III. — Ether sulfurique d’atropine
L'éther sulfurique d’atropine, encore appelé atrinal, a été obtenu en 1912 par Willstäter et Hag, et a été étudié, au point de vue pharmaco-dynamique, par Trendelenburg. Pour l’obtenir, On fait agir l’acide sulfurique concentré sur l’atropine qui possède une fonction alcool primaire et une fonction amine. L'acide sulfurique bibasique va agir d'une part sur le radical alcoolique pour donner un éther et d'autre part sur la fonction amine pour donner un sel. Le corps obtenu est donc à la fois un éther et un sel de SO‘ H°. L’atrinal, de par sa constitution, est neutre aux réactifs et ne s’unit ni aux bases ni aux acides. Insoluble dans les dissolvants organiques, il se dissout en petites proportions dans l’eau : 100 centimètres cubes dissolvent à la température ordinaire 1 gramme d’atrinal. C’est avec cette solution que les expérimentateurs ont essayé l’action pharmacologique. Ils ont constaté que, par son éthériication, l’atropine perd une grande partie de ses propriétés, mais que, par contre, elle perd en même temps une partie de sa toxicité. Trendelenburg a prouvé en effet que l'atrinal est cinq fois moins toxique que le sulfate d’atropine. Des divers effets de l’atropine, quels sont ceux qui subsistent dans son éther sulfurique, quels sont ceux qui sont modifiés et dans quel sens ? Voici résumées les conclusions de Trendelenburg :
L'atrinal a, au même degré que l’atropine, une action exeitante sur le système nerveux central : avec de petites doses on obtient chez la grenouille une élévation notable de l’excitabilité réflexe; avec des doses plus fortes, on note, à côté d’une forte excitation, des phénomènes de paralysie; enfin, avec des doses très fortes on provoque la mort, après une phase de convulsions tétaniques et de phénomènes paralytiques.
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L'action excitante sur la respiration est très marquée, surtout quand il ÿ à eu au préalable administration de morphine, qui, elle, inhibe les centres bulbaires. Les mouvements respiratoires sont augmentés de fréquence et d'amplitude et l’hématose se fait mieux. Il est intéressant de remarquer qu’on ne‘saurait, à ce point de vue, trouver un meilleur composé atropiné à opposer à l’opium.
En revanche, l’action périphérique de l’atropine est très
atténuée dans l’atrinal. C’est ainsi que ce composé, à doses
moyennes {out au moins, ne provoque pas, ou presque pas, la mydriase non plus que la tachycardie et l'élévation de la tension artérielle, si intenses avec le sulfate d’atropine. Il agit peu également sur l’appareil gastro-intestinal et sur l’appareil glandulaire, le rôle inhibiteur de l’atropine sur les filets modérateurs du nerf splanchnique étant très amoindri, ainsi que son action paralytique sur les fibres sécrétoires et vasomotrices.
De tout ceci, il ressort nettement que la paralysie périphérique du pneumogastrique normal, provoquée par l’atrinal, est bien moins prononcée que celle produite par l’alcaloïde principal de la belladone. Cette atténuation de la propriété inhibitrice exercée sur le vague est à regretter pour un corps, qui présente le grand avantage d’être cinq fois moins toxique que l’atropine, dont le maniement en thérapeutique est si difficile, à cause précisément de cette toxicité. D’après nos observations, il nous a semblé que l'éther sulfurique d’atropine paraît cependant recouvrer en partie cette propriété dans les cas d’hypervagotomie. Peut-être aussi que cette augmentation de son pouvoir est due à son association avec le pantopon et la papavérine, association que nous avons administrée à nos malades.