‹ De la transmission intra-utérine de certaines maladies infectieusesChapitre 5 sur 54 · A QE · texte numérisé non relu

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inoculée ou à la vaccine, Ce que la mère lui a transmis, c’est donc l'immunité. L'étude que nous entreprenons ici vise donc à. la fois et l’hérédité infectieuse et l’une des variétés les plus importantes de l'immunité acquise.

La syphilis est également une des maladies infectieuses pour laquelle la transmissibililé de l'affection de la mère au fruit qu’elle porte dans son sein est élablie par des faits innombrables. Les travaux si remarquables de M. le professeur Fournier sur la syphilis héréditaire ont mis en lumière, une fois de plus, l'importance aussi bien que la complexité des problèmes qui se rattachent à l’hérédité syphilitique.

Un premier fait, établi par des preuves surabondantes par Hutchinson et par M. Fournier, c'est l'existence d'une syphilis héréditaire tardive. Là aussi, il s’agit d'in fection intra-utérine, mais dont les cffets et les manifestations peuvent sommeiller pendant un temps très long et n'éclater qu'un grand nombre d'années plus tard. On devine l'importance de cette donnée de la longue latence du germe syphilitique contracté pendant la vie fœtale, mais ne se révélant par des lésions spécifiques qu’au bout d’une longue série d'années après la naissance.

Ce que l’on appelle « Ja loi de Colles » se rapporte à des faits encore plus mystérieux et plus difficiles à interpréter dans l’état a:tuel de la science : il s’agit de la possibilité de la contamination du fœtus par le père syphilitique, la mère demeurant indemne et devenant réfractaire. Ce mode particulier de contagion implique nécessairement une infection conceptionnelle ovulaire,

s'effecluant par le spermalozoïde véhicule de l'agent vi-

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rulent. C’est un chapitre spécial, encore enveloppé de mystères, de l’hérédilé infectieuse.

L'étude de l’hérédité syphilitique serait à coup sûr la plus instructive de toutes, puisque c’est elle qui eslle plus fréquemment observée, qu’elle a été analysée dans tous les détails par les cliniciens les plus consommés, qu'elle est la plus saisissante et la plus variée dans ses manifestations. Il nous faut cependant l’écarter du cadre de ce travail: l'agent virulent de la syphilis est actuellement inconnu, et, par conséquent, cette maladie échappe encore au contrôle indispensable des investigations expérimentales et bactériologiques.

Il est une autre maladie, plus répandue encore et plus redoutable que la syphilis, la tuberculose. Villemin a montré qu'elle est virulente et inoculable, Koch qu'elle est d'origine bactérienne ; l'observation clinique de tous les siècles a montré qu’elle est susceptible de se transmettre par hérédité. Ce grand problème de l’hérédité tuberculeuse est toujours à l’ordre du jour, sans que cependant, ainsi qu'on le verra dans le cours de ce travail, malgré le secours que nous apportent ici largement l’expérimentation et l’investigation bactériologique, le problème ait reçu une solution satisfaisante.

Autrement fructueuses ont été les recherches pour la transmission de la mère au fœtus de certaines maladies virulentes aiguës, le charbon bactéridien, le charbon symptomatique, la septicémie expérimentale aiguë (vibrion seplique de Pasteur) le choléra des poules, la fièvre typhoïde, la pneumonie, etc. C’est aux remarquables travaux de

M. le professeur Straus et de M. Chamberland que l'on

ble doit surtout d'avoir orienté cette-étude.de l’hérédité parasiltaire dans, une voie.expérimentale rigoureuse.

Au Jieu de se contenter de rechercher la présence du microbe pathogène dans le sang et dans les organes du fœtus, par le simple examen microscopique ou par l'inoculation qui souvent donnent des résultats négatifs, quand les microbes n'exislent dans l'organisme fœtal qu’en très pelite quantité, ces savants eurent recours à la méthode des cultures, infiniment plus probante et plus sûre. Ils arrivèrent ainsi, contrairement aux constatations négatives de Brauell et de Davaine, à établir que la bactéridie charbonneuse est susceptible de franchir la barrière placentaire, et que le sang et les organes des fœtus de mères charbonneuses renferment des bactéridies. Ils constatèrent de même que.le microbe du choléra des poules et celui de la septlicémie expérimentale aiguë sont susceptibles. de passer de la mère au fœtus. Antérieurement déjà, MM. Arloing, Cornevin et Thomas avaient montré que le microbe du charbon symptomatique se transmet de la mère au fœtus. Les recherches de M. Chambrelent (de Bordeaux) sur le choléra des poules, celles de M. Nettersur le pneumocoque, de Reher, de Neuhauss et. de MM. Chantemesse. et Widal sur le bacille typhique, de Lüffler, de Cadéac et Mallet sur le bacille de la morve, etc., sur lesquelles nous aurons à revenir plus loin, élablirent de plus en plus la généralilé de ce fait ; la transmissibilité intrautérine des affections bactériennes.

Le mécanisme du passage des microbes infectieux à travers le. placenta a élé l'objet récemment de nombreu-

ses controverses. Ici encore, c'est surtout le charbon qui

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a servi d'objet d'étude. MM. Straus et Chamberland n’ont pas insisté sur les conditions mécaniques du passage de la bactéridie et ne font pas mention de lésions placentaires favorisant ou déterminant ce passage. M .Malvoz pense que pour permettre l'invasion de la bactéridie dans la circulation fœtale, des lésions placentaires, des apoplexies ou des hémorrhagies sont nécessaires ; ce n’est que dans ces conditions que les éléments figurés pourraient pénétrer de la circulation maternelle dans la circulation fœtale, comme cela s'observe quand on injecte dans le sang de femelles pleines des poudres très fines, de l'encre de chine, du charbon, elc. Mais comme le faisait déjà remarquer Cohnheim (de la diapédèse), il n’y a aucune comparaison à faire, ni pour le volume, ni pour les autres propriétés, entre ces poussières relativement énormes et massives, et des corps aussi subtils que le sont les microbes. Les lésions vasculaires du placenta observées par M. Malvoz chez les femelles de cobayeset les lapines charbonneuses sont loin d’être la règle, et nous tenons des renseignements que nous a fournis M. le professeur Mathias Duval, qui a pratiqué l'examen histologique de plusieurs placentas de femelles de cobayes ayant succombé au charbon et dont les fœtus étaient charbonneux, que les placentas normaux ne présentaient aucune trace d’hémorrhagies ; du reste, la disposition vasculaire du placenta, telle que l'ont établie les remarquables recherches de M. Mathias Duval, est bien faite, sans faire intervenir des ruptures vasculaires et des altérations grossières, pour expliquer la facilité et la fréquence de la diapédèse des

microbes. « Le placenta pouvant ètre considéré schéma-

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tiquement comme une hémorrhagie circonscrite ou enkystée par les éléments fœtaux » (M. Duval).

Dans certains cas, comme nous l’avons déjà dit, -ce n’est pas la maladie infectieuse dont elle est atteinte que la mère transmet au produit de la gestation, mais l’immunité. C’est une autre manifestation et non pas la moins intéressante, de l’hérédité infectieuse. Nous aurons l’occasion d'exposer les différentes interprétations que l’on peut donner du mécanisme de cette immunité. Nous verrons notamment que c'est en s'appuyant sur des immunités congénitales de cette nature que M. Chauveau a été conduit à formuler la théorie de la vaccination par les produits solubles, qui a fait tant de chemin depuis. Les récentes acquisitions de la science nous ont appris que si les maladies infectieuses sont dues à des êtres microscopiques animés, à des bactéries principalement, ces bactéries agissent surtout en donnant naissance à des substances solubles (ptomaïnes, toxines, taxalbumines). C’est surtout par ces substances qu'ils élaborent dans les tissus et les humeurs de l'organisme envahi que les microbes exercent leurs effets pathogènes, aussi bien que leurs effets préventifs et vaccinaux. Le problème de la contagion intra-utérine ne doit donc pas s'appliquer seulement à la détermination du passage des éléments figurés à travers la barrière placentaire. Il doit aussi tenir compte, et dans une large mesure, des échanges osmotiques qui s’accomplissent dans le placenta et du passage dans le sang fœtal des produits solubles déposés dans le sang maternel par Îes microbes pathogènes : de là la

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production, chez le fœtus, de modifications diverses, plus ou moins profondes, dont une des plus importantes peut - précisément se trouver être l’immunité. « Si ces sécrétions cellulaires, dit M. Duclaux, qui font partie de la maladie, tout en étant incapables de la reproduire, jouent un rôle dans la vaccination de la mère, comme elles sont solubles et qu’elles restent soumises aux échanges placentaires, elles doivent avoir la même action sur l'organisme du fœtus (1). » On voit toute l'importance de cette nouvelle - façon d'envisager l’hérédité infectieuse; mais, pour avancer dans cette direction, nous ne possédons encore que

quelques documents d’attente.

L'hérédité dans les maladies infectieuses peut encore être envisagée à un autre point de vue.

Il est de notion vulgaire qu’un certain nombre de maladies infectieuses de l’homme, dont on a pu suivre avec précision les manifestations à travers les périodes historiques, vont visiblement en s’atténuant. Ainsi la syphilis actuelle, si on la compare à la violence qui la caractérisait au xvi° siècle, est devenue beaucoup plus bénigne. Cette bénignité ne tient pas sans doute à l’affaiblissement du virus, car la même maladie, quand elle vient à frapper des populations jusque-là indemnes, les habitants du Pacifique, par exemple, y provoque les mèmes ravages qu'elle faisait en Europe lors de sa première invasion. Tout le monde connaît la gravité de la rougeole observée pa” Punum aux îles de Feroé et l'extraordinaire mor-

talité des épilémies historiques de suette vers la fin du

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