‹ De la trichine et de la trichinoseChapitre 2 sur 12 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

C'est en 1835 que le célèbre naturaliste anglais, Richard Owen, fit la découverte de la trichine dans les muscles d'un Italien qui était mort de tubercules des deux poumons et du foie. Il trouva, enveloppé d'un kyste, un tout petit ver, roulé sur lui-même en spirale, auquel il donna le nom de Trichina-spiralis (ôpiÇ-Tpixoç , cheveu-soie). De là les noms de Trichiniasis, Trichiniase, Trichinose... qui ont été successivement mis eu avant pour désigner l'ensemble des phénomènes morbides auxquels donne lieu la présence de ce ver dans l'organisme. Nous adoplerons le nom de Trichinose qui est de beaucoup plus euphonique que les autres.

Déjà trois ans auparavant, Hilton, professeur d'anatomie à Guy's Hospilal, avait bien signalé l'existence du kyste qui entoure la trichine, mais son examen s'est arrêté là, il n'avait pas aperçu le petit parasite qu'il contenait; aussi Hilton avait-il pris ce kyste pour celui d'un cysticerque et ne s'en occupa pas autrement.

Peu ds temps après sa découverte, Richard Owen eut plus d'une fois l'occasion de rencontrer des trichines sur les autopsies qu'il faisait, et dès cette môme année de 1835, le docteur Henri Wood, de Bristol, publiait sur ce sujet une observation très-intéressante (1). Il s'agissait d'un jeune, homme de 22 ans qui venait de succomber à un rhumatisme compliqué de pneumouie et de péricardite, et chez lequel il avait trouvé à la nécropsie des Irichines dans un

'1) Voir l'observation en entier dans la Gazette médicale de Paris, 25 juillet 1835, p. 471.

grand nombre de muscles. En présence de ce résultat inattendu, Wood se demandait tout naturellement si les individus, chez lesquels Owen avait trouvé des trichines n'avaient pas présenté dans le cours de leur vie quelques symptômes de rhumatisme ou loule autre inflammation du système musculaire. Celte remarque, qui aurait pu conduire plus tôt à la connaissance de la trichinose, si elle avait été prise en considération, passa malheureusement inaperçue, et les médecins de l'époque continuèrent à croire, avec Owen, que ce petit ver était tout à fait inoftènsif. Aussi les voyonsnous alors ne s'attacher qu'à bien étudier les caractères de ce nouveau parasite et la composition de son kyste.

R. Owen croyait que la trichine n'avait ni tube intestinal, ni organes sexuels. Mais en 1 836, le docteur Favre reconnut l'erreur d'Owen et fit voir que la trichine avait réellement un tube intestinal terminé par l'anus, et de plus, des organes génitaux. Ce fut alors qu'on la classa parmi les vers nématoùies qui sont des vers entozoaires des plus complets.

Quant au kyste, on s'accorda généralement à le regarder comme formé de deux vésicules, l'une externe, l'autre interne et composées toutes les deux de tissu cellulaire condensée! exhalé par l'organisme tout autour du parasite.

A partir de 1836, le silence semble se faire en Angleterre sur celte question, puisqu'il faut arriver à l'année 1854 pour voir les Drs Bristow et Raiuey la reprendre (1). Ils admettent que le kyste des trichines est simple au lieu d'être double, transparent au début et qu'il devient de plus en plus opaque avec le temps par le dépôt de sels calcaires dans les mailles de son tissu.

Mais, dès 1841, les Allemands s'occupaient de cet helminthe. Bischoft' confirmait par ses recherches l'opinion émise par Favre sur rexisienced'un canal digestif et des organes de la génération.

{ [) Transact. of the patholog., 1854.

Eu 1847, Vbgcl (l) annonçait dans son ouvrage d'analomie générale qu'il avait trouve des trichines chez des chais cl chez des hiboux, el en 1851, Luskha (2) était le premier qui en Allemagne les rencontrait sur une autopsie.

Puis, en 1856, Henle, le professeur Zenker, en observent aussi dans les muscles; en 1859, le professeur Virchow en avait déjà rencontré une dizaine de fois en faisant des autopsies dans l'amphithéâtre de la Charité de Berlin (3).

Jusque-là cependant, on ne savait encore rien du mode suivant lequel ces petits êtres apparaissent dans le corps de l'homme. Le plus grand nombre des médecins et des naturalistes croyaient à une génération spontanée, tandis que quelques autres la rejetaient et soutenaient qu'ils ne pouvaient venir que du dehors.

Herbst, cleGÔttingen (4), fut le premier qui, en 185 2, chercha à élucider la question en instituant quelques expériences sur des animaux ; mais, disons-le, ses expériences furent trop mal conduites pour amener un peu de lumière sur ce sujet. Aussi ne tenant compte que de leurs travaux, Siebold et Van-Beneden (5) qui venaient de démontrer que le taenia provenait du cysticerque, émirent l'opinion que la trichine pouvait bien, elle aussi, provenir d'un autre animal.

Ces idées parurent justes alors, et sous leur influence, le Dr Kuchenminsler annonçait en 1855, dans un ouvrage qu'il écrivait sur les parasites, que la trichine se métamorphosait dans l'intestin en tricliocephalus dispar, lequel donnait ensuite naissance à de

(!) Traite d'anat. patholog. général. Vogel, traduction par Jourclan, 1847, page 408.

(2) Zeitsch f. Wissensch, Zool.. 1851.

Des Trichines, à l'usage des médecins et des gens du monde, par Virchow; traduit par Onimus, p. 21.

(4) Gottinger Nachrichten. n° 12, s. 183. (o) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXXV1I1. p. 166.

petites trichines. Quatre ans plus tard, en 1859, Leukart soutenait la même opinion (1).

Les choses en étaient là, lorsqu'en 1860, Virchow (2) qui ne croyait pas à cette transformation de la trichine, entreprit sur des chiens et sur des lapin une série d'expériences qui vinrent jeter un jour tout nouveau sur ce sujet.

Il constata que les trichines, qui avaient été ingérées par un animal, restaient un temps plus ou moins long dans le tube intestinal, où elles prenaient un accroissement très-considérable, mais saus jamais perdre leur première forme. Il vit aussi que c'était dans l'intestin que la procréation avait lieu, et que les petites trichines qui prenaient naissance dans ce milieu n'y restaient pas, mais allaient aussitôt dans tous les muscles à fibre striée (le cœur excepté), tandis que les trichines femelles et mâles mouraient peu de temps après avoir procréé et étaient expulsés ensuite avec les fèces.

Dès la même année, le professeur Zenker (3) découvrait que la chair de porc pouvait causer la trichinose et publiait l'observation d'une jeune servante qui venait de succomber pour avoir mangé de la viande de porc trichinisée. Enfin, deux ans plus tard, eu 1862, le docteur Friedreich (4) qui se rappelait les symptômes que la jeune fille de Zenker avait présentés, crut pouvoir diagnostiquer une infection semblable sur l'un de ses malades, et l'examen ultérieur vint prouver et confirmer sa manière de voir.

Cette observation de Friedreich eut tout le retentissement qu'elle méritait, et les médecins qui maintenant se trouvaient avertis de la possibilité de cette maladie, ne restèrent pas longtemps sans la

(4) Acad. des sciences, séance du 26 septembre 18S9.

(2) Acad. de médecine, 2 juillet 1860.

(3) Archiv. fur patholog. anat., 1860. Voir l'observation à la symptomatologie.

(4) Virchow's, Arch.,XXY, 3, v. 4, s. 399, 1862.

constater. Les cas se montrèrent isolés dans le principe; maisbientôt ils devinrent si nombreux dans quelques localités de l'Allemagnequ'ils prirent tous les caractères de véritables épidémies. Ainsi à Plauen (1863), à Galbe (même année), à Quedlimbourg (1863 et ;864), etc., etc.

En France, il n'y a eu, comme nous l'avons dit, que MM. Cruveilhier (1) et Rœberlé de Strasbourg (2) qui eu aient observé eu faisant des autopsies.

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