‹ De la transfusion du sangChapitre 7 sur 22 · EXAMEN DES CONDITIONS VARIABLES DE L'EXPÉRIMENTATION · texte numérisé non relu

EXAMEN DES CONDITIONS VARIABLES DE L'EXPÉRIMENTATION

Nous venons d'examiner les principales conditions qui font varier les résultats de la transfusion opérée dans la série animale ; mais, pour ne pas embarrasser le récit déjà trop long des faits expérimentaux, que de détails n'avons-nous pas dû passer sous silence! Le moment est venu de pousser plus avant notre analyse et d'exposer les points spéciaux qui compliquent ces expériences.

Les moyens mécaniques de la transfusion, l'état du sang, l'état du sujet, telle est la division que nous croyons devoir introduire dans cette étude.

qui nous permettra de chercher, dans le cours de ce chapitre, la théorie physiologique de la transfusion.

§ 1. Moyen mécanique de la transfusion.

Je n'ai pas l'intention de décrire ici les appareils employés pour pratiquer la transfusion ; ce que je veux établir, c'est l'importance de la distinction des méthodes dans l'examen des données de l'expérience. Ces méthodes sont au nombre de deux, l'immédiate et la médiate.

a). TRANSFUSION IMMÉDIATE OU DIRECTE.

(( Ces deux nœuds estant faits, écrit Richard Lower, en décrivant le manuel de son opération, ouvrez l'artère et mettez dedans un petit tuyeau de plume, et liez avec les deux fils l'artère bien serrée, etc. » Et plus loin : « Faites une incision dans la veine et y fourrez deux tuyeaux, l'un dans sa partie inférieure, pour recevoir le sang de l'autre animal et le porter au cœur, et l'autre tuyeau dans la partie supérieure qui vient de la teste, par lequel le sang du second chien puisse couler dans les plats... Après cela, débouchez le tuyeau qui descend dans la veine jugulaire du premier chien, et l'autre tuyeau qui sort de l'artère de l'autre chien, et par le moyen de deux ou trois autres tuyeaux, suivant qu'il en sera besoin, joignezles l'un à l'autre, puis lâchez le nœud coulant, etc. »

Telle est, dans toute sa simplicité, la manière de faire passer immédiatement le sang d'un animal dans un autre ; c'est le procédé employé par beaucoup d'auteurs, il présente l'avantage de fournir à l'animal le fluide nourricier de l'autre dans toute son intégrité. Là, pas de contact du liquide avec l'air, pas de crainte de coagulation, partant, pas de défibrination.

1° Injection du sang avec tous ses principes ;

2" Injection instantanée, de façon à éviter à coup sûr la coagulation et la mort du sang ;

3° Injection successive et par petite ondée sanguine, imitant le cœur lui-même, qui ne l'envoie aux organes que par petite quantité à la fois, et non brusquement et en masse considérable ;

4° Injection à l'abri de l'air atmosphérique, de façon que rien ne puisse être ajouté au sang à transfuser, qu'il ne puisse perdre aucun principe volatil.

Et pourtant, les résultats expérimentaux ne se sont pas toujours prononcés en faveur de cette méthode.

Diefîenbach a pratiqué onze fois la tranfusion immédiate. Je ne citerai qu'une seule de ces expériences, toutes les autres étant semblables pour le procédé suivi et les résultats obtenus.

Expérience. — Il ouvrit la carotide à un petit chien, et laissa couler le sang jusqu'à ce que l'animal ne donnât plus aucun signe de vie. Cet état de mort apparente fut précédé de convulsions violentes ; pendant les accidents nerveux, la pupille

— lusse dilata et se contracta alternativement, jusqu'à ce qu'elle restât complètement et largement immobile. A ce moment, la veine jugulaire fut ouverte.

Un tube étant alors placé dans la carotide du premier et dans la jugulaire de l'autre, le sang passa dans la veine de ce dernier. Le chien parut d'abord respirer mieux, mais il ne survécut pas.

Pratiquée sur six chiens, deux chats, une vieille brebis, un veau et un taureau, cette expérience fut suivie de mort chez trois chiens, un chat et un taureau. Tous ces animaux périrent plus ou moins promptement. Les trois autres chiens, un chat, la brebis et le veau, se rétablirent peu à peu, et recouvrèrent le santé au bout d'un temps variable, depuis quelques heures jusqu'à trois jours.

La transfusion immédiate peut donc quelquefois sauver la vie, dit Dieffenbach ; mais, même dans les cas heureux, elle n'est pas sans danger.

Ces faits, en contradiction avec les plus logiques inductions, étaient évidemment entachés de quelque vice originel. C'est à M. Oré que revient Fhonneur de Favoir prouvé, et par le raisonnement, et par Fexpérience.

Faut-il accuser la transfusion immédiate de ces revers, ou bien la manière dont elle a été pratiquée? Si Fon réfléchit, on ne tardera pas à s'apercevoir que le tube intermédiaire employé par Diefl^enbach est essentiellement défectueux. Pour établir un trait d'union entre les animaux, ce tube devait avoir une certaine longueur, et par conséquent contenir une assez grande quantité d'aivo Or, le sang n'a pu passer d'un animal dans Fautre, sans pousser devant lui Fair renfermé dans le tube. Les expériences d'Oré ont appris, il est vrai, qu'une proportion mi-

îiime de ce gaz peut circuler dans Fappareil vasculaire sans compromettre immédiatement la vie d'un animal; mais cela n'est possible que lorsque Fanimal na pas été préalablement épuisé par une forte hémorrhagie; il n'en est plus ainsi lorsque cette dernière circonstance se produit. Les pertes de sang diminuent les mouvements du cœur; elles les affaiblissent et les ralentissent beaucoup. Que de Pair, même en petite quantité, arrive dans les cavités droites et les distende, la mort n'arrivera pas toujours, mais elle se manifestera souvent, surtout si les animaux sont de petite taille. Aussi, loin d'accepter les reproches qUe Dieffenbacli adresse à la transfusion immédiate, a-t-on démontré, à l'aide des faits, que ce procédé est préférable à tous les autres.

Ces faits, je ne ferai ici que les rappeler; sans remonter bien haut, sans faire appel aux expériences des physiologistes du xvii'' siècle, qui, pendant quelque temps, eurent tous recours à la transfusion immédiate, nous renverrons à celles que M. Oré a pratiquées dans le laboratoire de M. Longet, et à celles de M. Moncoq, à Alfort. Ce dernier auteur soumit, en effet, plusieurs fois les animaux à la transfusion au moyen d'un appareil réalisant sutfisamment le procédé immédiat.

h). TRANSFUSION MÉDIATE OU INDIRECTE.

Les auteurs qui n'ont pas adopté la transfusion immédiate, se sont prononcés en faveur de la transfusion médiate, c'est-à-dire faite au moyen d'instruments, de seringues, de canules ne constituant pas un système non interrompu entre les deux circulations à réunir.

Blundell a fait avec du sang non défibriné des expériences de transfusion médiate. 11 s'est servi d'une seringue à injection. La première question qu'il s'est posée est celle de savoir si le passage du sang par la seringue ne le rend pas impropre à ranimer les fonctions.

!'■•' expérience. — La veine fémorale ayant été mise à découvert sur un chien, le chirurgien introduisit dans l'artère un tube avec lequel il tira en deux minutes 8 onces de sang à l'animal.

Les symptômes les plus alarmants se montrèrent bientôt : difficulté dans la respiration, convulsions, profond évanouissement marqué par l'arrêt de la circulation, par la perte de la sensibilité, par un relâchement complet des muscles abdominaux.

Après quelques secondes, 6 onces de sang furent prises dans l'artère fémorale d'un autre chien et injectées dans la veine. L'animal se ranima, la respiration redevint régulière, et la sensibilité se rétablit. Cette résurrection fut si complète, que l'animal parut se réveiller plutôt que sortir d'un état de mort apparente.

2® expérience. — La veine fémorale d'un chien fut mise à découvert; un tuyau y fut introduit, ainsi que dans l'artère ;

à mesure que le sang s'échappant de ce dernier vaisseau tombait dans un vase, il fut de suite introduit dans la veine.

Cette opération fut continuée pendant vingt- quatre minutes, et le chien n'en parut pas incommodé. Or, pour que cette expérience ait été prolongée pendant vingt-quatre minutes, il faut, dit Blundell, que te même sang ait passé plusieurs fois par les instruments.

De ces deux expériences, il conclut que le sang peut être transmis par la seringue, et cela à plusieurs reprises, sans devenir impropre aux fonctions vitales.

On peut donc accepter comme démontré : que le passage du sang dans une seringue à injection ne l'empêche pas de conserver ses propriétés régénératrices. Aucun expérimentateur ne le niera ; mais ce qui est plus contestable, c'est que le sang ait pu, pendant vingt-quatre minutes, et cela à plusieurs reprises, passer par la seringue, sans perdre les qualités qui sont indispensables pour que la transfusion soit exécutable. Nous signalerons bientôt les faits sur lesquels reposent ces doutes.

Telles sont les deux méthodes en présence. Essayerons-nous de les comparer? Ces faits, tirés de Texpérimentation animale, ne nous le permettent pas encore. Théoriquement, la supériorité appartient sans conteste à la transfusion immédiate. Nous verrons plus loin de quelles complications inattendues les exigences de la pratique sont venues obscurcir ce problème.

§ 2. État du sang.

a). ARTÉRIEL OU VEINEUX.

Le sang artériel contieDt plus d'oxygène et moins d'acide carbonique que le sang veineux. L'azote semble aussi en plus grande quantité dans le sang artériel où, d'ailleurs, sa proportion est toujours faible. Il faut ajouter que les gaz contenus dans le sang, y sont à la fois à l'état de combinaison pour une part, et à l'état de liberté pour une autre proportion.

C'est à la présence du gaz oxygène que le sang artériel doit sa coloration rouge vermeil, et c'est à l'acide carbonique que le sang veineux doit sa couleur rouge-brun.

Le sang artériel est plus riche en fibrine et en globules. L'albumine se trouve dans les deux sangs à peu près dans les mêmes proportions.

L'eau semble en plus grande proportion dans le sang veineux. Le sang artériel est plus riche en sels inorganiques.

Le sang artériel offre plus de tendance à se coaguler que le sang veineux, et son caillot est plus volumineux; ce qui s'explique par sa proportion plus grande de fibrine et de globules.

Ces différences connues, la solution théorique de la question ne saurait être douteuse. Le sang artériel est le plus propre à ranimer un animal ex-

sanguifié ou seulement anémié. Voyons ce qu'a répondu l'expérience.

Les premiers transfuseurs injectaient du sang artériel en mettant en communication, au moyen d'un tube, la carotide d'un animal avec la jugulaire de Fautre. Les résultats furent le plus souvent heureux; mais un point à ne pas oublier, c'est que le sang que l'on injecte dans les organes d'un animal en état de mort apparente doit être non-seulement vivificateur, mais encore excitateur. Sous ce dernier rapport, le sang noir jouit, s'il faut en croire Brown - Séquard , de propriétés incontestables. (c Le sang rouge, dit-il, donne aux tissus la faculté d'agir, la puissance; le sang noir engendre l'action, met en œuvre cette puissance. Les effets stimulants de ce dernier seraient dus à l'acide carbonique. C'est sous l'influence de cet acide que les fibres musculaires du cœur entreraient en contraction. Du reste, que l'on ne soit pas effrayé par les dangers de l'introduction d'une quantité considérable de sang chargé d'acide carbonique dans l'économie. Ce n'est, en effet, que dans les premiers instants de l'opération qu'il peut agir en tant que sang veineux, car ce n'est qu'après avoir traversé les poumons qu'il est propre à ranimer la vie prête à s'éteindre. Poussé dans le cœur, il excite d'abord cet organe, qui se contracte et le chasse dans les poumons, où, sous l'influence de l'air, il devient du sang artériel. »

Ce serait une erreur que d'exagérer le rôle de

Foxygène dans la résurrection des animaux transfusés. Ce qui agit, ce n'est pas Foxygène seul, c'est le globule. « Dans certaines expériences de transfusion, il a été constaté, dit Longet(l), que Fintégrité des globules était nécessaire pour que le sang pût régénérer les propriétés vitales des différents tissus; il a pu paraître vraisemblable que cela a dépendu, au moins en partie, de ce que les globules altérés ne portaient pas autant d'oxygène aux tissus que les globules normaux. Il est dès lors permis de se demander, ajoute cet auteur, si du sérum qu'on aurait artificiellement chargé d'oxygène ne posséderait pas, dans la transfusion, un pouvoir vivifiant analogue à celui des globules qui renferment naturellement ce fluide. Je ne sache pas que cette expérience ait été faite jusqu'à présent. » M. Longet est dans Ferreur, cette expérience a été pratiquée : du sérum a été agité dans une atmosphère artificielle d'oxygène, puis injecté dans les vaisseaux d'un animal exsangue qui ne se ranima pas. De son côté, M. Bert s'est demandé si une dissolution d'hémoglobine oxygénée est capable, au point de vue du rappel à la vie, de jouer le même rôle que le sang lui-même. Ayant saigné un chien de façon qu'il fût près de la mort, il lui injecta dans la jugulaire une solution d'hémoglobine. Il y eut, pendant quelques instants, une apparence d'amélioration; mais bientôt les phénomènes reprirent leur cours,

(1) Longet, Traité de physiologie, 2^ vol., page 37.

et, dit M. Paul Bert, la mort survint plus vite même, ce semble, que si aucune injection n'avait été faite.

Puisque le sérum seul ou oxygéné, puisque Ftiémoglobine sont impuissants à entretenir la vie, la partie véritablement active dans le fluide injecté et qui ranime est donc le globule , le globule dans son intégrité anatomique et physiologique, c'est-àdire pourvu de tous ses éléments solides, liquides et gazeux.

Qu'il nous soit permis, en terminant ces considérations sur la nature du sang, de faire remarquer que, rinjection étant le plus souvent faite dans une veine, il n'est peut-être pas indifl^érent de lancer, dans les canaux à sang noir, le fluide artériel extrait d'une carotide. L'excitant naturel des veines, des cavités du cœur droit, est le sang veineux, noir, carbonique, et non le sang rouge, artériel, oxygéné.

Aussi bon nombre d'auteurs préfèrent-ils, à la transfusion artério-veiiieuse, la veino-veineuse, qui n'est point passible des mêmes objections. Je ne puis pas étudier ici la veino-artérieuse ; trop peu d'expérimentateurs y ont eu recours. Et quand à la transfusion artério-artérieuse, telle que l'a étudiée M. Guérin, ce n'est plus une transfusion, c'est une communication absolue, intime, entre deux circulations; et les caractères en sont tellement particuliers, qu'elle ne nous semble pas rentrer directement dans le cadre qui nous est tracé.

b). TEMPÉRATURE DU SANG.

Un des obstacles de la transfusion est la coagulation du sang. Il est donc nécessaire d'étudier d'abord le degré de température qui favorise ou retarde la coagulation ; puis de faire des. expériences de transfusion avec du sang amené à la température qui convient le mieux pour éviter la coagulation.

Dans les deux cents observations, écrit Nicolas, que nous avons sous les yeux, d'opérations faites soit sur les animaux, soit sur Thomme, nous voyons que toutes les précautions possibles ont été prises pour empêcher la coagulation. Les expérimentateurs pensaient que la principale cause de la coagulation du sang était l'abaissement de la température; aussi s'efforçaient-ils de prévenir le refroidissement du sang. Pour atteindre ce but, tantôt on a fait passer le sang directement d'un animal dans l'autre ;, au moyen de tubes; tantôt on a reçu le sang dans une seringue chauffée et rapidement opéré la transfusion. Cette pratique semble erronée. Par la chaleur on hâte la coagulation, par le froid on la retarde, et le froid n'enlève pas au sang ses propriétés vivifiantes : voilà ce qu'il s'agit de démontrer. M. Malgaigne avait d'ailleurs déjà formulé clairement sa manière de voir sur ce sujet. « Aujourd'hui, dit-il, on recommande généralement de recevoir le sang tiré de la veine dans un

vase chauffé au bain-marie, ou autrement, à une température de 25 à 30 degrés, et Ton fait chauffer également la seringue. Or, c'est là un premier exemple des erreurs pratiques entretenues par de fausses notions sur la coagulation du sang, et Ton va voir qu'au lieu, de prévenir la coagulation, la chaleur la favorise. »

Voici, toujours d'après Nicolas, les résultats obtenus par quelques observateurs sur le temps que met le sang à se coaguler, suivant le degré de température auquel il est exposé.

J. Hunter (1) plaça 3 onces (83 gr. 5; de sang, tirées à un jeune homme, dans de l'eau chauffée à 120 degrés F. (53%56 c.) ; la coagulation complète se fit en cinq minutes. 3 onces (85 gr. 5) de sang, tirées au même sujet, et placées dans de l'eau à 48 degrés F. (8°,89 c), ne commencèrent à se coaguler qu'au bout de vingt minutes, et, cinq minutes après, la coagulation n'était pas achevée.

Blundell (2) mit dans un verre conique, et abandonna à la température ambiante moyenne 3 drams (3 gr. 31) de sang pris à un chien; la coagulation commença après dix secondes, et elle fut complète en quatre-vingts. Quelques drams de sang veineux, tirés du bras d'une jeune fille, furent laissés à la température ordinaire; la coagulation commença sur les bords du vase, soixante secondes après la

(1) Œuvres complètes, t. I, p. 100.

(2) Loc. cit., p. 129.

sortie de la veine ; cinq ou six minutes après, elle était complète.

Scudamore (1) divisa en trois parties du sang enlevé à un individu bien portant. La première, abandonnée dans une chambre à la température ambiante, se coagula en cinq minutes. La seconde, chaufFée à 120 degrés F. (48°, 9 c), fut coagulée en moins de trois minutes; la troisième, soumise à un mélange réfrigérant, descendit à 40 degrés F. (4% 44 c.) ; au bout de vingt minutes, elle était parfaitement liquide ; dix heures après, la coagulation n'était pas entièrement complète.

J. Davy (2) porta une certaine quantité de sang à 32 degrés F. (0° c); il le vit rester liquide plus d'une heure. La température ayant été encore un peu abaissée, le sang se gela. Après être resté une heure dans cet état, il se dégela, et reprit sa fluidité.

Je citerai maintenant quelques expériences faites dans ce sens sur du sang de lapin.

1° Dans un appartement, dit Nicolas, dont la température était de 16 degrés centigrades, 20 centimètres cubes de sang furent coagulés complètement en dix minutes.

2° 12 centimètres cubes de sang, conservés à la même température de 16 degrés centigrades, furent coagulés en six minutes.

3° 20 centimètres cubes de sang, recueillis dans un ^vase

(1) Essayon the blond, p. 19; 1824.

(2) Observations on the coagulation of the blood [Edinburg med. and surg.journ., t. XXX, p. 231 ; 1828).

— la —

chauffé à 48 degrés centigrades, ont été coagulés en quatre minutes.

4° La température ambiante étant de 14 degrés centigrades, je plaçai 40 centimètres cubes de sang dans un vase contenant de l'eau à 12 degrés centigrades. Au bout de dix minutes, l'équilibre de température s'était établi entre le sang et l'eau; vingt minutes après, légère coagulation sur les bords du vase ; trente minutes après la sortie du sang de l'artère, coagulation de 2 millimètres sur les bords du vase, de 4 millimètres au bout de trente-cinq minutes ; enfin, après quarante minutes, coagulation complète.

5° Température ambiante, 16 degrés centigrades. Je mis 45 centimètres cubes de sang artériel dans un vase contenant de l'eau à 9 degrés centigrades. Après dix-sept minutes, la coagulation n'était pas commencée. Au bout de vingt-huit minutes, j'ai garni une seringue pour faire la transfusion, seulement les parois du vase étaient recouvertes d'un léger dépôt de sang coagulé, et tout à fait au fond du vase, qui avait une forme conique, se trouvait un petit caillot du volume d'un centimètre cube.

6° Température ambiante, 16 degrés centigrades, oo centimètres cubes de sang sont amenés à la température de 8 degrés centigrades. Une heure s'est écoulée avant que la coagulation fût complète .

7" Température ambiante, 13 degrés centigrades. 60 centimètres cubes de sang sont placés dans un vase à 8 degrés centigrades. Une heure après, la coagulation n'est pas complète. Sur les bords du vase, il y a un dépôt de 3 millimètres de sang coagulé, et il reste au miheu un espace conique oii le sang est entièrement liquide.

Je crois qu'il n'est pas nécessaire de citer un plus grand nombre d'observations; toutes celles qui ont été faites ont donné les mêmes résultats ; entin le sang dont la coagulation a été retardée par le froid ne semble pas, observé au microscope, offrir de déformation dans ses globules.

Pour conclure, disons avec M. Malgaigne (1) : « Ce n'est donc pas le refroidissement qui amène la coagulation du sang, tout au contraire : et lorsque Ton voudra tenter la transfusion, on saura désormais que. pour le maintenir liquide, le mieux est de faire refroidir le vase et la seringue. »

11 nous reste à compléter cette étude par Texpérimentation, et à rapporter les expériences de transfusion opérées avec du sang refroidi.

Expérience. — Sur un gros lapin, l'artère carotide a été ouverte, et on a laissé couler le sang jusqu'à ce que les battements du cœur et les mouvements respiratoires se soient arrêtés. La température était considérablement diminuée, les pupilles étaient dilatées. L'animal avait perdu 60 centimètres cubes de sang. Six minutes après la fin de Thémorrhagie, j'ai injecté dans la veine jugulaire 10 centimètres cubes de sangartériel, pris à un autre lapin, et amenés à la température de 8 degrés centigrades. L'injection a duré cinq minutes. Deux minutes après l'opération, quelques mouvements respiratoires, lents, faibles, et un léger frémissement à la région précordiale se sont manifestés. Au bout de six minutes, l'animal est délié, il marche avec peine; la température reste basse, le cœur bat faiblement. Douze minutes après, les battements du cœur sont ' toujours faibles, mais ils sont très-précipités. Après trente minutes, les battements du cœur sont bien sensibles, moins précipités, plus rapprochés du type normal. Enfin, une heure et demie après l'opération, l'animal marche et prend des aliments ; les mouvements respiratoires, la circulation, la température, sont comme dans l'état normal (Nicolas).

Expérience. — A un gros lapin j'ai enlevé oo centimètres cubes de sang. A la fin de l'hémorrhagie, cet animal, après avoir fait quelques mouvements et poussé quelques cris, est

(1) Loo. cit., p. 482.

tombé dans un état de syncope très-complet : pas de battements de cœur, pas même un léger frémissement; respiration entièrement supprimée. 11 était dans cet état depuis sept minutes, lorsque j'ai commencé à lui injecter du sang artériel pris à un autre lapin, 10 centimètres cubes de sang à 8 degrés centigrades ont été poussés dans sa veine jugulaire : l'injection a duré cinq minutes. Une demi-minute après l'opération, quelques légers mouvements respiratoires se sont manifestés. En comptant à partir du moment où l'injection a été terminée, voici la succession des phénomènes que ce lapin a présentés. Une minute après, léger frémissement à la région précordiale. Au bout de quatre minutes, les mouvements respiratoires sont bien établis, mais la température ne s'élève pas; l'animal, délié après cinq minutes, a fait quelques légers mouvements. Après dix minutes, battements de cœur faibles, mais cependant bien sensibles ; ils sont très-précipités. Vingt minutes après l'injection, les battements du cœur sont très-sensibles et moins précipités ; la chaleur s'est élevée, mais elle est encore inférieure à la température normale. Peu à peu les phénomènes respiratoires et circulatoires se sont bien établis, et deux heures après l'opération toutes les fonctions de la vie s'accomplissaient régulièrement. L'animai était assez vif, il prenait des aliments, et fuyait lorsqu'on l'approchait (Nicolas).

Expérience. — J'ai retiré à un lapin de taille ordinaire 30 centimètres cubes de sang. L'hémorrhagie a été arrêtée lorsque des mouvements convulsifs se sont montrés et quand les battements du cœur et la respiration se sont suspendus. L'hémorrhagie était terminée depuis cinq minutes, lorsque je lui ai injecté dans la veine jugulaire 10 centimètres cubes de sang artériel pris à un autre lapin et amenés à la température de 9 degrés centigrades. Pendant l'injection, qui a duré trois minutes, la température s'est abaissée un instant, puis elle a commencé à s'élever, pour arriver jusqu'à la température normale. Une minute après l'opération, les battements du cœur sont à peine sensibles et les mouvements respiratoires peu apparents. Au bout de dix minutes, battements du cœur bien sensibles, mais très-précipités. Vingt minutes après l'opé-

ration, les battements du cœur, les mouvements respiratoires la chaleur, sont comme dans l'état normal (Nicolas).

Expériences. — Trois chiens ayant été réduits à un état voisin de la mort, par suite d'une piqûre de la carotide, je leur ai transfusé 100 grammes de sang dont la température était tombée à 6 degrés. Ces trois chiens ont été ramenés à la vie. Le même résultat a été obtenu chez un lapin (Oré,\

Tous commentaires seraient inutiles. Ces expériences offrent un grand intérêt, elles démontrent avec évidence :

1° Qu'il n'est point nécessaire que le sang injecté soit à la température du corps;

2° Que son refroidissement facilite l'opération en retardant sa coagulation.

c). PRÉSENCE DE l'aIR DANS LE SANG.

Son influence peut s'exercer de deux façons : 1° par le contact plus ou moins prolongé; 2° par le mélange de ces deux fluides.

C'est M. Oré qui s'est chargé de résoudre la première question, celle du contact. Les anciens auteurs avaient, à plusieurs reprises, tenté de se rendre compte de ce que devient le sang après son séjour plus ou moins prolongé à l'air libre. C'est ainsi que nous avons vu Dieffenbach infuser du sang sorti des vaisseaux depuis un temps quelquefois assez considérable, 50 ou 60 heures, par exemple. Toutefois, aucune conclusion réellement scientifique n'avait été tirée de ces essais isolés.

— 1^8 — Les expériences d'Oré remontent à 1866. Elles furent répétées assez souvent pour qu'on puisse les accepter comme des faits absolument démontrés. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire textuellement la plus concluante.

Expérience. — Afin d'éviter le contact de l'air avec le sang, je me suis servi pour recueillir ce dernier d'une poire en caoutchouc, munie d'un robinet de cuivre, que l'on peut ouvrir et fermer à volonté. Du robinet part un tube de la même substance, long de 20 centimètres et terminé par une canule dont l'ouverture offre de o à 6 millimètres de diamètre ; après avoir fait le vide dans la poire à l'aide de l'aspirateur, le robinet étant fermé, j'ai introduit la canule effilée dans la veine jugulaire d'un chien de moyenne taille; j'ai ouvert alors le robinet : le sang, attiré par le vide, a commencé à couler par le tube de caoutchouc et à remplir la poire.

Après dix minutes, j'ai constaté, et M. Merget a pu constater avec moi, une fluctuation évidente, en pressant sur les parois du récipient. Voulant apprécier dans quel état se trouvait le sang, j'ai ouvert la soupape, et j'ai pu apprécier qu'î7 était encore liquide. Il renfermait bien quelques caillots isolés ; mais il aurait pu être transfusé sans déterminer d'accident, surtout si l'on avait eu soin de se servir de la seringue modifiée comme je l'ai dit.

Cette expérience offrait un intérêt véritable, si l'on songe que le sang du chien, mis au contact de l'air, se coagule presque immédiatement.

De ce fait, je me crois en droit de conclure que le contact de l'air extérieur avec le sang est une des principales causes de sa coagulation.

Tel était Fétat de la question quand un jeune physiologiste Frantz, Glénard (1) (de Lyon) reprit

(1) De la coagulation spontanée du sang, par Frantz Glenard. Pari.-:, -1873,

— il9 —

et développa, dans un travail magistral, la question de la coagulation au contact de Pair. Il établit tout d'abord que Finfluence dominante en faveur de la fluidité du sang est celle de la paroi : ce hors de la paroi pas de fluidité possible. ))

(c Réduite à ses proportions, écrit M. Glénard, la question est encore tr^s-complexe ; il faut établir en effet si cette paroi agit en préservant le sang de toute immixtion avec le monde extérieur, soit en empêchant Taccès d'agents coagulateurs, soit en prévenant Fissue des agents fluidifiants ou bien si ses propriétés physiques en tant que membrane perméable, sont la condition sine qua non de sa fluidité ; s'il se fait à travers cette membrane, entre le sang et les milieux extérieurs, des échanges capables, dans ces conditions, d'entraver toute coagulation.

ce Hunter concluait que le contact de l'air n'est pas cause de la coagulation, parce que, lorsqu'on reçoit du sang dans le vide, il se prend en caillot comme dans la palette. Mais pour recevoir du sang dans le vide barométrique (Scudamore) ou sous l'huile (J. Davy), expériences dont les résultats constituent les arguments dont on se sert depuis Hunter, il faut admettre que le contact de l'huile ou du mercure, ou même des tubes de communication, ne pourraient en aucune façon déterminer la coagulation et primer ainsi l'influence du vide, dans le cas où elle empêcherait le sang de se coaguler*

(( Magendie avait remarqué qu'on peut injecter lentement dans les veines d'un animal des quantités énormes d'air atmosphérique, sans communiquer au sang aucune tendance à se coaguler, et Palmer, comparant ce résultat avec celui d'Hewson, que nous avons cité plus haut, conclut à une différence dans les effets produits par l'air, suivant que le sang est en repos ou en mouvement dans les vaisseaux (1). ))

Mais voici quelques expériences , qui , pour être en contradiction avec celles d'Hewson, n'en sont pas moins concluantes :

Expérience. — Un lapin fut tué par entrée de l'air dans la veine cave inférieure, qu'on lia lorsque les symptômes locaux et généraux particuliers à cet accident eurent éclaté, et, tandis que le cœur battait encore et qu'on pouvait apercevoir à travers les minces parois de l'oreillette les mouvements d'un sang manifestement spumeux, une ligature fut jetée sur le pédicule du cœur, cet organe enlevé et placé au-dessous d'une cloche, destinée à prévenir une trop rapide évaporation.

Cinq heures après, le sang évacué de l'organe est trouvé très-liquide, très-spumeux, et, recueilli dans une soucoupe, s'y coagule en cinq minutes. (Glénard.)

Expérience. — Un segment artériel (carotide) d'âne, mes u rant 10 centimètres de longueur, fut, aussitôt après son ablation de l'animal, évacué à moitié par l'excision d'une des ligatures, tandis qu'on retenait le reste du sang en comprimant le vaisseau avec les doigts. A la place du sang évacué qui se coagula en dix minutes, on insuffla de l'air à distance, opération facilitée par la béance artérielle (car il ne fallait faire intervenir aucun corps étranger), la ligature fut replacée

(1) Hunier, page 43, noie.

et le vaisseau tourné plusieurs fois sur lui-même, pour que l'air se mit bien en contact avec le sang restant.

Trois heures après, le sang évacué fut retrouvé parfaitement fluide et mit vingt -deux minutes à se coaguler en masse. (Glénard.)

Expérience. — Un segment veineux d'ânesse, enlevé depuis cinq heures à l'animal, fut suspendu au-dessus d'une éprouvette à l'aide de petits crochets qui le retenaient seulement par sa tunique celluleuse, de telle sorte que ni le sang, ni la paroi interne ne fussent en contact avec ces corps étrangers. On enlève alors la ligature supérieure, et le fragment de vaisseau sus-jacent aux crochets est réséqué. Quelques gouttes de plasma débordèrent aussitôt et s'écoulèrent dans l'éprouvette, oi^i on les trouvait coagulées au bout de cinq minutes; quant au plasma qui restait dans le segment, on put le conserver fluide pendant trois heures.

En tirant de nouveau sur la ligature inférieure du segment, que l'on avait eu soin de conserver assez longue pour qu'elle pût être ramenée en dehors de l'éprouvette, on pouvait soulever le fond et faire écouler ainsi quelques gouttes qui se coagulaient peu après leur chute.

Cette expérience, répétée sur un segment de vaisseau appartenant à un bœuf, donna des résultats encore plus caractéristiques.

Parmi les expériences faites à Taide de ce procédé, citons encore la suivante :

Expérience. — Un segment veineux de cheval, isolé à huit heures cinquante-cinq, fut suspendu, à deux heures trentecinq, à l'aide de petits crochets, et sa calotte enlevée permit l'issue de quelques gouttes de sang qui se coagulèrent en vingt-cinq minutes, au fond de l'éprouvette; pendant deux heures on put, à l'aide d'une pipette, puiser du plasma (qui avait rapidement surnagé, comme toujours, dans le segment) et on l'utihsa pour diverses recherches ; les premières gouttes étaient depuis longtemps coagulées que le générateur était

encore fluide. Lorsqu'on eut suffisamment exploité cette mine, à quatre heures trente, on ouvrit largement le segment; le reste du sang qu'il contenait après avoir été étendu d'eau, put être intégralement filtré, et, soumis à un courant d'acide carbonique, nous fournit du fibrinogène. (Glénard.)

« Nous reviendrons plus loin, ajoute Glénard, sur les causes de cette longanimité du sang.

(c II nous paraît impossible de trouver un mode expérimental plus concluant. Aux conditions inconnues qui président à la fluidité dans notre segment, nous ajoutons une condition connue, et nous sommes absolument sûr que, la seule différence dans les deux cas résultant de la condition suspecte, nous pourrons rigoureusement lui attribuer tout ce qui arrivera, et réciproquement, s'il n'y a aucune modification produite, nous pourrons affirmer que la condition nouvelle n'est pas capable de la produire. C'est ainsi que nous pouvons affirmer que la roagulation spontanée du sang n'est pas due au contact de l'air.

(c Nous ne voulons ici faire allusion qu'au phénomène de la coagulation spontanée normale ; car le contact prolongé avec l'air peut déterminer mécaniquement, à la suite du dépôt de poussières, par exemple, la formation d'une pellicule dont la présence ébranlera la coagulabilité en puissance dans le sang, ou chimiquement, par le transport de germes, la formation d'infusoires, l'action soutenue de ses gaz constituants, etc., toutes conditions contre lesquelles le sang peut réagir par la

coagulation, comme d'autres substances albuminoïcles par la fermentation, si tant est que ce soient phénomènes comparables.

« Mais il nous aurait suffi de pouvoir conserver fluide, en présence de Fair, sans addition d'aucune substance étrangère, ne serait-ce que pendant une demi-heure, un sang qui au sortir du vaisseau se coagule en dix minutes, pour affirmer, croyonsnous, avec raison, que la coagulation normale n'est pas due à Tévaporation. d'un principe subtil (Richardson) ou à Finfluence d'un des gaz de Fair (Scudamore, Virchow).

■ (c Du reste, on peut démontrer directement la fausseté de ces hypothèses.

Expérience. — Un segment jugulaire d'âne pesant 7 gr. 82 fut placé sous la machine pneumatique où l'on pratiqua le vide à 1 cent. 50, à trois heures quarante-cinq, une heure et demie après son ablation de l'animal. Le lendemain matin, à neuf heures, il fut retrouvé fluide (le vide ne s'était pas maintenu), et lorsque, à trois heures quarante, on ouvj'it le segment, le sang s'écoula bien liquide dans un récipient, où il fut trouvé coagulé le lendemain.

(c Si Fon admet qu'au moment du contact avec Fair le sang peut dégager du gaz ammoniac, on admettra bien qu'au sein du vide ce même gaz s'échappera à travers la paroi. Notre expérience vient à Fappui des objections que Thiry, Sirauch, Kiihne, Davy, ont élevées contre la théorie de Richardson, en démontrant, par des réactifs d'une extrême sensibilité, qu'il ne se dégageait pas de gaz ammoniac pendant la coagulation, en démontrant

que Tammoniaque ajoutée au sang ne l'empêche pas de se coaguler (1).

« Ce même mode de réfutation peut s'appliquer à Fopinion de Panum, qui attribue la coagulation au dégagement d'un atome de Co^ et a la transformation d'un bicarbonate fluidifiant en carbonate. )j

2° MÉLANGES DE l'aIR AVEC LE SANG

De toutes les objections que soulève la transfusion du sang, il n'en est pas de plus sérieuse que celle de l'entrée de l'air dans les veines. Aussi cette question appelait-elle toute l'attention des travailleurs. Quelle part d'influence revient à cet accident dans la pratique expérimentale de la transfusion ? A cette question, M. Oré a consacré de nombreuses expériences dont nous serions impardonnable de ne pas exposer ici les détails et les résultats. Nysten, dans un ouvrage qui a pour titre : Recherches de physiologie el de chimie 'pathologique, pour faire suite à celles de Bichat sur la vie et sur la mort, puis Amussat, avaient autrefois déjà scruté ce problème. Jetons donc d'abord les yeux sur le travail du premier : j'en emprunte le résumé à M. Oré.

l'^e expérience. — 100 centimètres cubes d'air ont été injectés dans la veine jugulaire externe droite d'un chien pesant 7 kilogrammes. L'injection a été faite en quatre fois, et dans l'intervalle de cinq minutes trente secondes : l'animal est mort. A l'ouverture, Nysten trouva les poumons dans leur

(!) W. Richardson, Thecauseofthecoag.oftheblood. I.ondon, 1858. InJourn. dephys., Brown-Séquard, 1858, t. 1, p. 489-570-816.

état normal; l'oreillette et le ventricule pulmonaires étaient distendus par un mélange de gaz et de sang liquide. {Loc. cit., p. 15.)

2" expérience faite sur un chien pesant 4 kilogrammes 1/2. 100 centimètres cubes d'air ont été injectés en cinq fois dans la veine jugulaire dans l'espace de huit minutes trente secondes, en laissant d'une injection à l'autre l'intervalle de une à trois minutes ; il n'en est résulté aucun symptôme grave. Deux minutes et demie après la cinquième injection, Nysten en fit une de 30 centimètres cubes qui fut immédiatement suivie de la suspension de la respiration, des mouvements du pouls et de toute action musculaire. Deux minutes après, l'animal mourut (P. 17).

Nysten fait remarquer que cet animal, quoique plus petit que le précédent, avait reçu plus d'air que lui ; mais il ajoute que c'est dans un intervalle de huit minutes et demie que la quantité totale de 100 centimètres cubes a été injectée, tandis que chez l'autre il ne s'était écoulé que cinq minutes et demie.

3'^ expérience. • — 90 centimètres cubes d'air injectés en trois fois dans un intervalle de douze minutes ont suffi pour faire périr un chien du poids de 4 kilogrammes 1/2; mais chaque injection était de 30 centimètres cubes, et le chien avait peu de force. Aussi il n'est pas douteux qu'il eût succombé à la première injection si elle eût été de 50 à 60 centimètres cubes (P. 19).

Dans une quatrième expérience^ Nysten injecta en une fois 70 centimètres cubes d'air à un chien du poids de 5 kilogrammes. Au bout de quelques secondes, l'animal mourut. A l'ouverture, on constata que les cavités [pulmonaires étaient énormément distendues Ipar l'air ; le? poumons étaient sains (P. 20 et 21).

De ces expériences, Nysten conclut :

(( Toutes les fois que j'ai injecté d'un seul coup de piston beaucoup d'air dans les veines des animaux, je les ai fait périr avec les mêmes phénomènes.

Quand ils étaient petits, oomme certains épagneuls, 40 à 50 centimètres cubes d'air suffisaient pour les tuer promptement. Quand ils étaient forts comme des dogues, d'une taille au-dessus de la moyenne, il fallait injecter de 100 à 120 centimètres cubes d'air pour déterminer la mort (P. 21).

(( L'air injecté dans le système veineux des animaux vivants ne détermine donc la mort qu'en distendant outre mesure les parois des cavités droites du cœur, et en les empêchant de revenir sur ellesmêmes pour chasser dans les poumons le sang qu'elles contiennent « (P. 23).

Autre expérience à l'appui de cette théorie du mécanisme de la mort :

Expérience. — Chez un chien de forte taille, clu poids de 7 kilogrammes, il a injecté 80 centimètres cubes d'air ; quelques secondes après l'injection, l'animal est sans pouls, il pousse des cris douloureux, est pris de mouvements convulsifs avec renversement du tronc en arrière; et après quelques inspirations, il ne donne plus aucun signe de vie. Nysten ouvrit alors la veine sous-clavière et en fît sortir beaucoup de sang au moyen de la pression sur les parois thoraciques. Cela fait, l'animal respira; le pouls redevint sensible, et le chien ne mourut pas. Au bout de trois jours, l'animal fut sacrifié, et on constata qu'il n'y avait plus aucune bulle de gaz ni dans le cœur, ni dans aucune partie de l'appareil vasculaire (P. 22 et 23).

(c II est bien évident, ajoute Nysten, que l'air atmosphérique injecté dans le système veineux des animaux vivants ne les fait périr promptement qu'en déterminant une distension énorme de l'oreillette et du ventricule pulmonaires, puisqu'il suffit de faire cesser cette distension pour rappeler

les animaux à la vie. îlépétées un grand nombre de fois, ces expériences ont toujours réussi » (P. 24 et 25).

Je me contente dïndiquer pour le moment cette opinion de Nysten ; je la discuterai plus tard.

Aux travaux de Nysten il convient d'opposer les recherches d'Amussat dont Timportance est incontestable. Le Mémoire d'Amussat, publié en 1839, renferme plusieurs séries d'expériences.

Dans la première série setrouvent celles relatives à rintroduction spontanée de Pair dans les veines.

Dans la seconde, il rapporte toutes celles dans lesquelles Tair a été introduit de force soit par l'insufflation, soit avec une seringue.

Enfin, il consacre la troisième à déterminer les moyens propres à empêcher, arrêter ou détruire Faccident.

Première série. — Après avoir établi que Fair ne peut s'introduire spontanément que dans les veines où se fait le reflux du sang, phénomène qu'on désigne sous le nom de pouls veineux, et que ces veines se trouvent toutes à la partie antérieure du cou et supérieure à la poitrine, Amussat entre dans le détail de ses expériences.

Expérience. — Sur cinq lapins, la veine jugulaire droite ou gauche a été ouverte à la partie inférieure du cou, au-dessous du point oii se fait le reflux du sang. Presque aussitôt, l'air s'est introduit dans le vaisseau en produisant un bruit particulier; les cris, l'agitation, la fréquence des mouvements respiratoires, ont succédé à cette pénétration du gaz, et les animaux ont succombé dans l'espace de une à cinq minutes.

A l'autopsie, on a constamment retrouvé le ventricule droit et l'artère pulmonaire remplis de sang écumeux.

Ces expériences faites de la même manière sur des chiens, des moutons, des chevaux, lui ont permis d'établir que l'introduction spontanée de Tair par une veine blessée, près du sommet de la poitrine, sur des animaux de volumes fort différents, produit presque toujours la mort d'une manière plus ou moins subite.

Désireux de placer ces animaux dans les mômes conditions que l'homme pendant une opération, Amussat a recherché l'influence de l'affaiblissement produit par la soustraction d'une certaine quantité de sang sur le phénomène de l'introduction de l'air dans les vaisseaux et il est arrivé à cette conclusion :

La déplétion des vaisseaux par la soustraction d'une certaine quantité de sang a une grande influence sur la promptitude des effets de l'introduction spontanée de l'air dans les veines. On peut établir, en effet, que, lorsque cette circonstance se présente, la mort arrive d'autant plus promptement que l'animal a perdu plus de sang ou qu'il a été épuisé par la douleur.

Etudiant ensuite l'introduction forcée, tantôt brusque, tantôt lente de l'air dans les veines, comme Nysten, il reconnaît que l'air introduit de force du côté du cœur par les veines jugulaire ou axillaire, soit par insufflation, soit par injection.

détermine presque toujours subitement la mort chez les animaux de dilïérentes espèces.

Il fait remarquer cependant que Fintroduction lente et prolongée produit les mêmes phénomène^ que l'introduction brusque, mais d'une manière beaucoup plus lente; qu'après la mort, déterminée par l'entrée spontanée, on ne trouve généralement que les cavités droites distendues ; tandis qu'après l'introduction forcée, on trouve souventde l'air dans les cavités gauches, ainsi que dans les artères et les veines.

De toutes ces recherches, Amussat conclut que :

V A l'ouverture immédiate de la poitrine des animaux morts subitement par l'introduction spontanée de l'air dans les veines, on trouve constamment les cavités droites du cœur distendues, ballonnées par l'air plus ou moins mêlé de sang ; tandis que les cavités gauches sont presque toujours vides, affaissées, et ne contiennent que peu ou point d'air.

t" La cause de la mort paraît devoir être attribuée à l'interruption de la circulation pulmonaire.

C'est en 1862 que M. Oré publia, pour la première fois, ses travaux sur la même question. 11 suivit une marche toute différente :

Au lieu de faire des injections partielles d'air à des intervalles plus ou moins rapprochés, il a toujours poussé dans les vaisseaux, en une seule fois, la quantité d'air suffisante pour amener la mort. 11 n'était point fixé sur la dose de ce gaz né-

cessaire pour produire ce résultat; il lui a fallu dès lors, c'était facile à prévoir, tâtonner beaucoup pour arriver à formuler une proposition nette et préoise. Du reste, les expériences suivantes le démontreront mieux que tous les raisonnements.

l'^^ expérience. — J'ai injecté par la veine crurale, à un chien de moyenne taille, 150 centimètres cubes d'air ; deux minutes et demie après, l'animal a présenté des mouvements convulsifs des membres antérieurs, la tête s'est renversée en arrière sur le tronc ; la respiration, d'abord très-accélérée, s'est ralentie; le pouls est devenu petit, lent, irrégulier ; les matières fécales et les urines sont sorties involontairement, par suite du relâchement des sphincters, et l'animal a succombé. A l'autopsie, les poumons, affaissés par suite de l'ouverture des parois thoraciques, ont présenté leur teinte rosée habituelle ; les veines caves supérieure et inférieure sont distendues par l'air qui occupe également la cavité de l'oreillette et du ventricule droits; les cavités gauches du cœur ne renferment pas d'air, mais contiennent encore du sang dont la coloration est celle du sang artériel.

Les parois des cavités gauches offrent les mouvements fîbrillaires que l'on observe toujours après la mort. Ces mouvements se rencontrent également dans l'oreillette droite, quoique aflaiblis, malgré sa distension ; mais dans le ventricule droit, ils ont cessé, et les fibres musculaires y sont réduites à un état presque complet d'immobilité.

La ponction de ce ventricule donne issue à du sang dont la coloration est plus vermeille que celle du sang veineux, et qui est mélangé à une assez grande quantité d'air. A mesure que l'air contenu dans la cavité du ventricule s'est échappé par l'ouverture pratiquée à la paroi, j'ai vu reparaître d'une manière manifeste les mouvements fibrillaires qui ont été assez énergiques pour chasser en même temps et l'air et le sang.

2* expérience — J'ai injecté, par la veine jugulaire externe droite, 65 centimètres cubes d'air à un petit chien. Les symptômes observés peuvent se résumer ainsi :

Mouvements convulsifs et tétaniques, suivis d'une résolution complète des membres ; respiration d'abord accélérée, puis lente et très-prolongée ; émission des urines et des matières fécales. Mort après quatre minutes et demie.

A l'autopsie, j'ai constaté, comme dans le cas précédant, des mouvements contractiles très-évidents dans les parois des cavités gauches et de l'oreille droite ; le ventricule droit, seul, ne se contracte pas. Une ponction pratiquée à la face antérieure de ce ventricule donne issue à du sang vermeil écumeux d'abord, puis noir, et qui coule en bavant. A mesure que l'air abandonnait la cavité ventriculaire, les mouvements reparaissaient dans les parois.

3® expérience. — Après avoir mis la veine crurale droite à découvert sur un gros lapin, j'ai injecté 35 centimètres cubes d'air. Trois minutes après, l'animal était mort. Il avait présenté, du reste, des mouvements convulsifs, de l'exorbitisme, une dilatation considérable des pupilles, La respiration, accélérée au début de l'expérience, est devenue très-lente, l'animal faisant par intervalles de très-longues inspirations.

Autopsie. — Les veines caves inférieure et supérieure sont distendues par l'air injecté. Il est facile de le voir circuler librement dans la cavité de ces vaisseaux.

Le cœur présente une distension manifeste de l'oreillette et du ventricule droits. En même temps, j'ai observé des mou-' vements rapides dans l'oreillette, tandis que, dans le ventricule du même côté, la fibre musculaire paraît presque complètement immobile. Les cavités gauches renferment du sang rouge vermeil ; il existe des contractions dans leurs parois, plus fortes dans l'oreillette que dans le ventricule, ce qui est la règle.

Une ponction pratiquée au ventricule droit donne issue à du sang spumeux qui s'écoule en bavant, et dont l'écoulement est accéléré par les contractions des fibres musculaires du ventricule, qui reparaissent à mesure que l'air renfermé dans cette cavité s'échappe au dehors.

k^ expérience. — J'ai injecté, par la veine crurale gauche,

35 centimètres cubes d'air à une poule de six à iiuit mois. Les phénomènes indiqués précédemment se sont montrés aussitôt, et la mort est arrivée après deux minutes.

A l'autopsie, j'ai constaté, du côté du cœur, les mêmes particularités signalées dans les trois premières expériences : distension des cavités droites, avec immobilité des fibres musculaires du ventricule, qui a cessé dès qu'une incision pratiquée à la paroi a donné issue à Fair.

o" expérience. — Par la veine axillaire droite, j'ai injecté 20 centimètres cubes d'air à un gros lapin. Bientôt, mouvements convulsifs du tronc ; dilatation considérable des pupulles ; renversement de la tête. Mort après une minute et demie.

L'autopsie m'a permis de constater les particularités précédemment indiquées.

6'^ expérience. — 15 centimètres cubes d'air injectés à un gros lapin ont produit la mort, qui a été accompagnée de toutes les circonstances déjà notées.

7^ et 8® expériences. — Deux chiens de taille moyenne ont reçu, par la veine crurale, l'un 70, l'autre 80 centimètres cu- 'bes d'air. La mort, comme dans tous les cas précédents, a été la conséquence de cette injection.

Chez ces deux animaux, j'ai trouvé le ventricule droit distendu et immobile ; les autres parties du cœur se contractaient. L'immobilité a cessé dès qu'une ponction pratiquée à la paroi du ventricule droit a permis à l'air contenu dans sa cavité de s'échapper au dehors.

9* et lO"* expériences. — 85 centimètres cubes d'air injectés à deux petits chiens ont amené le même résultat, et l'autopsie a révélé les mêmes particularités.

« Je pourrais, dit Fauteur, continuer le récit de ces expériences, car elles ont été très-nombreuses;

mais je tomberais dans des répétitions inutiles : je me contente de dire que j'ai toujours constaté les mêmes phénomènes chez tous les animaux qui ont servi à mes expériences.

Plusieurs conséquences découlent de ces faits :

1° Une quantité d'air plus ou moins considérable, injectée lentement, mais d'une manière continue, dans les veines d'un animal, amène presque immédiatement la mort.

2° La quantité d'air nécessaire pour produire ce résultat varie suivant les animaux; elle est moindre pour les lapins que pour les chiens. Chez les chiens de petite taille, 30 ou 40 centimètres cubes suffisent ; chez les chiens de taille moyenne, il en faut de 60 à 80 centimètres cubes; chez les chiens d'une taille plus élevée, Nysten a pu injecter jusqu'à 100 et même 120 centimètres cubes.

3° L'air, en arrivant dans le cœur, amène la distension des cavités droites, en même temps qu'il rend immobile la paroi du ventricule, sans produire le même effet sur l'oreillette et sur les cavités gauches.

Mais une question de la plus haute importance se présente :

Est-ce bien la distension des cavités droites du cœur qui occasionne la mort, et l'air n'a-t-il, dans la production de ce phénomène, qu'une action purement mécanique ?

Pour répondre à cette question, il devenait nécessaire de faire de nouvelles expériences : il fallait

décomposer Pair, et, prenant chacun des éléments qui le constituent, vérifier si, introduits séparément, les uns après les autres, dans les veines, en quantité égale à la quantité d'air qui occasionne la mort, On pourrait produire avec eux ce dernier résultat. C'était assurément la seule manière de juger Faction mécanique ; c'est ce qu'a fait M. Oré.

Nous ne pouvons rapporter aussi longuement toutes les expériences de M. Oré sur l'action de l'oxygène, de l'azote et de l'acide carbonique. Nous nous bornerons aux conclusions :

1° Tous les gaz, — air, oxygène, azote, — injectés dans les veines, peuvent produire la mort, s'ils sont injectés en trop grande quantité ;

2" Tous les gaz peuvent être supportés, si la dose est faible.

Il n'est pas difficile d'expliquer la première de ces propositions. Toutes les fois qu'une compression énergique s'exerce sur les veines, elle y interrompt la circulation. Si cette compression, pratiquée extérieurement, amène ce résultat, ne doit-il pas en être absolument de même lorsqu'elle agit directement sur le sang? Or, une très-grande quantité d'air pénétrant dans l'appareil vasculaire et le cœur, doit évidemment refouler le sang vers les capillaires, troubler la régularité de la circulation, et, par suite, entraîner la mort.

La seconde conclusion offre un intérêt capital, car elle affranchit la transfusion du sang d'une des objections les plus sérieuses qu'on pût lui opposer :

l'entrée de l'air dans la veine où l'on injecte du sang étranger.

(( Mes expériences m'ont appris, comme à Nysten, que 30, 40, 50, 65 centimètres cubes d'air n'entraînaient pas la mort chez des chiens de moyenne taille : il est dès lors permis de supposer que cette tolérance que j'ai constatée chez ces derniers doit,, à plus forte raison, exister chez l'homme. Or, les instruments dont on se sert pour pratiquer la transfusion ^la seringue à hydrocèle est le meilleur) offrent une trop grande perfection, dans leur mode de construction et dans leur mécanisme, pour laisser jamais pénétrer dans le sang beaucoup d'air, et surtout une quantité égale à celle qui peut être supportée impunément.

« Mes expériences doivent donc donner au chirurgien une sécurité parfaite et une confiance légitime, en même temps qu'elles répondent d'une manière péremptoire à une objection dont il est impossible de se dissimuler l'importance et la gravité. »

Ce n'est pas tout. M. Oré a remarqué dans les autopsies un état particulier du cœur dont les fibres lui paraissent avoir été frappées d'une immobilité particulière, mais en signalant le mal, il a soin de signaler le remède, comme on en peut juger par les conclusions suivantes :

(c Je pense que F air a une action sédative sur la fibre rnusculaire ducœur qui détermine la paralysie plus ou moins ''omplète du ventricule droit. La solidarité qui

existe entre les diverses parties de Torgane central de la circulation explique comment le trouble apporté dans le mécanisme de Tune exerce un contrecoup fâcheux sur les autres.

K L'action sédative, paralysante de Fair étant admise, le raisonnement me conduisait à penser qu'en lui opposant une stimulation énergique, locale ou générale, je pourrais empêcher les conséquences funestes que détermine la présence de ce gaz.

(( L'excitation des pneumo-gastriques, vers la partie moyenne du cou, à l'aide des courants électriques, empêche la mort.

« Des expériences nombreuses m'ont appris, en outre, qu'on peut arriver au même résultat sans électriser directement le tronc même du nerf; mais, en plaçant un des conducteurs sur la gaîne qui le renferme, dans son voisinage ou même dans la bouche de l'animal, et l'autre dans une plaie faite à la paroi thoracique.

« Cette manière de procéder détermine une dilatation des parois thoraciques qui entraîne la dilatation des poumons. Or, si l'inspiration suffit, pour attirer dans le cœur l'air atmosphérique, par une ouverture faite à une des veines profondes du cou ou de l'aisselle, il est rationnel d'admettre que la dilatation forcée des parois, et, par suite, des poumons, par l'action des courants, permet à ces organes de débarrasser le cœur d'un partie de l'air

qu'il renferme; qu'enfin, ils agissent comme une pompe aspirante.

« L'emploi des courants empêchant la mort, occasionnée par l'entrée de l'air dans les veines, et affranchissant le chirurgien de la préoccupation inséparable de certaines opérations pratiquées sur le cou ou dans l'aisselle, me semble un résultat heureux et tout à fait inattendu fourni par la physiologie expérimentale. C'est la première fois que cette application de l'électricité a été signalée. ))

d) INFLUENCE DE l'aDDITIONDE CERTAINES SUBSTANCES.

Après les faits si nombreux que nous venons de rapporter sur la persistance de la fluidité du sang, après surtout ce qui a, été démontré par Blundell au commencement du chapitre précédent, il peut sembler étrange que je discute ici l'opportunité d'introduire, dans le sang à transfuser, des sels de diverse nature destinés à prévenir sa coagulation. De pareilles pratiques ont pourtant été souvent recommandées, et au temps même oii la chimie enveloppée d'obscurité, les rendait plus dangereuses, des opérateurs n'ont pas craint d'y avoir recours. Le sel marin, le sel ammoniac sont les principaux agents chimiques employés à cet effet.

Qu'il me suffise de rappeler l'observation que nous avons citée m extenso dans l'historique et où il est dit que Major avait eu soin, « avant de

recevoir le sang, de répandre dans le vase du sel ammoniac. »

Chacun connaît Faction de ce sel ainsi que du chlorure de sodium ; des cristaux de ces sels déposés à la surface d'un caillot provenant d'une hémorrhagie, de ventouse ou d'une saignée, s'entourent immédiatement d'une auréole rutilante, et la solution saline qui se répand autour du solide en fusion forme sur le cruor noirâtre des traînées d'un rouge écarlate se dirigeant vers les parties déclives. Cette rutilance s'explique par la mise en liberté de l'acide carbonique et l'absorption de l'oxygène par Fhémoglobuline. La permanence de cette coloration signifie qu'il ne se produit pas d'acide carbonique, sans doute il n'en serait plus de même si le f^ang était contenu dans les vaisseaux et si les hématies entraient en conflit avec les substances combustibles faisant retour dans le réseau capillaire veineux.

Cependant Richard son est d'avis que le sang est maintenu fluide dans les vaisseaux, grâce à la présence d'un composé ammoniacal trèsvclatil. C'est d'après les mêmes idées que Neudefer recommande d'ajouter au sang un peu de bicarbonate de soude, en dissolution dans l'albumine.

Hewson a constaté qu'un assez grand nombre de sels de soude et de potasse font disparaître la coagulabilité du sang. D'après MM. Prévôt et Dumas, il suffit, d'un millième d'une dissolution de soude ou de potasse pour produire cet effet. 11 suffit;, dit M. Desgranges, de 14 parties de ce sel pour retar-

der pendant plusieurs heures la coagulation de 1,000 parties de sang.

Le carbonate de soude produit le même effet à une dose moitié moindre.

Le professeur Rouget conseille de remplir Tappareil à transfuser avec du bicarbonate de soude, de fanon que ce dernier chassé par l'arrivée du sang dans Finstrument et rejeté au dehors en assez grande quantité avant de faire l'injection, maintienne fluides les premières couches de sang qui pénètrent dans Finstrument.

M. Pavy dit, au contraire, que le carbonate, le bicarbonate et le nitrate de potasse sont immédiatement mortels si on les injecte avec le sang, que le carbonate de soude peut être supporté un moment, mais que son action nuisible ne tarde pas à se faire sentir.

Récemment M. Braxton Hicks a proposé d'ajouter une solution de phosphate de soude . 6 à 8 onces de cette solution suffisent pour une opération; mais dans aucune de ses tentatives il n'a pu réussir.

Pour nous, il nous est difficile de trouver dans les rares faits publiés la confirmation des espérances des auteurs. De sérieuses objections peuvent en outre être adressées à cette manière de faire. Ces substances peuvent diminuer la plasticité du sang et augmenter la tendance aux hémorrhagies. Nous rejetons donc d'une façon absolue ces manœuvres antiphysiologiques.

Les transfuseurs ne se sont pas bornés à ces ad-

— uo —

ditions de nécessité, puisque, selon eux, le succès de Topération en dépendait; quelques-uns sont allés jusqu'à proposer d'injecter, avec le sang nouveau, des médicaments destinés" à agir avec une activité précieuse sur l'organisme ; nous aurons lieu de revenir sur cette question.

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