OBSERVATION XX
(Due à l’obligeance de M. Aboulker, interne de l'hôpital de Mustapha.
Service de M. le professeur Vincent.)
Noé, Marie, 46 ans, cuisinière, née en Alsace, 10 ans de séjour en Algérie. Salle Lisfranc, entrée le 15 octobre 1896.
Diagnostic ; Pscudarthrose de la jambe gauche consécutive à une fracture de la partie moyenne.
Sommaire de l’observation ; femme alcoolique, se fait une fracture diaphysaire de la jambe gauche. Après 13 mois, la consolidation ne s’est point faite. On avive les fragments el on suture avec des fils d'argent. Au bout de 8 mois, la mobilité est toujours très grande. lImpotence absolue. Troubles trophiques. Nouvelle intervention. Suture osseuse. Sphacèle du lambeau cutané. Traitement thyroïdien ct KI. Guérison en 2 mois.
Observation résumée : Marie N., cuisinière, amenée en état d'ivresse en octobre 1806, dans le service du professeur Vincent. Fracture complète des deux os de la jambe gauche à la partie moyenne. Pas de plaie, ni gonflement. Varicosités superficielles assez marquées.
Réduction sous anesthésie et appareil plâtré, Délire furieux dans les premières journées, calmé par l'opium et l'alcool, donnés larga manu. Antécédents alcooliques. Pas de renseignement sur l'accident. Rien de particulier à l’examen des divers organes. Quelques accès
antérieurs de malaria. Appareil enlevé au bout de 4o jours. Cal
NT ie
maigre peu volumineux. Muscles de la jambe atrophiés. Goullière et massage adjoint à l'électricité.
Examen des urines ne dénotant rien d’anormal.
Au bout de 4 mois, toute trace de cal a disparu. Mouvements anormaux en tous sens. Essai de l'application d’une bande dEsmarch pour provoquer une slase veineuse. Piqures locales près du siège de la fracture, tous essais inuliles. La femme, depuis son accident, est mal réglée.
Un an se passe. On a usé de la médicalion iodurée, qui n’est pas supportée, pendant quelques jours el d’ailleurs vainement. Aussi, décide-t-on une intervention.
Novembre 1895. Incision le long de la crête tibiale. Le foyer de la fracture est engainé d’une virole fibreuse sans trace d'ossification. Les deux fragments sont efilés et ne chevauchent pas. Pas de tissu interposé entre leurs extrémités. Avivement, Suture au fil d'argent de ces fragments. Mème conduite pour le péroné. Suiles simples. Réunion immédiate. Au bout de » mois, consolidation du péroné, mais pas du libia. Mouvements moins étendus qu'auparavant. 5 mois après, la malade, ne voyant pas de résultal, demande l’amputation qu'on lui refuse. Elle quitte l'hôpital, et en ville, un bandagiste lui fournit un appareil en lui promettant de « lui assurer la marche aussi bien qu'avant ». Ceci se passe en avril 1898.
La malade revient dans le service fin juin 1898. Pas de modificalion depuis le départ. Les varices ont augmenté. Certain degré d’éléphantiasis du pied. Ongles squameux et déformés. Nouvelle intervenlion dans les premiers jours de juillet. On taille un lambeau en I comprenant la face interne du tibia et antérieure de la jambe.
On retrouve le fil d'argent qui a conservé une blancheur éclatante. Tissu osseux comme raréfié. Avivement des extrémités et suture simple. Pansement aseplique. Attelle plàtrée. Au bout de 4 jours. légère ascension thermique qui persiste. Le 6e jour, on enlève l’'appareil el l'on constate un sphacèle du lambeau. Pansement aseplique. La plaie mel plus d'un mois à se combler.
Dans les premiers jours de septembre, le plâtre est enlevé. Téguments ichthyosiques, mal nourris. Persistance de la mobililé anormale. Pas de (race de cal.
Nous soumellons la malade à un trailement thyroïdien, sans grande confiance, vu des insuccès éprouvés déjà. Elle prend quatre lablettes de thyroïdine par jour.
Les premiers jours, la malade présente une excitation assez marquée avec des battements de cœur. La dose est maintenue. On y associe de l’iodure de potassium 1 gramme par jour.
Au bout de quelques jours, l'excitation disparait, seules les pulsalions sont fréquentes.L'appétit inégal revient régulier, et la malade qui élait irrégulièrement menstruée, voit ses époques revenir plus abondantes que normalement.
Au boùut de 3 semaines, nous suspendons le traitement el nous sommes surpris de voir la consolidalion se produire.
Après un repos d’une semaine, le lrailement est repris sans KI. La guérison marche vite, et, à la fin d'octobre, la consolidation est complète. La malade quitte l’hôpilal le 15 novembre 1898. La jambe est plus courte de > centimètres. Néanmoins, la malade à pu reprendre son travail, et son membre lui est très utile, quoique moins solide que l’autre.
Après avoir essayé de nombreux traitements, la thyroïodine lui
a assuré un cal, en moins de deux mois.
Celte observation est très instructive. La malade doit rentrer dans la classe des sujets atteints d'insuffisance thyroïdienne. Tous les moyens échouent chez elle pour amener la consolidation, que la thyroïodine lui procure
rapidement.