‹ De la truffeChapitre 4 sur 61 · EE EE · texte numérisé non relu

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cription fantastique ou un décors oriental. En place de ces boudins, saucissons et |ambons srossièrement faits, qui repoussaient plutôt l'œil qu'ils ne l'attiraient, sur leur devanture on voit maintenant la dinde truffée, les pâtés de Strasbourg, les gâteaux de Pithiviers, les terrines de Nérac , et un énorme panier de truffes ; et pour seule suscription écrite au-dessus de leur boutique, cette enseigne dont les termes sont suggérés par un orgueil commun au parvenu : Maison un tel, entendant sans doute assimiler leur commerce de charcutier aux opérations de tel ou tel du plus haut négoce, mais franchissant hardiment sur la modestie; car, quel est le négociant aui jamais oserait étiqueter ostensiblement ainsi sa maison ? |

Voyez les épiciers; n’ont-ils pas les charcuteries de Lyon et de Strasbourg, les bougies de luxe , les fruits du Midi, les vins fins et les liqueurs assorties? Voyez les gros marchands de volailles ; n’ont-ils pas le saumon, le bœuf fumé, le chevreuil frais et mariné, les hures de sanplier, les choux-croûtes, etc. ; enfin, également à côté de tout cela, l'énorme corbeille de truffes obligée? N’en est-il pas de même de certains marchands de vins fins, de certains pâtissiers, de quelques confiseurs , etc. ?

Vous le voyez, lecteurs, si ces faits n’ont point

encore frappé votre attention, daignez Îles vérifier, et certes vous direz comme nous, vous direz : L'existence des magasins de comestibles proprement dits est une chose désormais impossible. :

len est ainsi de tout dans ce monde :; de même que les empires ont eu ou doivent avoir leur époque de gloire et l'apogée de leur splendeur, et en-

suite leur décadence, de même les industries ont

leurtempsdeprospérité et de défaite, Du moment, c'est l'ère brillante des charcutiers ; si le siècle a marché, c'est bien pour eux, et le degré de richesse auquel cet état peut élever san hommeest si prodigieux que vraiment on reste tout ébahi, incréduie presque. Quoi qu'il en soit, ils sont riches, riches comme Crésus. Un pauvre diable, dont l'unique industrie pour, manger du pain consiste à assister, pour le Retro salaire d’ un franc, l'huissier qui va mettre sous la main de

la justice les meubles d’un débiteur, nous disait :

«Je suis allé saisir chez bien du monde en ma vie ( j'ai soixante-treize ans }, chez le prince , chez

la courtisane , chez l'artiste, chez les commer-

çants de tous genres, petits ek grands, mais jamais chez un charcutier.. Ah! s'il est permis à quelqu'un de narguer les huissiers et de les abreu-

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