‹ De la transmission intra-utérine de certaines maladies infectieusesChapitre 29 sur 54 · TRANSMISSION INTRA=UTÉRINE DE LA TUBERCULOSE · texte numérisé non relu

TRANSMISSION INTRA=UTÉRINE DE LA TUBERCULOSE

De tout temps, l'observation clinique a permis de s’assurer que la tuberculose sévit de préférence sur certaipes familles, tandis qu'elle en épargne d’autres ; en d’autres termes qu’elle frappe surtout ceux dont les ascendants eux-mêmes étaient atteints de tuberculose, qu'elle est héréditaire en un mot. Dans son consciencieux travail sur la Tuberculose dans les familles, Leudet (de Rouen) dont l’enquête portait sur 143 familles comptant parmi leurs membres ou leurs générations successives des sujets tuberculeux, arrive à la conclusion que dans près de la moitié des cas la tuberculose pulmonaire est héréditaire et que la transmission est beaucoup plus fréquente par la ligne maternelle que par la ligne pater nelle (1). ù

L'influence de l’'hérédité dans l’étiologie de la tuberculose ne saurait donc être mise en doute; mais l’interprélation du mécanisme de celte hérédité est encore en litige.

Que les enfants de parents tuberculeux soient plus exposés à contracter la maladie que les enfants issus de pa-

1. E. Leudet. Etude de pathologie et de clinique médicale, Paris 1891, t. II, p. 373.

rents sains, ce fait s’explique, en partie, tout naturellement, par les nombreuses chances de contamination auxquelles ils se trouvent soumis. |

En contact direct et constant avec un père ou une mère tuberculeuse, il ne faut pas s'étonner qu'ils paient à la maladie un tribut beaucoup plus lourd que les enfants de parents non atteints de tuberculose. Il s’agit là de contagion familiale et non d’hérédité.

Mais il est des cas qui échappent à cette interprétation. Pour peu qu’on étudie la transmission de la tuberculose dans les familles, on s’assurera que l’hérédité existe dans de nombreux cas où l'enfant, presque dès la naissance, a été soustrait au contact du père ou de la mère atteints de tuberculose. Les enfants issus de tuberculeux arrivent fréquemment à l’âge adulte, parfaitement bien portants en apparence, et l'on peut voir la maladie se déclarer chez ceux, un grand nombre d'années après la mort de leurs parents; dans ces cas, la contagion ne saurait être invoquée, et il s’agit bien d’hérédité.

Comment dans ces cas l’herédité s’exerce-t-elle?

Les auteurs à cet égard se partagent en deux camps. Les uns pensent que l'enfant issu de parents tuberculeux vient au monde, non pas tuberculeux, mais prédisposé à le devenir (Peter, Debove). Ce dont il hériterait, c’est surtout du terrain, de la prédisposition.

D’autres, au contraire, pensent qu'il s’agit là d’une véritable hérédité infectieuse. et que lenfant d’un parent tuberculeux naît en puissance du germe tuberculeux lui- . même, ce qui se transmet, c'est la graine et non pas seulement le terrain.

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Cette théorie a été d’abord émise et est encore soutenue avec beaucoup d'énergie par le professeur Baumgarten (de Tübingen). Dès 1880, dans son travail sur « la tuberculose latente » (1), il comprend l’hérédité tuberculeuse de la façon suivante : l'enfant naîtrait contaminé par une infection ovulaire ou placentaire; le germe tuberculeux introduit dans le corps du fœtus pourrait sommeiller « à l’état larvaire » dans un ganglion, dans la moelle des os, etc., et cela pendant un temps plusou moins long, pour éclater ensuite, plus ou moins longtemps après la naissance, sous l'influence d’une cause quelconque venant à diminuer la résistance de l’économie. Dans ses publications ultérieures, Baumgarten va même plus loin et pense que la plupart des cas de tuberculose résultent non pas d’une contamination fortuite, d’une contagion, mais d’une infection intra-utérine, demeurant latente pendant une longue série d'années. La plupart des cas de tuberculose rentreraient donc dans la tuberculose héréditaire.

Si la tuberculose héréditaire est le plus souvent tardive, au lieu d’être congénitale, comme l’est par exemple, la syphilis, cela s’expliquerait d’après Baumgarten, par une résistance plus grande des tissus embryonnaires à l’action du bacille tuberculeux.

M. Landouzy a été en France un des premiers et des plus ardents défenseurs de cette conception de l’hérédité tuberculeuse.

1. Baumgarten. Ueber latente tuberculose (Volkman's sammlung Klinicher Vortrage, 1880, n. 21. Zeiüsch. Klin. Médecin, 1888, t. VI, p. 71. Idem, t. IX et X, 1885.

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Il a cherché à appuyer par l’expérimentation, la théorie de l’hérédité du germe tuberculeux. Dans un travail, fait en commun avec M. H. Martin (1), il a démontré que le placenta des femmes tuberculeuses et que les organes de fœtus, nés de mères phthisiques, non tuberculeux macroscopiquement, produisent la tuberculose chez les animaux auxquels on les injecte.

Ces expériences montrent qu’un fœtus sain en apparence peut contenir des bacilles qui n’ont pas eu le temps encore de produire des lésions tuberculeuses.

Les expériences de MM. Landouzy et Martin semblaient trancher de façon satisfaisante et tout à fait décisive la question de l’hérédité tuberculeuse; d'autant plus qu’elles étaient en opposition avec les résultais annoncés par Koch dans son mémoire sur la tuberculose.

« En ce qui concerne, dit Koch, la question si discutée . de l’hérédité tuberculeuse, je ne connais pas de faits qui autorisent l'hypothèse que dans les corps des nouveaunés il puisse y avoir des bacilles de la tuberculose sans qu'ils manifestent leur présence par des lésions appréciables. Jusqu'à présent la tuberculose n’a été constatée chez le fœtus que d’une facon exceptionnelle ; il en faut conclure que l'infection tuberculeuse intra-utérine elle-même est exceptionnelle. Cette vue est confirmée par mes expériences sur des femelles de cobayes. J’en ai observé un grand nombre qui étaient pleines au moment de l'infection

tuberculeuse ou le devinrent; jamais elles n’ont mis bas ? US

1. Faits cliniques et expérimentaux pour servir à l’histoire de l’hérédité de la tuberculose (Revue de Médecine, 1883, p. 1014).

des petits tuberculeux au moment de la naissance ; ces petits demeurèrent indemnes pendant plusieurs mois. D'après mon opinion, la tuberculose héréditaire trouve son explication la plus naturelle si lon admet que ce n'est pas le germe infectieux qui se transmet, mais certaines particularités qui favorisent le développement du germe, mis plus tard en contact avec le corps ; c’est ce que l'on appelle prédisposition » (1).

De divers côtés on s’appliqua à répéter les expériences de MM. Landouzy et Martin, mais presque toujours avec des résultats négatifs. MM. Straus et Grancher, ont ininséré sous le péritoine de cobayes des fragments d’organes d’un fœtus humain provenant d’une mère morte de tuberculose pulmonaire au troisième degré, et aussi les organes de deux petits cobayes dont les mères avaient été rendues tuberculeuses.

Les animaux inoculés continuèrent à se bien porter, ne présentant aucune modification dans leur état général. Il en fut de même des expériences de MM. Nocard, Leyden et de M. Galtier.

Koubassof a été jusqu'ici le seul expérimentateur qui soit arrivé à constater chez les fœtus de cobayes tuberculeux, le passage des bacilles de la tuberculose de la mère au fœtus. Mais il suffit de lire la note où il résume ses expériences pour juger combien peu elles méritent de confiance. On prit du pus d’un abcès, formé 8 jours après l’inoculation, sous la peau d'un cobaye, de 4 divisions de la seringue de Pravaz de crachat d'un phthisique, on l'ino-

1. Koch. Mittheil. aus d. Kaïserl. Cesund Kéitsamte, Bd. II, p. 86.

cula à un cobaye femelle pleine qui avorta 6 jours après de cinq fœtus; dans les organes de plusieurs de ces fœtus on constala par la coloration des bacilles placés separément (sic). Deux autres expériences, faites de la même façon, donnèrent les mêmes résultats (1). Comme le fait justement remarquer M. Sanchez-Toledo, les expériences de Koubassof out été faites d’une façon vraiment trop superficielle pour pouvoir entraîner la conviction, et il faut se demander si la maladie inoculée par lui était bien la tuberculose.

Un travail expérimental de la plus haute importance est celui de M. Sanchez-Toledo (2). Les expériences ont été faites sur 35 femelles de cobayes pleines inoculées avec le bacille de la tuberculose et avec soixante-cinq fœtus ués de ces femelles. Le mode d'infection auquel l'auteur a eu recours pour rendre les femelles tuberculeuses a été variable. Ce qu’il cherchait surtout à obtenir c'était la pénétration dans le sang du plus grand nombre possible de bacilles, afin de faciliter le passage à travers le placenta. Dans ce but M. Sanchez-Toledo à eu recours aux injections intra-veineuses d’un nombre considérable de cultüres pures de bacilles de Koch.

Pour retrouver les bacilles chez les fœtus provenant de cès mères, nous avons simultanément eu recours, dit M. Sanchez-Toledo, aux procédés de coloration, de culture et d’inoculation ; ce sont des expériences d’inocula-

tion qui,-on le devine, sont surtout décisives en pa-

1. Koubassof. C. R. de l'Académie des Sciences, t. 100, p. 372, et t. 101, p- 451. ,

9, Sanchez-Toledo.

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