‹ De la transfusion du sangChapitre 17 sur 22 · TRANSFUSION MEDIATE · texte numérisé non relu

TRANSFUSION MEDIATE

Le plus simple de tous les appareils destinés à pratiquer la transfusion indirecte est assurément celui de Casse, dont voici la description.

Cet appareil est d'une extrême simplicité; il se

compose d'un récipient cylindrique allongé, en verre, long de 30 centimètres, d'un diamètre de 3 centimètres environ et gradué. A chacune de ses extrémités, est soudé un bout de tube de verre long de 3 centimètres ; celui du haut est destiné à recevoir un entonnoir, par lequel on versera le sang à transfuser ; celui du bas, plus étroit, s'engage dans un tube de caoutchouc, terminé par un ajutage muni d'une canule à trocart, destinée à pénétrer dans la veine. A un autre ajutage soudé à angle aigu sur la canule, vient se fixer l'extrémité inférieure du tuyau de caoutchouc aboutissant, par son autre extrémité, au tube inférieur du récipient principal. Quand le trocart est dans la veine, on en retire le mandriji jusqu'au déjà du point d'insertion de l'ajutage oblique ; la partie de la canule située en avant 4§ ce point devient libre alors, et la communication est établie entre le récipient renfermant le sang à introduire et la veine du transfusé. Veut-on cesser la transfusion, il suffit d'avancer le trocart pour interrompre la communication. Veut-on, au cor^traire, la rendre plus active, on n'a qu'à élever Ffippareil, de façon à tendre verticalement le tuy^u de caoutchouc et à augmenter ainsi la hauteur de la colonne de pression. Avec cet appareil, le sang n'est plus injecté, mais passe dans la veine du transfusé eu s§ confondant, pour aii^si dire, avec la circulatio^ propre, sans secqus^e ni effort d'aucune ?orte.

L'appareil de Behna (fig. 6) ponsiste m, h un

flacon renversé, cylindrique A, de 20 centimètres de hauteur sur 5 centimètres de diamètre. Ce flacon se termine à la partie inférieure par un goulot de 4 millimètres de diamètre. A la partie supérieure construite en forme d'entonnoir, se trouve Tori-

FiR. 6.

fiée B, de 1 centimètre de diamètre. Ce flacon peut contenir 225 grammes de sang de zéro à 225 degrés; au-dessus de 225 degrés, reste une chambre qui contiendra de l'air; 2° une pompe à air comprimé C,

composée de deux ballons en caoutchouc réunis, et se terminant par un tuyau également en caoutchouc. Cette pompe est construite de la même façon que celle de Tappareil pour Tanesthésie locale de Richardson ; 3° un trocart B, composé de deux tuyaux d'argent et d'un stylet. Le premier tuyau, long de deux centimètres, se décharge presqu'à angle droit, avec une légère inclinaison, dans l'autre tuyau, long de 5 centimètres; le diamètre des deux tuyaux est de 2 millimètres environ. Le stylet, garni d'un petit manche en forme de bouton, s'ajuste à frottement doux avec le tuyau. La pointe, de forme triangulaire, dépasse de 5 millimètres l'ouverture dudit tuyau. A l'orifice du trocart, il y a un ressort qui se détend quand on retire le stylet dans une rainure située sur la tige de celui-ci, et de cette manière, empêche qu'on ne puisse le retirer davantage.

Les trois .parties s'ajustent entre elles de la manière suivante : L'orifice B est rempli par un bouchon perforé, en caoutchouc, qui lui-même contient une canule d'ivoire ressortant en dehors en forme de bouton. Ce bouton est recouvert avec une gaze épaisse, pliée en deux, pour arrêter la poussière et se germes organiques en suspension dans l'air. Sur ce bouton s'ajuste l'extrémité du tuyau en caoutchouc de la pompe.

Le goulot du flacon est réuni avec le tuyau du trocart terminé en bouton par un tube de caout-

chouc noir, de 12 centimètres de long sur 4 centimètres de diamètre.

Afin d'éviter une trop grande variation dans la température du sang, surtout si Ton est obligé d'injecter très-lentement, le flacon peut être inuni d'une couverture de laine; on y a ménagé une échancrure qui permet de voir la quantité de sang fournie au malade à l'échelle métrique gravée sur le flacon.

Quels résultats M. Belina a-t-il obtenus avec son appareil ? Il est assez difficile de s'en faire une idée juste, attendu que, si M. Belina a cru prouver que tous les malades opérés par uii autre procédé que le sien sont morts, ses adversaires se sont efforcés de démontrer que les succès cités par ce chirurgien se sont produits malgré son intervention.

Le principe de la seringue devait paraître faciment applicable à l'opération qui nous occupe. Beaucoup ont cherché en effet par des modifications et nombre de pièces additionnelles à l'approprier à la transfusion. Mais, avant de passer en revue leurs tentatives, il nous semble intéressant de montrer ce que l'on peut faire avec l'instrument vulgaire que tout médecin a entre les mains. Je cède ici la parole à M. Desgraiiges, dont nous avons rapporté plus haut l'heureiise hardiesse :

(c La seringue, par sa forme cylindrique, a des parois moins étendues qu'un autre vase de même capacité; par sa profondeur, elle ne laisse le sang

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au contact de Fair que sur une surface peu étendue; et sitôt que le piston est placé et Pair intérieur chassé, le sang est parfaitement isolé de F atmosphère. Le petit volume de Tinstrument, la facilité de le plonger dans un vase d'eau chaude, de Tenvelopper de compresses qui conservent la chaleur, tout concourt au maintien d'une boiine température. Si l'on réfléchit que la moyenne du sang chez l'homme est de + 36° c, on arrive à établir en principe qu'il faut à l'instrument une température de + 40" c, en vue de la déperdition inévitable de calorique pendant lopération. — La seringue perdrait une bonne partie de ces avantages, si Ton négligeait d'y recueillir directement le sang. Nous proscrivons d'une manière formelle l'usage d'un vase intermédiaire. A quoi bon y recourir quand on veut injecter du sang pur, et nous avons déjà dit que cette méthode seule mérite d'être conservée. Le vase intermédiaire non-seulement complique l'opération par la nécessité, l'embarras de le tenir chauffé; il augmente aussi l'étendue des rapports entre le sang et des parois inertes. Enfin le peu de profondeur de ce vase et sa large surface favorisent l'action de l'air sur le sang et, chose trèsnuisible, la coagulation de la fibrine. Du moment que rien n'empêche de recevoir directement le sang dans la seringue, pourquoi ne pas le faire? Pourquoi allonger le chemin à parcourir? Pourquoi faire des circuits quand on peut marcher droit?

K En résumé donc, nous affirmons qu'il est facile de recevoir le sang directement dans la seringue ; que évidemment par ce procédé on diminue les points de contact entre le sang et des corps métalliques; que Taction nuisible de Pair est enduite presque à rien, et les chances de coagulation de la fibrine diminuées le plus possible. ))

M. Sotteau a imaginé un appareil fort ingénieux tellement disposé, que le réservoir destiné à recueillir le sang est entouré d'eau chaude ; un corps de pompe placé au milieu du réservoir sert à injecter le sang dans les veines.

Un autre appareil plus ancien, puisqu'il remonte à Blundell, transmet plus directement encore le sang d'un sujet à un autre. 11 consiste en une tige élastique, munie d'un réservoir à robinet à l'une de ses extrémités, et d'une canule recourbée à angle droit, aussi munie d'un robinet à l'autre. Le réservoir est pourvu d'un crampon ou d'une vis destinée à le fixer à une chaise placée sur le lit, la canule se visse sur un bracelet placé au bras du patient.

(c L'appareil de M. Sotteau, dit M. Desgranges, qui n'est que celui de M. Blundell modifié, se compose de deux réservoirs concentriques ; l'extérieur contient de l'eau chaude ; l'intérieur est muni d'une petite pompe qui doit aspirer le sang accumulé dans ce réservoir et le chasser dans le système veineux. Pour préserver le sang du contact de l'air dans le réservoir intérieur, M. Sotteau a imaginé

d'y placer une rondelle de liège, à travers laquelle passe la pompe verticale, de façon qu'il y ait une espèce de couvercle qui s'élève au fur et à mesure que le sang s'accumule. Le sang arrive dans le réservoir par un petit tuyau dont l'extrémité libre, évasée en entonnoir, doit s'appliquer sur la saignée; il en sort par un autre conduit attenant, d'un côté, au corps de pompe, libre par l'autre extrémité que l'on peut ajuster à une canule préalablement introduite dans la veine. Quand le réservoir intérieur contient assez de sang, on fait jouer la pompe; mais on n'adapte le tuyau à la canule qu'après avoir chassé tout l'air du système et avoir vu le sang sortir. Ajoutons que deux soupapes mobiles en sens inverse donnent au sang un libre accès du réservoir à la pompe, delà pompe au dernier conduit, mais s'opposent à un cours rétrograde.

« M. Sotteau, quand il a décrit son appareil, ne l'avait point encore essayé, puisqu'il ne cite aucun fait et le propose uniquement à l'occasion de la transfusion pratiquée par M. Lane. Eh bien ! ainsi construit, cet appareil n'a pas tous les avantages que lui croit son auteur ; en réalité, il a tous les inconvénients de celui de Blundell. La portion évasée du tube ne peut s'appliquer directement sur la saignée ; une raison s'y oppose. La compression qu'exercerait cet entonnoir sur la veine, entre les capillaires et la saignée, suffirait au delà pour arrêter le jet de sang; il faudrait le tenir à distance du bras, et dès lors le sang n'étant plus préservé du contact de l'air,

ce premier avantage de Tappareil s'évanouit. Une autre raison que Ton pourrait faire valoir, c'est qu'à moins d'une saignée très-bien faite^ il est indispensable de diriger le jet du sang, de maintenir le parallélisme des incisions cutanée et veineuse. Or, avec un entonnoir appliqué sur l'ouverture, comment s'assurer que le sang coule bien, comment répondre qu'il ne bave pas le long du bras? La ron. délie de liège est inutile ou embarrassante. Si elle glisse à frottement très-léger contre la pompe et les parois du réservoir intérieur, on ne saurait prétendre qu'elle préserve le sang du contact de l'air, que tout accès soit fermé à ce fluide. Si l'on veut se faire une idée des précautions qu'il faut pour arrêter le gaz, il suffit de jeter un coup d'œil sur les machines industrielles où ce but est rempli. Si nous admettons que la rondelle glisse avec un certain frottement, il faudra de toute nécessité que le tube qui reçoit le sang de la saignée soit allongé, sinon la colonne de sang n'exercerait point une pression capable de la soulever. Donc la rondelle devient embarrassante, en ce qu'elle force à augmenter la longueur des tuyaux, à multiplier les surfaces inertes qui touchent le sang. En outre, plus les tuyaux sont longs, plus il est difficile de les maintenir à une bonne température; plus la coagulation ou l'altération du sang est possible, plus augmentent les chances de ne pouvoir conduire l'opération à bien. Pour injecter la quantité de sang voulue, un seul coup de piston ne suffit pas, le jeu des soupapes le prouve.

Or, qui nous répond que le piston, en remontant, ne laissera point passer autant d'air par en haut, qu'il aspire de sang par en bas. Pour qu'il en fut autrement, il faudrait un instrument parfait, ou bien une série de moyens accessoires beaucoup trop compliqués. A coup sûr, tout chirurgien prudent ne s'exposera pas à injecter, à plusieurs reprises, des quantités d'air presque égales à la masse du sang. Nous rejetons donc cet appareil d'une manière absolue; nous adoptons seulement la canule indépendante placée dans la veine. ):>

M. Bougard a imaginé et fait servir un appareil plus simple, meilleur incontestablement, quoique non exempt de tout reproche. Il consiste en une petite canule conique que l'on place d'avance dans la veine de la personne anémique. Le sang de la saignée tombe directement dans un récipient de forme triangulaire, afin d'éviter le tournoiement du liquide, et portant un tube élastique terminé à son extrémité libre par une ouverture simple qui s'adapte à la canule. Un petit robinet laisse au gré de l'opérateur le sang couler du récipient dans le tube. Tout le système est maintenu à une bonne température, au moyen de compresses imbibées d'eau chaude, et l'adaptation du tube à la canule ne doit avoir lieu qu'après l'expulsion de l'air.

Ainsi construit, cet appareil a réussi, mais il n'est point indispensable; il n'a même aucun avantage réel sur la seringue à hydrocèle. En outre, sans

abréger l'opération, il a pour inconvénient de multiplier les rapports entre le sang et les parois inertes, vu la longueur obligée du tuyau ; de laisser le sang à Pair tout le temps de Topération, ce qui n'est pas une condition à rechercher; enfin, et sans compter la difficulté plus grande qu'il y a de le manier, il exige que la personne qui fournit le sang soit plus élevée que celle qui le reçoit, sinon le liquide ne coulerait pas faute d'une pression suffisante. Cette remarque est sérieuse quand on songe que, pour prévenir la syncope, qui couperait court à l'opération, il est prudent, nécessaire même de faire asseoir la personne qui doit être saignée, et que le bras d'une personne assise n'est guère qu'à la hauteur d'un lit.

La plupart de ces reproches ne sont pas applicablesà la seringue que construisit et 1855 M. Mathieu, sur les conseils du professeur Pajot.

C'est une seringue dont le corps de pompe est en cristal très-fort de parois; les deux extrémités sont en métal et reliées entre elles par deux tringles latérales au corps de pompe, munies d'une graduation qui donne la mesure du liquide contenu. A l'extrémité du corps de pompe voisine de la poignée, est monté un entonnoir sur un collet à frottement, qui communique avec l'intérieur de la pompe. Un trou sur le môme collet est destiné à laisser une sortie libre à l'air, lorsque le sang du sujet transfusant pénètre dans la seringue

par Tentonnoir; aussitôt que Tinstrument est chargé, on fait exécuter un petit mouvement de rotation au collet, et ces deux communications sont interceptées; on pousse alors le piston en tenant Finstrument dans la position verticale; de cette manière on le purge d'air à Finstant même; puis aussitôt on place la canule dans un petit tube en ivoire qu'on a préalablement placé dans la veine, et qui sert de conducteur au liquide injecté.

Cependant, en 1863, M. Moncoq faisait construire son appareil à entonnoir latéral.

Ce n'est, on va le voir, en réalité qu'une modification de son appareil précédent. Le tube et Faiguille de sortie restent les mômes. Il n'y a pas non plus de différence dans la partie moyenne, dans le cœur en cristal intermédiaire aux deu«x sujets, qui est, on peut le dire, la partie importante de Fappareil II n'y a de différence que dans le mode d'entrée du sang dans le cœur en cristal, dans la partie moyenne.

L'entonnoir, qui est destiné à recevoir le sang à transfuser, doit être en cristal un peu fort. On comprend que, dans cet entonnoir, le sang tombera en filet, et qu'il n'en faudra qu'une petite quantité hors des vaisseaux pour remphr le fond de ce vase. Cet entonnoir étant d'ailleurs parfaitement transparent, on juge facilement du niveau du sang et de sa parfaite liquidité. Son entrée par la valvule dans le cœur en cristal se fait de la même façon que

dans rappareil décrit plus haut, en faisant le diastole par Télévation du piston. La sortie du sang se fait aussi de la même façon, en faisant la systole par rabaissement du piston, La première systole a pour effet de chasser l'air par une valvule de sortie et bientôt par Faiguille. Dès que le liquide sort par Faiguille, Fappareil est amorcé et plein de liquide.

La tige du piston est d'ailleurs graduée, et perniet toujours de peser le sang à son passage.

En jetant les yeux sur cet appareil, il est facile de se rendre compte des avantages qu'il présente pour la transfusion médiate ; il est important d'appuyer sur ces considérations :

1° L'introduction de l'air est impossible dans la veine du sujet qui doit recevoir le sang, parce que l'opérateur juge parfaitement duniveau liquide dans l'entonnoir latéral et peut s'arrêter quand il veut, et aussi parce que le piston gradué n'est jamais descendu jusqu'au bas du cylindre en cristal.

2" Enfin cet appareil à entonnoir latéral, aux avantages précédents, joint encore celui-ci qui est immense, c'est que le trajet entre les deux sujets peut être très-court.

Par conséquent, on a les deux grands avantages désirables pour une bonne transfusion : on évite, à coup sûr, l'introduction de l'air par la façon dont on manœuvre le piston qu'on n'abaisse pas complètement ; et on évite la coagulation du sang par le court trajet qui sépare l'entrée du sang de sa sortie de l'appareil, par l'instantanéité du passage.

Il y avait un an que ce nouveau perfectionnement de M. Moncoq avait été présenté au monde scientifique, quand M. Mathieu construisit un nouvel appareil (fîg. 7.)

Fig. 7.

Il se compose d'un corps de pompe renversé H surmonté d'un entonnoir A, à la partie inférieure, le piston perforé dans toute sa longueur communique à un tube élastique E, portant à son extrémité un petit ajutage F destiné à pénétrer dans la canule du petit trocart G qui est préalablement placé dans la veine.

Le jeu de cet appareil est facile a comprendre. Le sang fourni est reçu dans Fentonnoir ; en fai-

sant mouvoir le piston moyen de la clef B, est chassé dans le corps de pompe et passe naturellement dans la tige creuse du piston pour arriver à la canule F dans la veine de celui qui le reçoit.

Nous nous appesantirions davantage sur les imperfections de cet appareil, si son inventeur ne l'avait tout dernièrement remplacé par un autre (fîg. 8).

Fip:..8.

Ce dernier est une combinaison du premier appareil de Mathieu et du précédent. Le piston se trouve, au moyen d'un mécanisme ingénieux, remplacé par une boule en caoutchouc qui, par un système de soupape, fait passer le sang de l'enton-

noir A clans le corps de pompe F. Quand la quantité de sang réunie dans l'entonnoir est épuisée, le tube B, muni de valvules à anche, fait entendre un sifflement avertisseur caractéristique.

Le seul reproche que nous ferons à cet instrument, c'est de renfermer trop de pièces en caoutchouc susceptibles de s'altérer.

Les instruments construits par M. Gollin nous paraissent à l'abri de ce genre de reproche. Le premier modèle adopté par le corps de santé pour

Fig. 9.

le service des armées, se manœuvre de la façon suivante (fig. 9) :

1" Placer le récipient sous la saignée de la personne qui offre son sang;

2° Passer l'index de la main gauche dans Panneau A;

3° La barrette qui porte le nom de Tinventeur étant placée en haut, aspirer du sang jusqu'à moitié du corps de pompe, ensuite le chasser brusquement pour faire disparaître l'air ;

4" On remplit l'appareil en tirant le piston jusqu'au haut de sa course;

5° Imprimer au piston une torsion de gauche à droite pour fermer le tube d'arrivée et ouvrir celui de sortie ;

6° Pousser doucement le piston pour faire passer le sang dans le bras du malade;

1" Imprimer au piston une torsion de droite à gauche (en sens inverse de la première), pour remettre le corps de pompe en communication avec le récipient et permettre d'aspirer de nouveau.

Il faut continuer cette manœuvre jusqu'à ce que la quantité de sang injectée soit jugée suffisante, le corps de pompe contient 10 grammes de liquide.

Un ressort fixé à l'extrémité manuelle du corps de pompe retient le piston lorsqu'il est tiré, puis, quand il est poussé, pour empêcher les fausses manœuvres.

Pour mettre l'appareil en communication avec le bras du malade :

1° Le trocart de l'instrument est plongé de bas en haut dans la veine;

2° La tige pointue du trocart est retirée et rem-

placée par une tige mousse qui forme embout avec la canule et permet de faire pénétrer cette dernière plus profondément sans léser les parois de la veine ;

3" Le tube de caoutchouc étant purgé d'air, on place la canule qui le termine dans celle du trocart, où elle s'ajuste à frottement; puis, en suivant les indications données plus haut, on pratique la transfusion .

La transfusion de bras à bras peut être faite avec cet appareil en remplaçant le récipient par un second tube de caoutchouc.

Cet appareil fonctionne sans robinets et sans les soupapes qui, parfois, sont infidèles au milieu d'une opération, et que, dans tous les cas, on est obligé de changer pour chaque transfusion; étant construit en métal et en cristal, il peut durer un grand nombre d'années sans s'altérer.

Le deuxième modèle de M. Collin se compose : 1° d'une cuvette; 2" d'un corps de pompe; 3" d'une chambre de distribution; 4" d'un tube; 5° d'un trocart. (Fig. 10.)

La cuvette, dont la capacité est d'environ 300 grammes de sang, a la forme d'un entonnoir évasé, à parois rentrantes et arrondies : la profondeur en est de 10 centimètres 1/2, le diamètre le plus large de 15 centimètres. Elle est en métal mince, nickellé; c'est elle que saisit la main gau-

che de l'opérateur, de telle sorte que le sang qu'elle contient n'est exposé à aucune des oscillations qui pourraient en provoquer ou en activer la coagulation.

Le corps de pompe est construit dans des coaditions de simplicité exceptionnelles. C'est un tube de verre régulièrement calibré de 8 centimètres de long, muni à ses deux extrémités de deux armatures métalliques qui en assurent la solidité et qui ne sont en aucune circonstance en contact avec le

Fiff. 10.

sang. Sa circonférence extérieure est de 8 centimètres. Sa capacité est exactement de 10 centimètres cubes. Le piston, également fort simple, plein, à frottement doux dans le corps de pompe, est

construit de façon à présenter au liquide sanguin une surface parfaitement régulière.

Chambre de distribution. Le sang est aspiré de la cuvette dans la pompe, et refoulé de la pompe dans le tube sans avoir eu à subir le contact d'aucune soupape. L'expérience a démontré que toute soupape ou valvule, en multipliant les surfaces de contact et en présentant au sang des bords et des arêtes, a pour effet de produire la coagulation du sang. Le but de la chambre de distribution est précisément de rendre impossible cette cause de coagulation. Elle est constituée sur un espace cylindrique situé dans la continuation de Taxe de la cuvette et communiquant, par trois ouvertures égales, avec la cuvette, avec la pompe, avec le tube de transfusion; elle contient une bille sphérique, régulière, en caoutchouc durci, ou creuse en aluminium, dont la densité a été calculée et reconnue pour être inférieure à la densité du sang (1,035).

Cette boule flotte donc sur le sang de la chambre. Au moment de V aspiration du piston, le sang en descendant dans le corps de pompe la déplace, mais elle reprend aussitôt sa position première; pendant la foulée elle empêche le sang de rentrer dans la cuvette; le sang ne peut que suivre la voie du tube de transfusion.

Ce mécanisme offre un avantage autrement sérieux que celui de la simplicité : il rend impossible, quoi qu'on fasse, la propulsion de fair dans la veine. On comprend aisément que, puisque la

boule ne joue le rôle de soupape qu'à la condition qu'elle flotte, dès que la cuvette, et par conséquent la chambre de distribution qui n'en est à proprement parler que le fond, seront vides de sang, la boule tombera d'elle-même dans la partie inférieure et s'appliquera automatiquement sur l'orifice du tube transfuseur. La pompe pourra aspirer de l'air, mais elle le refoulera par la seule voie qui soit libre : l'ouverture de la cuvette. La boule qui^ tant que l'appareil était chargé de sang, empêchait le reflux du sang dans la cuvette, empêche, dès que l'appareil est vide, le reflux de l'air dans les veines.

Ce résultat est obtenu par l'utilisation d'une force plus constante que la soupape et les valvules, une force invariable : la pesanteur.

Le tube et le trocart ne diffèrent pas de ceux qui faisaient partie de divers modèles que nous avons exécutés avant de nous arrêter à celui-ci.

Ce transfuseur a été présenté à l'Académie de médecine (séance du 8 décembre 1874) par M. le professeur Béhier, avec la note suivante que nous empruntons aux comptes-rendus :

ce L'opération de la transfusion présente deux ordres de dangers dont la gravité a jusqu'ici entravé les tentatives des médecins : 1° formation et projection de caillots; 2° introduction de l'air dans les veines; le premier de ces dangers semble avoir été rendu impossible par la disposition du transfuseur que M. Collin présentait il y a six mois

à la Société de chirurgie : la suppression des soupapes et des robinets, Tabsence du caoutchouc, rendaient Topération facile et inoffensive, comme Texpérience Ta démontré d'ailleurs. Restait le danger de Fintroduction de l'air; avec de l'attention sans doute on l'évitait. M. Collin s'est efforcé de rendre ces accidents indépendants d'une fausse manœuvre opératoire, l'instrument qu'il présente empêche automatiquement l'introduction de l'air dans les veines. Le sang propulsé remplit une chambre ou réservoir incessamment renouvelé; un flotteur, fait de substance inaltérable, s'abaisse dès que le liquide est épuisé. Ce flotteur., plus léger que le sang et plus lourd que l'air, reste au-dessus du tube de dépense et s'oppose au passage de Fair qui s'échappe toujours, quoi qu'on fasse, par Forifice supérieur. »

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