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Dans la fièvre continue tuberculeuse, les choses ne se passent pas ainsi.
La langue n’est jamais sèche et rôtie. La diarrhée manque souvent.
Les phénomènes d’abattement ne sont pas prononcés, et l’on voit, fait élrange, des petits malades assis sur leur lit, jouant, bien que leur température soit à 40 degrés et même plus élevée. Cette conservation de l'intelligence, cette absence de prostration et d’abattement, ou en tout cas son peu d'intensité, sont caractéristiques.
En même temps apparaissent, chez certains malades, des modifications du côté des poumons. Elles sont d'ordre physique. L'enfant tousse peu, en effet, il n’expectore pas, n’a pas d’hémoptysies. Dans une de nos observations nous en trouvons une fois, mais le Crachement de sang n’a pas eu lieu dans nos salles el nous ne pouvons pas en affirmer la réalité. Les hémoptysies sont . d’ailleurs exceptionnelles chez l'enfant, au-dessous de dix ans. Il u’y à pas de dyspnée, contrairement à ce qui se passe dans la tuberculose aiguë granulique.
Ce que l’on constate parfois, c'est, au sommet d’un des poumons, à gauche par exemple, un léger degré de submatité qui n'existait pas au début, et en ce point la respiration est affaiblie, l'inspiration s'entend mal, parfois existent quelques râles fins, disséminés. Dans le reste du poumon et dans le poumon voisin on ne trouve rien, ou bien seulement quelques ràles de bronchite.
Que signifient ces signes observés du côté du poumon? Ils sont la preuve d’une congestion pulmonaire qui a dù se faire autour d’un petit foyer de tuberculose passé inaperçu au début ou qui n’existait pas encore bien constitué.
Les choses restent dans l'état pendant une semaine environ, puis l'on voit la température s’abaisser graduellement, présentant toujours des oscillations, et arriver à la normale.
Les troubles digestifs ont disparu et l'enfant, dont l’anorexie n'a jamais été absolue, mange sans inconvénient. Alors même que la température n’est pas encore normale, il est possible d'alimenter le petit malade sans que, contrairement à ce qui a lieu dans la dothiénentérie, on ait à craindre des complications.
Les signes pulmonaires se modifient ; la congestion disparait et
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avec elle la submatité, les râles. Et quand l’enfant finit sa maladie, on entend fort peu de chose à l’auscultation du sommet qui à été malade. Parfois cependant des signes non douteux de tuberculisation pulmonaire persistent après la guérison.
Telle est, rapidement esquissée, la marche de la fièvre continue tuberculeuse. Elle a, au début, toutes les allures de la dothiénentérie ; à la fin de la période d'état, elle s’en écarte et évolue d’une façon spéciale et, en somme, assez caractéristique.
La durée est de quatre à cinq semaines. Quand on jette un coup d'œil sur la courbe de température de semblables malades, on est frappé de l’analogie qu'elle a avec celle de la fièvre typhoïde (période d’augment, stationnaire et de déclin).
Chaque septénaire se présente avec ses caractères particuliers, comme dans la dothiénentérie ; on en compte plus, voilà tout. Cette marche a donc bien, ainsi que nous l’avons déjà écrit, quelque chose de cyclique. Il ne faudrait cependant pas pousser l’analogie à l'extrême, car il existe des cas de typho-tuberculose dans lesquels la température n’a jamais été celle d’une dothiénentérie, et dans lesquels on ne constate pas ces altérations pulmonaires que nous avons décrites.
La convalescence est rapide. Aussitôt sortis de leur typho-tuberculose, les petits tuberculeux se remettent très vite : ils ont peu maigri, et c’est à peine s'ils sont affaiblis. C’est là encore un caractère particulier à la fièvre continue tuberculeuse.
Nous allons maintenant étudier avec un peu plus de détail les symptômes présentés par les différents appareils.
Tube digestif.
Comme on l'a vu, les troubles digestifs sont peu accentués dans la typho-tuberculose. La langue, toujours saburrale, est rarement rôte. Pour notre compte, nous ne l'avons jamais rencontrée. Les vomissements sont rares et la diarrhée n'existe que dans les premiers jours.
Dans la fièvre typhoïde, la diarrhée est persistante, parce que le bacille d'Eberth se localise tout d'abord au niveau des organes lymphoïdes de l'intestin grêle et y détermine les altérations que l’on
Le 00 sait. Pareille chose ne se produit pas dans la fièvre continue tuberculeuse.
Si nous admettons, pour expliquer la typho-tuberculose, une généralisation des bacilles de Koch à tous les organes, nous croyons fermement que dans chacun de ces organes, ces bacilles ne produisent aucun désordre grave, sauf peut-être au niveau du point de pénétration. Ces bacilles n'organisent pas des granulations tuberculeuses, ou en organisent très peu, ce qui explique la guérison à peu près constante dans cette variété que nous décrivons. La diarrhée, par conséquent, n’est pas due à des ulcérations tuberculeuses de l'intestin, elle est simplement sous la dépendance de l'infection générale. D'ailleurs, il est utile de faire remarquer — c'est un point sur lequel nous reviendrons — que bien souvent, chez les tuberculeux, la diarrhée est moins l'expression d’une adultération ulcéreuse de l'intestin que d’un état général.
Du côté des annexes du tube digestif, nous avons noté une légère hypertrophie non douloureuse du foie dans quelques cas et une splénomégalie constante.
Foie.
Les modifications apportées dans le fonctionnement du foie dans la fièvre typhoïde sont peu connues encore. Legry, dans son intéressante thèse sur le foie des typhiques, a montré en quoi consistaient les lésions, et malgré ses recherches les mieux suivies et les mieux conduites il n’est pas arrivé, d’une façon certaine, à montrer par quel symptôme clinique se traduisaient ces lésions. Il a bien noté la présence d’urobiline dans l'urine quand le foie était devenu insuffisant et c’est à peu près tout.
Dans la tuberculose, le foie est très fréquemment touché; les altérations du parenchyme se traduisent par une modification dans le fonctionnement de la glande. Malgré toutes nos recherches, nous ne sommes pas encore parvenus à saisir cette modification. Nous avons fait de nombreuses analyses d’urines, non seulement dans ces cas de tuberculose aiguë, mais encore dans les cas de tuberculose chronique; nous n'avons pas obtenu un résultat digne d’être rapporté.
Nous devons donc nous contenter d'annoncer une altération du foie, dénoncée par son hypertrophie, et nous devons — du moins pour le moment — renoncer à établir comment cette altération se traduit en clinique.
Rate.
La mégalosplénie n’a rien qui doive nous surprendre : elle se rencontre dans toutes les maladies infectieuses, et les expériences faites sur les animaux avec la tuberculose ont montré (Yersin, Grancher, etc...) que la mégalosplénie était constamment l'expression de l'infection bacillaire. Nous montrerons plus loin avec quelle fréquence et quelle abondance la rate est atteinte dans la tuberculose diffuse des bébés. Le bacille de Koch trouve dans le tissu splénique un milieu de culture favorable; il est naturel, par conséquent, de voir la rate s'hypertrophier dans la fièvre continue tuberculeuse.
Reins.
Pour les reins, nous n'avons rien de particulier à noter. Certains auteurs ont signalé de l’albuminurie. M. Landouzy la considère comme exceptionnelle. Nous ne l'avons rencontrée qu'une fois. Le fait n'a rien qui doive nous surprendre. Le rein est certainement un des organes dans lesquels le bacille tuberculeux s'arrête le moins. La tuberculose rénale est beaucoup moins fréquente que celle de la plupart des autres organes; il est donc possible que, dans la typho-tuberculose, après la généralisation: bacillaire, il reste peu de bacilles dans le tissu rénal. On comprendrait ainsi le peu de fréquence de l’albuminurie. Celle-ci, d’ailleurs, pourrait bien exister sans qu'il y ait lieu d’invoquer une action du bacille tuberculeux sur la substance rénale; l'albuminurie pourrait être sous la dépendance des toxines tuberculeuses ou autres qui passent dans la circulation pendant qu’évolue la fièvre continue tuberculeuse.