CHAPITRE III
Sommaire : Définition de l'équivalent toxique. Bien fondé de cette définition. Distinction de l'équivalent toxique expérimental et de réquivalent toxique vrai. Exposé et critique de la toxicité expérimentale: résultats obtenus concernant les alcools, eaux-de-vie, impuretés. Toxicité vraie des alcools éthylique, mélhylique, de l'alcool d'industrie, du furfurol. Puissance toxique des alcools mélhylique, éthylique et du furfurol dans l'intoxication chronique.
En procédant suivant les règles que nous venons de formuler, MM. Joffroy et Serveaux (1) ont grandement contribué à éclaircir cette question de la toxicité des alcools. Nous exposerons ici celles de leurs recherches qui sont relatives à la détermination exacte de l'équivalent toxique (expérimental et vrai) des alcools dans l'intoxication aiguë et à Tétude de la puissance toxique de ces mêmes produits dans l'intoxication chronique.
(1) Nota. — Actuellement, MM. Joffroy et Serveaux poursuivent et complètent encore leurs recherches expérimentales sur la toxicité des alcools ; nous ne relaterons donc ici qu'une partie seulement de leurs travaux.
ÉQUIVALENT TOXIQUE DANS l'iNTOXICATION AIGUË
Au début de ses expérience^ sur la mesure de la toxi- -cité des alcools par rintoxication aiguë, M. Joffroy, désireux de préciser ce qui devait être l'objet de ses investiijations, a tenu à définir très exactement ce qu'il fallait entendre par équivalent toxique.
Antérieurement, M. Bouchard avait appelé équivalent toxique, la quantité de matière toxique capable de tuerun kilogramme d'animal vivant.
Tout en constatant que cette définition est exacte et n'est susceptible d'aucune critique dans les termes employés, il y a lieu de penser que l'énoncé de M. Bouchard doit être précisé, si Ion veut éviter les interprétations différentes et par suite les conditions expérimentales particulières à chaque auteur, qui cherchera à l'appliquer pour donner un procédé de mesure de l'équivalent toxique.
Aussi M. Joffroy, pour éviter toute confusion, définit-il l'équivalent toxique d'un corps : lu quantité minima de matière toxique qui^ contenue entièrement à un moment donné dans le sang d'un animal^ tue fatalement un kilogramme de matière vivante.
Cette importante définition n'a pas seulement le très grand mérite d'être logique et séduisante, elle est déplus l'expression de la vérité, car elle est la résultante de faits expérimentaux relatifs : 1° à la nécessité de la présence du poison dans le sang; 2° à la vitesse de l'injection.
1** Nécessité de la présence du poison dans le sang.^-^ MM, Jofiroy et Serveaux (1) ont moAlréqu'e la présence actuelle de la totalité du poison dans le sang, milieu intérieur de ranimai soumis à rexpérience, est absolument indispensable.
« Nous avons établi par exemple sur de très nombreiir
< ses expériences, disent ces auteurs, que l'équivalent de « la toxicité expérimentale du furfurol mesuré avec le
< chien avait pour valeur moyenne o,2i5.
« La mesure de l'équivalent de la toxicité expérimenta-
< le du furfurol nous a toujours donné, sur le chien comme ^< sur le lapin, des résultats remarquables par leur cons-
< tance.
« Prenons maintenant une de nos expériences qui diffère
« notablement de toutes les autres et qui donne desrésul-
< tats tout à fait discordants, et résumons-la :
On injecte le 30 septembre 1895, à un chien de six mois en t)onne santé et pesant 13 kgr. 170, une solution à 1/1000 de furfurol dans l'eau (Cette solution était additionnée d'extrait de sangsues et de chlorure de sodium : sangsues 8 pour 1 litre; Na €1. 8 grammes pour 1000). Dès le début de Tinjection, qu'on fait très lentement et très régulièrement (l'animal reçoit 30 cm» 61 •de solution par minute, soit2 cm* 61 par minute et par kilogramme) l'animal se plaint et s'agite. Après quarante-deux minutes d'injection, l'animal commence à uriner abondamment et il ne •cesse pas jusqu'à la fin de l'expérience, qui dure deux cent cin.
(1) Joffroy et Serveaux. Pages 3 cl 4. Archives de médecine eœpé' rimentale, n° 1, 1" janviei* 189G.
quante-neuf minutes ; c'est à oe moment que la mort survient. La quantité d'urine émise pendant les deux cent dix-sept dernières minutes s'élève exactement à 4 litres.
« La quantité totale d'urine émise étant exactement de € quatre litres, l'animal a conservé dans son organisme « 3 litres 930 de liquide. En calculant dans ces conditions « l'équivalent toxique du furfurol, on arrive au nombre « gr. 60(1) Mais est-ce bien là l'équivalent toxique? « Qu'on nous passe une comparaison, peut-être un peu € triviale, mais qui fera bien comprendre la situation de « l'expérimentateur en cette occurence et la raison des « réserves que nous apportons en pareil cas. Nous som- « mes ici dans la situation d'un individu voulant évaluer « à l'aide d'une mesure exacte, la capacité d'un vase fêlé « et perdant constamment du liquide. Quand il aura rem- € pli le vase, donnera-t-il comme de la capacité le nombre « d'unités de liquide qu'il aura versées. Il est évident « que ce serait absolument faux. Il est certain que le « nombre trouvé est en relation pourtant avec la capacité « vraie, bien certainement; mais il dépend aussi de la vi- « tesse de remplissage avec laquelle varie la quantité per- « due. Plus on remplira lentement, plus il s'échappera « de liquide, et plus en même temps la capacité paraîtra « grande. N'est-ce pas identiquement notre cas ici?
« Nous injectons du poison à l'animal d'un côté, mais « en môme temps cet animal se débarasse d'une certaine « quantité de matière, qui par cela même qu'elle est éli- « minée, ne peut plus agir.
« Et si, en particulier, la vitesse d'élim'nation était égale
« à la vitesse d'injection, on pourrait continuer théorique- « ment l'injection indéfiniment, sans empoisonner Tanimah
« Nous pensons donc être autorisés à dire que si penr « dant ladurée de l'expérience, il y a élimination notable « du poison, on doit conclure que le nombre trouvé est « inexact et ne représente en aucune façon l'équivalent « toxique, mais lui est supérieur, et d'autant plus que « l'élimination a été plus grande.
2^ Vitesse de F injection. — « On peut déduire de ce qui « précède, disent encore MM, Joffroy e( Serveaux qu'il « faut faire l'injection assez vite pour que, pendant le « cours d'une expérience, l'élimination ne puisse pas inter- « venir.
« Voyons maintenant s'il y a une limite à la vitesse de « l'injection.
« Pour ne point apporter ici une réponse déduite d'ex- « périences antérieures par des raisonnements plus ou « moins exacts, nous avons abordé tout simplement le « problème par la voie expérimentale, et nous avons « injecté du furfurol de plus en plus vite, d'abord à des « chiens, puis à des lapins.
<c Pour réaliser , cette augmentation de vitesse dans « l'injection du produit toxique, nous avons mis en œu- « vre deux procédés :
« 1° Nous augmentions la vitesse de l'injection et nous « nous s3rvions de la même solution de furfurol.
« 2*» Nous gardions la même vitesse d'injection, mais « nous augmentions progressivement le titre des solu- « tîons de furfurol.
« Comme nous avons obtenu des résultats tout a fait Antheaume 5
« analogues, nous aibns les donner en i)!oc, nous rés«r-
« vant de revenir plus tand sur les arantag«s et les.
« inconvénients de chacuio^ de ces H>éthodes.
Or, voidi sous forme de tabteaux, ies réeateatsobte®»*:
î. — Chiens
Equivalent toxi(|ue expérÎEieatal
Vitesse d'injection (quantité
de furfurol injectée par
minute etparkgr. d^animal),