SYMPTOMES DE LA MALADIE
Les observalious de trichinose sont irès-nombreuses aujourd'hui, tant en Allemagne qu'en Angleterre. Nous allons maintenant eu faire connaître quelques-unes, à la suite desquelles nous ferons ressortir les principaux symptômes qui caractérisent la maladie.
1° Observation de Zenker. « Une servante de 20 ans fut reçue le 12 janvier 1860, à l'hôpital de Dresde, dans le service du Dv Wallhcr. Elle était malade depuis Noël environ, et sa maladie avait débuté par un grand abattement suivi d'insomnie, d'anorexie? de constipation et de fièvre. A son entrée à l'hôpital, elle présentait une fièvre très -vive avec douleurs abdominales et grande agitation. On porta le diagnostic de fièvre typhoïde, mais avec réserve, car il n'y .avait ni hypertrophie de la rate, ni roséole. Puis les muscles devinrent très-douloureux, surtout dans les extrémités, de sorte que la malade gémissait jour et nuit. Les bras et les jambes étaient très-roides. Puis survint un gonflement œdémateux, surtout au bas des jambes, et on crut pouvoir expliquer ce gonflement comme uue exception dans cette fièvre- Plus tard parurent des phénomèues pulmonaires.
« Le 26 janvier, la faiblesse était très-considérable, et la mort arriva le 27.
« Le lendemain, Zenker examina les muscles qui, en certains points, étaient gris rosé, tandis qu'ils étaient très-rouges ailleurs; et quel ne fut pas son étounement, lorsqu'il trouva des trichines libres dans les muscles, enroulées de différentes manières? »
— Ht —
Puis Zenker rapporte qu'il apprit plus tard que cette jeune fille avait mangé de la viande de porc. Celle-ci fut examinée et on ia trouva remplie de trichines. La maîtresse de la maison, qui en avai t mangé aussi, avait eu des crampes d'estomac, avec céphalalgie, fatigues très-grandes, et avait été soignée pour une fièvre nerveuse. Le propriétaire n'avait eu que des phénomènes d'embarras gastrique, et le boucher qui avait vendu la viande était resté paralysé pendant trois semaines environ (1).
2° Observation de Bœhler (4e de son Mémoire). «Clara ,
âgée de 19 ans, tomba malade après avoir mangé de la viande trichinisée. La maladie débuta par un œdème de la face et des paupières ; en même temps survinrent des douleurs dans les bras et les jambes. Puis gonflement œdémateux aux mains et aux pieds. Le pouls entre 120 et 130.
« Le cas fut pris pour un rhumatisme et traité eu conséquence. Ce ne fut que le septième jour de la maladie que les renseignements étiologiques mirent sur la voie de la véritable affection. Bœhler alors détacha, le douzième jour de la maladie, un petit morceau de biceps, et y découvrit plusieurs trichines vivantes.
« La convalescence se prononça à partir du vingt et unième jour et fut accompagnée de démangeaisons très-vives aux bras et aux jambes. Comme chez tous les autres malades, la jeune fille perdit ses cheveux durant six à huit semaines. Ce n'est qu'au bout de cinq mois qu'elle se trouva entièrement rétablie » (2).
3° Observation de Wagner ($). « Le premier cas, dit Wagner, que j'aie eu à observer, se présenta le 7 novembre 1863, chez un homme âgé de 30 ans, qui, vers le milieu d'octobre, avait, été à Hettstœdt, où il avait mangé des saucisses fumées. Les symptômes
(1) Traduite par M. Cordés.
(2) Prise dans le Mémoire do, M. Kestner.
(3) Arch. du Heilkunde, 1864 ; Arch. gènèr. de mèd., n" d'avril 1864, p. 467.
constatés à la première visite consistaient en une lièvre peu intense un œdème également modéré de la face, des douleurs musculaires généralisées et tolérables, de l'inappétence et de la diarrhée. Le malade soutenait n'avoir pas mangé de viande crue, et c'est seulement plus lard, quand il était déjà convalescent, qu'il se rappela son repas de Hettstœdt. »
4° Observation de Bœhler (8e de son Mémoire). « Car. N ,
servante, entre à l'hôpital de Plauen, le 16 mars 1862. L'affection avait débuté huit jours auparavant par de l'anorexie et un œdème subit de la face. On constata : face rouge, yeux injectés, langue rouge, humide, soif vive et sueurs, pouls à 1 20, douleurs et grandes lassitudes dans les bras et les jambes.
On diagnostique un rhumatisme .
Les 17 et 18, les douleurs augmentent, les muscles de l'avanthras semblent tendus et durs, le moindre attouchement et les tentatives de mouvement augmentent les douleurs.
Le 19, les symptômes prennent un caractère typhoïde : céphalalgie, sécheresse de la bouche et du nez ; insomnie; selles liquides. Morphine, boissons émoi limites.
Les jours suivants, mêmes symptômes, persistance de la fièvré, de l'insomnie et de la diarrhée; les douleurs se généralisent; de l'œdème apparaît aux jambes (morphine et ipéca); sueurs continuelles et abondantes.
C'est seulement le 24 que le diagnostic est porté. L'arsenic fut administré alors. L'œdème, d'abord limité aux extrémités inférieures, avait successivement envahi tout le corps.
Le 26, l'hydropisie était devenue générale; les douleurs intolérables et rendaient tout déplacement impossible. La diarrhée se compliqua d'un violent lénesme.
Le 29 et le 30. Légère amélioration, sans les transpirations qui restent profuses. Les symptômes typhoïdes disparaissent peu à peu.
1er avril. Nouvelle recrudescence de l'anasarque.
Le 2. On trouve des trichines sur le biceps : elles sont libres, vivantes et bien développées.
L'amélioration se .dessina lentement, avec des hauts et des bas portant surtout sur la diarrhée, les sueurs et l'anasarque. — A l'arsenic on substitua le soufre, puis la digitale.
A partir du 1er mai, le malade put se coucher sur le côté.
Le 7. Il y eut un épanchemunt pleurétique abondant à gauche qui diminua très- lentement.
Le 10. On procède à une deuxième exploration sur les muscles qui fait voir que les kystes sont déjà formés.
Le malade avait perdu presque tous ses cheveux dans les dernières semaines; mais au moment de sa sortie, ils commençaient à repousser » (1).
D'après les quelques observations que nous venons de citer, que la maladie ait clé légère ou grave, nous voyons que certains signes ont été communs mais sans rien avoir de caractéristique cependanl : lels sont la Jiévre, Xœdème de la face et des paupières, quelquefois des membres, les douleurs muscidaires, la diarrhée ou la constipation, les sueurs, la chute des cheveux, etc.
Pour bien les étudier dans leur apparition et bien nous rendre compte de leur signification, nous établirons, à l'exemple des auteurs, plusieurs périodes qui correspondront chacune à une phase de l'évolution de la maladie. Nous adopterons les I rois sui\antes :
1° Période de l'irritation intestinale.
2° — -r— musculaire.
3° — de terminaison.
1° Période de i irrilaticn intestinale.
Cette période qui commence peu de temps après l'arrivée des trichines dans l'intestin, finit ordinairement à l'époque où elles en
(1) Prise flans le mémoire de M. Kesiner.
sont expulsées, c'est-à-dire entre le huitième et le douzième jour. Mais il n'en est pas toujours ainsi. S'il a été ingéré peu de vers, l'irritation intestinale sera évidemment de courte durée ; si au contraire le nombre des trichines avalées est très -considérable, alors non -seulement l'inflammation qui aura été communiquée à la muqueuse intestinale sera vive pendant tout le temps de leur séjour dans l'intestin, mais cette phlegmasie pourra se prolonger longtemps après, comme cela se voit dans les cas graves.
On comprend donc que les phénomènes intestinaux soient variables ; suivant le nombre de trichines ingérées, la susceptibilité de la muqueuse, et suivant encore le séjour de ces vers dans l'intestin. Tantôt en effet, les accidents seront si légers, qu'ils passeront ignorés par le malade ; tantôt au contraire, ils se traduiront par de la diarrhée, aqueuse ou contenant quelques taches de sang, par des coliques, des tiraillements dans le bas-ventre, plus rarement par de la constipation.
La langue est ordinairement sale, chargée. Il y a des nausées, des vomissements muqueux ou alimentaires ou bilieux, avec ballonnement du ventre, prostration, coliques vives dans les cas graves.
Le pouls est toujours élevé, à 100, 110, et la peau très-chaude.
Les malades ne succombent presque jamais dans cette période ; mais, lorsque la mort survient par exception, ou trouve la muqueuse rouge, boursouflée, les plaques de Peyer soulevées, et quelquefois même sur les animaux nous avons vu une véritable production diphlhéritique sur certains point de l'intestin.
2° Période de l'irritation musculaire.
Cette période ne manque jamais, à moins que le nombre des trichines qui sont arrivées dans l'intestin ne soit excessivement, minime. Nous avons dit, en effet, en faisant la description de ce ver, que chaque femelle pouvait renfermer de 400 à 500 œufs.
Deux ou trois mille femelles pourront donc engendrer un million de petites trichines. Or songeons que ces deux ou trois mille mères peuvent être contenues dans quelques bouchées deviande et que le million de petits vers qui en naîtront sera bien plus que suffisant pour produire l'infection !
Cette période dure ordinairement de 4 à 5 septénaires, débute avec le passage des embryons dans les vaisseaux et avec leur arrivée dans le tissu musculaire. Elle s'annonce tout d'abord par de la lassitude, des frissons, bientôt suivis de douleurs dans les membres et d'un œdème de la face et des paupières qui ne manque presque jamais.
OEdème. — Bien souvent les membres supérieurs sont œdématiés; mais cet œdème a une marche très-aiguë et il disparait ordinairement au bout de cinq ou six jours. Il se montre de préférence aux paupières et à la face, parce que le tissu cellulaire y est très-lâche et très-abondant. Il est surtout très-prononcé chez ceux qui ont la peau fine et délicate, comme chez les jeunes filles, les lymphatiques, etc., et s'accompagne presque toujours d'un peu de rougeur.
Les mouvements du globe oculaire sont gênés, douloureux, les pupilles souvent dilatées, et à l'ophthalmoscope on est parvenu à trouver quelquefois la papille œdématiée.
Ailleurs, sur les membres supérieurs ou inférieurs, il n'offre rien de particulier, mais il n'en est pas de même lorsqu'il se montre au larynx et détermine un œdème de la glotte, car les individus peuvent périr d'asphyxie.
A quoi tient-il ? Il est probable qu'il est dû à la gêne qu'éprouve brusquement la circulation par la présence 'de ces petits embryons dans les muscles. Ils compriment en effet les capillaires, peuvent même s'accumuler dans les dernières ramifications : de là stase sanguine et exhalation de sérosité dans les tissus ambiants.
Douleurs musculaires. — Les douleurs musculaires qui se
font presque toujours sentir avant l'apparition de l'œdème, sont surtout vives aux membres où le moindre mouvemeut devient presque impossible. Il y a quelquefois de véritables contractures.
Elles tiennent sans aucuu doute à l'inflammation des fibres musculaires en contact avec les vers et persistent jusqu'au moment où les parasites se seront entourés d'un kyste et ne pourront plus nuire, et même le plus souvent elle se font sentir encore longtemps après cet enkystement.
Phénomènes cutanés. — La peau est très-souvent le siège d'une sueur excessivement abondante. Cette sueur ne manque pas surtout pour peu que la maladie soit grave, elle est fétide et persiste longtemps. Il n'est pas rare dans ces cas de voir survenir sur la peau une éruption furonculeuse ou miliaire.
Phénomènes intestinaux. — La diarrhée qui s'était déclarée dans la première période, continue le plus souvent dans celle-ci. Le ventre est douloureux dans les cas graves, il y a du ballonnement du gargouillement quelquefois. La langue est sabun aie dans les cas légers, mais augmentée de volume dans les cas graves à cause de l'irritation que produisent les trichines qui ont envahi son tissu. Quant à l'urine, elle est ordinairement peu abondante et ne contient jamais d'albumine.
Phénomènes circulatoires. — Le pouls qui s'était accéléré à la première période, continue à s'élever et bat 115, 120 et même 130 par minute.
Enfin il y a de l'insommie, de l'agitation et de la soif trèsvive.
3° Période de terminaison.
Ordinairement les phénomènes dont nous avons parlé disparaissent ou s'amendent entre le vingtième et le quarantième jour, mais néanmoins les malades restent abattus, faibles, languissants, sans
appétit, les cheveux tombent en abondance, mais repoussent plus tard.
Les gros vaisseaux laissent entendre des bruiis de souffle ; il y a des tiraillements dans les membres et presque toujours un nouvel œdème vient se montrer à cette période, et qui est d'autant plus prononcé en général que l'individu est plus faible. C est en quelque sorte le critérium de l'état morbide en ce moment ; s'il se généralise, il est probable que la constitution est fortement délabrée, si au contraire il reste limité à l'endroit où il s'est montré, ou s'il s'étend peu, il faut en conclure que la convalescence se fera plus franchement.
Dans tous les cas, cette convalescence est toujours très-longue, très-pénible, et ce n'est guère qu'au bout de quatre, cinq ou six mois que la guérison est définitive. D'autres fois même, dans les cas graves, ce n'est que beaucoup plus tard.
Malheureusement les choses ne se passent pas toujours ainsi et la mort survient quelquefois à la fin de la seconde période ou au début de celle-ci. au milieu d'accidents d'une gravité énorme et qui ont la plus grande ressemblance avec ceux de la fièvre typhoïde. Aussi quelques auteurs n'ont pas hésité à en faire une période qu'ils ont appelée ty phi que. Pour nous, nous ne voyons là qu'une complication de la maladie et nullement une phase nécessaire de son évolution. Ces phénomènes sont caractérisés par du gargouillement abdominal, des coliques, de la diarrhée; il y a du délire, des contractures, des soubresauts dans les tendons, quelquefois même du coma, ce qui doit faire craindre une exhalation de sérosité dans les méninges. Puis les malades succombent, et à l'autopsie, contrairement à l'attente, on ne découvre aucune ulcération dans les plaques de Peyer.
ÉTIOLOGIE.
On a toujours observé jusqu'ici que la trichinose n'avait été produite que par l'ingestion de la viande de porc crue. Le porc n'est
cependant pas ie seul animal qui puisse contracter des trichines, comme nous allons le voir tout à l'heure. Mais de tous les animaux qui se. trichinisent naturellement, il est le seul qui serve à la nourriture de l'homme, et l'on sait si sa viande est répandue !
Nous ferons cependant une exception pour le chat qui, lui aussi, se trichinise naturellement comme le porc, et qui pourrait bien quelquefois communiquer la maladie à l'homme. Dans les campagnes, en effet, beaucoup de personnes ne dédaignent pas la chair de cet animal, et dans les villes ne serait-il pas permis de penser que plus d'une fois le chat a été servi aux consommateurs sous le nom de civet de lièvre?
On nous dira peut-être que si le chat est mangé, il est mangé du moins après cuisson. C'est vrai, mais nous dirons à notre tour que la cuisson ne tue pas toujours les trichines et que par conséquent le danger peut être réel .