‹ De La Tuberculose Chez Les EnfantsChapitre 19 sur 30 · SERA · texte numérisé non relu

SERA

parenchyme pulmonaire ; mais le poumon a conservé sa couleur gris rosé normale, il surnage quand on le met dans l’eau. Ce n’est que lorsque la tuberculose est très ancienne, ainsi que me le faisait remarquer M. Hippolyte Martin, qu'on rencontre de l’hépatisation pulmonaire chez le lapin tuberculeux.

L'hépatisation ne dépendrait-elle pas d’autres microbes qui se développeraient dans le poumon en même temps que le bacille de Koch? La similitude des lésions de la broncho-pneumonie caséeuse avec les altérations des broncho-pneumonies aiguës à streptocoques, à pneumocoques, etc.., est en faveur de cette opinion. Ce que nous avons vu dans la rougeole semble le confirmer.

Le catarrhe laryngo-bronchique, constant dans la rougeole, qui est le fait du virus morbilleux, prédispose aux infections secondaires ; c'est ce qui explique que les laryngites, les bronchites et surtout les broncho-pneumonies sont si fréquentes dans le cours de cette affection.

La nature de ces broncho-pneumonies paraît aujourd'hui assez bien établie. Les travaux de Weichelbaum, Frænkel, Mosny, Netter ont montré qu'elles étaient des manifestations de streptocoques, de pneumocoques, de staphylocoques, etc. Les recherches que nous avons faites cette année aux Enfants-Malades ont confirmé en tous points ces travaux. Nous n'avons pas observé cependant dans tous les cas la systématisation qu’a exposée Mosny : broncho-pneumonies pseudo-lobaires : pneumocoques ; lobulaires : streplocoques. Plusicurs cas de broncho-pneumonies à streptocoques étaient manifestement pseudo-lobaires.

Mais c’est là un point de peu d'importance; ce qui nous intéresse, ce sont les relations de ces broncho-pneumonies avec la tuberculose.

MM. Landouzy et Queyrat (1886) avaient affirmé que certaines de ces manifestations pulmonaires — simples à l'œil nu — étaient «monnaie de tuberculose ». Ils basaient leur opinion sur ce qu'ils avaient rencontré au milieu du parenchyme pulmonaire quantité de bacilles de Koch. Semblable constatation avait été faite précédemment par Cornil, Thaon, Babès. M. Landouzy avait depuis longtemps émis celte opinion que la broncho-pneumonie des rubéoleux ne dépendait pas de la rougeole elle-même, qu’elle était une infection surajoutée. Trouvant le bacille de Koch dans certains cas, 1l

Dr s'était cru autorisé à le regarder comme une des causes de ces broncho-pneumonies.

Cette conclusion, qui paraissait naturelle en 1886, c’est-à-dire à une époque où l’on ne connaissait pas le rôle joué par les pneumo-

coques et les streptocoques dans la broncho-pneumonie, ne peut être

admise aujourd'hui.

Que voit-on, en effet, dans les broncho-pneumonies de rougeole ? Ou bien une hépalisation pulmonaire pseudo-lobaire ou lobulaire chez un enfant qui ne présente ailleurs aucune autre lésion. Ou bien ces mêmes lésions chez un petit malade qui offre des ganglions bronchiques tuberculeux, hypertrophiés et caséeux. Dans le premier cas il s’agit d'altérations dues à des pneumocoques ou à des streptocoques, cela est certain aujourd’hui. Dans le second cas, les lésions qui ont le même aspect, relèvent-elles des mêmes micro-organismes ou bien dépendent-elles du bacille de Koch, comme semblerait l'indiquer l’adénopathie tuberculeuse?

Nos recherches, dans les cas de ce genre, nous ont montré l’absence du bacille de Koch dans le parenchyme pulmonaire et l’existence constante de pneumocoques, de streptocoques (1). Il s’agissait donc de broncho-pneumonies non tuberculeuses chez des enfants déjà tuberculisés.

Les cas publiés par MM. Landouzy, Queyrat, Cornil, Déjerine- Klumpke, etc., ne se rencontrent donc pas fréquemment, mais ils n’en persistent pas moins, puisqu'ils ont été observés. Nous allons essayer de les expliquer.

La rougeole donne généralement un coup de fouet à la tuberculose; n'est-il donc pas possible que chez les malades de M. Landouzy, la généralisation bacillaire, qui se fait plus tard habituellement, qui se fait après la période aiguë de la broncho-pneumonie, se soit produite en même temps qu'évoluaient les lésions pneumococciques ou streptococciques ?

L'aspect des lésions tuberculeuses qu’on rencontre chez les en-

(1) Plusieurs de ces examens ont été faits dans le service de M. le D' Ollivier; nous saisissons avec empressement l'occasion qui nous est offerte pour le remercier du bienveillant accueil qu’il nous a fait. Nous remercions aussi son interne, notre ami Matton, qui a mis à notre disposition les observations qu’il avait recueillies dans son service.

ST Les

fants, morts de tuberculose un mois, deux mois après une rougeole, semblerait l'indiquer. Ce qu’on voit chez ces malades, ce n’est ni la granulie, ni la tuberculose infiltrée avec conservation de la consistance et de la couleur normales du parenchyme pulmonaire autour des granulations, c’est, du côté où précédemment avait existé la broncho-pneumonie, la transformation du poumon en un bloc compact, lourd, résistant à la coupe, plongeant au fond de l'eau. Cette masse est formée de granulations tuberculeuses, séparées par un tissu pulmonaire hépatisé. Dans l’autre poumon il y a aussi des lésions tuberculeuses, mais dissemblables; ce sont des granulations, des tubercules plus ou moins volumineux, plus ou moins anciens, développés au milieu d’un parenchyme congestionné, mais jamais hépatisé (il n’y avait pas eu de broncho-pneumonie de ce côté).

Les ganglions bronchiques sont hypertrophiés toujours et souvent caséeux.

L'examen bactériologique révèle dans le bloc d’hépatisation, outre le bacille de Koch, quantité de streptocoques.

L'aspect si spécial que prend alors la tuberculose tient, suivant nous, à ce qu'elle s'est développée dans un poumon préalablement hépatisé. C'est habituellement après la broncho-pneumonie que se fait la généralisation tuberculeuse; parfois cependant (cas de MM. Landouzy, Queyrat, etc.) la généralisation commence en même temps que la broncho-pneumonie. Quand au bout d'un mois, de deux mois, l’enfant succombe à sa tuberculose, c’est dans les points où s'était développée la broncho-pneumonie que la tuberculose apparaît avec l'aspect si spécial que nous avons décrit; partout ailleurs, c’est l’infiltration tuberculeuse habituelle sans hépatisation qu'on a constatée.

Nous ferons remarquer la ressemblance qu'il y a macroscopiquement et microscopiquement entre cette tuberculose des anciens rougeoleux et ce qu’on décrit sous le nom de broncho-pneumonie caséeuse.

Quand on examine au microscope de tels poumons, on y retrouve les lésions de la pneumonie ou de la broncho-pneumonie caséeuses, telles que M. Grancher les a décrites, c’est-à-dire qu’en certains points existent des tubercules avec leur aspect habituel, tandis qu’en d’autres on ne voit que des cellules embryonnaires dans les

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