CHAPITRE IL
Symptômes et diagnostic.
Les symptômes qui se lient à la thrombose des sinus varient autant que les altérations que nous venons d’étudier.
A. Dans les faits du premier groupe, ils sont uniquement des
effets de l'obstruction des sinus et de la lésion cérébrale ou méningienne correspondante.
L’épistaxis, mentionné par Von Dusch dans uncasoùle sinus longitudinal supérieur était le siège du mal, l’inégale distention des jugulaires externes, mais seulement chez les enfants, dans la thrombose de l’un des sinus latéraux, comme l’a observé Gerhard, et enfin, dans quelques cas rares, le gonflement des veines frontales ou temporales, tels sont les symptômes assez douteux propres à l’obstruction des sinus.
Ceux qui appartiennent aux désordres cérébraux consécutifs ne sont pas beaucoup plus positifs ; ils indiquent, pour la plupart, une compression du cerveau, une congestion passive de cet organe; parfois une lésion plus profonde, comme un ramollissement. Ce sont la morosité, l’abattement, la somnolence, la dilatation des pupilles, et le coma; puis encore des étourdissements, des défaillances et même des vomissements. Souvent, au début, la fixité du regard, la céphalalgie, du strabisme, des grincements de dents, de la contracture et des convulsions. Ce dernier phénomène surtout, fréquent chez les enfants, se retrouve, dans quelques cas, chez l’adulte. Nous le voyons mentionné dans plusieurs observations intéressantes sous le nom d'épilepsie.
Le malade de Ribes ressentait des douleurs profondes et continuelles à la partie supérieure de la tête ; il était en proie à des attaques d’épilepsie, tantôt éloignées, tantôt rapprochées. La femme qui fait le sujet de l’observation de Prichard était épileptique depuis deux ans; elle succomba dans un accès. Une malade de M. Cruveilhier offrit des convulsions épileptiformes dans le côté droit du corps. Le petit malade de Gintrac était au contraire sujet à des attaques de suspension momentanée du mouvement volontaire depuis son enfance.
11 y aurait lieu de se demander ici si le contact du sang veineux ou encore le défaut de sang artériel ne sont pas la cause des convulsions ; mais, si on considère que ce phénomène est loin d’être
constant et qu’il est presque spécial aux enfants , on est peu tenté d’admettre cette explication.
La paralysie et l’hémiplégie notées dans quelques observations n’apparaissent ordinairement que peu de temps avant la mort. Leur début, en tout cas, n’est jamais brusque ou rapide, comme nous l’avons vu, en étudiant les effets de l’oblitération des artères cérébrales.
Il est encore d’autres phénomènes plus incertains que nous croyons inutile de rappeler ici. Remarquons seulement que la variété et l’inconstance des troubles fonctionnels en rapport avec la thrombose des sinus n’a rien de surprenant, quand on sait que les lésions encéphaliques varient avec le siège, l’étendue, la rapidité de formation du thrombus, l’état des vaisseaux de l’encéphale, et d’autres conditions propres à chaque individu.
Le diagnostic n’est donc possible qu’autant qu’il est permis de réunir qn ensemble de circonstances et de symptômes en faveur de l’existence de cette affection. C’est en s’appuyant sur l’existence antérieure d’une diarrhée profuse, d’une débilitation de l’organisme, suivie de symptômes cérébraux, de dépression des fontanelles, de l’imbrication des os du crâne, et de l’inégale distension des veines jugulaires externes, que le diagnostic, comme l’a démontré Gerhard, peut avoir quelque probabilité chez l’enfant. La thrombose siège alors du même côté que la veine distendue.
L’absence de ces phénomènes n’excluant en rien la possibilité de la thrombose du sinus longitudinal ou des deux sinus latéraux, surtout chez l’adulte, un diagnostic exact est alors à peu près impossible, et il ne faut s’attendre qu’à des probabilités; toutefois il sera peut-être permis , dans quelques cas, d’arriver par voie d’exclusion à la connaissance du mal. Ainsi la cachexie et le marasme, la forme des accidents cérébraux, rarement unilatérale, comme dans la thrombose artérielle, pourront suffire à distinguer ces deux états. La méningite aiguë ne pourrait être confondue qu’au début ; la méningite tuberculeuse présente une évolution de symptômes, une
marche, qui doivent servir à faire disparaître l’erreur, si toutefois elle avait lieu.
L’hémorrhagie méningée avec ses phénomènes un peu vagues est peut-être plus difficile à différencier; mais, dans cette dernière affection, les accidents sont moins continus et consistent surtout dans des convulsions et de la contracture. Les phénomènes décompression cérébrale sont beaucoup plus rares.
B. Les troubles fonctionnels qui se rattachent aux faits du second groupe sont différents des précédents et ne peuvent être confondus avec eux. Ainsi les affections qui produisent ordinairement l’inflammation des sinus de la dure-mère mettront le plus souvent sur la voie du diagnostic : ce sont l’otite interne, les contusions, les plaies récentes ou anciennes du cuir chevelu ou des os du crâne.
Les signes de la thrombose elle-même sont ceux que nous avons déjà signalés, c’est-à-dire la distention des veines, et plus particulièrement des veines frontales; mais ce phénomène, mentionné par Heusinger, est rare, et n’a qu’une faible valeur diagnostique.
Les symptômes cérébraux , différents de ceux qui viennent de nous occuper, sont peut-être encore plus variés; ils appartiennent moins directement aux désordres circulatoires, et sont souvent liés tantôt à des lésions encéphaliques, provenant directement de l’altération des os crâniens, tantôt à l’infection purulente qui en est ordinairement la conséquence; ce sont, au début, plus particulièrement des phénomènes d’excitation, tels que céphalalgie, délire, convulsions ou contracture; puis, plus tard, la dépression des facultés intellectuelles, parfois la paralysie des nerfs moteurs ou sensitifs, la stupeur et le coma. Dans quelques circonstances, et dans un cas de Heusinger entre autres, il n’y avait pas de trouble fonctionnel apparent, malgré l’existence de deux abcès dans le cerveau.
Il est encore d’autres phénomènes qui appartiennent à des organes
secondairement affectés, et plus particulièrement aux poumons, siège habituel des abcès métastatiques.
C’est ainsi que, dans plus de la moitié des cas, on a pu constater des douleurs dans les côtés de la poitrine, de la toux, de la dyspnée, et souvent de la diarrhée; parfois de l’ictère, avec ou sans tuméfaction du foie, du gonflement de la rate, des douleurs dans l’abdomen, dans les membres, et de préférence dans les articulations , etc.
Ces symptômes se rattachent, pour la plupart, à l’infection purulente, et diffèrent notablement de ceux qui se lient à la thrombose indépendante d’une lésion osseuse. Si dans quelques cas ils ne suffisent pas pour faire reconnaître directement l’obstruction des sinus, ils ont néanmoins des caractères assez tranchés pour n’être pas confondus avec la plupart des affections encéphaliques.