‹ De la Transformation Maligne des NœviChapitre 28 sur 35 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Il vaut mieux prévenir que quérir, dit un vieil adage populaire : et de fait, s’il existait une thérapeutique quelconque permettant d'empêcher la dégénérescence maligne des nœvi,iln’est pas douteux qu’il faudrait l’employer dans tous les cas, pour soustraire les porteurs de ce genre de tumeurs aux dangers auxquels ces dernières les y exposent. Malheureusement cette théreupatique nous fait défaut, et seule l'ablation pure et simple du nœvus met le sujet à l'abri d’une dégénérescence ultérieure.

Est-ce à dire pour cela que toutes les « envies », tous les papillomes plus ou moins pigmentaires, que l’on rencontre si souvent à tous les âges de la vie, mais principalement chez les petits enfants, doivent être extirpés hâtivement ? Il serait puéril de se montrer aussi radical, alors que l'expérience de chaque jour nous montre l’immense quantité de sujets porteurs de nœvi, en parfaite santé et nullement incommodés par leurs tumeurs.

Cependant si le nœvus, de par son siège, est susceptible d’être soumis à des causes d’irritation quelconques, à plus forte raison s’il est une cause de gêne, l’ablation en devra être faite : nous savons que les causes d’irrita-

tion ne sont probablement pas sans influence sur la dégé-

Di nérescence de nœvi. Parfois l’on verra chez de tous jeunes sujets, les nœvi subir un accroissement très rapide : il sera sage alors d’arrêter ce développement inquiétant en extirpant la tumeur.

De nos jours, où les opérations sanglantes s'effectuent dans des conditions de sécurité pour ainsi dire absolue, il semble qu’on ne doit avoir recours qu’au bistouri pour la suppression de ces tumeurs. Cependant, en raisonde leur volume souvent minime, en raison des craintes qu’'ins— pire aux familles l’idée d'une opération, on peut être autorisé à détruire ces tumeurs par l'application d’un caustique, tel que la pâte de Neime, la pâte de Canquoin etc. Dans ce cas, il est bon de prévenir le malade que ce genre de traitement, long et douloureux, laisse toujours après lui une cicatrice difforme ct laide.

Le nœvus a-t-il commencé à subir une dégénérescence maligne ? C’est ici que nous devons nous montrer inter— ventionniste plus radical. L’incision large au bistouri ou aux ciseaux courbes est la seule chance de quérison que l’on puisse donner aux malades. Nous savons bien que des tumeurs malignes ont pu évoluer si lentement que leurs porteurs sont morts à un âge avancé et de tout autre chose que de la tumeur qu’ils avaient depuis de longues années : observation de M. Lucas-Championnière en est un exemple et la vieille théorie du « not me tangere » était basée d’une part sur des observations de ce genre, et d’autre part sur le danger réel des interventions incomplètes, Mais s’il faut se montrer radical dans l’extirpation des tumeurs malignes limitées et chez

des sujets jeunes, que dire des tumeurs très étendues,

RS de ces larges épithéliomas de la face, par exemple, développés sur de larges nœvi, et chez des sujets souvent fort avancés en âge ? Ce sera au médecin à discuter les avantages de l’intervention et ceux de l’abstention. S'il se décide pour l’incision large, si la réunion ne peut être obtenue, les greffes de Thiersch délicates, difficiles, peuvent être d’un grand secours pour la réparation.

Les ganglions devront être soigneusement examinés et extirpés s’ils sont atteints par le processus néoplasique. Mais il est de toute évidence que leur envahissement assombrit au plus haut point le pronostic opératoire : il peut même être une contre-indication opératoire, surtout si le siège de ces ganglions dégénérés rend leur ablation impossible.

Le pronostic opératoire est d’ailleurs, en dehors même du retentissement ganglionnaire, des plus sombres : les récidives, cicatricielles ou Iymphatiques, sont des plus fréquentes, même dans les cas où la tumeur paraissait avoir été enlevée très largement. Mais ces échecs ne doivent pas nous détourner de l'intervention : à défaut de cure radicale, la question de la survie est à envisager, et il semble vraiment que dans beaucoup de cas elle inter-

vienne d’une façon assez nette.

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