‹ De La Toux Dans La Tuberculose Pulmonaire Chronique Ses Complications Essai De Traitement SymptomatiqueChapitre 29 sur 37 · IV. —— L'association pantopon-papavérine-atrinal · texte numérisé non relu

IV. —— L'association pantopon-papavérine-atrinal

L'association de l’opium à l’atropine, dans une formule thérapeutique, peut sembler à priori paradoxale. Depuis longtemps en elfet on a signalé l’antagonisme de ces deux subs-

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tances, et d’aucuns ont voulu faire de l’atropine l’antidote de la morphine dans l’intoxication par ce dernier alcaloïde. L’opium excite le vague, la belladone le paralyse; l’opium paralyse le centre respiratoire, la belladone l’excite; l’opium produit du myosis, la belladone de la mydriase; l’opium est sudorifique, la belladone antisudorifique. Administrés en même temps, ces deux agents ne vont-ils passe neutraliser ?

Cependant les physiologistes ont démontré que l’opium et la belladone ne sont que partiellement antagonistes l’opium et la belladone excitent puis paralysent les centres nerveux, les centres vaso-moteurs et les nerfs sensitifs. D’autre part, les cliniciens ont cherché à utiliser cet antagonisme partiel. Déjà, en 1865, Camus avait fait des essais dans ce sens; mais en expérimentant sur des lapins il n’avait pu empécher leur mort en leur administrant simultanément des doses toxiques d’opium et d’atropine. Denis, sur lui-même, obtint des résultats négatifs. Plus tard, en 1897, Lépine remit cette question à l’ordre du jour en indiquant les bons effets de l’atropine dans l’intoxication opiacée. Au point de vue clinique, les statistiques restent contradictoires. Alors que Kürz, Lemadrid, T. Smith, Johnston, se trouvent bien de l'association morphineatropine, d’autres, tels que Fitz, ne lui reconnaissent aucune valeur. Enfin, Dastre et Morhange ont préconisé l'association atropine-morphine dans le but de prévenir les accidents de la chloroformisation; et aujourd’hui l'association scopolaminemorphine est couramment utilisée dans ce but en chirurgie. Il semble donc bien qu'une tendance se dessine actuellement en faveur de l’adoption en thérapeutique de la combinaison morphine-atropine.

Pour diminuer la toxicité de cette association, il était naturel que l’on songeât à remplacer le sulfate d’atropine par un corps, peut-être moins actif, mais à coup sûr moins nocif, l’atrinal, et la morphine par le pantopon. C’est ce qui a été réalisé dans la formule pantopon-papavérine-éther sulfurique d’atropine. Cette préparation, spécialisée sous le nom de « spasmalgine », se présente sous deux formes : en comprimés et en so-

lution injectable; { comprimé ou { centimètre cube de la solu tion ont la composition suivante :

Deux centigrammes de papavérine; Un centigramme de pantopon; Un milligramme d’éther sulfurique d’atropine.

Ce composé a été étudié au point de vue expérimental par M. le docteur Mergui, chez le lapin, le chien, le crapaud et la grenouille. Nous résumons, à propos de chaque appareil, les résultats de ces expériences intéressantes :

Action sur la pupille. — Ni chez le chien, ni chez le crapaud ou la grenouille, le docteur Mergui n’a obtenu de dilatation pupillaire, même avec des doses suffisantes à provoquer la mort rapidement.

Action sur le pneumogastrique. — Chez le chien, même dans un cas où il a employé 11 centimètres cubes de spasmalgine, l’auteur n’a jamais assisté à une diminution de l’action inhibitrice du vague.

Action sur le cœur et la circulation. — Chez le crapaud et la grenouille, l'application de spasmalgine sur le cœur isolé a donné tantôt ur allongement de la période de repos seule, c’est le cas le plus général; lantôt une diminution du nombre des pulsations avec accroissement de la durée de la systole et de la diastole. L’amplitude des pulsations n’est pas diminuée. Le complexe injecté par voie intraveineuse produit une hypotension légère et est capable de contrebalancer les effets hypertensifs de l’adrénaline.

Action sur la respiration. — Ralentissement du rythme et augmentation de l'amplitude des mouvements respiratoires.

Action sur la narcose. — La spasmalgine paraît préférable à la morphine pour faciliter la chloroformisation des animaux. On n’observe ni vomissements, ni défécation, ni miction et on évite la syncope chloroformique.

Toxicité. — La toxicité de la spasmalgine est faible : 11 centimètres cubes seulement chez le chien ont amené la mort au bout de quarante-huit heures.

Telles sont les données fournies par l’expérimentation sur l'association papavérine-pantopon-atrinal. Il ne nous appartient pas de les discuter. Mais il nous reste à voir si les résultats obtenus en clinique avec la même préparation concordent avec ses propriétés physiologiques.

L'association en question a déjà été employée en thérapeutique sur une assez vaste échelle et avec quelques succès, semble-t-il. D'heureux effets en ont été obtenus dans les ulcères de l'estomac, les coliques hépatiques et néphrétiques. Le professeur Rütimeyer, dans plus de 80 cas, a réussi à calmer des contractions spasmodiques du tube gastro-intestinal et à les faire disparaître. À la clinique gynécologique de Genève, certaines affections utérines, des troubles dysménorrhéïiques chez des hypervagotomiques ont été fortement améliorés soit par le pantopon-atrinal, soit par le pantopon-papavérine-atrinal. Il semble que l’addition de papavérine renforce considérablement l’action antispasmodique sur la musculature lisse, à cause de son action élective sur cet élément. Enfin, le docteur Mergui et M. le docteur Jean Caro ont essayé avec succès la spasmalgine dans le syndrome de Parkinson post-encéphalitique, dans les états anxieux et dans certaines affections neuropathiques, telles que les tics, torticolis et contractures : ils ont vu en particulier le tremblement et la rigidité musculaire s’atténuer et parfois même s’elfacer. De plus le docteur Jean Caro a opposé l'association papavérine-pantopon-atrinal à des états spasmodiques caractérisés par une hypertonie de la fibre musculaire lisse et s’accompagnant le plus souvent d’une hypervagotonie manifeste; il a obtenu d’heureux effets dans les accès de dyspnée et de bronchite asthmatiformes, dans les crises gastriques, dans les coliques hépatiques et néphrétiques, dans les drises dysménorrhéiques chez une vagotonique et enfin dans le mal de mer.

Comme pouvaient le laisser prévoir les propriétés physiologiques et pharmacodynamiques de ses composants, le complexe papavérine-pantopon-atrinal est un excellent sédatif des affeclions spasmodiques, plus particulièrement de celles qui intéres-

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sent les fibres lisses, et aussi un excellent analgésique. En outre, ainsi qu'il ressort des résultats rapportés par Caro et contrairement aux conclusions de Mergui, il paraît exercer, tout au moins dans les cas de déséquilibre neuro-végétatif, un certain pouvoir inhibiteur sur le vague.

Nous basant d’une part sur ces faits, d’autre part sur l'emploi favorable de la papavérine contre la toux de la coqueluche par Popper, enfin sur les données physiologiques, pathologiques et cliniques, que nous avons exposées dans les chapitres précédents, nous avons songé à utiliser cette association contre la toux en général des tuberculeux pulmonaires chroniques et contre la toux émétisante en particulier.

Fabre à

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