ANATOMIE
Que ce soit par passage direct du germe infectieux, que ce soit par absorption de produit soluble vaccinifère, à dose puissante, ou à dose infinitésimale, fractionnée par des hérédités successives (Bouchard), c’est toujours par la voie circulatoire que l’organisme fœtal est influencé par la mère, et les échanges, comme on sait, se localisent au niveau du placenta. C’est donc par un aperçu de l’anatomie et de la physiologie de cet organe qu'il faut commencer notre étude.
Nous ne saurions mieux faire, en ce qui concerne les détails anatomiques, que de rapporter ici èn extenso une note qui nous a été communiquée par M.le professeur Mathias Duval. Nous tenons, avant tout, à assurer publiquement ce savant maître de notre profonde reconnaissance, et à le remercier d’avoir bien voulu ajouter un élément d’une telle valeur à notre humble travail.
«Pour l’anatomiste, dit le savant professeur, un des points essentiels à examiner dans la question du passage de la mère au fœtus, c’est la nature et la disposition des tissus qui séparent le sang maternel du sang fœtal, A cet égard, les dispositions sont absolument différentes dans le placenta de tel animal comparativement au placenta de tel autre. Bien plus, elles sont différentes pour un
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même animal selon qu'il s'agit de la première ou de la seconde moitié de la gestation.
Ne voulant parler ici que des placentas que nous avons complètement étudiés, nous'n’examinerons ces conditions anatomiques que dans deux groupes: le premier représenté par les pachydermes et les ruminants, le second par les rongeurs.
Dans le premier groupe, et spécialement chez la jument et la truie, le sang fœtal est contenu dans des capillaires ; le sang maternel est également contenu dans des capillaires. Entre les deux systèmes vasculaires est disposée une double couche épithéliale à savoir ; l’ectoderme fœtal et l’épithélium utérin. Ces dispositions persistent jusqu’à la fin de la gestation ; donc, chez ces animaux, les dispositions anatomiques sont telles qu’il y a toujours entre le sang maternel et le sang fœtal une quadruple barrière, à savoir les deux couches des parois capillaires et deux couches épithéliales.
Dans le groupe des rongeurs (lapin, souris, rats, cochons d'Inde) les dispositions sont singulièrement différentes.
Dans la première moitié de la gestation le sang maternel remplit des lacunes creusées dans une vaste formation ectodermique d’origine fœtale. C’est la formation eclo-placentaire, sorte d’éponge dans les mailles de laquelle circule le sang maternel (qui n’est pas contenu dans des capillaires), éponge qui est bientôt pénétrée par les capillaires fœtaux, et lorsque cette pénétration est complète les dispositions sont telles que le sang fœtal est séparé du sang maternel/seulement par deux barrières, la paroi du capillaire fœtal et une couche ectodermique.
Mais à la fin de la gestation chez les rongeurs, les choses se simplifient encore ; les éléments ectodermiques s’atrophient, sont résorbés, et n'apparaissent plus qu’à l'état de noyaux flétris disposés par place à la surface extérieure des capillaires fœætaux. Comme ces noyaux ne forment pas une couche continue, il n’y a pas lieu d’en tenir compte comme barrière interposée entre le sang fœtal et le sang maternel. Il n’y a donc alors entre les deux sangs qu'une seule couche de séparation représentée par la simple ét mince paroi endothéliale des capillaires fœtaux. Qu'on suppose schématiquement un chevelu de capillaires plongeant librement dans un liquide, et on aura le schéma du placenta des rongeurs à la fin de la gestation.
Il est impossible de concevoir un minimum de barrière moindre que celui représenté par le placenta de souris à la fin de la gestation. Il est évident que de telles conditions ne rendent pas nécessaire et fatal le passage des particules solides de la mère au fœlus et inversement, mais qu’elles réalisent les dispositions les plus faciles à concevoir pour ce passage.
J'étudie en ce moment le placenta des carnassiers : cette étude n’est pas assez avancée pour que j'en puisse donner les résullats d'une manière aussi précise que je l'ai pu faire pour la circulation placentaire des rongeurs.
Nous pouvons dire seulement que chez la chienne et chez la chatte Ja disposition et le nombre des barrières interposées entre les deux sangs est intermédiaire entre la disposition que l’on rencontre chez les pachydermes et chez les rongeurs.
RE
Quant à l'espèce humaine je n'ai encore fait aucune étude personnelle sur ce sujet.
Que si l’on s'étonne de me voir signaler de Lelles différences entre les placentas d’un groupe à.un autre, et de me voir hésiter à conclure d’un placenta que je connais à fond à un autre placenta que je n’ai pas encore étudié, je m’empresserai de déclarer que la seule conclusion générale à laquelle je sois arrivé, c’est que les placentas des divers groupes, quoique servant Lous à l'hématose, n’ont que des analogies histologiques très éloignées les uns avec les autres. C’est ainsi que pour les organes d’hématose chez les adultes il n’y a que des analogies bien éloignées entre les
- poumons des mammifères, les branchies des poissons et
les trachées des insectes ». (1).
Pour nous, nous nous contenterons d’ajouter que les notions acquises actuellement sur la structure du placenta humain ne vont nullement à l'encontre de ce fait de physiologie générale : à savoir la non communication directe dans toute la série des mammifères du sang maternel avec le sang fœtal: à savoir aussi l’interposition de membranes épithéliales continues entre les deux circulations. Il en résulte une difficulté d'interprétation évidente pour le passage direct du microbe d’un sang à l’autre; mais, d'autre part, il en ressort clairement des lois d'osmose générales, pour l'absorption des produits microbiens solubles, aussi bien que pour l'absorption des éléments de nutrition.
Comment va se comporier ce filtre si variable, comme