CHAPITRE IV
l*roiiostic et traitement.
Le pronostic de la thrombose des veines de l’encéphale est évidemment grave dans les deux séries de faits que nous venons d’examiner. La mort en a été presque toujours le résultat; car, s’il est des cas de guérison, ce qui est possible, ils ne sont pas connus. La terminaison fatale n’arrive pas toujours de la même façon. Tantôt elle parait due uniquement aux désordres fonctionnels, résultat de l’obstruction des sinus, et aussi aux mauvaises conditions des individus chez qui on rencontre cette obstruction. C’est ce qui arrive le plus ordinairement, dans la thrombose qui n’est pas la conséquence d’un processus inflammatoire. Tantôt au contraire, comme dans la thrombose inflammatoire, c’est l’infection purulente qui amène généralement la mort.
Le traitement doit varier, bien qu’il soit à peu près également infructueux; dans la plupart des cas, les émissions sanguines , généralement employées , ont été sans succès (Tonnelé).
Les indications qui se présentent dans la première catégorie diffèrent peu de celles qui se rattachent à l’embolie et à la thrombose artérielle. Favoriser la circulation collatérale, combattre la congestion passive et les accidents qu’elle détermine, chercher à dissoudre le thrombus: voilà ce qu’il faut tenter.
Les moyens à employer pour remplir ces indications sont peu différents de ceux que nous avons antérieurement recommandés, car on ne peut penser à débiliter des individus qui sont pour la plupart dans le marasme.
Il n’en est plus de même dans les faits du deuxième groupe, où l’on se trouve fréquemment en présence d’individus adultes, le plus souvent robustes et atteints de phénomènes vraiment inflammatoires. On peut alors recourir à l’usage des émissions sanguines; toutefois il faut cesser leur emploi dès que se manifestent des phénomènes d’infection purulente.
Mais avant tout, ici comme toujours, le plus beau rôle du médecin sera de prévenir les accidents, s’il est appelé assez tôt, d’une part, en combattant la débilitation ; d’autre part, en arrêtant les progrès des altérations qui sont les causes habituelles de la thrombose suppurée.
Otite interne; thrombose du sinus latéral droit. Mort par infection purulente.
L 34 ans, journalier, entre, le 3 avril 1861, à la salle Sainte-Athanase,
de l’hôpital de la Pitié, dans le service de AJ. Gendrin.
Homme d’une force et d'une santé moyenne, il est atteint, depuis l'âge de 14 ans, d’un écoulement de l’oreille droite. Quinze jours environ avant son eutrée , il vit cesser cet écoulement, et, en même temps, il fut pris de courbature, de frissons, d’accès fébriles, phénomènes que le médecin appelé rattacha à une fièvre intermittente légère.
1er avril. Frisson violent et délire. Le malade entre le 3 avril. Le soir, je le trouve étendu sur le dos, atteint d’un tremblement général et en proie à un accès fébrile qui disparaît une heure plus tard. Le faciès est altéré, un peu jaunâtre ; le pouls fréquent, petit; poitriue normale, délire. — Sangsues à la nuque.
Le 4. Ictère généralisé, sans douleur à la région du foie; le pouls a conservé sa fréquence, il est ondulant, creux. Rien au cœur; respiration rude; roideur des muscles du cou; subdélirium ; plaintes. Le malade ne localise aucune douleur.
Les 5 et 6. Pas de nouveaux frissons; l’ictère se prononce davantage; le délire
devient bruyant, exige l’emploi de la camisole ; sputation; persistance de la roideur du cou; pouls plus fréquent, plus dépressible; respiration plus pénible. Mort le 7 avril.
Autopsie. La calotte crânienne est saine; mais le rocher du côté droit altéré, carié, se laisse pénétrer par le scalpel, qui en extrait une matière jaune , épaisse et purulente. .
Le sinus latéral correspondant a une coloration brunâtre; ses parois sont épaissies, friables, enflammées. Il est complètement bouché, dans une étendue de 2 centimètres environ, par un coagulum brunâtre et jaunâtre, peu consistant , semi- sanguin, semi-purulent.
Les méninges du même côté sont injectées; le cerveau, dont la surface paraît plus vasculaire, a seulement moins de consistance.
À la surface et particulièrement au niveau des bords postérieurs des poumons, existent des infarctus sanguins et de nombreux foyers métastatiques. Le cœur est mou, le sang qu’il renferme est noir et fluide.
Le foie est un peu jaunâtre et mou; même état des reins et du pancréas. Rate augmentée de volume et ramollie.