CHAPITRE II
Sommaire : Considérations sur la valeur des moyens d'investigation employés jusqu'ici pour étudier la toxicité des alcools. Mesure de cette toxicité par la méthoJe expérimentale. Déterminisme expérimental préconisé par MM. Jofi'roy et Serveaux : des injections, (voie intra-veineuse) ; des instruments (vase de Mariotte) et du manuel opératoire ; des animaux réactifs. Recherche de la puissance toxique des alcools dans l'intoxication chronique expérimentale.
D'après ce qui précède, on s'explique aisément que G. Colin (d'Alfort) (l)ait pu direàrAcadémie de Médecine en 1£95 « que la grande question delà toy'cité de Talcool « et surtout des degrés de cette toxicité, bien qu'elle pa- « raisse résolue devant la science et implicitement devant « les Chambres, ne l'est pas à beaucoup près ».
C'est qu'en effet, dans leur hâte à donner au problème une solution qui puisse servir à la prophy?axie de l'alcoolisme, jusqu'ici la plupart des cliniciens et des expérimentateurs ont fait connaître les résultats de leurs investigations sans attacher, semble-t-il, une importance suffisante à la valeur respective des voies et moyens employés par
(1) Colin. Sur la question de la toxicité de V alcool. Bulletin de V Académie de Médecine. Séance du 27 août 1895.
eux, pour édifier leurs recherches. Beaucoup d'entre eux se sont contentés de résultats approximatifs et par suite -critiquables ; beaucoup aussi ont confondu la mesure de la toxicité, mesure qui doit être mathématique, et la symplomatologie de Tintoxication, ce qui est une donnée véritablement clinique. On a voulu résoudre le problème sans le bien définir ; on a voulu comparer les effets physiolo- •giques de substances chimiques qui ne sont pas comparables; l'absinthe (essence), le furfurol (aldéhyde), l'alcool éthylique, pour ne citer que cet exemple...
L'observation clinique, de par elle seule, s'est montrée jusqu'ici impuissante, lorsqu'il s'est agi de mesurer le degré exact de toxicité des alcools et de leurs impuretés. Il est vraisemblable que cette méthode d'investigation, si -consciencieuse qu'elle soit, ne pourra jamais fournir que des éléments d'appréciation approximatifs, très utiles sans aucun doute, mais où l'on ne saurait rencontrer la certitude absolue, lorsqu'il s'agit de s'exprimeren langage mathématique au sujet de la toxicité de tel ou tel produit ingéré.
La chimie a été plus heureuse, mais nous croyons avec G. Colio (d'Alfort) que la solution du problème ne peut être donnée, dans l'état actuel de nos connaissances, par la chimie organique seule. Resie la méthode expérimentale. C'est à cette base vraiment scientifique, qu'il appartient de trancher la question, car s'il est exact de dire avec M. le professeur Joffroy (1) que la toxicité doit être regardée comme une propriété fixe des corps,
(1) Joffroy. Considérations générales sur larecherche de la toxicité expérimenlale et de la toxicité vraie. Archives de médecine expérimentale, n' 1, 1896.
aussi immuable que leur densité, on doit pouvoir arriver à trouver un procédé de mensuration exact de cette toxicité. Si ce but n'a pas été atteint jusqu'ici, il faut en chercher la raison dans ce fait que, jusqu'à présent, tous les expérimentateurs se sont placés dans des conditions choisies arbitrairement, aussi ne doit-on pas s'étonner^ de voir leurs résultats varier avec ces conditions (Joffroy). Il ne pouvait pas du reste en être autrement, car les phénomènes biologiques, comme les phénomènes physico-chimiques, ne se reproduisent identiques à euxmêmes, que lorsque les conditions expérimentales sont -exactement les mêmes. Or, il est extrêmement difficile de réaliser ces conditions expérimentales toujours identiquement les mêmes.
Désirant reprendre la question de la toxicité des alcools •sur des bases aussi certaines que possibles, MM. Joffroy et Serveaux, après de longues et patientes recherches, ont été assez heureux pour atteindre ce but en modifiant les méthodes, de mensuration usitées avant eux, de façon à les rapprocher des conditions qui réalisent dans la limite du possible ^le toutes choses égales d^ ailleurs^ des mathématiciens.
La perfection du déterminisme expérimental étant capitale en la matière, puisqu'elle est la seule garantie de l'exactitude des résultats obtenus, nous exposerons ici comment et pourquoi ces auteurs ont adopté leur méthode d'expérimentation, ce qui nous permettra de répondre aux objections qui pouraient être formulées.
Trois méthodes se présentent pour la mesure de la toxicité des alcools; chacune d'elle expérimentée séparément permet d'affirmer que l'alcool est nocif pour l'organisme, mais elles sont loin d'avoir la même valeur lorsqu'il s'agit' de déterminer en chiffres précis les degrés de cette toxicité.
1° L'ingestion intra-stomacale a été employée par un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels nous citerons notamment : Dujardin-Beaumetz et Audigé, Magnan, Strauss etBIocq, etc. Elle est d une application assez facile ; malheureusement, il faut convenir aujourd'hui avec M. Bouchard (i), qu'il s'agit là d'un « mode illusoire» et qui, par conséquent, ne saurait servir de base à la détermination exacte du degré de toxicité des divers alcools. « Nous sommes obligés en effet, dit cet auteur, de diluer les subsfances toxiques pour les faire accepter par le tube digestif, nous les introduisons dans un organe qui élimine nécessairement par les garde-robes une partie de son con'enu; comment savoir quelle quantité de ce que nous avons introduit a été absorbée ? D'aiJleurs, l'absorption par le tube digestif est très lente et l'organisme a tout le temps de se défendre en éliminant le poison. M. Morel-Lavallée a communiqué à la Société clinique le fait suivant : chez un malade qui avait
(l) BoucharJ. Lsçons sur les auto-intoxications dans les malafUes.-i^l.
ingéré à deux heures du matîn 60 gr. de laudanum, à 8 heures du matin, le lavage de Testomac retirait encore 45 gr. de poison; en six heures, le quart seulement de la substance toxique avait été absorbé. Lorsqu'on procède à l'introduction de substances toxiques parla voie digestive, on ne peut donc jamais savoir si ce que Ton a introduit a été absorbé, et Ton risque d'être conduit à croire inoffensives des matières réellement toxiques ».
2** L'introduction dans l'organisme des liquides alcooliques soit par les injections sous-cutanées, soit par l'injection intra-musculaire, est passible en grande partie des mêmes critiques que l'injection intra-stomacale.
« L'élimination ne se fera, il est vrai, dit M. Bouchard, que par le sang, mais l'absorption est lente, tandis que l'émonction est rapide ; il est donc difficile d'apprécier exactement la quantité de la substance injectée qui est contenue dans le sang, au moment précis où se manifeste tel phénomène. D'ailleurs, l'injection produit par elle-même certains troubles qui peuvent masquer l'action propre à la substance injectée. Elle est douloureuse et provoque des réactions nerveuses; elle cause notamment l'albuminurie ; rinjection de quatre centimètres cubes d'eau par la voie sous-cutanée chez le lapin, fait apparaître ce phénomène ». M. Daremberg fait observer, assez justement aussi, que cette méthode est inutilisable, quand on a besoin d'injecter à plusi^îurs reprises des quantités relativement considérables de ces liquides. Les critiques faites à la voie souscutanée s'appliquent aussi àla voie intra-péritonéale. Ajoutons que l'introduction intra-stomacale ou sous-cutanée des alcools est parrois susceptible de déterminer des coa-
guIatioQs dans les veines, chez rhommc ainsi que chez les animaux (JoiFroy et Serveaux).
Pas plus que l'injection intra-stomacale, Tinjection souscutanée ne réalise donc la méthode de chwx qui paisse rendre une série d'expériences données comparables entre elles et permettre de mesurer exacterrient la toxicité des alcools; en reranche, ces procédés ne seront pas négligeables pour Pétude des symptômes produits par les intoxications aiguës et chroniques, ainsi que nous le verrons plus loin du reste.
3^ Reste la voie intra-veineuse. « Les dangers qu'on. « lui a attribués, dit M. Bouchard, sont erronnés. Elle « est presque aiussi facile et expéditive au point de vue « opératoire que l'injection dans le tissu cellulaire, elle «st « en outre plus rigoureuse, plus inoffensive et moins dou* « loureùse. Grâce à elle, nous pouvons en un temps égal « à une révolution totale du sang répartir dans tout l'or- « ganisme une quantité connae de matière toxique, et sa- « voir exactement quelle dose est contenue dans le sang « au moment ou éclate le premier accident toxique. La « méthode intra-veineuse est plus inoffensive, bien que ce « là puisse paraître paradoxal : loo grammes d'un liquide « injectés dans le sang ne déterminent aucun accident. La « même quantité de ce liquide, même purifié, même porté « préalablement à loo degrés, si on l'injecte sous la peau « fait mourir l'animal par accidents septiques ».
La voie intra-veineuse pourrait paraître à première vue devoir être rejetée pour l'examen de la toxicité comparée .des alcools, car on sait que Valcool in vitro coagule l'albumine du sérum, et c'est [Hrécisénient ce qui a lieu en f^a-
tique, si Pon injecte dans les veines de l'animal en expérience des solutions alcooliques sans addition d'un excipient anticoagulant (Joffroy et Serveaux). Ces coagulations ne se produisent pas seulement avec l'alcool, mais elles se font encore avec le sérum sanguin ainsi que Fa signalé M. Hayem, avec l'urine fait noté par MM. Ballet et Roubinovitch, avec l'eau et d'autres liquides. Elles peuvent du reste être provoquées non-seulement par les injections intra-veineuses, mais par l'introduction intrapéritonéale des boissons alcooliques (Maurice Perrin,. Jaillet, Joflroy et Serveaux). Et il ne s'agit pas là, comme l'a avancé M. Daremberg, de coagulations qui servent le plus souvent de témoins et non de cause à la mort rapide. Dans une série d'expériences, MM. Joffroy et Serveaux ont montré que ces coagulations n'étaient pas des phénomènes post morterriy mais qu'elles étaient sous la dépendance directe de l'injection intra-veineuse ellemême
« Nous avons, en effet, disent ces expérimentateurs, plu- « sieurs fois ouvert le cœur et les gros vaisseaux de « lapins qui étaient sur le point de mourir à la suite « d'injections d'alcool (injections intra-veineuses) ; nous « avons ouvert également un cobaye à l'agonie, auquel « nous avions injecté de l'alcool par la voie sous-cutanée, « et dans tous ces cas, nous avons trouvé des cail- <( lots ».
Il y avait là un reproche très sérieux et une contre-indication même à l'emploi de la voie intra-veineuse, car il faut bien savoir que si les autres modes d'introduction des matières toxiques dans l'organisme peuvent provoquer
des coagulatioas sanguines, c'est à titre plutôt exceptionnel, tandis qu'elles sont presqu'inévifables dans le cas qui nous occupe.
Comme conclusion, il semblerait donc logique de dire que la méthode des injections intra-veineuses doit être rejetée toutes les fois qu'on se trouve en présence d'un liquide qui, comme ceux qui Tiennent d'être nommés, peut amener la formation de caillots, car la mort des animaux en expérience va dépendre des lieux d'élection des caillots, lieux extrêmemc.it variables, et par conséquent la mesure de la toxicité du liquide expérimenté va êlre livrée au hasard. Convaincus cependant de la nécessité d'employer la voie intra-veineuse pour mesurer exactement la toxicité des difftrentes boissons alcooliques, MM. Joffroy et Serveaux entreprirent une série de recherches pour éviter un si grave inconvénient, et ils ont été assez heureux pour résoudre la question.
Pour éviter la production de caillots, ces expérimentateurs pensèrent de suite à employer les sels anti-coagulants : chlorure de sodium, sulfate de soude, etc., en commençant par le sel marin. Mais l'essai de ces substances fut loin de donner les résultats espérés, et il fallut bientôt y renoncer, car pour éviter les coagulations, il faut mettre une quantité de chlorure de sodium telle que la solution saline devient elle-même extrêmement toxique. Commt; l'alcool et le sel n'agisseit nullement de la même façon, on ne pouvait songer à mesurer la toxicité totale (lu mélange, et connaissant la toxicité du sel en déduire celle de l'alcool.
C'est alors qu'ils eurent l'idée d'utiliser une remarque
de Haycraft (1), qui avait signalé en 1885, les propriétés anti-coagulantes du liquide buccal de la sangsue officinale, et qui avait montré qu'en injectant dans les veines d'un chien ou d'un lapin un extrait préparé avec trois ou quatre sangsues, on ne détermine pas de troubles généraux bien appréciables, mais on constate que le sang est devenu incoagulable.
Haycraft se servait d'un extrait alcoolique de têtes de sangsues, mais il suffit de faire une macération dans l'eau ^alée. Pour préparer cette macération, on détache les tiers antérieurs des corps des sangsues, puis après les avoir coupés en très petits morceaux, on y ajoute de l'eau et du sel, on laisse macérer environ de quatre à six heures, puis on filtre. Il faut avoir soin de ne pas couper les sangsues trop loin, ni délaisser macérer trop longtemps, sans quoi le liquide per J de sa fluidité et devient un peu visqueux, ce qui peut troubler les résultats.
Ayant préparé la macération, en mettant par litre d'eau huit sangsues et huit grammes de chlorure de sodium, MM. Joffroy et Serveaux se sont rendu compte après expériences sur le lapin, que le liquide obtenu était réellement anti-coagulant et non toxique, que lorsqu'on en injecte même de grandes quantités (599 gr. 29) par kilog. de lapin avec survie), l'effet toxique produit est nul. Cette fois, le problème était résolu ; grâce à ce liquide pris comme excipient, il n'y eut plus à constater chez les animaux en expérience de coagulation, alors même que l'alcool est en proportions assez fortes.
(1) Haycraft. Birmingham, med, Review, mai 1885.
Aituaume 4
La mélhode intra-veineuse a étédaos ces derniers temps, et notamment de la part de M. Colin (d'Alfort), l'objet de critiques sévères, dont nous ferons justice avec M. Daremberg (1) qui s'exprime ainâ: « On a objecté à son emploi que certains poisons qui tuent lorsqu'on les injecte dans les veines ou sous la peau, ce tuent pas quand on les prend par l'estomac ; on peut citer à l'appui de cette opinion le venin des serpents, le curare, les toxines tuberculeuses, diphtériques, tétaniques. Il est facile de répendre que ces substances, très lentement absorbées ou très facilement éliminées, ne peuvent être dangereuses qu'à la suite d'une ingestion prolongée. Il est probable, que si on les prenait par l'estomac à doses très fortes et longtemps continuées, il arriverait un moment où, comme pour les boissons alcooliques, elles altéreraient les reins et le foie et entraveraient le jeu des organes d'émonction et d'élimination qui sont notre ordinaire sauvegarde.
L'injection intra-veineuse, en introduisant brusquement et directement dans la circulation générale le produit toxique que l'on veut étudier, ne laisse pas aux émonctoires le temps d'agir. On réalise ainsi expérimentalement, dans une certaine mesure, ce qui se passe chez les individus qui n'éliminent point leurs poisons — on sait en effet que bien souvent avec l'âge et l'art ério-sclérose, notre pouvoir éliminatoire diminue progressivement, alors cependant que la capacité absorbante pour les liqueurs alcooliques est loin de suivre la même progression descendante — c'est dans ces conditions surtout que les phénomè-
( 1 ) Daremberg. Loco citaio.
«es d'intolérance et d'intQxicatioa, même avec dei^ do&es qui paraissent incffensives, éclatent.
II est à pein« besoin de répondre à ceux qui prétenr- •dent qu'on n'essaie pas une substance donnée en la faisaint absorber par la veine, et qu'il ne faut pas expérimealer sur le lapin des substances que l'homme seul consomme. Il est inutile de recooamencer ici et de réfuter le procès fait à Texpérimentation ; cette œuvre a été victorieusement accomplie par Claude-Bernard et par tant d'autres.
L'objection que les boissons alcooliques sont ingérées par l'estomac et non directement dans la veine peut s'appliquer non seulement à l'alcool, mais à toutes substances toxiques et médicamenteuses qui, pour la plupart, s'administrent par la voie digestive. Et cependant personne ne met en doute la valeur des renseignements que donne l'introduction directe dans la voie sanguine, chez les animaux, de la morphine, de la nicotine, de la strychnine, ^tc.
On nous objecte encore qu'à l'état normal, l'alcool •absorbé par la voie digestive est oxydé dans l'économie et surtout est éliminé au fur et à mesure de son absorption, par les poumons et par le rein. Sans doute les choses se passent ainsi dans un organisme sain et quand l'alcool est ingéré à doses faibles et espacées. Mais quand les organes d'élimination fonctionnent mal, ou quand la dose absorbée est excessive, le sang se charge du principe toxique, et les choses se passent à certains égards ^omme dans l'introduction expérimentale du liquide alcoolique dans le torrent circulatoire. On sait qu'à l'état nor* «nal, l'urine est éliminée au fur et à mesure de sa produc-
tion,et que les poisons qu elle renferme passent à travers le corps sans susciter d'accidents; mais on prétendait de tout temps que la rétention de ces poisons, due à une altération des reins, par exemple, pouvait causer des accidents graves. Pour prouver la réalité de cette interprétation, M. Bouchard a inoculé des urines dans les veines du lapin et a ainsi étudié leur degré variable de toxicité. Ira-t-on objecter à ces expériences que les malades n'ont pas Thabitude d'uriner dans leurs veines ? »
Les injections intra-veineuscs peuvent être faites par des procédés, de valeur expérimentale tien différents. MM. Joffroy et Serveaux devaient donc choisir entre ces procédés et les modifier au besoin jusqu'à complète exactitude. Ce fut là au début leur préoccupation dominante, et ils furent assez heureux pour résoudre ce problème de manière à faciliter singulièrement la mensuration de la toxicité des alcools. La question à résoudre était celle d'employer un appareil donnant une prej-sion constante et par suite une vitesse d'injection elle-même constante et mesurable; M. le professeur Joffroy tt M. Serveaux pensent avoir donné une solution mathématique à ce desideratum en employant l'appareil suivant :
Le récipient destiné à contenir le liquide à injecter est un vase de Mariotte suspendu à une poulie, ce qui permet de modifier à volonté le niveau du liquide et de l'amener à la hauteur convenable pour l'injection. De ce
vase part un tube en caoutchouc terminé par la canule qui devra être introduite dans la veine de ranimai. Ce flacon de Mariotte se compose d'un large tube dont l'une des extrémités a été effilée. On le suspend la pointe en bas, et on ferme la partie supérieure par un bouchon de caoutchouc dans lequel passent deux tubes. Le premier est un tube à entonnoir T par lequel on verse dans Téprouvette le liquide à injecter, il des- LP cend presque jusqu'au fond de Téprouyette et ^' c'est par lui que pendant l'injection l'air entrera de façon à venir rétablir à chaque instant l'égalité de pression. Le second tube T' est très court et se continue à sa partie supérieure par un tube de caoutchouc qu'on ferme à volonté en l'écrasant entre les mors cette d'une pince à pression P. II suffit de retirer pince pour assurer la communication de l'intérieur du flacon avec l'extérieur ; c'est ce qu'on fait lorsqu'on veut faire pénétrer très rapidement le liquide à injecter. A la partie inférieure et effilée de l'éprouvelte se trouve fixé un tube de caoutchouc à l'extrémité duquel est la canule à injection C. Enfin à partir d'un
\ trait A tracé sur la partie effilée de l'éprouc vette on divise cette éprouvette en parties \ d'égale capacité afin de pouvoir se rendre exactement compte de la vitesse de l'injection.
Manuel opératoire. — Pour faire une injection on remplit d'abord le vase de Mariotte d'eau chaude à une température supérieure à celle de l'animal (environ 45", car
l'appareil se refroidit toujcrars aa contact de Vair), puis^ OTi le vide et on remplace l'eau chaude par le liquide à injecter porté à la température de l'animal. Pour cela il suffit d'enlever la pince P et de verser le liquide par le tube à entonnoir T.
H faut avoir grand soin de ne pas laisser d'air dansle tube de caoutchouc ce qu'il est facile d'éviter en laissant écouler une quantité de liquide à injecter supérieure à la capacité du tube de caoutchouc. On recueille exactement tout le hquide qui s'écoule alors pour le replacer dans l'éprouvette.
Pendant la durée de l'injection, la température du liquide* à injecter diminue un peu. On remédie (1) à cet inconvénient eti donnant au tube en caoutchouc par lequel se^ fait l'écoulement, une longueur suffisante pour qu'il plonge en grande partie dans un vase rempli d'eau. On peut élever cette eau à une température convenable, subordonnée à la température extérieure, à la. longueur du tube qui sépare le récipient, de l'animal en expérimentation, — - à la longueur du tube qui plonge dans ce même récipient, -^ et à la rapidité de l'injection. On maintient l'eav de ce récipient à une température constante pendant toute la durée d'une expérience et de l<a sorte le refroidissemen qui se produit se trouve compensé par le réchauffement qu'on fait subir au liquide immédiatement avant la pénétration dans le système circulatoire ée l'animal. Ces précautions étant prises, on comprime le caowlobmic près <ie la canule entre le pouce éi l'index et oti introduit cette
(i) Joffroy. Gommttîiîcaticin 6Val».
oo —
canule dans la veine qu'on a choisi pour faire rinjection.
Il surfit alors de laisser l'injection se faire d'^elle-mènie à la pression qui convient à rexpérienoc. Pour être certain d mtroduire dans la veine exactement tout le liquide qu'on veut injecter, an prépare une certaine quantité d'eau salée à 8 pour 1000, dont le volume sera supérieur à la capacité du tube de caoutchouc, le double de cette capacité par exemple. Quand Tinjection est presque terminée et que le liquide arrive en A on verse cette eau salée dans Téprouvette. L'eau salée chasse l'injection devant elle sans qu'il puisse y avoir mélange notable à cause du faible diamètre du tube de caoutchouc et on ne cesse l'injection que quand le niveau de l'eau salée arrive lui-même en A. Comme on a injecté ainsi en plus du liquide étudié one vingtaine de centimètres cubes d'eau salée, on •est certain d'avoir injecté d'une façon absolument rigoureuse tout le liquide à expérimenter, même s'il y a qiélange du liquide avec l'eau salée sur quelques centimètres.
Reste maintenant à déterminer la pression à laquelle on doit faire l'injection.
Cette pression doit être telle que la vitesse de l'injection soit de 1 centimètre cube par minute et par kilogramme d'animal soumis à l'expérience (chien ou lapin) (1). Une vitesse plus grande amènerait des désordres mécaniques créaint une toxicité de la vitesse (Dastre et Loye), une vitesse trop petite permettrait une élimination notable.
(1) Ji>ffî?oj« -^ CkOSEimuniosdioii orale.
On amène donc le flacon de Mariotte à une hauteur telle que l'injection se fasse avec cette vitesse, et on la laisse se continuer d'elle-même en respectant les légers ralentissements qui peuvent se produire dans le débit à la condition toutefois que ces ralentissements ne soient pas trop considérables et soient passagers.
Les opinions les plus contradictoires ont été soutenues en ce qui concernait les avantages ou les inconvénients de tel ou tel animal choisi comme réactif expérimental (chien, lapin, cobaye). «MM. Dujardin-Beaumetz et Audigé « ont employé le chien et le porc ; M. Magnan a dit que « le chien devait être l'animal de choix pour les boissons « alcooliques, M. Labordeveut, au contraire, qu'on opère « exclusivement sur le cobaye. M. G. Colin (d'Alfort) « voudrait que l'animal réactif fut le cheval ou la « vache (1)».
M. Daremberg a expérimenté sur le lapin, ainsi que M. Straus et Blocq. « Ces derniers auteurs, dit M. Da « remberg, ont pu à l'aide d'une sonde faire absorber « aux lapins pendant plusieurs semaines une dose quoti- « dienne de 15 grammes d'alcool pur étendu d'eau. Les « expériences de MM. Straus et Blocq démontrent Pi- .« nanité de l'objection faite par M. Laborde à l'emploi « du lapin pour les investigations sur les boissons alcoo-
(1) Daremberg. Archives de médecine expérimentale^ 18Ç5, t. VII.
« ligues. Le lapin supporte fort bien Falcool, quand on le « lui introduit par l'estomac. Dans Texpérience des cui- « sinières tuant les lapins en leur faisant avaler une cuil- « lerée d'eau-de-vie, expérience rapportée par M. La- « borde à l'Académie de Médecine, la cuillerée d'eau-de- « vie introduite dans la bouche du lapin ne pénètre pas « dans l'estomac. Le lapin dans ces cas n'avale pas Teau- « de-vie, mais l'aspire bruyamment et la fait pénétrer « dans la glotte et la trachée, il est foudroyé par un € réflexe inhibitoire ou par asphyxie ».
Quel doit être en somme l'animal de choix pour la mensuration de la toxicité des alcools ? Nous dirons volontiers, avec M. Daremberg, qu'après tout c'est « celui qui paraît à chaque expérimentateur le plus facile à manier. »
MM. JofTroy et Serveaux ont expérimenté simultanément sur plusieurs espèces animales, et en raison de l'excellence de leur dispositif expérimental, (les coagulations sanguines étant évitées), ils ont pu démontrer que les équivalents toxiques des alcools et de quelques-unes de leurs impuretés sont comparables chez le chien, le lapin et le cobaye.
Voilà qui prouve bien que le choix de l'animal réactif a beaucoup moins d'importance que le choix d'une méthode aussi exacte que possible (Voie intra-veineuse, liquide rendu incoagulable, emploi du vase de Mariotte).
La technique que Ton devra suivre pour pratiquer l'injection intra-veineuse, chez ces différents animaux, a été très biendécrite par M. Roger (i).
(1) Roger. La technique des injections intra-i-eineuses. Presse médicale, 13 janvier 1894, p. 11.
« Tout le monde sait, dit cet auteur, que chez le lapiriy « les injections intra-veineuses se pratiquent, sans vivi- « section préalable, par ttnc des veines de Foreille.
4( On connnence par peser Tanimal ; puis on rattache « sur une planchette, on coupe le« pofls de la moitié « postéro-externe de la face convexe des oreilles, an « moyen de ciseaux courbes ; on mouille légèrement la 4c peau et, si les veines ne sontpas apparentes, on compri- « me quelques instants entre les doigts la base de l'oreiFle,. « on choisit alors la veine marginale, qui est plus fixe et « généralement plus volumineuse que les autres ; on «saisit une aiguille de Pravaz, puis tendant Tareflle avec « la main gauche, de la main droite on introduit TaiguiTle « dans la veine. Au début, on a généralement une tendan- « ce à introduire Faiguille trop profondément, et on traver- « se le vaisseau de part en part; d'autres fois, la main trem- « blant un peu, raigrurlle ressort de la veine après y être « entrée ; d'autrefois enfin, elle pénètre non dans -le vais- « seau mais dans la gahie. Pour s'assurer qu'on a bien « réussi, on pousse lentement quelques gouttes du liquide « à injecter ; si l'aiguille est dans la veine, on voit aussitôt « le sang veineux chassé par le liquide, et la coloration « bleue du vaisseau est remplacée par une coloration « blanche.
« Si non, il se produit de l'œdème sous-cutané ; cet « accident s'observe égalemtent lorsqu'au cours d'une ex- «^érience, 'le vaisseau vient à se rompre. Dans tous les « cas, on retire l'aiguille et on pique laverne plus bas, ou « bien on s'adresse à la veine marginale de l'autre côté, « enfin on peut tenter de poursuivre l'iDjeGlion pw «ne
« des veines auriculaires médianes, mais la mobilité de «ces dernières rend l'expérience plus difficile.
« Il faut remarquer que les canules très fines et bien « piquantes sont plus faciles à introduire, mais se main- « tiennent moins bien dans les vaisseaux. Il est donc pré- « férable d'employer des canules qui soient un peu plus « volumineuses que celles de la seringue de Pravaz et dont « la pointe ne soit pas trop acérée.
« Chez le chien on peut pratiquer facilement aussi des « injections intra-veineuses. Le plus souvent on dénude « une veine, la fémorale par exemple, mais on peut évi- « ter toute opération préalable, en utilisant la veine du « jarret, veine superficielle qui va de la partie antérieure « du tarse à la corde du jarret qu'elle croise oblique - « ment.
« Le cobai/e se prête moins bien aux injections intra « veineuses, il faut par une incision sur la partie médiane « du cou mettre à nu la jugulaire exierne, passer un fil « sous le faisceau, de façon à pouvoir le lier sur la canu- « le ; sans cette précaution on s'expose à des hémorrha- « gies souvent abondantes. »
Il va sans dire qu'on doit choisir des animaux aussi normaux que possible et, en un mot ne pas perdre de vue qu'il faut toujours réaliser autant que faire se peut « le toutes choses égaies d'ailleurs des matémathiciens > dont nous parlions plus haut.
Lorsqu'il s'agit de mesurer la toxicité dans l'intoxication aiguë, l'emploi de la méthode intra-veineusc s'impose, mais il n'en est plus de même en matière d'intoxication chronique.
Ici, l'administration du poison pour l'estomac, et même par les injections sous-cutanées ou intra-musculaires est la source de précieux renseignements. En pareille circonstance, la rapidité moindre de la pénétration dans le sang, le fait que les animaux n'ont pas besoin d'être attachés, permettent, en effet, d'observer plus facilement les symptômes produits, qu'avec la méthode intra-veineuse, qui dans tous les cas est inapplicable à l'étude de l'intoxication chronique.
Pas n'est besoin d'ajouter qu'en usant des procédés auxquels nous venonsde faire allusion, l'expérimentateur devra observer toutes les règles opératoires précitées relatives aux conditions d'expérience, au choix de Tanimal, etc.