‹ De la thrombose et de l'embolie cérébralesChapitre 20 sur 27 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Étiologie.

Les causes sont encore fort différentes dans les deux catégories de faits que nous avons admises. Ainsi, tandis que les individus de la première catégorie sont, à part quelques exceptions, ou de jeunes enfants ou des personnes âgées, ceux de la seconde sont presque toujours des adultes.

L’existence d’un processus inflammatoire, occupant les enveloppes osseuses du cerveau, la faiblesse et le ralentissement de la circulation, telles sont les causes les plus immédiates et les plus ordinaires de la thrombose des sinus cérébraux.

Plusieurs conditions peuvent favoriser ou produire la thrombose

non inflammatoire : ce sont les tumeurs développées sur le trajet des vaisseaux veineux, entre la tête et le cœur, ainsi queTonnelé l’a vu dans deux cas; les déperditions liquides abondantes, et principalement des diarrhées profuses, des suppurations prolongées, des maladies de longue durée, amenant la cachexie et le marasme; les maladies aiguës enfin, qui, comme la scarlatine, la fièvre typhoïde, etc., débilitent profondément l’organisme.

Dans ces dernières circonstances, la quantité de sang diminue nécessairement sous l’influence des déperditions abondantes, et ce liquide, suivant Gerhard, ne tarde pas à s’épaissir; la sérosité contenue dans le parenchyme des organes, et surtout du cerveau chez l’enfant, se résorbe en partie, le contenu du crâne diminue de volume ; toutefois, les fontanelles se déprimant par le fait de la pression atmosphérique, les sinus s’imbriquent, il y a compensation, et la circulation est à peine troublée. Mais si celte compensation est impossible ou insuffisante, il en résulte une distension des vaisseaux cérébraux, qui, jointe à la faiblesse musculaire du cœur et à l’altération du sang, conduit presque nécessairement à la formation de la thrombose dans les lieux favorablement disposés, comme le sont les sinus de la dure-mère.

Souvent, à ces circonstances, s’en ajoutent d’autres qui conduisent au même résultat : telles sont la faiblesse des muscles de la poitrine, chez l’enfant et le vieillard, le rachitisme, les altérations tuberculeuses des poumons, la péritonite; toutes conditions qui s’opposent à l’hématose, gênent la circulation, et favorisent la stase du sang veineux.

La teigne, rencontrée par Tonnelé , dans 4 cas sur 12, ne lui a pas paru une simple coïncidence. Aujourd’hui que cette maladie est mieux connue, on ne voit pas trop quelle relation elle peut avoir avec la thrombose des sinus; à moins d’admettre que l’inflammation du cuir chevelu consécutive à l’affection parasitaire ne soit susceptible de favoriser la coagulation du sang dans les petites veines sous-cutanées et par continuité dans les sinus.

Les conditions étiologiques manquent dans quelques cas où se sont rencontrés des produits néo-membraneux. Il faut reconnaître que la cause réelle de la thrombose des sinus, dans ces cas, nous échappe jusqu’à présent; car, dire que c’est l’inflammation, ce n’est que reculer le problème, puisqu il reste à se demander par quoi est produite cette inflammation.

Le traumatisme du cuir chevelu ou des os du crâne , les inflammations phlegmoneuses ou érysipélateuses du cuir chevelu , quelques affections profondes de l’œil ou de l’orbite, l’otite interne surtout, et la carie du temporal, telles sont les causes relatées dans les faits de thrombose inflammatoire.

Jusqu’à ce jour on a admis que ces circonstances agissaient en produisant l’inflammation des sinus, mais cette interprétation ne satisfait plus aujourd’hui tous les observateurs; depuis surtout qu’il a été démontré que la phlébite est ordinairement l’effet, plutôt que la cause, du thrombus. Von Dusch en particulier a essayé de substituer une nouvelle théorie à l’ancienne.

Après avoir rappelé que Virchow ( Gesammelle Âbhandlungen zur Wissmsdi. Med., 620) a signalé, dans les cas de plaies de tête, le contact du sang avec l’air atmosphérique, et l’interruption du courant sanguin au niveau du foyer hémorrhagique, comme cause de la thrombose des veines du diploé, et aussi par continuité de la thrombose des sinus, cet auteur admet que la nécrose de chacune des couches osseuses peut, par la diminution ou la suspension de la circulation qui lui est propre, donner lieu à la stagnation du sang dans les veines voisines, et plus particulièrement dans les veines du diploé; ces veines ne pouvant revenir sur elles-mêmes, le sang doit se coaguler à leur intérieur.

La thrombose des sinus n’est alors que l’expansion de la thrombose qui a débuté dans les petites veines. Ce n’est plus, dans la théorie de l’auteur, l’inflammation qui amène la coagulation du sang, mais la stagnation de ce liquide au voisinage des parties mortifiées ou enflammées. Von Dusch explique encore de la même façoa

la coagulation du sang dans les vaisseaux du voisinage d’un foyer phlegmoneux.

Si ingénieuse que soit cette théorie, nous nous garderons de l’adopter tant qu’elle ne sera pas mieux démontrée, et nous continuerons d’attribuer au processus inflammatoire la thrombose des veines et des sinus dans le cas d’altérations du crâne et du cuir chevelu.

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