La malade recommence à se lever et fait quelques tours
de promenade dans la salle ; la coloration de son visage a pris une nouvelle intensité; sur la remarque qui lui en est faite, elle nous dit que c'était là son état habituel avant la maladie.
29. Depuis le 2o, notre malade n'a pas manqué de se lever et de passer dans la salle, assise ou à se promener, la plus grande partie de la journée. Cette femme, voyant son état s'améliorer si rapidement, avait manifesté plusieurs fois le désir de sortir de l'Hôtel-Dieu. Aujourd'hui, M. Devay, après avoir constaté son état de parfaite santé, lui accorde son exeat. Elle nous quitte joyeuse et insouciante, comme elle s'est montrée durant la dernière moitié de sa maladie, et nous remercie avec la plus grande effusion.
IP Observation. Hémorrhagie utérine. Transfusion de sang d'agneau. (Hasse). — Une malade de 34 ans, qui a eu cinq accouchements normaux, le dernier en juin 1872, et, après une semaine au lit, fut prise de métrorrhagie ; sa physionomie prend une teinte livide, et elle se sent faible et déprimée. Au mois d'août, elle attendait son nouvel accouchement ; mais, depuis le 10 juin, une métrorrhagie profuse semblait l'anéantir. L'examen fit découvrir une insertion du placenta sur le col. On fit des injections d'eau froite. La malade prit 5 grammes de seigle ergoté. Le travail avança. La tête fœtale s'engagea successivement par la pression sur le segment interne du bord libre de l'utérus, et l'accouchement d'un enfant mort, de 7 mois, s'effectua. La délivrance fut rapide et complète : l'utérus revint, mais la malade était anémique et faible.
Je me décidai, pour relever la malade, à faire une transfusion de sang d'agneau, que j'espérais pouvoir pratiquer le jour même.
Après avoir retiré, selon les principes que M. Cantor Neumeyer, deHafrungen, prescrit, dusang d'une carotide d'agneau reçu dans un verre, j'opérai en 90 secondes. 200 grammes de sang furent injectés dans la veine médiane isolée du bras droit. Après la transfusion, la carotide de l'agneau donna issue à 300 grammes de sang, et l'animal en mourut.
Pendant l'opération, la malade souffrit de douleurs lom-
baires, suivies bientôt d'angoisse et de dyspnée. Cette symptomatolog'ie n'a manqué dans aucune transfusion de sang d'agneau, à savoir que le thorax fait de profondes inspirations, et que l'expiration est gênée. Une heure après l'opération, frissons, douleurs convulsives, sensation de raideur géuérale pendant une demi-heure, transpiration abondante, et assoupissement profond jusqu'au lendemain matin.
11 juin. La malade se sent bien, et assez forte pour se tenir debout. Appétit bon, pouls fort à 90. L'utérus est revenu sur lui-même, le v^entre mou et indolore ; les lochies sont peu abondantes. Emission d'environ 800 grammes d'urine jaune sombre, transparente, sans albumine.
12 juin. Même état. Le 13, rétablissement complet, selles normales.
14 juin. Les seins sont gonflés et douloureux. Pouls, 96 à
16 juin. Les seins sont dégonflés. Sommeil, appétit, miction. Pouls, 90.
18 juin. La malade se plaint de maux de tête et de son peu d'appétit. Pouls, 90.
25 juin. La malade, depuis trois jours, ne reste plus au lit. Elle s'occupe des soins de son ménage, se plaint encore de céphalalgie, causée sans doute par la perte de sang qu'elle subit, la menstruation s'étant rétablie.
l''' août. La malade travaille du matin au soir ; sa physionomie est meilleure que je ne l'avais connue depuis quelques années. Elle ne souffre que d'une légère céphalalgie que le repos de la nuit fait cesser.
2 septembre. Rétablissement complet. Pouls à 78. Disparition des maux de tête.
Il arrive souvent dans les hôpitaux des grandes villes que Ton apporte des malades exsangues qui viennent de subir des traumatismes considérables; les puissants engins des nos usines produisent des délabrements jusqu'ici inconnus dans leurs détails, et, disons-le en passant, à côté du traité des bies-
sures faites par armes de guerre, il reste à faire un traité des blessures industrielles, et rien n'est plus difficile que de formuler des indications opératoires en présence de ces terribles mutilations : il faudrait amputer, pratiquer une résection, une ablation d'esquilles ; mais qui peut assurer au chirurgien qu'il n'exécutera pas l'opération sur un cadavre? Alors il recule, il ajourne, et que de fois l'autopsie ne vient-elle pas lui démontrer qu'il ne lui a manqué qu'un allié pour triompher : le sang. Eh bien ! qui le contestera? la transfusion est positivement indiquée dans ces cas-là? J'emprunte à i\l. Moncoq le résumé de quelques heureux résultats dus à cette pratique. Les journaux anglais ont rapporté un cas de succès obtenu à Liverpool : Un charpentier de navire, blessé à l'avant bras, devait subir l'amputation. Il avait perdu tant de sang que le docteur Higginson ne crut prudent de pratiquer l'opération qu'après la transfusion préalable de 250 grammes de sang. La transfusion fut faite ; l'amputation, qui eut lieu le lendemain, fut parfaitement supportée, et le malade guérit rapidement. En 1867, un ouvrier avait été blessé en déchargeant un navire sur la Tamise; il y avait une fracture comminutive àla jambe avec plaie ethémorrhagie des plus graves. Il fallait se décider pour l'amputation. Mais on reconnut que le malheureux ouvrier était d'une faiblesse telle qu'il ne pourrait supporter l'ablation de la jambe. Le chirurgien ne balança pas et, avec l'appareil à entonnoir, on ht
passer dans les veines du blessé 150 grammes de sang- L'opération put se faire, et le blessé sortit complètement guéri deux mois après. Les journaux anglais de 1867 publièrent ce fait intéressant.
A Vienne, le professeur Billroth a agi d'une façon semblable. Dans son cours de pathologie générale, il a rapporté deux faits récents de transfusion heureusement pratiqués par lui, chez des opérés que la perte de sang, relativement trop considérable pendant l'opération, menarait d'une mort prochaine.
De ces résultats, du reste, nous tenons à rapprocher ceux que l'on obtient tous les jours par l'anémie artificielle des membres; nous avons vu dans les hôpitaux de Lyon des blessés exsangues, sur le point de mourir de syncope, renaître, pour ainsi dire, après que l'on eut méthodiquement expulsé le sang des organes périphériques dans le système des organes principaux. Or, restreindre le champ circulatoire tout en y faisant refluer le sang des régions périphériques, n'est-ce pas faire une véritable transfusion?
A côté de ces faits, qui rentrent dans le domaine purement chirurgical, nous signalerons d'autres indications de transfusion en masse qui peuvent se présenter dans les services de médecine : les hémorrhagies intestinales de la fièvre typhoïde, particulièrement celles qui surviennent tardivement, alors que le malade paraît entrer en convalescence, rentrent dans cette catégorie ; nous y joindrons aussi;
en attendant les faits, les hématémèses symptomatiques de Tulcère de Festomae, les héniorrhagies des hémophiles.
Bien peu nombreux encore sont les faits qui nous autorisent à esquisser ces indications, dont le caractère paraîtra à plusieurs trop exclusivement théorique. Nous sommes pourtant assez heureux pour pouvoir insérer ici une note que nous devons à TobUgeance de M. le docteur Liouville, agrégé de la Faculté, que nous prions ici d'accepter tous nos remerciements pour Fempressement avec lequel il Ta mise à notre disposition.
(( Dans un cas de transfusion faite au Havre en 1874, par les docteurs Channel, Liouville et Voisin, pour une fièvre thyphoïde, une amélioration très-légère et très -passagère parut pouvoir être remarquée à la suite de l'opération, qui n'offrit en elle-même aucune difficulté, ni complication.
(c 11 s'agissait d'un jeune homme de 25 ans environ. Le sang fut fourni par un de ses amis, du même âge.
a Malheureusement la tentative n'avait pu être faite que devant les plus graves accidents; le malade succomba à tous les phénomènes de la forme hémorrhagique. »
Nous n'insistons pas sur ces indications; lorsque les hommes de l'art auront reconnu l'innocuité de la transfusion, et ne se croiront plus obligés d'employer du sang humain, ils en seront moins avares ;
Quant aux hémopiijsies foudroyantes, comme nous ne pouvons dans ce travail en discuter la physiologie pathologique, nous nous bornerons à faire remarquer que, si nous avons admis la transfusion à dose réfractée pour relever Torganisme, nous n'oserions encombrer d'une masse sanguine considérable un poumon qui n'est plus en état de faire bénéficier l'organisme, par l'hématose, de cette ressource nouvelle.
Nous en avons terminé avec les indications tirées des hémorrhagies ; nous les résumerons en ces termes empruntés à Grisolle :
(( Lorsque des hémorrhagies se prolongent longtemps, ou bien lorsque tout à coup elles deviennent très-abondantes et que les individus n'ont plus dans leurs vaisseaux la quantité de sang nécessaire pour entretenir la vie, lorsque la syncope se prolonge et que les malades sont sur le point d'expirer, on ne doit pas hésiter à pratiquer la transfusion. »
DES DIVERSES MÉTHODES DE ÏRAiNSFUSION
Le raisonnement aussi bien que les faits viennent de nous démontrer quel parti la pratique peut tirer de la transfusion du sang, mais, l'opportunité reconnue, les indications admises, un problème reste encore à résoudre, celui de Télection delà méthode et du procédé.
L'examen des diverses méthodes proposées va nous occuper dans ce chapitre ; le suivant sera consacré à la description des procédés et à Fexposé des principes qui devront guider le praticien dans sa détermination.
La première question qui se présente au début de ce chapitre est la suivante : Doit-on préférer le sang complet ou faut-il le priver de sa fibrine ?
Les anciens, ignorant la composition réelle du sang, le transfusaient en nature, la fibrine représentant à leurs yeux la partie vraiment essentielle et active du fluide sanguin; cette lymphe plastique^ cet élément régénérateur par excellence, eût été le dernier de ces éléments qu'ils eussent consenti à sacrifier.
Les travaux de Bischoiï et de Diefl'enbach, ceux de Dumas et Prévôt et de Muller firent perdre singulièrement de leur importance aux parties liqui-
des au bénéfice des globules, et ces auteurs doQnèrent formellement le conseil de se débarrasser de cet élément toujours inutile, quelquefois nuisible. Le silence se fit vers le milieu du siècle autour de la transfusion, et les observations célèbres de Monneret et de Desgranges avaient fait oublier les préceptes des partisans de la défîbrination, quand les découvertes de Cruveilher, Legroux, Wirchow appelant l'attention de tons sur Tembolie vinrent les faire revivre. Si la plupart des caillots qui déterminent, par leur migration, les apoplexies pulmonaires sont des blocs fibrineux erratiques, ne semblait-il pas naturel d'attribuer à ce mécanisme les insuccès si souvent constatés à la suite de la transfusion, et mis par Prévost, Dumas et Bischoff sur le compte d'une action toxique inconnue et mystérieuse. Panum appela surtout l'attention sur cet ordre de faits, et fut un de ceux qui recommandèrent le plus vivement l'emploi du sang défibriné. Ses conseils furent entendus. Polli, Neudoruef, Demme eurent recours à la défibrination dans bon nombre de cas que le succès fut loin de couronner tous. Enfin, dans ces derniers temps, un des partisans les plus zélés de l'emploi du sang défibriné fut M. deBelina, qui a consacré à cette étude un travail important plusieurs fois cité. Nous ne reviendrons pas sur l'appréciation que nous avons dû faire de ses expériences, nous avons montré qu'aussi fréquemment que dans les injection de sang entier les embolies avaient été
constatées. Cependant depuis quelque temps un retour en faveur de ce dernier s'est produit en France avec Behier, Moncoq et Oré ; en Italie, avec Ponza, Livi, Albini; en Russie et en Allemagne surtout avec Gesellius et Hasse. C'est à ces derniers surtout que nous allons emprunter les arguments mis en avant dans cette importante question, qui ne laissera pas, je l'espère, d'équivoque dans l'esprit de mes lecteurs.
Nous n'avons pas à décrire longuement le procédé conseillé pour la défibrination, il est des plus simples et consiste à exécuter un battage de quelques minutes au moyen d'une baguette de verre, d'un morceau de baleine, de l'un, enfin, des mille objets qui peuvent tomber sous la main de l'opérateur. La fibrine s'attache tout autour de ce corps étranger, et en même temps l'on voit le liquide prendre une couleur rouge vermeil, c'est là ce que les auteurs ont appelé l'artérialisation du sang veineux, et à partir de ce moment la coagulation n'est plus à craindre, le sang peut se conserver même plusieurs, heures et dans tous les cas les manœuvres de l'injection peuvent se pratiquer sans hâte et sans précipitation. De plus, la crainte de l'épaississement du liquide faisait considérer aux opérateurs comme fort utile de le pousser d'un seul coup dans le système vasculaire. Le cœur, dans ce cas, surpris par une ondée trop forte, se distend outre mesure et peut s'arrêter en diastole. Enfin, comme c'est à du sang veineux qu'on a le plus souvent re-
cours, ce sang est injecté tel quel, tandis que la manœuvre de la défibrination le transforme pour ainsi dire en sang rouge. En un mot, l'opération gagne infiniment en sécurité, sans rien perdre de son efficacité : tels sont les principaux arguments invoqués par les auteurs que nous venons de citer et que M. de Belina a surtout résumés avec chaleur et talent.
Voici maintenant les raisons entassées par Gesellius contre la défibrination du sang, je les présente ici dans leur forme succincte et quasi-aphoristique, comme l'auteur Va fait dans son travail (P. 104-106).
1° Perle de temps de lo minutes au moins causée par la défibrination ; de sorte que la transfusion risquera d'arriver trop tard surtout à la suite des hémorrhagies foudroyantes, de l'asphyxie, etc.
2° Activité vivifiante bien moindre du sang dèfibrinè ; ce qui est prouvé par ce fait qu'il faut en injecter une bien plus grande quantité pour arriver au succès.
3° L'opinion que le sang défibriné artérialisé au contact de l'air est comparable au sang artériel est une erreur, car c'est seulement par le processus d'oxydation qui se passe dans le poumon que peut être détruite la veinosité du sang même défibriné et non par l'agitation.
4° Le sang est un tissu collectif, le sang défibriné n'est plus qu'une portion de sang.
0° Nous ne savons pas ce qu'on enlève au sang
en le privant de la fibrine. Rappelons ici le travail de Frantz Glénard, de Lyon, qui considère la fibrine plasma comme la partie vivifiante par excellence, comme la réserve des globules rouges.
6° 11 est plus que vraisemblable que les manœuvres de la défibrination modifient la constitution moléculaire des corpuscules sanguins.
7° Mittler et Gesellius n'ont jamais obtenu avec le sang défibriné entre animaux de même espèce des sQCcès comme avec le sang entier.
8° Dans la transfusion de sang entier la déplétion préalable correspondante est inutile.
9° Au contraire, avec le sang défibriné, la déplétion préalable est indispensable ; Texpression la plus conforme pour désigner la transfusion de sang défibriné serait infusion déplétoire d'une portion de sang {depletorische infusion).
10° Le sang défibriné des mammifères agit sur les mammifères d'une espèce différente presque toujours comme un poison, et tue le plus souvent même en petite quantité.
11° Au contraire, le sang entier d'animal d'une autre espèce agit sur le mammifère, même en grande quantité, rarement d'une façon nuisible; il n'est jamais morteL
D'après Magendie, la fibrine facilite la progression des corpuscules sanguins dans les capillaires des poumons, de la rate et des reins; de sorte que les infarctus de ces organes ne sont pas à craindre tant que la fibrine est dissoute, mais peuvent se
montrer par le fait de son absence avec le sang défibriné; d'après Magendie, Fabsence de fibrine est une des causes des transsudations séreuses et sanguinolentes dans le poumon et le canal intestinal. Rappelons ici que les chiens auxquels de Belina a pratiqué des transfusions de sang défibriné, (expériences sur lesquelles est édifiée sa thèse, dont Gesellius réfute très-longuement les conclusions), sacrifiés quelque temps après, ont été trouvés avec les poumons criblés d'infarctus. Les expériences de Belina dont les sujets furent prématurément perdus de vue par Fauteur n'ont donc peut-être pas toute la rigueur nécessaire.
13" Demme et plus tard Mader ont vu des hémorrhagies profuses par Fintestin, Futérus, le vagin après injections de petites quantités de sang humain défibriné.
14° Les mêmes symptômes, — transsudations directes et sanguinolentes de Magendie, — ont été observés par divers expérimentateurs après les infusions de sang défibriné entre animaux de même espèce.
15° On peut accorder au sang entier la propriété favorable que, dans les hémorrhagies profuses, non justiciables d'une intervention directe locale, telles que hémorrhagies du poumon, de Festomac, de Fintestin, de Futérus, il agit par sa fibrine qui se coagule dans les vaisseaux hémorrhagipares.
16° La défibrination est antiphysiologique, con
traire à la nature, et tout ce qui est contraire à la nature doit être rejeté à priori.
J'ajouterai que, quelles que soient actuellement les incertitudes des théories relatives aux germes parasitaires, il ne nous répugne pas d'admettre que pendant ces manipulations, ces filtrations, le sang, par son conflit avec Pair, son séjour dans les vases et son passage à travers la flanelle, ait le temps de se charger des germes si nombreux qui existent partout dans Tatmosphère, et puisse ainsi contaminer la masse tout entière du liquide sanguin. Peut-être même ne serait-il pas impossible que ces globules, ainsi déformés et introduits sans leur véhicule naturel, la fibrine, dans un organisme nouveau, y puissent dans ces conditions, provoquer eux-mêmes des embolies capillaires, et produire précisément les accidents que les défibrinateurs ont surtout pour but d'éviter?
Pour toutes cesraisons, nousn'hésitonspasànous déclarer franchement en faveur du sang complet. Nous voudrions bien joindre à nos arguments ceux que nous offrent les cas déjà nombreux de la pratique française ou russe, que le succès a suivis, mais les luttes récentes pour ou contre la défibrination ne nous laissent plus rien à faire; présenter les cas heureux de sa pratique comme chose toute naturelle, expliquer les insuccès par des raisons étrangères à l'opération, scruter les faits de ses adversaires et déclarer que l'issue a été favorable, malgré leur manière de faire, et mortelle parce que la raison
l'exigeait : tel est le travail que tout transfuseur s'est imposé en prenant le public médical pour juge. On nous pardonnera de nous être abstenu de ces critiques où la sincérité ne tient pas toujours le premierrang : une statistique dans ces cas prouve bien peu de chose ; des faits plus nombreux et surtout plus froidement observés sont encore nécessaires.
La seconde question que nous devions examiner au début de ce chapitre est celle du sujet transfusant : Choisirons-nous un homme, accorderons-nous la préférence au veau, surtout au mouton, qui paraît particulièrement en faveur aujourd'hui? Hé bien, nous avons le regret de constater que sur ce point si important de la pratique l'accord est moins fait peut-être encore que sur le précédent. Examinons donc et jugeons... si c'est possible.
Il y a quelques mois à peine, la transfusion animale n'était plus qu'un souvenir historique, quand soudain un grand cri de triomphe s'éleva de la Russie. Dans un travail fort bien fait, riche d'érudition, le docteur Frantz Gesellius, de Saint-Pétersbourg, annonçait une série de résultats dignes de fixer l'attention de tout praticien. Cet ouvrage avait à peine paru que Oscar Hasse, de Nordhausen, vint en confirmer point à point la précision. Hasse se préoccupe surtout de démontrer par ses transfusions ce que GeselUus avait déduit des observations consignées dans la science et que nous avons pour la plupart rapportées dans notre historique.
que le sang animal n'est pas. nuisible à Thomme. Hasse publie sa statistique. 11 compte :
1 insuccès, non imputable à la méthode en raison des lésions graves du système nerveux.
3 cas dans lesquels Tamélioration fut insignifiante.
10 guérisons de maladies très-graves et incurables par d'autres moyens. 11 s'applaudit surtout du puissant effet des transfusions avec le sang artériel de mouton contre la phthisie.
Dans les maladies chroniques les transfusions de 90 à 100 grammes de sang de mouton sont des plus utiles, mais les transfusions de 50 à lOOgrammes sont encore efficaces dans un grand nombre de cas.
Les enfants de 1 à 2 ans bénéficient, eux aussi, de quelques centimètres cubes de ce sang régénérateur.
Ce travail eut un immense retentissement ; quelques mois après son apparition commencèrent en Italie les belles recherches dont nous avons parlé sur le traitement de la folie par la transfusion du sang d'agneau. De tous côtés, la pratique tendait à s'emparer de ce nouveau et si puissant moyen.
Mais, quelques esprits plus mesurés jugèrent qu'avant de le laisser se propager, il était prudent de soumettre à nouveau la question au contrôle de l'expérience. Alors sont nés les travaux de Ponfick, Worm Muller, Panum. Nous nous sommes fort étendu sur leur haute valeur scientifique. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire les argu-
ments du plus autorisé d'entre eux, le professeur Panum.
Tout en regrettant que Fauteur ait cru devoir donner tant de place à des questions personnelles que les débats scientifiques devraient, en tout état de cause, s'interdire, j'en emprunte le résumé au Nordiskt Arkiv du mois dernier.
(( L'auteur démontre que la transfusion faile, dans CCS demie/ s temps, avec le sang de brebis et d'autres animaux, déjà essayée, abandonnée et condamnée il y a plus de deux siècles, est toujours une opération inutile et dangereuse. Elle est inutile, parce qu'elle ne peut jamais rendre le service qu'on doit demander à la transfusion, les globules des animaux ne pouvant pas persister dans la circulation de l'homme, mais se dissolvant plus ou moins vite dans le plasma. De plus, cette opération est dangereuse, parce que le plasma du sang des animaux peut dissoudre une bonne partie des globules de l'homme, et parce que les produits de la dissolution des globules rouges de l'animal ou de l'homme peuvent produire, nonseulement une sécrétion des matières albuminoïdes et de l'hémoglobine avec l'urine, ainsi que des hémorrhagies capillaires, mais aussi une affection sérieuse des reins, qui peut occasionner une suppression plus ou moins complète de la sécrétion de l'urée. L'incitation passagère, produite par l'hémoglobine dissoute dans le plasma, a fait une grande impression sur les médecins et sur les malades, et les a trompés; car cet avantage est évidemment
acheté trop cher : i° par une affection des reins qui peut devenir dangereuse; 'Z° peut-être par la dissolution d'une grande partie des globules rouges du sang, dont le nombre est ordinairement déjà diminué par la maladie qui motive la transfusion. Heureusement pour les malades, la quantité de sang des animaux transfusée a, dans la plupart des cas, été sans doute très-minime et beaucoup moindre qu'on ne l'a évaluée. On a voulu calculer cette quantité en examinant combien de sang, dans un temps donné, s'écoule, dans un verre gradué, par la canule appliquée à la carotide de Tagneau; mais cette quantité ne répond pas à celle qui, dans le même temps, se serait écoulée de la veine, le sang se trouvant alors sous une pression très-variable, et qui quelquefois peut monter même à un degré égal à la pression du sang dans l'artère d'un agneau affaibli. La quantité de sang transfusée d'après cette mesure doit donc toujours avoir été beaucoup moindre qu'on ne l'a évaluée, et si l'on a l'intention de transfuser la petite quantité de 6 onces (selon la proposition de M. Gesellius), la quantité véritable transfusée sera quelquefois minime ou nulle. M. Hasse a voulu déterminer la quantité suffisante, en finissant l'opération au moment où l'on observe la dyspnée, etc. Mais la dyspnée dépend essentiellement de la vitesse avec laquelle le sang entre dans la veine et avec laquelle il remplit le cœur droit, nullement de la quantité de sang transfusé. Or, la transfusion de l'artère à la veine se fait ordinaire-
ment d'une manière beaucoup plus rapide que la transfusion, à l'aide d'une seringue, du sang défibriné, et, par suite, la quantité de sang transfusé d'après la proposition de M. Hasse sera, dans la plupart des cas, beaucoup moindre qu'on ne se l'est imaginé, mais quelquefois aussi elle peut avoir été très-considérable, et plus grande qu'on ne l'a voulu.
a L'auteur fait encore valoir qu'on ne peut pas juger les différents procédés opératoires par le nombre des cas dans lesquels les malades sont morts ou non, peu après l'opération, si l'on néglige (comme M. Gesellius) de ranger les cas d'après leurs indications et d'après l'état actuel des malades. Il est évident qu'une telle statistique irrationnelle offre de meilleures chances pour l'application de la transfusion, au moyen du sang des animaux, contre la phthisie et contre d'autres maladies chroniques où la mort n'est pas immédiatement imminente, que pour l'application presque exclusive qu'on a faite jusqu'ici de la transfusion du sang humain dans les cas désespérés où l'on pouvait craindre une mort prochaine.
« L'auteur arrive enfin, parla critique des travaux de M. Gesellius, à Saint-Pétersbourg, et de M. Hasse, praticien dans une petite ville du Hanovre, à cette conclusion : que le public médical a été désorienté et mystifié par l'audace inouïe avec laquelle M. Gesellius a démenti et falsifié les résultats clairs et nets de la science, et a avancé des propositions arbi-
traires, contraires à la vérité; par la hardiesse avec laquelle M. Masse a mis en pratique les idées de M. Gesellius, et par l'adresse qu'ils ont déployée, tous deux, aidés par l'imprimerie et la librairie des théâtres impériaux de Saint-Pétersbourg, pour mettre l'affaire en scène, au moyen des trois brochures : Die Transfusion des Blutes, von Dr. Franz Gesellius. — Die Lammblut Transfusion beim Mcnschen, von Oscar Hasse, et Zur J hier b lut-Transfusion beim Menschen, von Dr. Franz Gesellius, dont la dernière, datée du 1" janvier 1874, n'est qu'une réclame pour le travail de Hasse, qui, comme on le voit à la dernière page, n'était pas encore imprimé au commencement de janvier de la même année. ))
On le voit, la discussion est vivement engagée. Gesellius et Nordhausen succomberont-ils sous le poids d'attaques tombées de si haut? Rien ne peut laisser prévoir actuellement Tissue de la lutte. Toutefois, faisons remarquer ici que, tandis que les transfuseurs s'appuient sur l'observation et entassent pour nous convaincre les faits les plus probants, dédaigneux du malade et confinés dans les hauteurs de la physiologie, les adversaires ne mettent pas en avant un seul argument clinique; de sorte que, s'il nous fallait résumer l'état des esprits relativement à la transfusion animale, nous serions en droit d'écrire : Les cliniciens l'admettent et s'en félicitent; les physiologistes la condamnent.
Que si maintenant nous portons notre attention sur les avantages que, sans parler des suites, la
pratique reconnaît à cette opération, nous avouerons qu'il y aurait mauvaise foi à les dissimuler. L'animal présentera toujours sur Fhomme cette supériorité que son sang est inépuisable et toujours prêt, enfin que, grâce à lui, dans Fintérèt d'une vie compromise, on ne fera courir aucun risque à une existence que rien ne menace.
Examinons, en effet, quelles sont les circonstances qui accompagnent habitaellement une transfusion d'homme à homme.
Est-il besoin de m'étendre sur le choix du sujet et de prouver en longs paragraphes, comme la plupart des auteurs, que le sujet qui donne son sang ne doit pas être malade, qu'il ne doit souffrir ni du cancer, ni de la syphilis, ni de la goutte, et quel intérêt ont, à ce propos, les expériences de Deider et de Viborg, qui ont communiqué à des chiens et à des chevaux, par la transfusion, la morve et la peste. Morveux et pestiférés peuvent être sans inquiétude, il ne viendra à l'esprit d'aucun homme sérieux, je crois, de leur emprunter du sang. En est-il de même pour le scrofuleux? A cette question posée très-sérieusement par certains auteurs, nous répondrons que nul n'a démontré qu'il y ait altération du sang dans la scrofule, et qu'en cas urgent, le chirurgien fera bien de ne pas se montrer pour eux plus sévère que la science.
Ajouterai-je qu'on doit donner, autant que faire se peut, la préférence au sang de l'adulte, au sang de l'homme sur celui de la femme, car cette der-
nière est moins riche en globules? M. Belina prétend qu'il vaut mieux prendre du sang sur un individu chez lequel la digestion vient de s'opérer, parce que ce sang contient plus d'éléments de nutrition ; mais nous ferons remarquer, avec M. Sée, que plus on se rapproche de la digestion, plus le sang est coagulable, parce que sa température est plus élevée que pendant l'abstinence.
Pieste le choix moral. Autant que possible, on choisira un membre de la famille, si on trouve dans la famille un sujet dans de bonnes conditions d'âge, de santé et de courage. Dans le cas que nous devons à M. Liouville, ce fut un ami du mourant, un de ses camarades, de vingt-cinq ans, qui offrit son sang.
Dans les hôpitaux, on ne se trouvera jamais au dépourvu. Des exemples sans nombre ont prouvé que le corps médical ne marchandait pas son dévouement, et nous n'avons pas assez d'éloges pour la belle conduite de ceux qui, se trouvant seuls dans un cas urgent, s'ouvrent la veine, à l'exemple de Nusbaiim et de Maurice Raynaud, au risque de tomber eux-mêmes victimes de leur sacrifice.
Mais la lancette a perforé la veine ; la transfusion s'est opérée heureusement pour le transfusé ; qu'adviendra-t-il du transfusant? Trouvons-nous dans la science des observations qui nous permettent de répondre à cette question dont l'importance n'échappera à personne? Ce sont encore les recherches de M. Malassez qui vont nous éclairer sur
cette question. C'est à la suite du fait rapporté dans le chapitre précédent que ces résultats ont été observés sur M. Landouzi, interne des hôpitaux.
Le sujet qui fournit le sang, élève du service, assez vigoureux, perdit 300 grammes.
Sauf, peut-être, un peu de faiblesse dans les jambes, le transfusant crut ne se ressentir en rien de la perte qu'il avait faite ; il faut dire qu'à onze heures il déjeunait de bon appétit.
La numération des globules du transfusant donne, le 10 février, quelques minutes avant la saignée, 4,300,000 hématies par millimètre cube, et 15 minutes après la saignée de 300 grammes, 4,000,000 d'hématies.
L'absorption, la digestion, l'assimilation ne se démentirent chez le transfusant ni le soir, ni les jours suivants, si bien que la numération donnait, 12 heures après la saignée, 4,100,000 hématies; le lendemain, à 6 heures du soir, 4,100,000 hématies.
Le transfusant, jeune homme de i%3, pesant 62 kilogr., avait perdu seulement le quinzième de la masse totale de son sang, ^^.
Il se répara donc avec une très-grande rapidité . En est-il de même dans tous les cas? Ce que nous avons observé nous fait un devoir de répondre : non !
Nous avons vu à Lyon le docteur Garnier, alors interne, se laisser ouvrir la veine pour venir au secours d'une nouvelle accouchée; on était
en été, une épidémie de dyssenterie régnait alors ; sur cet organisme affaibli la maladie prit une gravité tout à fait insolite, et, deux mois après, le généreux interne était à peine convalescent des suites d'une diphthérie intestinale, qui, à plusieurs reprises, Favait conduit aux portes du tombeau. Plus récemment, le sang d'un de nos amis, M. E. Vincent, interne des hôpitaux de Lyon, coula pour la même cause ; il paya son sacrifice d'une fièvre typhoïde légère. Celte maladie régnait alors, et qui pourrait dire que cet affaiblissement n'avait créé chez lui une susceptibilité dont l'aurait sans doute garanti sa robuste constitution?
Nous n'avons pas la prétention de donner ces faits comme parfaitement concluants, et nous avouons que l'interprétation que nous en donnons ne nous semble pas à l'abri de toute controverse; ce que nous tiendrons à faire ressortir, c'est le danger particulier que, du fait de leurs occupations habituelles, courent le médecin, l'étudiant, qui sacrifient si spontanément avec leur sang une partie de leur résistance morbide, et enfin la conclusion pratique que nous nous croyons en droit de tirer de ces faits, c'est que la prudence commande au transfusant de s'éloigner pendant un temps variable des foyers d'infection.
En terminant cette étude comparative de la transfusion animale et de la transfusion humaine, je voudrais formuler en quelques mots les déductions qui me paraissent en ressortir; mais que
d'incertitude encore, et à quelles réserves ne suisje pas tenu? En bon nombre de cas il y a urgence, le choix n'est pas possible, le chirurgien se servira du sang qu'il pourra se procurer le plus rapidement, voire, comme Va conseillé récemment Highmore, du sang perdu par le malade. Peut-être, lorsqu'il ne s'agira que de produire une stimulation nerveuse, de révedler les organes que la déplétion du systèine sanguin rend inactifs, en un mot, de produire une action immédiate passagère, le sang humain ne présentera-t-il pas de supériorité marquée sur celui de l'animal.
Même indication de recourir à ragneau> quand on jugera à propos de mettre en pratique la transfusion à doses réfractées.
Dans toutes les autres occasions, nous confessons qu'il nous serait bien difficile de ne pas accorder une plus grande confiance au sang humain.
Mais ce n'est pas tout d'avoir choisi le sujet qui donnera son sang, et déterminés! ce fluide sera injecté intact ou mutilé; une nouvelle question se pose : quel est le vaisseau auquel nous demanderons le sang, quel est celui dans lequel nous l'injecterons. Nombre de méthodes ont été proposées et mises à exécution. Adoptant la classification très-nette de Roussel, nous diviserons la transfusion en transfusion dans la veine de sang veineux et de sang artériel, et transfusion dans l'artère de sang veineux et de sang artériel; donc transfusion à l'homme du sang de l'homme,
§ 1. Veinoso-veineuse; § 2. Veinoso-artérielle; § 3. Artério-veineuse; § 4. Artério- artérielle.
La transfusion à Thomme du sang animal comprend les mêmes subdivisions.
§ 1. — TRANSFUSION VEINOSO-VEINEUSE.
A Sang humain. — Il serait oiseux de s'étendre longuement sur cette méthode tant de fois déjà appréciée dans le cours de ce travail. Ses avantages regardent avant tout le transfusant, la saignée étant assurément la moins grave de toutes les opérations par lesquelles il peut fournir le liquide vivifiant. Nous la préférerions, toutes choses égales d'ailleurs, à Fintroduction de la canule nécessitée pour Finjection directe, et qui, dans certains cas, peut produire des accidents immédiats (entrée de Pair dans les veines) ou tardifs (phlébite), suppuration, etc.
Le choix du vaisseau veineux du côté du transfusant nous semble comuiander celui du transfusé, et c'est toujours dans ces cas-là à la veine que nous conseillerions d'avoir recours. Le sang sort d'une veine pour pénétrer dans un vaisseau de même ordre; c'est là une première condition heureuse; on se souvient en effet que nous nous sommes demandé, à propos delà physiologie pathologique, s'il n'était pas plus avantageux et en tous cas plus ra-
tionnel de soumettre le cœur droit à son excitant naturel, le sang veineux, qu'au sang artériel.
Ajoutons que la bénignité de Foaverture à faire au malade pour lequel on j uge opportun d'employer cette dernière ressource peut peser encore d'un certain poids sur la détermination.
Nous n'avons qu'à choisir pour citer quelque exemple de cette méthode de transfusion. Roussel, Hasse, avant le livre de Gesellius, et la plupart des opérateurs français, en ont toujours fait élection. Dans son remarquable travail, M. Marmonier a recueilli 152 cas, suivis de 91 insuccès. Il nous serait facile d'ajouter à cette statistique nombre de cas publiés dans le cours de ces dernières années, si nous attachions plus de valeur à ce mode de recherches. Mais les détails qui les compliquent sont si divers, si peu comparables sous les circonstances qui les ont accompagnées, et d'ailleurs les auteurs ont mis tant de soins à décrire la mise en scène aux dépens des données véritablement scientifiques de l'opération que nous ne croyons pas devoir insister sur un travail dont les conclusions seraient fatalement frappées de stérilité.
Nous venons de parler de la transfusion au moyen d'appareils plus ou moins compliqués; nous ajouterons que dans le cas où l'on préférerait la transfusion directe, il est facile, grâce à une application fort ingénieuse de la contraction musculaire, de la faciliter beaucoup en donnant naissance à un courant de l'homme sain vers l'homme malade.
C'est à M. Parinaud, interne des hôpitaux, que nous en sommes redevables. Nous sommes heureux, du reste, de pouvoir reproduire une note que cet obligeant confrère a bien voulu nous communiquer.
ce 11 n'est pas un médecin qui n'ait été frappé, en pratiquant la saignée, de la tension que Ton peut développer dans les veines superficielles de Pavantbras par l'application d'un lac au-dessus du coude et les contractions musculaires qui, en comprimant ces vaisseaux profonds, font défluer le sang vers la périphésie. — A en juger par la hauteur du jet au moment où l'on pique la veine, cette tension diffère peu de celle du système artériel.
(c Au contraire : chez un malade qui a eu des hémorrhagies assez abondantes pour nécessiter la transfusion, la tension veineuse est presque nulle, à ce point que fouverture d'une veine volumineuse ne donne jamais lieu à un jet, et ne fournit pas toujours un suintement sanguin bien abondant.
ce On comprend qu'il suffise de mettre en communication deux vaisseaux oii le sang se trouve dans des conditions si différentes pour qu'il passe facilement de Fun à fautre. C'est de toutes les transfusions directes la plus inofîensive et aussi la plus simple, puisqu'on peut, comme nous l'avons fait nous-même, la pratiquer, dans un cas pressant, sans instruments spéciaux. »
Voici une observation de transfusion pratiquée par ce procédé.
Observation. — Mademoiselle X..., âgée de dix-huit ans,
hémophile, ayant eu plusieurs hémorrhagies, dont une a déjà mis sa vie en danger.
Méthorrhagie durant depuis quinze jours.
La malade est sans connaissance et insensible à toute excitation depuis vingt-quatre heures. On ne sent plus le pouls radial. Un mélange de lait et de rhum versé dans la bouche ne provoque pas de mouvement de déglutition. En un mot, la vie ne se manifeste plus chez cette jeune fille que par les battements du cœur qui se contracte violemment et quelques inspirations profondes, éloignées comme dans les derniers moments de l'agonie.
M. Champtier de Ribes,iinterne des hôpitaux, offre son sang pour la transfusion, qui est faite en présence de MM. Bourceret et Hirtz, nos collègues.
Quelques secondes après l'application de l'instrument la malade se mit à respirer précipitamment et avec une sorte d'angoisse ; puis elle fît entendre des gémissemenrs plaintifs qui se changèrent bientôt en cris aigus ; après deux minutes et demie, elle ouvrit les yeux. Je l'interpellai, elle se tourna vers moi sans répondre.
L'instrument est resté en place pendant trois minutes et demie. Je m'assurai en le retirant, qu'il était resté perméable pendant toute l'opération.
Immédiatement après la transfusion, la malade est dans l'état suivant :
Le pouls radial est perceptible. La respiration est précipitée. Les yeux de la malade sont fixés sur les assistants : elle se tourne vers les personnes qui lui parlent sans répondre.
On lui fait prendre par cuillerées^un mélange de lait et de rhum.
Une demi-heure après l'opération, elle recouvre la parole ; elle dit qu'elle se trouve mieux, elle demande à boire.
Le succès dépassait toute espérance, lorsqu'en se soulevant pour prendre une tasse de lait, la malade succomba subitement, six heures après l'opération.
B. Sang animal. — Lorsqu'il s'agit d'un animal les raisons tirées du transfusant, que nous venons
de faire valoir, perdent leur valeur ; il en est de même des considérations que nous avait inspirées ridentité des deux sangs veineux, puisqu'aussi bien les partisans de cette pratique se soucient peu de satisfaire à cette condition. Nous comprenons donc mal que quelques auteurs, Heyfelder entre autres aient préconisé la transfusion veinoso-veineuse du mouton à l'homme. Il est vrai que ce chirurgien prétend tirer des indications de l'état du malade : s'agit-il de suppléer uniquement à une perte de sang, le sang veineux lui paraît suffire ; jnais que le cas exige une excitation, une stimulation, c'est au sang artériel qu'il accorde toutes ses préférences.
g* 2. — TRANSFUSION VEINOSO-ARTERIELLE.
A. Sang humain. — Hueter a proposé la transfusion veinoso-artérielle il y a quelques années, dans un travail important que publia le Centralblatt. 11 avait été précédé dans cette voie par de Grœfe, qui la pratiqua en 1866 sur des cholériques. Les auteurs ont eu surtout pour but de faire arriver au cœur le liquide qui doit le stimuler, lentement et par ses voies normales, c'est-à-dire après régularisation faite du courant produit par son passage à travers les capillaires. De cette façon on pourrait injecter une plus grande quantité de sang, sans avoir à redouter les phénomènes de pléthore aiguë qui tiennent en échec tant de praticiens. La quantité moyenne > selon Hueter, devant être de 320 grammes. Que si on Fa dépassée et que la dose
paraisse menarante pour la vie du patient, les régions capillaires de la main et du pied retiennent toujours dès le déJ3ut la quantité qui serait en excès et ne la rendent que lentement. C'est pourquoi Hue ter préfère Tune de ces régions^
Autre avantage de la transfusion artérielle : on évite à coup sûr Tentrée de Tair dans les veines, qui a causé tant d'accidents graves. Quelques bulles d'air peuvent bien passer en dépit des précautions, mais dans le fm réseau des capillaires elles sont absorbées par le sang, tandis que dans la transfusion veineuse elles gagnent rapidement la cavité droite du cœur. Autre avantage : on évite la phlébite, qui trop souvent deviendrait suppurative chez les malades.
Hueter, en concluant, dit qu'au-dessus de tous ces raisonnements il faut placer l'expérience. Il ne veut pas condamner d'une fanon absolue la transfusion veineuse ; mais il peut la comparer en connaissance de cause, ayant autrefois pratiqué quatre transfusions veineuses. C'est sur cette comparaison qu'il appuie ses opinions. Convaincu par ces raisonnements, Albanese a pratiqué la transfusion artérielle dans quatre cas de septicémie et trois d'anémie; il compte quatre guérisons, trois d'anémie et un de septicémie.
A priori cette méthode nous semble passible de nombreuses objections; l'auteur ae le nie pas et a tenu à les présenter avec leur réfutation dans son premier mémoire.
L'auteur discute les objections théoriques que l'on ne manquera pas de faire à sa méthode :
1" Est-il possible, par une si petite artère, d'injecter autant de sang et de le faire passer rapidement dans la circulation générale? Les injections cadavériques ont prouvé avec évidence que le fait est possible, même pour du liquide plus dense que le sang.
2° Ne doit-on pas redouter la coagulation et consécutivement la rupture de Fartère ? Hueter luimême avoue qu'il n'aurait jamais eu le courage d'affronter ce danger, s'il n'avait su qu'en l'automne de 1865 de Grœfe avait pratiqué l'injection dans la radiale des cholériques. Le premier cas de l'auteur fut chez un homme évidemment septicémique, à la suite d'une plaie de la moitié supérieure du corps; les basiliques et les céphaliques étant détruites, il ne restait plus qu'à choisir entre une artère et la saphène : Hueter se décida pour la radiale; dans huit cas, il vit ses efforts couronnés de succès.
Conclusions : 1" On peut en quelques minutes injecter 200 grammes de sang par une petite artère de la main et du pied.
2o II ne se forme pas d'extravasat de quelque importance.
3° La plaie se cicatrise très-bien. Dans un seu cas de leucocythémie, le malade mourut au bout de sept jours, et l'on trouva une inflammation autour de la ligature.
Mais triomphe-t-on sans difficulté avec la seringue de la résistance qu'opposent le cœur, les artères et la masse propre du sang? L'expérience, sans doute, a démontré que la pression nécessaire à la transfusion artérielle est beaucoup plus forte que pour la transfusion veineuse; l'artère ayant une pression égale à celle des collatérales, on doit vaincre cette pression. Faible chez les anémiques, elle est à considérer dans les cas où le cœur a une impulsion considérable ( septicémie , empoisonnements). Sur six sujets non anémiques, un seul a offert une difficulté telle, qu'il fallut abandonner la tibiale pour terminer par la veine céphalique.
Pour faire disparaître cet inconvénient, Hueter propose de saigner l'individu pendant l'opération même de la transfusion.
Certes cette opération est d'une exécution difficile, et plus que pour la transfusion veineuse, il faut que le chirurgien s'arme de sang froid. Elle s'est pourtant assez rapidement répandue en Allemagne et surtout en Italie, où le professeur Petrognio lui prédit déjà un grand avenir. Outre les cas de septicémie et d'anémie que l'auteur traita avec un grand succès par sa méthode, il nous faut compter aujourd'hui deux cas de gangrène où son intervention parut des plus heureuses.
1''^ Observation. — Chez un homme de 44 ans, qui, à la suite d'une longue exposition au froid, avait à droite les orteils, à gauche les orteils et la partie antérieure et interne de la région métatarsienne froids, et de plus insensible, une ponction faite en ce point ne donnant issue qu'à un li-
quicle couleur laque, il injecta clans l'artère tibiale postérieure gauche environ 350 grammes de sang défibriné, retiré de la veine basilique du malade lui-même.
Pendant l'opération, la température du pied s'éleva notablement et progressivement; et, au lieu de la ponction exploratrice faite préalablement, on vit souvent du sang pur. L'opération n'empêcha pas la mortification et la chute d'une partie des orteils, mais, d'après le rédacteur de l'observation, la ligne de démarcation de la gangrène fut reportée du métatarse, envahi avant l'opération, à la région des orteils; et la guérison fut beaucoup plus rapide que pour le pied droit, bien que le mal y ait paru beaucoup plus localisé au début.
2° Observation, — Dans une seconde observation, il s'agit d'un homme atteint de gangrène des orteils, par congélation, avec fièvre violente ; son état était désespéré quand Hueter pratiqua , comme moyen antipyrétique , une transfusion de 280 grammes de sang humain défibriné, injecté dans l'artère radiale. Presque aussitôt, la fièvre tomba, etle malade guérit. Ce fait, ajouté à ceux d'Albanese de Palerme, de Wilks et de Hasse, porte à trois le nombre des cas de transfusion faites coinuie moyen antipyrétique et suivis de succès,
Porter un jugement sur cette méthode avec ces documents paraîtrait téméraire. Assurément les raisons théoriques avancées par l'auteur et les faits qui paraissent si pleinement les confirmer, sont de nature à entraîner la conviction de plus d'un opé^ rateur ; assurément aussi la complication du manuel opératoire et les connaissances tant anatomiques que chirurgicales exigées pour mener a bonne fin la recherche artérielle la feront longtemps rejeter comme ressource en cas d'urgence par les médecins peu familiarisés avec la pratique des opérations.
B. Sang animal. — Les considérations qui pré-
cèdent s'appliquant exclusivement au sujet transfusé, l'origine du sang importe peu; nous n'aurions donc qu'à les reproduire en ce qui concerne le
sang de mouton.
§ 111. — TRANSFUSION ARTERIO-VEINEUSE.
A. Sang humain. — La possibilité de simplifier le manuel de la transfusion en utilisant la pression du sang dans les artères, Tidée préconçue que le sang artériel est plus vivant, et partant plus vivificateur que le veineux, telles sont les deux raisons qui paraissent avoir particulièrement pesé sur Fesprit des chirurgiens pour leur faire préconiser l'ouverture de Tarière sur le sujet transfusant. Les essais avec la transfusion du sang artériel du mouton célébrés par Hasse et Gesellius, et, d'autre part, les travaux des physiologistes repoussant Fintervention d'un sang étranger, comme inutile ou nocive, ne contribuèrent pas peu à pousser les esprits audacieux dans cette voie.
Disséquer sur Fhomme sain une artère moyenne, radiale ou tibiale postérieure, et Faboucher au moyen d'un tube avec un orifice veineux du sujet transfusé, telle est, en deux mots, l'opération proposée et exécutée par le docteur Heyfelder, chirurgien deFhôpital de ZémonofF, à Saint-Pétersbourg. (]ette audacieuse pratique compte aujourd'hui deux succès. Nous doutons pourtant qu'elle s'acclimate jamais en France, où, passées au crible
d'une saine critique, les raisons sur lesquelles elle s'appuie paraîtront sans doute bien insuffisantes. Quoi qu'il en soit, on nous saura gré de reproduire ini Fune des deux observations publiées par M. Heyfelder; indépendamment de la méthode employée, elle présente, du reste, au point de vue des indications de la transfusion, un très-réel intérêt.
Observation. (Saint-Pétersbourg, 15-27 septembre.) — Afdotia Stepanowa, 36 ans. Phthisie datant de quatre mois. Souffles, infiltrations, cavernes.
Le docteur Hocher prépare la veine de la malade. Le docteur Heyfelder prépare l'artère du donneur de sang, solide jeune homme de 23 ans. L'artère brachiale dans le coude est découverte, soulevée par un fil à ligature du côté périphérique par une pince; du côté central, une canule de verre est introduite dans la veine, une autre dans l'artère. Le sang s'écoule une seconde par le tube de caoutchouc, qui est bientôt ajusté sur la canule veineuse, et le sang passe lentement et avec rhythme de l'artère dans la veine, le doigt qui retient la canule dans la veine y sent des pulsations régulières. La malade accuse un sentiment de chaleur dans le bras et la poitrine gauche, elle est un peu agitée, ses joues deviennent rouges en même temps que pâlissent celles de l'homme, mais il ne se développe absolument aucun des phénomènes perturbateurs ordinaires à la transfusion de sang de mouton. Pour être bien certain que le sang passe, je retire la canule de la veine. Je vois le sang couler, je replace ma canule dans la veine, et continue la transfusion jusqu'à 12 onces. La malade a un peu toussé, elle a les joues rouges, mais elle n'a ni dyspnée, ni douleurs de reins.
Le pouls de la femme se relève pendant l'opération, un frisson survint après 15 minutes, qui dura 5 minutes, suivi de sueur, chaleur, bon sommeil et appétit; pas de sang dans l'urine ; au sixième jour la blessure était guérie, au septième
la malade fit à pied un long trajet pour venir à mon dispensaire de chirurgie. Elle est en convalescence, ne se plaint plus de douleurs de poitrine, elle a le pouls assez plein, respire profondément et ne tousse pas, elle paraît mieux portante, avec un peu d'embonpoint, et voulait déjà au neuvième jour retourner à son travail. Pour l'en empêcher, je l'ai envoyée en convalescence dans un hôpital voisin, où le docteur Hocher la visite et constate sa convalescence progressive. Quant au donneur de sang, la blessure de la peau, longue d'un pouce, guérit per primam, sauf la place où passe le fîl de ligature, qui se sépara le onzième jour. La ligature de l'artère fut suivie d'un abaissement de température de la main, qui dura deux heures et demie. Elle remonta progressivement, et le soir le patient ne remarquait déjà plus de différence. Le lendemain la température, la motilité, la sensibilité étaient absolument pareilles à celles de l'autre main et demeurèrent ainsi. Après trois jours de repos que notre homme employa à dormir et à bien manger, ainsi que notre peuple le sait si bien faire, il eut si bien réparé sa perte de sang, qu'il fut aussi florissant qu'auparavant, sans fièvre ni aucun malaise, et ce ne fut qu'avec peine que je pus l'empêcher de retourner au travail avant trois jours.
Quoique la circulation latérale se fût rapidement rétablie, le pouls radial manquait d'abord absolument. Au septième jour, on remarqua une légère pulsation profonde dans le voisinage de la radiale, vers l'apophyse styloïde du radius. Cette pulsation devint plus tard plus évidente mais profonde et dans une direction obUque, sans cependant devenir identique.
B. Sang animal. — Je ne reviendrai pas sur la question du mélange de deux sangs d'espèce animale étrangère. Le principe de son innocuité étant admis, il était naturel de demander à Tanimal du fluide aussi complet, aussi vivant que possible; seul le sang artériel olFrait ces conditions. Ce furent, comme nous Tavons vu, Gesellius qui en
posa rindication, Hasse la fit entrer dans la pratique. Scrutant le passé avec une rare puissance d'érudition, le premier y retrouvait dix-sept observations de Fanimal à Thomme, et savait en faire ressortir toute Timportance dans un tableau qu'il plaçait à la fm de sa première brochure :
Nombre Moy. ù/0
des cas de transfusion Succès. Insuccès, des ^
à l'homme. insuccès.
19 transfusion avec le sang entier
(non défibriné) de veau ou de
mouton 17 2 11,7
146 transfusions avec le sang humain in toto 79 67 43,890/0
115 transfusions avec le sang humain défibriné , 36 78 68,900/0
La transfusion avec le sang de mouton inaugure, paraît-il croire, une ère nouvelle pour la médecine. Nous avons raconté les succès de Hasse, de Buscîi à Bonn, d'Albini à Naples, de Cluvermann à Cologne ; mais il faut bien reconnaître qu'il n^est pas très-praticable, du moins très-simple, de transporter un mouton vivant à côté du lit ou du fauteuil d'un malade, et là, d'établir, à l'aide d'un petit tube de 6 centimètres environ de longueur, la communication entre la carotide de l'animal et une des veines superficielles du bras du malade, veine qu'on aura coupée transversalement, et qu'on présentera béante, h l'aide de deux pinces, à l'introduction de la canule. C'est là le procédé de Hasse, modifié par Gesellius. La quantité de sang est, du reste, évaluée par la durée de l'écoulement, et
l'opération arrêtée lorsque'éclatent les symptômes cFune dyspnée, voisine de Tapnée.
Frappé de ces inconvénients, Frantz Glénard (de Lyon), dont nous avons développé plus haut les idées sur la coagulation du sang, s'est demandé si Ton ne pourrait pas en faire Tapplication à la transfusion de fanimal à Thomme.
Il paraissait fort simple, en effet, de se procurer, comme il le conseille, des segments d'un animal qui tiennent en réserve une quantité voulue de sang que Ton injectera sans hâte au moment voulu. Voici le modus faciendi conseillé par ce jeune phy-? Biologiste.
On fait abattre F animal par la section du bulbe, et, immédiatement, ta l'aide d'une longue incision de 20 à 30 centimètres, ou fend la peau au lieu d'élection pour mettre à découvert la jugulaire. On l'isole le plus possible à l'aide des doigts, on lie les collatérales au nombre de trois ou quatre, et on place une forte ligature à la partie inférieure de l'incision, aussi bas que possible; le vaisseau se gonfle rapidement, et il n'y a plus que la ligature supérieure à serrer pour pouvoir enlever le segment.
Il est ainsi possible , en trois ou quatre minutes (la célérité opératoire est indispensable pour que l'animal puisse encore être saigné), de se procurer un segment contenant deux à ti^ois cents grammes de sang, qu'on peut alors emporter dans sa poche, enveloppé d'un papier, avec l'assurance de retrou-
ver le sang fluide, même après six ou huit heures...
Après saignée au pli du coude , préalable ou non, suivant l'indication, introduire dans la plaie veineuse l'extrémité mousse d'une petite canule dont l'extrémité opposée est taillée en bec de flûte acéré; puis, lorsque le sang du malade, dont on peut sacrifier quelques gouttes pour cathétériser les parois internes de la canule, apparaît à son extrémité libre, on plonge celle-ci dans le segment sans la changer de place; il n'y a plus alors qu'à enlever la ligature du bras, et la compression graduelle du segment videra peu à peu son contenu dans le système vasculaire du malade.
Suivant l'indication, on pourra varier la quantité du sang transfusé, et, si besoin est, substituer un second segment au premier en faisant transpercer deux parois à la fois à la canule.
On peut ainsi injecter impunément 4 à 6 onces de sang, ou, après déplétion préalable, une quantité triple.
Il était facile de se procurerdes segments de bœuf de 250, 300 grammes même de sang, en calcu-. tant 1 gramme de paroi par 10 grammes de sang^ et il serait très-facile, d'après les expériences, de l'artérialiser à travers son vaisseau, en le plaçant dans un courant d'oxygène.
Et ainsi, dans les affections chroniques, certaines cachexies, etc., on pourrait répéter, à des intervalles variés, des transfusions de 150 à 200 grammes ou même moins, et, dans les intoxications,
transfuser Tun après l'autre 2^ 3, 4 segments, après déplétion préalable correspondante.
A ceux qui redouteraient, en injectant du sang stationnaire dans les vaisseaux, de ne le point trouver intact dans sa composition, nous répondrons par les observations du même auteur :
En effet, le globule a été trouvé intact. Le microscope en témoigne, et on sait du reste que, même dans le sang coagulé, il peut encore être le siège des échanges gazeux qui constituent sa fonction physiologique : en tout cas, on nous accordera qu'il est maintenu au moins aussi intact dans ces segments que dans le sang défibriné qu'on dit conserver sa propriété revivifiante pendant six à sept heures, malgré l'exposition à l'air libre. Du reste, même après vingt-quatre heures, l'examen microscopique du sang conservé fluide dans son segment retrouve ses globules rouges assez normaux, à moins que le segment n'ait été trop petit et Tévaporation trop rapide, pour qu'un observateur non prévenu puisse se croire en face d'un sang qu'on vient de soustraire à l'animal.
M. Glenard propose de substituer le bœuf au mouton, et fait en outre remarquer le petit volume de ses hématies.
(( Quant au plasma, auquel en général on n'accorde qu'un rôle secondaire en ce qui concerne la transfusion, et qui pour nous est la vie même, l'agent vivifiant par excellence, ce plasma, comme l'entendait Harvey, nous pouvions compter sur lui,
sachant que s'il était mort il serait coagulé, quand d'ailleurs le microscope prouve la conservation de son intégrité, de sa fluidité, même après vingt- ■quatre heures de séjour dans le segment. En tout cas, il était au moins aussi acceptable que celui du sang défibriné qui, malgré les filtrations, reste toujours encombré de particules fibrineuses (Otto Weber). »
Tels sont les nouveaux moyens mis à notre disposition par M. Glénard; Texpérience n'en ayant pas encore été tentée sur l'homme, nous sommes forcés, pour le juger, d'attendre les résultats ; mais dès aujourd'hui, il nous est permis d'augurer favorablement d'une méthode dont la généralisation serait un bienfait pour la pratique.
Nous avons déjà cité des observations de transfusion de l'animal à l'homme; nous en reproduirons ici une autre fort intéressante, traduite du travail de Hasse.
Madame S. T., 31 ans, fut dans sa jeunesse chlorotique. Mariée à 19 ans, elle eut assez rapidement cinq grossesses, la dernière il y a cinq ans. Depuis cette époque, elle souffre de troubles hystériques. Il y a un gonflement et une rétroversion utérine, et des douleurs dans la fosse iliaque gauche. La digestion est difficile, inappétence, langue sèche, mam^ais goût à la bouche, météorisme, constipation, sommeil trèsagité avec de fréquents cauchemars. Le pannicule graisseux est bien développé ; mais le teiat est pâle et le pouls petit. Les règles vont bien, la malade fit en 1870 une saison d'eau à Elster, 1871 à Garlsbad et 1872 à Ems, sans succès. A Elster comme à Ems, les médecins diagnostiquèrent une anémie causant des troubles des yeux plutôt que de l'utérus. La ma-
ïade prit des bains ferrugineux, but de l'eau ferrugineuse. Le médecin d'Ems ordonna encore une cure des eaux de ScliAvalbach, toujours sans succès.
Je me décidai à faire la transfusion. L'opération fut pratiquée le 21 juillet 1873. Je me servis d'un agneau auquel on avait déjà enlevé du sang. Notre malade avait des veines trèspetites et difficiles à voir sous une épaisse couche de graisse.
La transfusion fut commencée à 6 heures 45 du soir. La malade se sentit tout d'abord oppressée. Douleurs de l'estomac et de tout le corps; sensation d'anéantissement. L'opération dura 90 secondeSé
6 heures 50. Douleur au sacrum et aux lombes.
7 heures. Léger vomissement muqueux. Les douleurs stoma. cales, sensibilité particulière de l'abdomen, disparaissent. Pieds chauds, pouls à 78 degrés. La malade, depuis le commencement des symptômes de réaction de la transfusion, s'est remise et peut s'occuper de son ménage.
7 heures 5. Pouls 90 degrés, pieds froids. Douleurs aux régions lombaire et sacrée.
7 heures 15. Douleur dans tout l'abdomen. La douleur se sent assez bien.
7 heures 30. Température 37°, 4. Douleur épigastrique complètement disparue. Pieds froids, céphalalgie.
7 heures 50. La malade a froid aux mains et aux pieds. Frisson général, céphalalgie violente, légères douleurs lombaires et sacrées ainsi qu'abdominales.
8 heures 25. Température 38 degrés. Léger froid aux pieds. 8 heures 35. Température 38°, 8.
8 heures -45. Température 38°, 6.
9 heures, 9 heures 45 et 10 heures. Températui'e 38,4» Bonne nuit.
22 juillet, 5 heures du matin. Emission difficile de 200 centimètres cubes d'une urine noire, teintée de sang et contenant de l'albumine.
8 heures du matin. 37°, 2. Pouls 84 degrés. Légère douleur thoracique, dorsale, pelvienne. Bien-être dans la région épigastrique. Appétit médiocre, langue un peu chargée Légère coloration ictérique de la conjonctive bulbaire et légè
res ecchymoses. Pendant la journée, émission de 600 centimètres cubes d'urine colorée, limpide, sans albumine.
23 juillet. Nuit satisfaisante, la conjonctive bulbaire est redevenue blanche, l'appétit médiocre, l'estomac va encore bien, digestion meilleure. Plus de douleurs pelviennes, mais faiblesse des membres. L'urine normale s'élève à 1000 centimètres cubes. Pouls à 80 degrés.
27 juillet. Appétit meilleur, angoisse et agitation, la malade est très-occupée chez elle. Son métier est fatiguant et elle manque du repos nécessaire.
12 août. La malade a une physionomie meilleure, bon appétit, sommeil réparateur. Plus de douleurs d'estomac. En un mot, la malade est absolument guérie. Ses forces sont revenues.
Nous avons dit que cette méthode avait trouvé grande faveur en Italie ; quelques modifications lui ont pourtant été apportées, en vue de remédier à certains inconvénients qui tiennent plutôt, croyonsnous, du manuel de chacun en particulier.
L'auteur s'inquiète des troubles de cyanose et de pléthore qui surviennent fréquemment. Ces troubles tiennent, au dire de Ponza, à Tangoisse extrême qu'éprouve le cœur droit, dans lequel le sang veineux arrive ordinairement lentement, quand Fonde artérielle de l'agneau fait irruption avec une rapidité foudroyante, la tension artérielle de l'agneau étant sept fois supérieure à la tension veineuse de l'homme.
Pour confirmer cette vue, l'auteur raconte que dans deux cas il plaça un tube de gomme élastique intermédiaire à la canule de Caselli, de 20 centimètres dans l'un et de 8 dans l'autre. Or, dans le
premier cas, on n'observe pas de reflux ; le patient n'éprouve pas de pesanteur cardiaque, de suffusion conjonctivale, et de trop grande rougeur des joues. Dans le second cas, avec un tube plus court, la rougeur des joues et de la poitrine fut diffuse et intense, l'injection de la conjonctive très-accentuée, la cyanose à peine prononcée.
On diminue donc les effets de ce choc trop rapide en allongeant le tube.
Mais, croyez-vous, répond Ponza, que 12 centimères suffiront à adoucir le choc, lorsqu'il est, en réalité, sept fois plus grand ; les calculs de Hasse nous apprennent que le sang d'une carotide d'agneau équivaut à une pression de 2 mètres. On annulera cette pression par un tube de 2 mètres ; on le diminuera de moitié par un tube de 1 mètre ; mais par le tube élastique de 12 centimètres, elle sera à peine diminuée d'un 16% et en tenant compte de la pression sept fois plus grande dans la carotide de l'agneau que dans la veine de l'homme, la diminution se borne à quelques fractions insignifiantes.
Un moyen plus efficace de diminuer cette pression serait de choisir une artère plus éloignée du centre circulatoire que la carotide : la fémorale, par exemple. Ajoutons pourtant que cette cyanose et ces phénomènes de dyspnée sont assez peu prononcés pour que Heyfelder n'ait pas craint de mettre en usage la chloroformisation, sans avoir eu, du reste, à la regretter.