INFLUENCE DE LA QUANTITE DU SANG
(( Il n'est pas nécessaire, a dit le professeur Bérard, de rendre à un animal ou à un individu quelconque, qu'une hémorrhagie a rendu anémique et plongé dans un état de mort apparente, autant de sang qu'il en a perdu; l'indication urgente est de remettre en mouvement des rouages qui ont cessé de fonctionner, afin que l'individu qui a été soumis à la transfusion puisse ensuite former du sang par sa propre activité. » Toutes les expériences démontrent, en effet, que les animaux reviennent à la vie par l'injection d'une très-minime quantité de sang.
Jetons les yeux sur les faits rapportés plus haut. Les chiffres qui figurent dans les observations sont 1 once, 1 once 1/2 (Dieffenbach) ; 12 centimètres cubes (Nicolas); 40 grammes, 6 onces, 7 onces, 9 onces (Blundell), et jusqu'à 16 onces (Thomas Coxe); 270, 283 grammes (Blundell). Or, il n'est pas possible de saisir une relation de cause à effet, entre l'issue diverse de ces expériences et les quantités variables de liquide injecté.
Une très-petite quantité suffira donc, en général, pour produire Teffet immédiat de la revivification. Brown-Séquard, dans les cas où les parties contractiles de l'organisme avaient perdu leurs propriétés vitales, où la rigidité cadavérique s'était déclarée déjà, ne leur a-t-il pas rendu la vie en injectant un volume minime de sang riche en globules? Il suffit que les nerfs et la moelle, dont les fonctions sensitives sont suspendues par l'interruption de la circulation, soient excités par un stimulus, si petit qu'il soit, pour que le cycle des phénomènes physiologiques se produise à nouveau. Nous ne voulons pas dire que, dans la suite, l'action bienfaisante de la transfusion se doive prolonger autant dans un cas que dans un autre; tout porte, au contraire, à croire que le relèvement du sujet ne peut être de quelque durée que si à la force excitatrice se joint une force réparatrice et vraiment nutritive.
L'excès de fluide injecté produit assurément des phénomènes plus dignes d'attention : les congestions, les hémorrhagies, les œdèmes, les sufïusions, les symptômes divers de dissolution des parties solides du sang ne tardent pas à se montrer. Nous avons vu que, dans nombre de cas, on ne parvenait à entretenir la vie du sujet en expérience qu'en pratiquant une saignée déplétive. Nous insistons à dessein sur ces faits dont la nature, au point de vue pratique, est considérable et nous
sera d'un bien puissant secours dans la suite de ce travail.
Mais, il faut bien le dire, nombre d'observateurs se sont laissé induire en erreur et ont commis à ce sujet une confusion regrettable entre les effets de la masse du sang injecté et de la rapidité de l'injection. Cette distinction n'a point échappé à M. Oré, et surtout à M. Worm Muller, cet admirable expérimentateur. 11 faut avoir soin, dit-il, quand on pratique l'injection, de a faire des pauses fréquentes, » injecter pendant une minute, puis cesser une minute et demie. De cette façon, l'on conjure des accidents de pléthore, qui, dans bien des cas, ont été mis sur le compte du trop grand volume du fluide, et l'on arrive à introduire dans le système sanguin des quantités de sang réellement considérables.
§ 3. État du sujet
a). INFLUENCE DE l'aNÉMIE.
Nous avons parlé précédemment de la pléthore qui pouvait accompagner la transfusion chez les animaux qui n'avaient pas été soumis à la saignée déplétive préalable. Nous allons maintenant étudier l'influence des différents degrés d'anémie produits chez le sujet en expérience. Nombre d'auteurs se sont occupés de cette question, Bischoff, Muller, après Diefîenbach, Thomas Goxe et Gassini, et enfin.
à une époque plus rapprochée de nous, PoUi, Brown-Séquarcl, Oré, Longet, Moncoq.
Je résume d'abord les conclusions de Polli :
1° Un animal, qui a été réduit à l'extrémité par la perte de sang artériel occasionnée par une plaie faite à une grande artère, est en peu de temps rappelé à la vie et rétabli dans ses fonctions par Tinjection dans ses veines de ce même sang artériel défibriné.
2" Si rhémorrhagie artérielle a été produite par l'ouverture de plusieurs artères, et a occasionné la mort complète de l'animal, celui-ci n'est pas ravivé par l'injection de son sang artériel défibriné, par la raison que le cœur, devenu immobile, ne permet pas à l'ondée sanguine de passer outre.
3° Si un animal a été privé d'une grande quantité de sang veineux au point de tomber exsangue sur le sol^ et qu'on lui injecte une bonne partie de ce sang défibriné, il est ravivé au point de se mettre sur ses pattes.
4" Un animal peut recevoir dans ses veines, sans danger ou seulement avec quelques accidents passagers, le sang d'un individu de son espèce préalablement défibriné, quoique d'une densité moindre.
Voici, maintenant, une remarquable expérience d'Oré :
Deux chiens de haute taille ayant été attachés côte à côte, jemis à découvert la veine crurale gauche de l'un et la veine crurale droite de l'autre. Je retirai de l'artère crurale du premier deux grandes éprouvettes de sang dont la quantité peut être évaluée à deux ou trois livres environ. Bientôt les mouve-
ments de la poitrine s'arrêtèrent. L'oreille, appliquée sur la région précordiale, distinguait une sorte de murmure sourd qui avait remplacé les battements du cœur; les muscles des membres et du cou étaient dans un état complet de relâche ment. L'animal paraissait presque mort. Plongeant alors la canule de l'appareil de Moncoq dans la veine du chien qui n'avait subi aucune hémorrhagie, je fis passer 90 grammes de son sang dans la veine de celui que j'avais rendu exsangue. Dès que le liquide commença à pénétrer, les mouvements de la poitrine reparurent. Ceux du cœur devinrent plus perceptibles. La vie semblait renaître comme par enchantement; après une minute et demie, le chien ouvrit les yeux, les muscles du cou et des pattes se contractèrent. A la fin de la troisième minute, le chien était sauvé. Je le détachai rapidement, après avoir lié les vaisseaux; aussitôt il s'élança de la planche sur laquelle il était lié et se mit à marcher dans l'appartement.
On comprendra facilement, au récit de cette expérience, rémotion de tous les assistants, et leur étonnement en présence d'une opération qui avait amené, chez un animal si près de mourir, une résurrection instantanée.
Une expérience semblable avait été faite à la Faculté de médecine de Paris, en juin 1863, avec le même instrument et le même succès, par le proesseur Longet.
Autre fait plus concluant encore, si possible, et dû à Moncoq.
Le chien destiné à recevoir le sang a été pesé : son poids était de H kilog. 730 grammes. Il a été fixé à côté du chien destiné à fournir le sang à transfuser. On a ouvert au premier l'artère fémorale droite. En douze à quinze minutes, il a perdu 815 grammes de sang, c'est-à-dire tout le sang qui a pu sortir, car il est important de bien noter que l'animal a éprouvé trois syncopes successives. On a pu le faire revenir des deux
— Ii5 —
premières en lui lançant quelques gouttes d'eau sur les yeux et sur le nez, et chaque fois un peu de sang a coulé de nouveau. Mais, à la troisième syncope, les mômes tentatives ont été infructueuses : il était complètement exsangue, en effet, si l'on considère la quantité énorme de sang perdu, et si on la compare au poids de l'animal. Aussi, ses muqueuses étaient complètement décolorées, il ne respirait plus. Bientôt il s'est agité convulsivement, et chacun l'a cru mort pour toujours.
C'est seulement soixante ou quatre-vingts secondes après cette mort apparente que du sang lui a été rendu; et, l'appareil étant gradué, il a été facile de constater le poids du liquide qui passait dans les veines de l'animal. Or, le chien soumis à l'expérience avait à peine reçu 80 à 90 grammes de sang, que la respiration s'est rétablie peu à peu, au plus grand étonnement de tous. On lui a transfusé 125 grammes de sang, puis on s'est arrêté dix minutes : après ce temps on lui a rendu de nouveau 125 grammes de liquide. De façon que le chien qui, complètement exsangue, avait perdu 815 grammes de sang, en a reçu 250 grammes en deux fois.
Depuis le miheu de l'expérience, l'animal a continué à revenir progressivement à la vie, son œil s'est ranimé peu à peu avec toutes ses fonctions. On l'a laissé reposer quelques minutes, puis ce chien a circulé autour de l'enceinte, et il a paru se trouver parfaitement du sang de son voisin, coulant, on peut le dire, exclusivement dans ses veines.
L'animal soumis à la transfusion dont nous venons de parler a été conservé et représenté aux témoins de l'expérience du 13 juin, pendant les huit jours suivants ; et ce ne fut que lorsque l'opération eut été jugée concluante par tous, que cet animal cessa d'être mis en observation. Les étudiants de ce temps n'ont pas oublié ce petit chien, que le professeur luimême se plaisait à montrer aux leçons qui suivirent le 13 juin 1863.
J'ajoute, pour être complet, que ce fut par les veines de la cuisse que le sang fut pris et rendu.
De tels faits parlent assez haut pour que nous n'ayons pas besoin d'en faire ressortir tout Tintérêt.
Regrettons toutefois que, uniquement préoccupés du côté théâtral de la question, les auteurs n'aient pas apporté dans leurs observations un peu de cette rigueur mathématique qui seule éclaire véritablement et fixe des limites précises.
b). INFLUENCE DE l'iNANITION.
Nous sommes entré dans de si complets détails en relatant les recherches de Worm Muller, que nous serons bref sur la question de Tinanition. On se rappelle que ce professeur, pour éviter toute cause d'erreur, privait de nourriture les animaux en expérience plusieurs jours avant et après la transfusion.
Je n'ai pas à revenir sur l'issue de ces opérations. Dans le plus grand nombre des cas, elles furent suivies de mort. Un fait en ressort clairement, c'est que la transfusion n'est pas et ne saurait être un acte nutritif.
Jusqu'à quel point la transfusion pourrait-elle remplacer le travail digestif ? se sont demandé les physiologistes, et plus encore les chirurgiens entrevoyant d'immenses résultats. Et déjà Blundell avait institué des expériences à ce sujet.
Il résulte de ces expériences faites sur des chiens 2 1° que la quantité de sang fournie de cette manière ne maintient pas l'équilibre d a corps, comme le ferait une égale quantité de sang formée par la nutrition j 2" que la santé s'altère. Trois semaines suffisent
pour produire une hypertrophie considérable du cœur, de la rate et du foie. 3° 11 attribue ces résultats à Firrégularité forcée de la nutrition plutôt qu'à son mode. 4" Il espère que Ton pourrait appliquer ces données à l'espèce humaine^ pour prolonger la vie dans certains cas.
11 y a 50 ans que Blundell a formulé ce vœu et les nombreux efforts tentés dans cette direction sont restés vains. Que nous apprend en effet l'observation? C'est qu'au bout de très-peu de temps, quelquefois même une ou deux heures, le sang injecté dans la circulation a disparu. Les parties liquides se sont exosmosées, et, si elles n'ont pas produit en divers organes des apoplexies séreuses, elles ont pris le chemin de la vessie. Les globules sont pour ainsi dire frappés de mort à leur entrée dans la circulation ; pâles d'abord, puis fragmentés, détruits, anéantis, leurs débris vont se joindre aux urines dont la couleur plus foncée trahit Félémination d'un principe pigmentaire. Ce n'est pas tout, la dose d'urée quotidienne excrétée se trouve subitement accrue en quantité notable. Quel est donc le résultat total d'une transfusion chez un sujet inanitié? C'est, on n'en saurait douter, un accroissement des pertes quotidiennes de l'économie. Cette conclusion est inéluctablement déduite d'expériences trop rigoureuses pour n'être pas à l'abri du soupçon.
11 y a plus, on sait qu'il est possible de prolonger les jours d'un animal inanitié en lui faisant mangei*
chaque jour quelques grammes de son sang extrait par une saignée. Eh bien ! au risque d'être accusé de paradoxe, appuyé sur les faits de Worm Muller, nous sommes forcé d'admettre que cet animal soumischaque jour à une saignée alimentaire survivra pluslongemps qu'un animal semblable auquel on pratiquerait chaque jour une injection intravéneuse d'une égale quantité de sang.
C). INFLUENCE DE l'ÊTAT PATHOLOGIQUE.
Une s'agit pas ici de rappeler qu'un chien accusé et convaincu de gale fut, dès les premiers essais de cette opération, guéri par une injection de sang d'agneau, ni de parler de ce malheureux perroquet auquel, suivant le conseil donné par Médée aux filles de Pellias, et dans un but analogue, on n'hésita pas à injecter le sang de deux sansonnets inutilement sacrifiés; nous vouions étudier, avec von Béhna, Eulenburg, Landois et Panum la possibilité de remédier aux intoxications soit aiguës, soit chroniques de la masse sanguine.
Les expériences d'Eulenburg et Landois ont porté sur les empoisonnements :
a). Par des gaz rendant le sang incapable de remplir ses fonctions respiratoires, en se substituant à l'oxygène des globules rouges (oxyde de carbone).
b). Par des substances toxiques exerçant un effet délétère sur les centres nerveux, par l'entremise du sang (ex. l'opium).
Dans toutes ces expériences on s'est servi d'un procédé composé, qu'on pourrait désigner comme transfusion combinée ou déplétive ou comme substitution du sang » (Panum). Ce procédé consiste dans la combinaison de la transfusion simple, mais répétée à plusieurs reprises, avec la déplétion aussi parfaite que possible du sang empoisonné. Ayant donc ouvert une veine jugulaire de l'animal entre deux ligatures, on a, pu en lâchant tantôt l'une, tantôt l'autre des ligatures, pratiquer alternativement la déplétion (du bout supérieur), et la transfusion (dans le bout inférieur de la veine), au point de remplacer la plus grande partie du sang empoisonné par un sang normal rouge et défibriné, et d'obtenir un effet évident.
Ces auteurs préféraient n'employer qu'une veine pour les deux actes parce que, en liant les veines de l'un et de l'autre côté du cou la circulation cérébrale aurait pu être troublée d'une façon considérable.
Voici quels ont été les résultats :
1° Dans les expériences faites avec V oxyde de carbone la transfusion combinée s'est montrée comme le remède le plus sûr et le plus efficace, même dans les cas graves, où il y avait asphyxie et paralysie absolue, cas entièrement rebelles au traitement soit par des saignées seules, soit par la respiration artificielle la plus énergique (faradisation des nerfs phréniques, insufflations dans la trachée ouverte).
2° Dans les expériences faites avec Vo'pium, par
— ISO —
l'injection de la teinture d'opium dans la veine, on a constaté :
(£). Qu'en employant des doses au-dessous de celles qui sont absolument délétères, on peut, l\ l'aide de la substitution du sang, diminuer la durée aussi bien que la gravité des symptômes toxiques ;
h). Qu'en soumettant les animaux à des doses délétères, on peut également sauver la vie et conserver l'intégrité de toutes les fonctions, en pratiquant assez promptement la transfusion combinée.
Ces observations, quoique fondées jusqu'ici sur une seule substance (l'opium), permettent pourtant d'attendre les mêmes effets à l'égard d'autres narcotiques et même de tous les poisons agissant sur les organes nerveux d'une manière analogue.
De ces conclusions du savant Allemand, nous sommes heureux de rapprocher les observations faites en France, il y a quelques années, par M. Maurice Raynaud.
(c Dans le but, dit M. Maurice Raynaud (Communication orale), de me rendre compte des diverses phases de l'intoxication par les gaz de la Combustion du charbon, j'ai fait, à plusieurs reprises, l'expérience suivante :
(c Un lapin était placé dans une caisse en bois dont une des parois était formée par une vitre transparente, et dans laquelle j'ai fait arriver en abondance des vapeurs de charbon ; au bout de quelques instants, l'animal, après avoir passé par un état d'excitation grande, était pris peu à peu
d'une somnolence donnant les apparences de la mort; lorsque Fanimal en était à cette dernière phase, j'ouvrais rapidement la caisse et j'injectais, à l'aide de l'appareil de Demarquay, une petite quantité de sang de lapin défibriné dans la veine crurale de l'animal en expérience. A peine quelques grammes étaient-ils arrivés dans la circulation du lapin que ses yeux se rouvraient; peu à peu les extrémités reprenaient leur température primitive, les mouvements respiratoires s'accéléraient rapidement, et en quelques minutes, sous l'influence de l'injection de sang nouveau dont les hématies remplissaient le rôle des anciens globules détruits par les gaz toxiques, l'animal revenait à la vie. ))
Citons maintenant les expériences non moins intéressantes de M. de Belina relativement à la septicémée. Nous les empruntons à son Mémoire des archives de Physiologie :
« Le 23 janvier 1863, j'injectai, dans la veine crurale d'un chien adulte de taille médiocre, 12 gr. de sang décomposé d'une accouchée, après avoir étendu ce sang d'eau et l'avoir filtré à travers une toile. Aussitôt après l'injection, la respiration se soulevaj et il se produisit un tremblement et des frist sons; les pupilles ne changèrent point; au bout d'un quard'heure, l'animal revint à 'lui et se mit à courir languissamnient autour de la pièce où il se trouvait ; au bout d'un second quart d'heure, il se coucha tranquillement sur le ventre, les jambes de derrière étendues, et dans un état de prostration complète.
Le 26 janvier, l'animal parut alerte et mangea comme d'ha-
bitude; les défécations étaient normales, la plaie suppurait fortement; de la gueule s'échappait une odeur fétide. Le 28 et le 29, même état.
Le 30, je tirai au chien 60 gr. de sang que je défibrinai, et que j'injectai dans la veine jugulaire d'un chien de petite taille et très-délicat, à qui j'avais préalablement tiré 45 grammes de sang. Je défibrinai ces 45 grammes de sang et je les injectai au chien malade.
Chez le petit chien, aussitôt après l'injection de ce sang en apparence si peu infecté, il se produisit de violentes convulsions. La respiration et le pouls devinrent plus forts, les pupilles commencèrent peu à peu à se dilater; quelques minutes après, les globes des yeux même sortaient de leurs orbites. L'animal se mit sur le ventre et trembla d'une façon continue. Cet état persista les jours suivants; l'animal ne voulut point manger et s'amaigrit visiblement.
Chezl'autre chien, la plaie de la cuisse commença à se fermer, l'état général ne se modifiapas. Pour queles symptômes d'infection se manifestassent plus clairement, j'injectai dans l'artère crurale gauche du chien qui me paraissait le plus vigoureux, 32 grammes de pus d'une odeur infecte, filtré et étendu d'eau. Pendant l'injection, il se produisit de faibles contractions tétaniques, la respiration et le pouls augmentèrent. Après qu'on eut détaché le chien de la planche où il était attaché, il sauta à bas, et resta pendant une demi-minute tout effaré, comme s'il voulait s'enfuir; puis il se coucha sur le ventre et commença à trembler; le tremblement se manifestait à la peau et dans quelques muscles.
Le 7 février, l'état des deux chiens était le même : l'appétit était faible, le tremblement et les frissons persistants, quoique à un plus faible degré chez le petit chien. Les défécations étaient, pour la plupart, sphériques et assez humides ; cet état persista pendant plusieurs jours : les plaies suppuraient beaucoup et se couvrirent d'une couenne diphthéritique. Lorsqu'on ouvrait la porte du chenil, il s'en échappait une odeur pestilentielle.
«Le 12 février, je pratiquai sur les deux chiens la transfusion dépléthorique. Au grand chien je fis une saignée de 90 gram-
mes; au petit j'en fis une de 30 grammes, et j'introduisis, à l'aide de mon appareil, parla même ouverture de la veine jugulaire, au premier 130 grammes, à l'autre 60 grammes de sang défibriné de deux chiens bien portants de la même espèce et d'une taille ordinaire.
« Pendant l'opération, le grand chien vomit, certainement par suite d'une injection trop précipitée. Le petit chien ne vomit que deux heures après, une masse considérable de mucosités. L'état des deux chiens s'améliora sensiblement, mais pour peu de temps ; les plaies anciennes et nouvelles suppurèrent extrordinairement les jours suivants. Elles ne montraient point de tendance à la cicatrisation et avaient une apparence diphthéritique.
« Je répétai la transfusion le 18 février : je tirai au grand chien 60 grammes de sang et je lui en injectai 90 grammes ; au petit chien je me contentai de faire une transfusion de 60 grammes. J'opérais avec le sang défibriné de deux chiens bien portants; j'injectais le plus lentement possible, et les vomissements ne se reproduisirent pas; seulement je remarquai des inspirations profondes, et de forts battements du cœur. Aussitôt après l'opération, on put constater chez les deux chiens une vivacité frappante. Les jours suivants l'état continua à s'améliorer, et les plaies commencèrent à s'assainir.
«Le 28 février et le 16 mars, je répétai encore la transfusion de 90 grammes chez le grand chien et 45 chez le petit, sans déplétion; après quoi l'état s'améliora considérablement. Les plaies guérirent radicalement une semaine après la dernière opération, et les animaux se rétablirent complètement. Ils sont même devenus plus gros et plus forts qu'auparavant.