III. Action sur la respiration
C’est dans cette catégorie que nous rencontrerons les procédés les plus puissants, ceux auxquels on doit avoir recours au plus vite sans trop s’arrêter aux autres.
a) Traction de la langue en avant. — C’est là une mesure plutôt préventive que curative. On doit l’exécuter au début de l’anesthésie, car l’occlusion de la glotte par le renversement de l’organe, interrompt et trouble gravement une opération. Ge procédé est à distinguer comple tement de celui que préconise M. Laborde, les tractions rythmées de la langue, ou plus brièvement, le procédé de la langue, dont nous parlerons plus loin.
b) Respiration artificielle. — D'après M. Perrin , la
4 Anesthésie chirurgicale de Perrin et Lallemand.
tie —
respiration artificielle agirait seulement par les propriétés physiques du courant gazeux établi artificiellement à travers le réseau bronchique, en remettant en jeu les actes mécaniques de la respiration : à telles enseignes, que la nature du gaz employé serait indifférente, pourvu qu’il ne soit toxique ni caustique. Un gazinerte, qui se répand dans tout l’arbre aérien, exerce sur la muqueuse pulmonaire une stimulation puissante, dont le résultat est de ranimer par action réflexe, les battements du cœur et l’acte de la respiration,
Quoi qu’il en soit, son action est indéniable, et des plus utiles dans les accidents d’anesthésie. Si l'on compte beaucoup d’insuccès, on doit s’en prendre à ce fait que devant un faible résultat obtenu, devant la moindre inspiration spontanée, on cessait la respiration artificielle, quitte à y recourir encore, en présence de nouveaux accidents, et alors en vain. Or, la physiologie et l’expérience apprennent que pour tirer parti du procédé, il faut en poursuivre l'application, jusqu'à ce que les grandes fonctions soient en pleine activité. M. Perrin voudrait qu’on le conservât seul; ce serait être bien exclusif ; mais il est évidemment un des premiers à employer en présence d’accidents.
On l’exécute suivant différents modes.
1° Mouvements rythinés du thorax el de l'abdomen. —- Une pression sur la base de la poitrine et sur le ventre, produit l'expiration. En cessant toute pression, l’inspira tion s'effectue d'elle-même : on la favorise en élevant les bras, ce qui entraine l'élévation des côtes : l’air pénètre cn faisant un bruit caractéristique.
2° Procédé de Marshall-Hall. — I place le patient sur la face, pour faire écouler les liquides contenus dans la
Baies
bouche, pour faire tomber la langue en avant et l'empêcher d’abaisser l’épiglotte. Puis il fait tourner le malade de façon à l’amener dans le décubitus latéral. L’expiration s’exécute au moment où le sujet est sur le ventre, l’inspi ration pendant la rotation sur le côté. Le moyen est infidèle, d’une exécution moins simple que d’autres plus efficaces. : 8 Procédé de Sulvester. — Voici la description que Maréeschal ! donne de ce procédé dans une instruction pratique destinée aux personnes étrangères à la médecine et susceptibles par goût ou par état (moniteurs de natation, sauveteurs, etc.) d’avoir, plus souvent que d’autres, à donner des soins aux asphyxiés en général, et surtout aux noyés :
€ Après avoir fait saillir ia poitrine, en plaçantsous les reins un coussin ou les vêtements roulés, les mâchoires élant écartées, et la langue maintenue autant que possible hors de la bouche par un aide placé à califourchon au niveau du ventre du patient ; l’opérateur, agenouillé à la tête, fait ployer les avant-bras sur-les bras, saisit les coudes et les appuie fortement sur les côtés de la poitrine (1° temps), les en écarte horizontalement, de façon que chacun d’eux forme un angle droit avec le corps (2° temps), les relève verticalement en avant de la tête (3° temps), puis les rabat directement sur les parois de la poitrine (4° temps). La même manœuvre est répétée quinze fois par minute pendant dix minutes. Cest là le procédé habituellement utilisé. M. Mareschal le prise beaucoup, et semble le mettre comme, rang d'utilité, im-
4 Mareschal, Arch. de méd. et de pharm. militaires, 1898, tome XXI.
ie médiatement après la méthode de Laborde, dont il se déclare partisan convaincu.
49 Insufflation pulmonaire. — On distingue l’insufdation pharyngienne, bouche à bouche ou à l’aide d’un tube, et l’insufflation trachéale.
a) Insufflation pharyngienne. — Elle consiste à diriger dans le pharynx une colonne d’air fournie par la poitrine ou un soufflet. Qu'on l’effectue bouche à bouche ou à l’aide d’un tube, en ayant soin de fermer toute issue, l'air pénétrera facilement dans l’arrière-corge ; mais là, deux voies se présentent, l’œsophage et le larynx. Or des expériences instituées par Albert, par Cullen, par Marc, par Perrin, établissent que l’épiglotte ferme en grande partie la trachée : et presque tout l’air pénètre dans læsophage, dont le gonflement alternatif simule, às’y mépren dre, la respiration.
La respiration bouche à bouche est en outre d’une application difficile : les lèvres s’adaptent fort mal à des lèvres incapables de mouvements volontaires ; le volume d’air dont on dispose est peu considérable, et le courant d’expiration, si l’on n’y prend garde, s’échappe par les commissures labiales.
b) Znsufflation trachéale. — Elle permet d'agir directement sur les voie aériennes, et de faire pénétrer autant d’air qu’on le veut dans les poumons. On lui reprocherait (Leroy d’Étiolles) son efficacité même, l’accusant de provoquer, par réflexe des morts subites, et mécaniquement, des déchirures pulmonaires, de l’emphysème, des épanchements sous-pleuraux, etc.
IL faut savoir que, pratiquée à l’aide d'une canule de calibre inférieur à celui de la trachée, elle n’occasionne
aucun dommage, ni du côté de l’organe, ni du côté deses fonctions.
Elle présente, en outre, quelques avantages accessoires : la canule, maintenue dans larrière-gorge et Le larynx, provoque une stimulation locale très utile, elle relève l’épiglotte, etc.
On se sert du tube laryngien de Chaussier, à l’aide du-
quel le cathétérisme est assez facile à pratiquer. On procède de la façon suivante : La bouche est maintenue largement ouverte ; l'indicateur gauche glisse rapidement le long de la face supérieure de ia langue, déprime la base de cet organe et vient aboutir au bord droit de l’épiglotte que l’on relève sans grande difficulté en recourbant légèrement le doigt en crochet, - La sonde sans mandrier est alors dirigée le long du doigt, et d'avant en arrière, jusqu'au voisinage de la glotte du côté droit. Quelques mouvements imprimés à l’instrument, le conduisent entre la pulpe de l’indicateur et le bord correspondant de l’épiglotte. Il suftit alors de pousser graduellement pour l’engager.
La canule doit être flexible et assez longue pour pénétrer jusqu’au voisinage de la bifurcation des bronches ; plus courte, elle fait perdre à lPair la force d’impulsion nécessaire pour pénétrer dans les poumons ; plus longue, elle peut s'engager dans une des bronches, causer des accidents ; ou en tout cas ne faire respirer qu’un poumon.
Le volume de la canule n’est pas non plus ind'fférent, Elle doit avoir de 6 à 8 millimètres de diamètre; plus petite, la quantité d’air propulseur est insuffisante, et de plus, entre la canule et les parois trachéales, s'établit un
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courant rétrograde ; plus grosse, elle pénètre à frottement: dans le larynx et met l'opérateur dans des conditions dangereuses.
JIndication de trachéotomie. — Quelquelois, on rencontre de très grandes difficultés pour l'introduction de la canule. Il est expressément indiqué, sans perdre de temps en essais infructueux, de recourir à la trachéotomie d'urgence. Nous en reparlerous plus en détail dans notre dernier chapitre. ;
Emploi de l'oxygène. — On à proposé de remplacer l'air atmosphérique par l'oxygène (Duroy‘). Les avantages ne sont pas aussi considérables qu’il semblerait au premier abord, et les difficultés matérielles sont nombreuses.
Faradisation des nerfs phréniques. — Expérimentalement, elle produit une respiration aussi énergique et complète que possible, en agissant sur le diaphragme dont le jeu est beaucoup plus puissant que celui des muscles élévateurs des côtes. On l’a utilisée rarement, quatre fois chez l’homme, bien tardivement d’ailleurs, sans persistance ni méthode. Dans ces conditions, l’insueces ne prouve rien contre elle.
6° Tractions rythmées de la langue. Procédé de Laborde ?.
M. Laborde, le 5 juillet 1892, dans une communication à l'Académie de médecine, donna connaissance d’un nou veau moyen de rappeler à la vie Les individus asphyxiés.
‘4 De l'emploi de l'oxygène contre les accidents du chloroforme, Union médicale, 1860.
? Bulletin de l’Acad, de méd., 3° série, tone XXVIII, 5 uillet 1892.
En Après avoir raconté Phistoire de deux noyés qui bénéficièrent les premiers de sa découverte, M. Laborde la justifie en ces termes :
« L'idée de ce procédé, dans les circonstances que je viens de relater, m'a été suggérée par un souvenir expérimental. Lorsque, dans les laboratoires, nous sommes en présence d’un état syncopal ou asphyxique accidentel, chez un animal en expérience, notamment à la suite de l’anesthésiation chloroformique ou chloralique, en même temps que nous nous mettons en devoir de faire intervenir l’électrisation (par le passage de courants interrompus de la bouche à l’anus) et la respiration artificielle, notre premier soin est de saisir la langue, non pas seulement comme cela se fait en chirurgie, pour dégager l'ouverture pharyngo-laryngée, mais pour opérer sur elle des tractions réitérées et rythmées, qui suffisent souvent, à elles seules, pour provoquer le retour de la respiration, après une suite de hoquets bruyants, d’abord passifs, c’est-à-dire répondant uniquement à la provocation et devenant bientôt spontanée. Pour saisir et bien tenir la langue qui glisse, on le sait, avec une grande facilité, nous avons, au laboratoire et à l’hôpital, les pinces appropriées ; mais dans les conditions accidentelles et imprévues dont il s’agit dans cette note et où je me suis trouvé, la pression avec la main est la seule ressource. Le moyen le plus sûr et le meilleur de la réaliser est, en même temps que l’on s’est armé d’une cuiller (si l’on en a une à sa disposition) pour maintenir l'ouverture de la bouche et appuyer sur la base linguale, d’entourer ses doigts d’un mouchoir, afin d'éviter autant que possible le glissement et échappement de la langue, qu'il ne faut
Le pas craindre de tenir avec force et sur laquelle il faut tirer hardiment.
M. Maréchal, dans une note très pratique que nous avons déjà citée, donne en termes précis la manière d'agir en ces circonstances :
I. Après avoir étendu le corps sur le dos, en laissant la tête basse, dégagé le cou en enlevant ou coupant le col et la cravate, écarté largement les mâchoires et fait maintenir cet écartemeut par un aide (N° 2), enfin débarrassé rapidement la gorge des mucosités qui peuvent l’obstruer, on pratiquera immédiatement le procédé de la langue, de la façon suivante:
« L'opérateur (N° 1) saisissant solidement le corps de ia langue entre le pouce et l’index, avec un mouchoir ou un linge quelconque, ou même, au besoin, avec les doigts nus, exerce sur elle, quinze fois par minute, de fortes tractions rythmées, suivies de relâchement.
« Il est indispensable qu’il se rende bien compte que ses tractions agissent sur la racine même et non pas seulement sur la pointe.
« Tout à fait au début, et seulement pendant les deux ou trois premières tractions, il sera utile d'introduire l’index de l’autre main dans l’arrière-gorge de façon à provoquer le vomissement.
« En même temps deux aides (N° 3 et 4) pratiquent la respiration artificielle, en opérant des tractions rythmées et énergiques, l’un (N° 3) sur les deux côtés de la poitrine et concentriquement, l’autre (N°4) sur le ventre, de bas en haut. Ces pressions sont faites quinze fois par minute, et suivies chaque fois d’un relâchement brusque et simultané. Les pressions sur la poitrine et le ventre