TRANSFUSION ARTÉRIO-ARTÉRIELLE
A. Sang humain. — Cette différence de pression entre l'artère d'un sujet sain et la veine d'un agonisant est telle que quelques auteurs se sont demandés s'il n'y aurait pas avantage à choisir, également une artère, comme vaisseau transfusé. Je ne reviendrai pas sur les avantages que Hueter a fait valoir pour l'application de sa méthode veinoso-artérielle ; il est évident qu'on les retrouve tous dans le cas qui nous occupe. Je me bornerai à relater les deux seules observations que possède la littérature médicale.
V" Observation. (D" Kuster, hôpital Augusta à Berlin.) — Pauline P..., 20 ans, belle jeune fille un peu pâle. Depuis six mois, tumeur de la hanche gauche s'étendant jusque auprès des vertèbres.
Symptômes scrofuleux, herpès conjonctival, ozene, etc. Ponctions répétées de la tumeur ; pus sanguinolent, floconneux, liquide, qui bientôt s'épaissit.
Plus tard, ouverture de l'abcès. La sonde pénètre par deux fistules jusque dans le bassin, sans rencontrer d'os carié. Fluctuation s'étendant vers l'épine iliaque antéro-supérieure gauche. Ponction. Incision vers l'épine, qui conduit jusqu'à une poche suppurée du muscle iliaque interne, sous le péritoine. Drainage tout en travers du bassin ; grande suppuration, qui diminue l'état fébrile ; grand épuisement.
Transfusion. Une amie de la malade, très-robuste fille, à l'hôpital pour une colossale hypertrophie des seins, offre son sang
25 mars 1874. Une grande difficulté se présente à l'opération, parce que la canule du transfuseur était trop grosse
pour l'artère radiale, et que nous dûmes la remplacer par une canule taillée en bec de plume, 20 ce. de sang furent transfusés sans le moindre symptôme perturbateur, quantité que nous n'avons jamais atteinte avec le sang de mouton, à cause de l'extrême dyspnée qui se produisait.
Cependant, malgré l'absence de ces symptômes, il se produisit, une heure après, un frisson de trois quarts d'heure, avec une élévation de température à 39°, 2.
Le soir, la malade est sans fièvre et a un appétit extraordinaire.
Les forces se relèvent; la suppuration diminue. Aujourd'hui, après trois semaines, l'amélioration est indéniable. La blessure du bras guérit par première intention chez la malade, mais non sur celle qui a donné le sang, dont l'artère fut un peu maltraitée par la canule disproportionnée. Cependant elle se couvre de granulations, après un léger phlegmon qui se produisit à la chute de la ligature.
IP Observation. (D'" Kusta.) — Une femme souffrant depuis six semaines de violentes métrorrhagies causées par un polype muqueux de la cavité utérine, subit l'extirpation du polype, et la rugination de sa base avec une curette tranchante. L'hémorrhagie fut peu considérable, mais laissa cependant la malade très-affaissée. Douze heures après, symptômes de péritonite,vomissements, ventre douloureux. Le lendemain, épanchement; pouls à peine sensible. Température, 39°, 2.
Prostration croissante des forces.
Nous serions dans la pensée que la péritonite serait peutêtje entravée par le relèvement suffisant du pouls.
15 avril. 90 ce. de sang de mouton sont transfusés dans l'altère radiale gauche. Pas de phénomènes perturbateurs ; le visage devient cependant un peu bleuâtre. Une demi-heure après, frisson intense ; élévation de température à 39°, 6. Le soir, la malade est un peu mieux. Température, 38°, 3. Cependant l'affaissement est toujours considérable.
Sur ces entrefaites, survient le fils de la malade, solide jeune homme, qui accepta de donner du sang à sa mère, et aussitôt une seconde transfusion fut pratiquée, de 215 ce. , du sang de
l'artère radiale gauche du fils dans l'artère radiale droite de la mère.
Pas un seul symptôme perturbateur. Le pouls redevient sensible ; la malade devient plus gaie et reprend une nouvelle espérance. Frisson, La température monte à 39°, 3.
Mais bientôt surviennent de nouveaux vomissements; les forces retombent de nouveau. La mort arrive sept heures après la seconde transfusion.
Autopsie. — Endométrite purulente ; pus massif dans la trompe droite. Péritonite généralisée. Hypérémie assez considérable des reins, pendant que tous les autres organes sont très-pâles et anémiques. Les bouts centraux des artères sont presque tout à fait vides de sang, pendant que les bouts périphériques, sur une grande longueur, sont fermés par une gelée sanguine. On ne peut voir sur la tunique interne aucune ésion produite par la canule.
La constante absence de suffocation, même dans la transfusion d'une grande quantité de sang humain, est un phénomènetrès-intéressant au point de vue physiologique. Gela donne à penser que la production de ce symptôme par le sang artériel de mouton tient à un effet spécifique de ce liquide.
(c 11 est parfaitement prouvé, dit Roussel à ce propos, que la section et la ligature du calibre de la radiale ne sont suivies d'aucun danger considérable. 11 s'agit seulement de trouver un homme qui, par intérêt pour un autre homme, veuille soumettre son bras gauche à une incapacité de travail de huit jours. » (?)
B. Sang animal. — Même remarque à propos de l'injection du sang de la carotide de l'agneau dans la radiale ou la tibiale postérieure d'un malade. Une seule observation constitue tout le bilan de
cette méthode; elle appartient à Schliep, ohirurgien à FAugusta-Hospital, de Berlin.
Observation. — Il s'agit d'un homme de vingt-huit ans, blessé le 19 janvier 1871, à Saint-Quentin. Il avait eu la cuisse brisée par une balle ; on le traita par la méthode conservatrice. Le 8 septembre 1873, on admit cet homme à Augusta-Hospital ; il présentait des abcès et des trajets fistuleux à la cuisse ; on fit l'extraction de la balle le 3 octobre. Il y eut suppuration abondante, l'affaissement se prononçait de jour en jour, et vers le miheu de novembre, il apparut de l'albuminurie ; on décida l'urgence de la transfusion.
La première expérience fut pratiquée le 9 décembre. On voulait transfuser au malade le sang d'un mouton. Une canule était fixée dans la carotide de l'animal, et une autre canule fut introduite dans la veine médiane basilique du bras gauche du malade et fixée par une ligature. Les deux canules furent mises en communication par un tube élastique, mais la coagulation dut faire abandonner l'opération de peur de produire des embohes. Le tube et les canules étaient bouchés par des caillots On réséqua la partie de la veine qui avait été liée.
La seconde expérience fut pratiquée le 22 décembre. Cette fois, on employa un appareil plus perfectionné, et l'on mit une canule d'argent dans la carotide du mouton et l'autre dans l'artère radiale du malade, à l'avant-bras droit, après avoir lié le bout central de l'artère, la canule étant dirigée vers la main dans le bout périphérique. On fit pénétrer ainsi trois onces de sang dans la main, et par suite dans le système vasculaire du malade, injectant environ 8 grammes de cinq en cinq secondes. Lorsque deux onces eurent été injectées, il se produisit une vive rougeur de la face et de l'oppression ; le docteur Kuster voulut pratiquer une saignée du bras gauche, mais elle produisit peu de sang, parce que l'opération précédente avait rétréci le calibre des veines. Après l'injection de trois onces de sang, le visage était encore coloré et l'oppression augmenta, le malade se plaignit de douleurs vives dans les reins, on cessa l'opération. La main de l'opéré était très-peu gonflée. Une demi-heure après l'opération, la
rougeur de la peau, l'oppression disparurent à la suite d'un léger frisson. La température s'éleva à 39°, 6 ; deux heures plus tard, elle était à 39 degrés, et deux heures plus tard, à 38 degrés. Il y eut dans les jours suivants une amélioration notable; aucun trouble circulatoire ne se produisit, mais la suppuration et l'albuminerie jusqu'à présent n'ont pas offert de changements.
En dehors de la ligature de l'artère radiale et de la résection d'une veine, et sans parler des accidents qui ont fait interrompre l'opération, nous ne voyons guère quel bénéfice le malade en a retiré. Pareilles tentatives ne sauraient manquer de compromettre la cause même de la transfusion.