‹ De la trichine et de la trichinoseChapitre 4 sur 12 · OU A LEUR COMPLET DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

OU A LEUR COMPLET DÉVELOPPEMENT

Si nous donnons de la chair trichinisée à un animal, voici ce qui va se passer :

La chair est digérée, mais les trichines, qui ne sont nullement atteintes par le suc gastrique, descendent dans le duodénum et la première portion du jéjunum qu'elles ne dépassent guère. Là elles grandissent rapidement; les organes sexuels se dessinent, deviennent très-distincts. Les trichines mâles se reconnaissent tout d'abord dos femelles par l'apparition de deux petits appendices qui se trouvent tout à fait à l'extrémité postérieure du corps, a côté de l'orifice anal. Puis, vers le quatrième ou cinquième jour, des cellules spermai-tiques se montrent chez le mâle, tandis que

des cellules ovariennes nombreuses se voient chez la femelle. Bientôt l'accouplement a lieu : les cellules ovariennes qui ont reçu du mâle la liqueur prolifiqoé se convertissent en embryons, lesquels sortent vivants par l'ouverture vaginalet entre le huitième et le douzième jour. Puis quand la reproduction est terminée, les trichines mâles et femelles meurent et sont entraînées avec les matières fécales.

Au moment de leur plus complet développement ces petits êtres présentent les caractères suivants :

1° Forme. — Le corps est cylindrique, présente une extrémité qui est assez effilée: c'est l'extrémité buccale et une autre plus mousse, plus arrondie, qui est l'extrémité anale. Tout le corps est couvert d'une enveloppe tégumenlaire qui est ridée, comme plissée traversalemeut. De l'extrémité antérieure ou bouche, par un petit canal qui parcourt toute la longueur du corps, et qu'on a divisée eu trois parties pour la facilité de sa description, mais qui en réalité sont peu distinctes : 1° l'œsophage et Vestomac; 2° Xintestin grêle assez long; 3° le gros intestin assez court, se terminant par l'anus.

2° Sexes. — La trichine mâle est toujours plus petite que la femelle. Elle a de 1 millimètre à 1 millimètre 50, tandis que la femelle acquiert loujours de 1 millimètre 50 à 2 millimètres 50 de longueur et peut alors être aperçu par un œil exercé sous forme d'un petit filament blanchâtre et transparent. Il y a à peu près un mâle pour 40 femelles.

3° Organes sexuels. — Les organes sexuels de la femelle consistent eu un long tube qui se termine en cul-de-sac au niveau du gros intestin et qui s'ouvre par un orifice (l'orifice vaginal) vers les 4 cinquièmes antérieurs de son corps. Ce tube est situé au devant de l'intestin grêle et finit même par le cacher complètement. Il est rempli d œufs jaunâtres, arrondis, comme granuleux et placés très-régulièremem sur deux ou trois rangées les uns à

côté des autres. Chaque femelle peut renfermer de 400 à 500 œufs. Dès que la fécondation a eu lieu, on voit les premiers œufs se transformer rapidement en embryons. Bientôt après, le tube générateur exécute des contractions énergiques d'arrière en avant qui ont pour but de faire sortir, par l'orifice vaginal, les embryons qui sont déjà [formés, tandis que les œufs du fond subissent un mouvement de progression qui les rapprochent de ce même orifice.

Les organes sexuels du mâle consistent en un tube renflé, situé à côté et un peu au-dessus du gros intestin daus lequel des cellules spermatiques s'accumulent et qui va s'ouvrir par un long caual excréteur, tout près de l'orifice anal, entre les deux appendices dont nous avons parlé et que portent seuls les mâles.

2° TKICHINliS liMBRYONNAIKtS.

A leur naissance, les petites trichines n'ont que de 0 millimètre 10 à 0 millimètre 12 de longueur. Elles sont cylindriques, blanchâtres, et sans organisation spéciale. En sortant de l'orifice vaginal elles tombent dans le mucus intestinal d'où elles disparaissent bientôt. Faut-il admettre qu'elles vont d'elles-mêmes chercher le tissu musculaire ou bien qu'elles y sont portées par le torrent circulatoire?

Beaucoup de personnes croient encore avec Virchow et [.eukart que tes petits êtres traversent les parois intestinales pour gagner les muscles et qu'ils accomplissent cet acte suivant le mode des psorospermies (petits champignons végétaux) qui ont la propriété de s'implanter dans les cellules épithéliales et de les traverser.

Mais les recherches qui ont été faites depuis deux ou trois ans, ne permettent pas de soutenir celte opinion. Le 16 février de l'anée 1863, le professeur Zenkcr adressait en effet un mémoire à

l'Académie des siencesdans lequel il annonçait qu'il venait de trouver des embryons dans le sang des lapins qu'il avait infectés de trichines, et que le même fait avait été reconnu par le docteur Fiedler, de Dresde.

Depuis, ces résultats ont été confirmés par les recherches de deux internes des hôpitaux de Paris, MM. Bouchard et Magnan ( I), <;t plus récemment encore par celles du docteur Thudichum qui eu a retrouvé dans les veines et les vaisseaux lymphatiques (2).

Ainsi ces observations démontrent le passage des trichines dans le sang. Il reste maintenant à s'expliquer de quelle manière a lieu celle introduction, car nous savons que le système capillaire est clos de toutes parts et que les corps solides ne s'absorbeut pas. « Corpora non agunt , nisi solula, » disent les physiologistes. Ici nous ne pouvons que nous en teuir à des probabilités. Ces embryons se conduisent-ils aulremeut, dans cet acte, qu'une molécule charbonneuse qui, par ses aspérités et la pression de l'intestin, finit par traverser les parois capillaires, ou bien ne vont-ils pas eux-mêmes en perforant ces mêmes parois, chercher la voie qui doit les conduire sur le lieu où ils se développeront ? Il nous serait difficile de dire qu'ils agissent plutôt d'une façon que de l'autre. Au reste, cela importe peu : constatons le fait et demandons-nous maintenant ce que pourrait devenir le. produit de la conception d'une femme qui contracterait la trichinose pendant la grossesse. Eh bien ! malgré cette pénétration des trichines dans le sang, les muscles du fœtus restent toujours sains.

S'il est permis, eu effet, de conclure des animaux à l'homme, voici une expérience qui semble prouver ce que nous avançons.

(t) Compte-rendu du congrès médical de Lyon, par M. Bouchard. Gazette hebdomadaire, n° 43. 1864.

(2) Gazette med de Paris, 10 décembre 1804. — Congrès des naturalistes et. des médecins allemands tenu à Giessen.

a Une lapine avait été saillie par le mâle depuis quelques jours, lorsque nous lui faisons avaler une assez grande quantité de viande Irichinisée. Au bout d'un mois (durée de la gestation chez eux), elle donne naissance à A ou 5 petits lapins. Nous examinons très-altentivement et sous les yeux de M. Ghauveau, le tissu musculaire de trois d'entre eux et il nous est impossible de découvrir la moindre trichine. Chez la mère, au contraire, tous les muscles en étaient farcis. »

M. Smith, de Varsovie (1). rapporte bieu que le Dr Methuer a observé une femme qui fut atteinte de trichinose pendant sa grossesse et chez laquelle celle-ci poursuivit son cours sans le moindre dérangement , et M. Dengler (2), nous fait connaître aussi que M. Aronssohn a fait à Berlin l'autopsie d'une femme enceinte chez laquelle tous les muscles furent trouvés remplis de trichines, tandis qu'il n'en fut point observé dans ceux du fœtus. Mais ces faits manquent un peu de précision pour ne pas lai.sser de doute dans la queslion qui nous occupe. Daus le premier cas, eu effet, l'auteur ne nous dit pas si le fœtus a été examiné à sa naissance, et dans le second, M. Aronssohn oublie de nous faire connailre l'époque exacte de la grossesse de celte femme. Car il est évident que, si le trichinose est survenue avant la conception, le fœtus devait être nécessairement sain, que les trichines aient perforé les parois intestinales ou aient été transportées par le sang, puisqu'au moment de sa formation elles devaient être déjà arrivées dans le tissu musculaire de la mère.

Aussi, croyons-nous que, dans l'expérience relatée ci-dessus, les meilleures conditions se trouvent réunies pour pouvoir dire

(4) De la Trichine, par le Dr Smith (do Varsovie). Cahier de mars 1864. — Revue de thérapeutique médico-chirurg.

(2) Dengler Hist. val. cl mêd. de la Trichine, thèse de Strasbourg, p. M. 1863.

avec quelque certitude que le fœtus ne s'infecte |>as, maigre le passage des trichines dans le sang.

Ce résultat ne devrait peut-être pas trop nous surprendre, quand nous songeons que nulle part le système circulatoire de la mère ne communique directement avec celui du fœtus, Ce n'est en effet que par échange endosmotique au travers des parois des villosités placentaires que le. fœtus prend et rejette dans le sang des sinus maternels les matériaux qu'il doit assimiler à ceux de désasbimilation.

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