puissent se ren contrer dans le cours d’autres maladies. C’est, suivant les auteurs.

à la transformation de l’hémaline des globules rouges du sang qu’est due la matière mélanotique. La raie parait être le siège ordinaire de cette transformation et la source habituelle des embolies pigmentaires. Rien pourtant ne prouve que cette propriété appartienne exclusivement à la rate et même au foie ou aux ganglions lymphatiques, et que cette transformation ne puisse s’opérer parfois dans les capillaires du cerveau. Il n’est pas non plus beaucoup mieux démontré que dans tous les cas, les accidents cérébraux aient été la conséquence des lésions anatomiques rapportées à la pigmentisation du cerveau. Il est infiniment probable qu’ils n’ont été, dans bon nombre de cas, que l’effet de l’intoxication paludéenne; cependant, dans plusieurs faits recueillis par Planer, il est difficile de méconnaître l’influence des altérations pigmentaires sur la production des phénomènes cérébraux. Toutes les parties de ce sujet, au reste, réclament encore de nouvelles recherches.

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