‹ De la TourChapitre 14 sur 18 · HO · texte numérisé non relu

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îi'a rien faii de mcillé'ur que îe porlf ait de VM é Hubn t. Dans une chambro, !e soir, un gros abbé semble occupé à lire. Les yeux de l'abbé sont renfoncés, son vis:»ge s'épanouit sous une graisse monacale et fleurie ; il rit presque; cependant le gros volume in-quarlo qui est appuyé sur une pile d'énormes bouquins ne paraît pas renfermer des matières plaisantes. C'est sans doute un livre de théologie ; mais Tabbé sort de dîner et il est en proie à une sorte de torpeur satisfaisante. Deux chandelles sont de chaque côté des gros livres reliés à tranches rouges. Les deux chandelles sont le drame du tableau ; l'une des chandelles accomplit sérieusement son devoir; mais l'autre a été sapée dans toute sa longueur par la rigole provenant d'une mèche mal faite ; la flamme est piteuse ; elle s'obscurcit vers la pointe formée de petits champignons rouges ; d^s tourbillons de fumée s'élèvent de ces champignons malsains, sans que l'abbé Hubert y songe. Décidément l'abbé Hubert a trop dîné.

Ce tableau où îe personnage est de grandeur naturelle et où les accessoires sont traités avec le soin et l'importance des natures mortes des meilleurs peintres Flamands, représente pour moi le point culmiaanl de La Tour ; on oublie qu'il est traité en pastel ; le célèbre portrait de M"^' de Pompadour esi dépassé.

Pour juger complètement La Tour, j'ai beaucoup regardé sa maîtresse (1).

(1) aiJ/iie Fay, actrice, maîtresse de La Tour, » dit une petite notice d'une écriture ancienne, collée sur le cèdre du pastel.

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Bellîna d'Aruim dit que l'amour est une ressemblance. Sans être absolu, ce mot m'est levenu en étudiant le portrait de M'^« Fay. L i Toui' a aimé cette ft mme plutôt par dissemblance que par ressemblance. Déjà la femme approche de la trentaine fatale ; elle a de grands yeux orientaux qu'on n'ose dire taillés en amandes, à cause du trop grand emp'.oi de celte image. Sa tête est couverte d'une légère gaze da^ s laquelle court ni des larmes d'or ainsi que dans les étoffes ûn Levant. Elle n'est pas poudrée. Cette beauté se sépare complètementdes beautés provoquantes du Î8^ siècle; c'est ur.e beauté moderne, sans grande mijlice dans la physionomie, c'eût la beauté tranquille du midi. La Tour avait l'instinct de 1 Orient que la littérature et la peinture ont décrit vi reproduit sous tant de formes depuis une trentaine d'années. Telle qu'est M^'*^ Fay, on la prendrait pour une des femmes d'Alger que Delacroix a peintes avec un si grand charme.

t^a Tour, le seul de son temps, a compris l'Oiienl que les littérateurs et les peintres habillaient à la persane , avec des habits et un langage de convention. M^'« Fay, l'actrice, est tout à-fait dépaysée au milieu des femmes du 18** siècle dont La Tour a laissé trente physionomies toutes différentes et qu'il faut absolument voir à Saint-Quentin pour se rendre compte du charme sous Louis XV.

Il n'y a pas de mot dans la langue pour rendre la physionomie séduisante de ces beautés tendres, agaçantes, malignes , réjouies, singulières, goguenardes, l'œil plein de promesses, la bouehepleine de désirs, rarement mélancoliqueseï toujours

provoquantes. Osi dirait le Musée du Parc-aux-CerCs, et il faudrait un Lebei pour catalogueur.

Toutes sont jolies à faire tourner la tête, toutes de bonne humeur et toui^sTaniies du plaisir. Du côté opposé est le portrait d'un Carme, ne contredisant rien à l'idée proverbiale qu'on se fixk d'un Carme, la bouche pincée, les lèvres en dedans, un g! os nez et de larges narines soupirant après l'odeur des cuisines. Les traits communs et cependant expressifs, de petits yeux clignotants, une figure sur laquelle s'étalent la bonne moitié des sept péchés capitaux, démontrent un enthousiasie de la bonne chère aussi bien que de la chair. On a eu raison de tran>porter le Carme loin de ces charmantes créatures; ii senible qu'il les a vues, car son petit œil en conserve une sorte de Jubilation de souvcînr.

Malheureusement, ces beautés ne sont pas cataloguée?. On ne retrouve dans ce Musée gaiaut que le nom de la Camargo, la danseuse, frlle singulière dont les coins de bouche sont retroussés avec des airs provoquants. Qu'est-ce que la Boete de St-Léger? Séduisaiste personne de trente ans, d'un embonpoint joyeux, beauté de campagne, beauté qui pousse à boire , aimable fille de cabaret chez qui la ville n'a fait qu'augmenter les charmes puissants et les couleurs vivaces.

En sortant de ce Musée, je plaignais vivement les malheureux garçons de quinze ans qui entrent tous les jours dans ce sérail sous le prétexte d'apprendre à dessiner. J'aimerais.

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mieux !es voir appliqués â dessiner des wagons de cliomins de fer : ils en reiireraient plus d'ulililé et n'auraient pas la léte remplie de bouches qui souriant, d'yeux coquins, d'agaçanses coqueUeries qui ont troublé plus d'une fi»is le crayon de La Tour, quand, seul dans son atelier, lesy. iix dans les yeux de ces folîrs filles d'Opéra, il oubliait, j'en suis sûr, la beauté froide de W^^ Fay.

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