‹ De la toxicité des alcoolsChapitre 21 sur 26 · hectolitres · texte numérisé non relu

hectolitres

(1) Nota, — Une partie delà consommation se dissimule de 1892 à 1895, à mesure qu'augmente le nombre des bouilleurs de cru ; de là cette diminution apparente.

De 1830 à 1895, la consommation de Talcool par tête et par an, calculée sur le chiffre de la population totale sans distinction d'âge ni de sexe, progresse ainsi ;

En 1830, un habitant consomme

En 1850 - —

En 1860 — —

En 1870 — —

En 1871 — —

'En 1885 — —

En 1891 — —

En 1895 — —

d'alcool à 100

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Consommation de l'alcool à loo** par tête, en France.

Nota. — M. Legrain nous a très aimablement autorisé à reproduire ce tableau graphique et ceux qui suivent ; qu'il reçoive nos remerciements.

Le titre œoyen des eaux-de-vie vendues danfi les débits^ cm petit verre étant de 37*50, il en résulte que la consommation sans distinction d'âge ni de sexe a été pour 1891 de 12 litres 16 centilitres par tête, et si l'on défalque les femmes, les enfants et les adultes qui ne font pas de l'alcool leur consommation habituelle, si Ton admet avec M. le sénateur Claude (des Vosges) qu'un huitième de la population constitue le véritable consommateur, on trouve comme chiffre de la consommation moyenne par tête 99 litres 28 centilitres d'alcool à 37^ 1/2, soit 3791 petits verres par année, 10 verres 1/2 par jour.

Supposez que tous les adultes consomment des alcools,, prenez le chiffre des électeurs inscrits, vous arriverez encore à 5 verres par jour.

Tous les chiffres cités plus haut n'ont qu'une valeur relative. Ils sont au-dessous de la vérité, si on cherche les^ quantités d'alcool bues en France. Il faut leur ajouter lesquantités d'alcool livrées à la consommation par les bouilleurs de crû. On appelle ainsi le cultivateur distillant sa récolte lui-même pour son usage personnel.

En 1830, les bouilleurs de crû consomment en franchise 28000 hectolitres.

En 1837-1839, l'immunité leur est accordée, ils consom-^ ment 40000 hectohtres.

En 1872, on supprime leur privilège, la consommation est de 26000 hectolitres.

En 1874, leur concession n'est plus que de 20 litres, la consommation est de 27000 hectolitres.

Enl875, ils recouvrent l'immunité, la consommation reste à 39000 hectolitres.

En 1893, 1894, 1895, elle atteint 61000, 91000 et 97000 hectolitres.

Tels sont les chiffres des quantités consommées en franchise.

Quant à celles livrées tn fraude par les bouilleurs, il est impossible de les connaître, mais il est sûr qu'elles sont très considérables.

Claude (des Vosges) estimait le budget de la fraude «égal au vrai budget.

M. Salis admet que la perte du Trésor atteint le triple du rendement de la période d'exercice, soit 120 millions.

Alors que les bouilleurs de cru étaient au nombre de 270 000, MM. Magne ,et Léon Say évaluaient la perte du fisc à 42 millions etdemi. Actuellement, les bouilleurs sont au nombre de plus de 700 000. M. Charles Dupuy estime que leur privilège frustre le Trésor de 100 millions. Leur nombre s'est accru, à mesure que s'élevait le chiffre mojen de la consommation individuelle et le chiffre de l'impôt sur l'acool.

« Si le côté fiscal de la questionnons échappe, grâce à notre incompétence, nous avons le droit de dire que l'in- •croyable privilège des bouilleurs de crû est un encouragement à r empoisonnement en famille. » (Brunon).

Voilà qui concerne la France, mais la même progresion de la consommation de l'alcool s'observe dans la plupart •des pays civilisés. C'est ce qui ressort du tableau suivant, qui représente l'alcoolisation comparée des plus grandes nations depuis 60 ans :

„ litres '^ X a 50*

2SIII (1850)

StUSseetKussu.

ISSS r845 1855 «666 1875 1885 ï8Q5

Consommation de Talcool dans divers pays à (50»).

Dans cet enchevêtrement de courbes, dit le D' Legrain, les unes descendent, les autres montent, les autres sont à peu près stationnaires.

Parmi celles qui descendent, on voit celles des nations qui savent se soigner: TAUemagne, la Suède, la Suisse l'Angleterre, la Norwège, les États-Unis, la Hollande; dans les trois autres pays: la France, la Belgique, Tltalie, le mouvement ascensionnel est inversement continuel et soutenu.

La production est réglée par la grande loi de TofFre et de la demande ; c'est l'accroissement de la consommation

qui sollicite naturellement les industriels à produire

davantage.

Pour se faire une idée de Taccroissement de la production il suffit de consulter le rapport de M. Claude (des Vosges).

Nous en retiendrons les chiffres suivants :

Production en hectolitres de l'alcool à 90 degrés pendant

les années :

Nous ajouterons à ces chiffres ceux de la production dans les dernières années :

Comment tous ces produits vont-ils aux consommateurs ?

Par l'intermédiaire des débitants et par les bouilleurs

de crû. Notre anû le I> Darin a calculé que si l'on ajoute le nombre actuel des bouilleurs de crû au nombre des débitants, on arrive au chiffre de 1.100.000 familles qui vivent de Tempoisonnement de 800.000 autres (en France).

D'après le I> Legrain, un huitième de ht popinlation française vivrait de l'alcooK

En voici le détail :

RécoUanls de vin 1 524 077

Récoltants de cidre 1 065 210

Forgerons, tonneliers, ouvriers de l'ameublement 30 000

Fabricants de verres et bouteilles pour cafés,

bouchons, étiquettes, etc 13 000

Industrie de la boisson (brasseurs, distillateurs, marchands de boisson en gros, voyageurs, etc.) 90 000

Transport des vins, bières, liqueurs 40 000

Éclairage des cafés, tavernes, hôtels 3 300

Hôteliers, cafetiers, logeurs, cabaretiers . . . 533 272 Marchands d'alimentation au détail vendant

du vin et des spiritueux 300 000

Bouilleurs de crû , 750 805

Intéressés à la eonsommation de i'aleool ... 4 349 664

L'augmentation continuelle du nombre des cabarets est l'une des causes principales du développement de la consommation de falcool.

Voici qneAle a été la progression depuis 1830 :

laso. .

. . 281,847 débits

. 3^,622 débits soit 1 débii

pour f 09 h

abife

tm

18ai. .

Diminuez le nombre des femmes et des enfants, et vous trouvez un débit pour trente à quarante personnes.

Remarquez en outre que le recensement ci-dessus ne comprend pas les 30,000 débits environ que renferme Paris.

Dans le Nord, il y a un débit pour quarante-six habitants, et en défalquant les femmes et les enfants, un débit pour quinze adultes environ. Dans la Seine-Inférieure, où la moyenne est de soixante-dix habitants, un débit pour vingt-deux adultes (i).

Les 30,000 débits qui se trouvent à Paris se trouvent répartis à raison de 1 sur un peu moins de 3 maisons.

L'augmentation de la consommation de l'alcool cause l'alcoolisme avec toutes ses conséquences ; la diminution de la consommation fait décroître l'alcoolisme. Ce sont là autant de faits acquis, qui sont assez clairement exprimés dans les tableaux suivants, pour qu'on nous permette de n'y insister que brièvement.

(1) Guillemet. Rapport à la Chambre des députés sur la monopole de rectification de l'alcool. 1897.

Marche progressive de la consommation de r alcool et des méfaits de l'alcolisme en France. -

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Graphique d'ensemble des méfaits de l'alcool.

Ce graphique montre nettement : l'ascension rapide depuis 1835 des courbes des cabarets et de la consommation de l'alcool, l'ascension vertigineuse de la courbe de la folie alcoolique pour toute la France depuis 1861 (la proportion des cas s'élève de 10 à 16 p. 100 des admissions). Enfin on constate, que le chiffre des suicides attribués à Palcoolisme s'accroît de 130 à 880 environ, et que celui des morts accidentelles survenant dans les mêmes circonstances passe de 220 à 530 environ.

Voici maintenant deux graphiques, dont l'un représente le développement de l'alcoolisme à Bruxelles, ville de 190.000 âmes, avec ses redoutables conséquences. On

voit de 1888 à 1889 monter la courbe des cabarets de 2.458 à 4.563. Dans le même temps, la population reste presque stationnaire ; son chiffre passe de 165.000à 182.000. Mais on voit s'accroître avec une rapidité vertigineuse la courbe de la prostitution clandestine poursuivie (de 731 cas à 4.356), la courbe des placements au Mont-de-Piété (3.891.000 francs à 5.402.827 francs), et surtout la courbe des crimes et des délits (de 4.100 à 21.620).

Le second graphique, celui de la Norwège est plus con- :solant. On voit que, au fur et à mesure que la consommation de Talcool décroît, (en trente-six ans, de 10 litres -à 3 lit. 9^ par tête), tous les fléaux connexes à Talcoolisme Rendent à disparaître.

La population s'accroît d'un tiers ; elle passe de 1.305.000 à 1.903.000 habitants. Le chiffre des condamnations pour 100.000 habitants tombe d^ 249 à 180 ; le chiffre des assis- .tés, à une époque où tous les modes d'assistance se développent de plus en plus, tombe de 40 p. 1000 habitants à 33. Enfin, en sept ans, on voit la fortune pui3lique augmenter d'un tiers, de 496 couronnes à 725 (la couronne vaut 1 fr. 39).

L'examen de ces deux tableaux montre bien la relation qui relie l'alcoolisme à l'augmentation de la. consommation de Valcaol.

Marche progressive de la consommation de V alcool et des méfaits de l'alcoolisme en Belgique.

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L'alcoolisme à Bruxelles, et ses conséquences.

Diminution progressive de la consommation de l'alcool et des méfaits de l'alcoolisme en Norwège.

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Résultat-j de la lutte contre Talcoolisme en Norwège.

Ainsi partout et toujours on est frappé de ce double fait : progression croissante de Talcool consommé et progression parallèle de l'alcoolisme. Pourquoi dans de pareilles conditions incriminer les impuretés de Talcool puisque le taux considérable de la consommation de ce poison nous apparaît comme le facteur nécessaire et siif" Jisant du fléau social qui nous occupe ?

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