‹ De la thrombose et de l'embolie cérébralesChapitre 8 sur 27 · GO · texte numérisé non relu

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contrée, accompagnait plutôt l’obturation du tronc basilaire. C’est de ce dernier en effet que l’oreille interne reçoit ses vaisseaux , tandis que les carotides ne fournissent, comme on sait, qu’à l’oreille externe et à l’oreille moyenne. Dans quelques cas, par conséquent , le trouble de l’audition sera un signe diagnostic important de l’obstruction du tronc basilaire. Les autres sens n’ont pas paru troublés dans leurs fonctions; il y aurait lieu toutefois d’examiner avec soin, à l’avenir, le sens de l’olfaction.

e. Troubles des facultés intellectuelles. La perte de connaissance, dont Todd a signalé la rareté dans des faits analogues à ceux qui nous occupent, existe cependant dans un bon nombre des cas, que nous avons réunis, dans 23 cas au moins. Son intensité et sa durée sont variables. Tantôt le malade, privé de toutes ses facultés, tombe dans une espèce de coma et succombe au bout de quelques heures ou de quelques jours; tantôt au contraire et le plus ordinairement, cet accident n’est que passager ou incomplet; sa durée alors ne dépasse pasune ou deux heures ; souvent elle est au plus d’une demi-heure, et parfois les trois grandes facultés sont en parties conservées. En général , la perte de connaissance est ordinairement ici plus courte et plus légère que dans les cas où elle dépend d’une hémorrhagie cérébrale. Elle résulte, suivant nous, de la suppression subite, dans une plus ou moins grande partie de l’encéphale, du courant sanguin; elle nous paraît être surtout un effet de l’anémie. Dans plusieurs cas, cet accident n’a pas existé, et l’hémiplégie a été le premier symptôme observé; dans quelques-autres cas , il n’en est pas fait mention. Les facultés intellectuelles d’ailleurs sont plus rarement altérées et moins gravement atteintes que ne l’est le mouvement; circonstance que nous croyons devoir attribuer à l’intégrité de la substance corticale dans bon nombre d’observations.

Toutes les fois que le coma ne vient pas s’ajouter à la perte de connaissance, le malade recouvre son intelligence, mais non toujours

d’une façon complète; ses facultés restent plus ou moins émoussées ou obtuses; il y a de l’hébétude, de la stupeur, quelquefois de la somnolence; la mémoire et les conceptions sont lentes; le cacaractère bizarre, et toujours un examen attentif permet de découvrir un désordre intellectuel, si léger qu’il soit. Rarement il existe du délire, car ce phénomène n’est mentionné qu’une fois, et encore dans ce cas il peut être rapporté au delirium tremens. Dans deux cas, qui très-probablement se rattachent à la thrombose, on a signalé un état de démence.

L’embarras ou la perte de la parole ont été notés fréquemment. Le premier de ces phénomènes paraît tenir à la paralysie des muscles de la langue; le second semble devoir être attribué en grande partie à un désordre intellectuel. L’embarras de la parole existe dans le plus grand nombre des cas : la perle de la parole est indiquée dix fois. En général, nous trouvons trop peu de détails concernant ces phénomènes pour pouvoir en tirer des conséquences cliniques ou physiologiques. Une chose en tout cas digne d’être remarquée c’est la fréquence de ces accidents. La perle de la parole, comme l’a dit avec raison M. Bouillaud , paraît tenir à des altérations de siège différent; nous voyons ce phénomène coïncider tantôt avec l’occlusion de l’artère de Sylvius et le ramollissement du lobe antérieur ou même du lobe moyen, tantôt avec l’obturation de la cérébrale postérieure et le ramollissement de la corne d’Ammon. Dans deux observations qui nous sont personnelles, et où cette dernière lésion existait, il y avait paralysie de la langue; dans d’autres cas où les artères de Sylvius ou cérébrale antérieure étaient obturées, la langue a paru avoir conservé en grande partie ses mouvements, et la perte de la parole devait être rattachée au désordre intellectuel. Nous sommes ainsi conduits à admettre, avec le savant professeur de la Charité, qu’il existe un organe de formation et un organe de production de la parole, dont le siège est encore les circonvolutions cérébrales.

Frappés la plupart du temps par la nouveauté des phénomènes pathologiques, les auteurs de nos observations donnent généralement

fort peu de détails sur les symptômes, et jusqu’à présent il n’est pas possible d’avoir de ees faits tout le profit qu’on pourra en tirer un jour pour la. connaissance du siège des différentes fonctions de l’encéphale. Chaque cas particulier est pour ainsi dire une expérience tentée par la nature, et destinée à nous faire connaître la fonction qu’est appelée à remplir la portion de substance cérébrale qui correspond aux branches ou aux divisions artérielles oblitérées.

/. Lorsqu’ils ne sont pas mortels dès le début, les troubles cérébraux que nous venons de passer en revue influent généralement assez peu sur les autres fonctions. Le pouls est normal ou plutôt augmenté de fréquence; il bal de 80 à 1 00 fois par minute. Le ralentissement qui accompagne parfois certaines affections cérébrales, notamment les tumeurs et surtout la méningite, n’a pas été constatée. C est là une circonstance qui nous paraît trouver son explication dans le défaut d’irritation des parties restées saines au voisinage du foyer ramolli, et qui vient, soit dit en passant, à l’appui de notre manière de voir concernant la nature du ramollissement cérébral par oblitération artérielle; c’est en effet à l’irritation déterminée par un caillot sanguin, une tumeur ou un foyer d’inflammation, qu’il faut rattacher le ralentissement du cœur et la fréquence de la respiration observés dans certains cas. La fièvre , quand elle existe, est plutôt l’effet de la maladie concomitante que de la lésion cérébrale elle-même. Aussi la température du corps n’est-elle généralement pas accrue. Nous avons constaté à plusieurs reprises, et dans l’observation vil en particulier, une élévation de température d’un demi-degré environ , du côté paralysé.

Les troubles de la respiration existent au commencement ou vers la fin de la maladie quand elle se termine par la mort. 11 en est rarement question , excepté dans quelques cas où la respiration stertoreuse se trouve mentionnée. Très-souvent ces troubles paraissent dépendre de complications ou de l’affection concomitante du cœur.

Les fonctions digestives sont ordinairement peu troublées; il

existe cependant dans quelques cas , tantôt au début , tantôt à la ftn., de la .difficulté de la déglutition , iune légère paralysie du pharynx.

!Dans d’autres faits plus nombreux, des vomissements sont survenus durant l’attaque apoplectique, ëôquélquefois ont persisté dans le cours de la maladie; il est à remarquer que Hans tous ces cas, le tronc basilaire ou -ses branches étaient plus particulièrement affectés; c’est là,'Ce nous senible , une confirmation. des (belles recherches de notre savant maître, M. Hillairet.

>F. Symptômes concomitants. Ces symptômes dépendent des nombreuses lésions qui , nous l’avons vu , accompagnent fréquemment le ramollissement cérébral par oblitération artérielle.

m . Du côté du cœur et des gros vaisseaux, on a (noté tantôt les différents désordres qui caractérisenl l’endocardite aiguë , le rétrécissement ou l’insuffisance des orifices , les altérations valvulaires , les concrétions fibrineuses, les anévrysmes ; tantôt et plus rarement des phénomènes vagues qui indiquaient plutôt l’hypertrophie, la dilatation ou l’altération graisseuse decet organe, comme des flexuosités artérielles , \}nrcus $eni/ï&, etc.

Inutile de nous arrêter sur les différents symptômes qui appartiennent à chacune de ces affections cardiaques ; il est évident qu’ils n’offrent rien de spécial. Nous n’insisterons pas davantage sur leur signification bien connue de tous; mous préférons accorder plus de détails aux phénomènes morbides qui signalent l’existence des infarctus viscéraux. L’éblitération de l’une des artères coronaires s’est rencontrée une seule fois, unais sans phénomène bien appréciable. C’est là cependant une cause fréquente de ramollissement du tissu du eœur et de rupture de cet organe qu’il faut connaître et prévoir dans des cas analogues. Elle donne nécessairement lieu à des symptômes différents de «ceux qui appartiennent a la lésion valvulaire; et ainsi les désordres cardiaques qui accompagnent le ramollissement cérébral pourront, dans certaines circonstances, avoir une triple on-

gine : la première serait sous l’influence de la diathèse rhumatismale , la deuxième serait liée aux accidents cérébraux, la troisième tiendrait à l’embolie de l’artère coronaire.

Il est facile de comprendre les difficultés qui surgissent dans des cas aussi complexes et l’habileté qu’il faut déployer pour arriver à rapporter chaque phénomène à sa cause originelle.

Les symptômes en rapport avec les infarctus des poumons sont rarement bien manifestes ; aussi dans nos observations sont-ils la plupart du temps confondus avec l’apoplexie ou la pneumonie lobulaire. Ils sont même souvent méconnus; ils se rapprochent des phénomènes de l’apoplexie en ce sens, qu’ils ne sont pas accompagnés de fièvre.

La rate peut être tuméfiée, comme nous le voyons dans quelques cas, et la région splénique douloureuse. Ces deux symptômes, qui paraissent avoir échappé à plusieurs observateurs, pour n’êlre pas suffisamment connus, ont une importance qu’on ne saurait méconnaître, car ils peuvent suffire , en l’absence de l’intoxication palustre, pour diagnostiquer les infarctus de la rate. M. Charcot nous a dit avoir reconnu plusieurs fois cette lésion durant la vie, en se fondant sur la coexistence de ces deux phénomènes avec une endocardite.

Les urines sont sanguinolentes dans plusieurs cas, et dans celui de MM. Peacock et Bristowe en particulier, ce phénomène existe en même temps qu’une douleur à la région rénale. Traube a pu diagnostiquer les infarctus des reins, en se basant sur l’existence simultanée de ces symptômes et d’une endocardite. A ces phénomènes que nous avons rencontrés plusieurs fois, il faut ajouter l’albuminurie. Dans trois cas, l’existence passagère d’une faible quantité d’albumine dans les urines ne paraissait pas avoir d’autre cause que les infarctus des reins. Toutefois, comme ce phénomène, dans d’autres circonstances était manifestement lié à une maladie de Bright, nous ne le donnons qu’avec réserve.

Le foie offre sans doute, lorsque l’artère hépatique ou l’une de ses

branches vient à s’obturer, des phénomènes analogues à ceux dont la rate est le siège; à savoir : un certain degré de tuméfaction et de la douleur dans l’hypochondre droit; mais jusqu’ici l’attention des observateurs n’a guère été dirigée de ce côté, et c’est là un point encore à l’étude.

L’estomac et l’intestin sont encore le siège de désordres variés. ÎNous croyons que certains phénomènes assez vaguement signalés , quelques diarrhées sanguinolentes rapportées à une dysentérie concomitante doivent se rattacher dans certains cas à l’obstruction de l’une des artères mésentériques. L’ulcération, dernier terme des altérations dans ces cas, peut envahir la tunique intestinale tout entière, et amener la perforation de l’estomac ou de l’intestin.

Les membres enfin ont offert à plusieurs reprises des taches analogues à celles du scorbut, des plaques gangréneuses, et parfois une gangrène complète occupant une plus ou moins grande étendue du pied ou de la jambe. Dans quelques cas on a constaté l’absence du pouls dans les artères des membres.

Ces différents phénomènes peuvent faire défaut ou se rencontrer isolément, il est raie qu’ils manquent absolument, dans les cas où le ramollissement cérébral dépend de l’embolie ; ils concourent ainsi puissamment à éclaircir le diaguoslic. Dans quelques circonstances, à la vérité exceptionnelles, on a pu noter la réunion du plus grand nombre d’entre eux.

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