DIAGNOSTIC
Le médecin qui ne serait pas prévenu des lésions que peuvent causer la pénétration des trichines dans l'organisme serait certainement exposé à les méconnaître, s'il se trouvait en présence d'un sujet empoisonné par ces petits vers. C'est que les symptômes de trichinose n'ont rien de spécial, rien de pathognomouique.
Dans la première période, ce sont des phénomènes en tout semblables à une entérite, à une dysentérie, ou bien à une péritonite, à uu embarras gastrique, etc.
Dans la deuxième période, l'œdème de la face et des membres qui peut être pris comme symplomalique d'une albuminurie, et les douleurs musculaires, pour celles de rhumatisme.
Dans la troisième période où la convalescence est toujours longue, les malades ont de l'anémie, de l'amaigrissement, des signes de consomption qui plus d'une fois ont fait croire à une phthisie, comme nous le dit Virchow.
Et puis dans les cas graves, alors que cet étal vient à se compilât) Kestner, loco citato, page S3.
(u2) Zundel, loc. cit.
quer de phénomènes typhiques, comment ne pas tomber dans l'erreur et ne pas croire à une fièvre continue?
Aussi sommes-nous persuadé que la trichinose aura été confondue dans plusieurs cas avec l'une ou l'autre de ces maladies, grâce aux nombreuses difficultés qui entourent son diagnostic.
Tous ces rhumatismes dont la forme sort quelquefois de l'ordinaire, ces fièvres typhoïdes dans lesquelles les lésions intestinales sont peu ou pas marquées à l'autopsie, et ces états morbides, mal définis, auxquels on a donné le nom de rhumatismes compliqués de fièvre typhoïde, pourraient bien n'être que des cas de trichinose. Qui sait même si ces fièvres dites typhoïdes, et qui éclatent parfois à la même époque sur plusieurs membres d'une même famille, et qu'on a données comme exemple de la contagion de cette maladie, ne sont pas, elles aussi, des cas d'infection par les trichines? Et puis, ce n'est pas tout, la trichinose peut revêtir quelquefois des allures toutes particulières qui viennent encore augmenter les causes d'erreur. C'est ainsi que l'épidémie de Hellslœdt fut prise au début pour une c/wlérine, à cause de l'abondance des sécrétions intestinales, et celle de Magdebourg, pour un scèlèrène aigu des adultes, à cause de l'endurcissement du tissu cellulaire produit par l'épanchement de sérosité, etc., etc.
Pendant longtemps, en Allemague, on a mis sur le compte, d'un poison inconnu des cas nombreux de maladies occasionnées par l'ingestion du jambon ou du saucisson; mais aujourd'hui on s'accorde généralement à penser que ce principe toxique , sur lequel les chimistes ont toujours varié, n'était autre que la trichine.
On le voit, le diagnostic de la trichinose sera toujours difficile à faire à cause de la diversité de ses lésions. Dans les cas cependant où l'on viendrait à soupçonner une infection par la viande de porc, en s'appuyant soit sur l'étude des symptômes, soit sur les renseignements donnés par les malades, il ne faudrait pas hésiter à
faire de suite un examen microscopique qui seul pourrait lever les Joutes.
Si l'on était aux premiers jours de la maladie, il faudrait d'abord examiner la viande suspecte, et s'il était impossible de se la procurer, il ne faudrait pas craindre de faire tous les jours l'examen des selles du malade, dans lesquelles on pourrait retrouver quelques trichines. Mais c'est surtout vers la fin dn premier ou au commencement du deuxième septénaire que cet examen devrait être fait, alors que sont expulsées les trichines qui ont servi à la reproduction.
Plus tard, l'examen doit être dirigé du côté du système musculaire.
Welcker avait prétendu qu'on pouvait voir, par trauspareuce de la muqueuse, les trichines qui se trouvaient répandues dans les muscles, à la face inférieure de la langue, et il disait les avoir vues ainsi chez un chat. Nous dirons qu'il nous a toujours été impossible de les apercevoir de celte manière chez les lapiDs que nous avons examinés. Il est probable cependant qu'on les découvrirait ainsi sous l'orme de points blanchâtres s'il s'agissait de irichines entourées d'un kyste crétifié.
Le moyen le plus sûr consisterait à aller saisir au sein des muscles quelques petites parcelles à l'aide d'un instrument ad hoc, dont on ferait aussitôt l'exameu hislologique. Sans doute, il faudrait puiser de préférence dans les muscles qui contiennent habituellement le plus de trichines : tels que les masséters, les muscles du larynx, etc.; niais les plus petites lésions de ces organes pouvant être pénibles et trop douloureuses, mieux vaudrait eu choisir d'autres chez lesquels la lésion faite par l'instrument serait insignifiante. Les muscles biceps, aux bras; jumeaux, aux jambes, et peut-être plus spécialement le paucier au cou, qui est si superficiel, seraient ceux qui conviendraient le mieux. Seulement, dans les cas négatifs, l'examen devrait être répété et devrait porter sur
plusieurs points, et de préférence vers les attaches musculaires où les trichines sont toujours en plus grand nombre.
Déjà, en Allemagne, le Dr Middeldorff a inventé un petit harpon dont l'usage est fort répandu. Mais, comme nous ne savons en quoi il consiste, nous conseillerons pour cette effet le petit instrument très-ingénieux que vient d'inventer M. Duchenne (de Boulogne) sous le nom emporte-pièce histologique (voir la description de cet instrument, Gazette des hôpitaux, numéro du 3 août 1 865), et qui nous paraît devoir remplir parfaitement le but pour lequel il a été construit.
Maintenant s'agil-il d'une de ces formes de trichinoses qui éclatent avec tous les signes d'un empoisonnement après l'ingestion du jambon ou des saucisses? Évidemment, il n'y aura que l'examen microscopique qui pourra donner la raison de cet accident. Et s'il n'est pas fait, combien ne vont pas être graves les conséquences d'une semblable omission, s'il y a des personnes accusées d'avoir commis cet empoisonnement dans un but criminel! Nous allons citer le cas suivant qui nous paraît bien propre en effet à donner une idée de toute celte importance, et qui est rapporté par le professeur Langenbeck, de Berlin.
« En enlevant un cancroïde du cou chez un client venu de la province, Langenbeck remarqua que le muscle paucier présentait un aspect insolite. Le microscope démontra qu'il était rempli de trichines mortes, renfermées dans des capsules crétifiées. On s'enquit alors des circonstances dans lesquelles avait pu s'opérer l'infection, et voici ce que l'on apprit :
En 1815, une commission composée de huit personnes s'était rendue dans une ville du district de Lansitz pour inspecter les écoles, line collation composée de jambon, saucisses, fromage, veau rôti et de vin blanc ayant été servie à la commission, sept des membres seulement y prirent part, le huitième était absent à ce moment et ne prit qu'un verre de vin rouge au dessert.
Au bout de trois ou quatre jours, les .sept convives furent pris de diarrhée intense, de douleurs ou cou, œdème de la face des extrémités. Chez quatre d'entre eux les accidents furent mortels, et les trois autres, y compris l'opéré de M. Langenbeck, ne se rétablirent qu'après une longue maladie (1).
Des rumeurs d'empoisonnement se répandirent comme on pouvait le penser. Une enquête fut ordonnée et donna un résultat négatif. Le public n'en resta pas moins fidèle à ses soupçons, et le propriétaire de l'hôtel dans lequel avait été servie la collatiou se trouva bientôt sans client et dut émigrer.